L’austère Edouard Philippe

Le 28 avril dernier, le Premier Ministre monte les marches de la tribune de l’Assemblée Nationale pour tenir un discours sur les mesures de déconfinement bientôt mises en place. Durant une heure, il emploie un ton morne, austère, ainsi qu’une rhétorique prosaïque. Il évacue les superflus politiques mais n’en reste pas moins rhétoricien et tacticien en soubassement.
Des mots simples, clairs, compréhensibles, qui ne viennent pas troubler le message du fond. Rien ?

Il évoque, les mains tremblantes, la terrible pénurie de masques qui a fait chavirer le gouvernement, qui, d’ailleurs, ne finit pas de sombrer. Bas les masques : entre deux explications, Edouard Philippe se mord la langue.

La connaissance est un océan devant lequel il faut avoir beaucoup, beaucoup d’humilité. Ma Grenobloise n’est pas suffisamment légitime pour commenter et faire avancer le débat public mais elle a pour vocation de faire réfléchir.

Qu’est-ce qui détermine la légitimité d’un journaliste à être journaliste ? Est-ce la détention d’un diplôme ? Est-ce le regard, l’éclairage que celui-ci va apporter dans le débat public ?

Faire un reportage commandé par une grande chaîne de télévision, demander l’avis du premier passant sur l’intervention du Premier Ministre, est-ce du journalisme ? Qu’est-ce que la légitimité d’être journaliste ? Comment la déterminer ? Doit-il encore, et le peut-il d’ailleurs, éclairer le débat public ?  

Ma Grenobloise s’interroge sur la façon dont ceux qui nous gouvernent, nous gouvernent. En toute humilité, ce blog sera donc relégué au rang de commentateur. Mais qu’en est-t-il de la considération de la réflexion citoyenne ? Par ces propos, Edouard Philippe considère dédaigneusement la population. Il raille les commentateurs ayant critiqué le gouvernement, les considérant honteusement comme des sachants, des hommes à la « vision parfaite de ce qu’il aurait fallu faire selon eux ». Il méprise leurs regards sur la situation. Admettre leur regard, ne serait-il pas plus admirable ? Plus honorable ? Reconnaître la vérité et ne pas engendrer, attiser, raviver la guerre des clans en ôtant de leur majestueuse parure le sens véritable des mots, ne serait-ce pas plus respectable ? Sommes-nous encore une nation pensante ? Edouard Philippe ne courbe pas l’échine face à la connaissance, il affronte quiconque de penser mieux que lui, de le défier.

Le dictionnaire Larousse donne de nobles définitions du mot qui nous occupe. Le verbe commenter vient du latin commentari, qui veut dire réfléchir. Un commentaire est une remarque, un exposé qui explique, interprète, apprécie un texte, une œuvre particulièrement en littérature. On comprendra aisément le rôle du commentateur. Les commentaires du commentateur peuvent aussi, se vouloir désobligeants : « Epargnez-nous vos commentaires ! ».

Edouard Philippe emploie ce mot à dessein d’une insulte. Il insulte ceux qui selon-lui commentent mais n’agissent pas. Il insulte ceux qui émettent un regard critique sur l’action du gouvernement. L’homme se plaint de pareille fonction et jette l’opprobre sur son propre peuple. Il pourrait à la place, les remercier, de réfléchir à la finalité de l’Histoire au lieu de se dédouaner de ses actes, par une pirouette admirable.

Là est la rhétorique politicienne.

Debout, entouré du chêne et du laurier, Edouard Philippe loue les députés. Fier de recadrer l’action du gouvernement dans des enceintes historiques, censées représenter la démocratie Française, il légitime les mauvaises actions passées. Les députés approuvent, ils applaudissent, ils applaudissent leur propre fonction ; mais n’ont pas compris, en cet instant, l’honneur de la tâche qui leur incombait.  

Le chêne représente la solidité, la force. Le verbe, sa poigne, sa verve, celui d’Edouard Philippe, n’est en rien, l’illustration de cela. Le laurier quant à lui symbolise la victoire, l’immortalité. Que restera-t-il de ce discours dans des siècles ?  Le gouvernement aura-t-il fait honneur à ces vertus que l’enseignement romain nous délègue : rectitude, honnêteté, courage ?

Est-il courageux d’affronter son propre peuple plutôt que de s’affronter soi-même ?

L’Histoire nous le dira.

Fanny Bancillon

Sources:
MichelOnfray.com
Le Monde
France Culture – Le billet politique de Frédéric Sayes
RTL – Edito politique – Olivier Bost
L’Obs – « Edouard Philippe : le déconfinement aux poings » – Sylvain Courage

Publié par magrenobloise

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