Goethe, Le Magnifique

Je songeais ce matin à Goethe. Je ne connaissais pas l’auteur. Je ne connaissais que son nom. Illustre penseur et grand écrivain je me demandais ce que recelait sa plume. C’est en ainsi grande pompe*que j’ai fait sa connaissance. Sa pensée est à la fois illustre et troublante. C’est comme s’il énonçait par écrit des mots/maux/ accablants. Il résonne avec le public, avec la foule, car il évoque des mondes impalpables. Il parle d’esprit, d’abîme. Nietzsche, se rapproche en ce sens de lui. Ce sont des poètes de la Nature et de la Nature humaine.

Faut, le résumé
Dans Faust, le docteur Faust fait un pacte avec Méphistophélès, que l’on pourrait assimiler au Diable ; à Santan. Celui-ci l’invite à découvrir les plaisirs de la vie, à jouir de la luxure et à ne point, comme l’a fait le docteur Faust jusqu’à présent, étudier. La vertu qu’il enseigne, les nombreux livres qui juchent sur son plancher, les toiles d’araignées qui se sont installées dans la pièce dans laquelle il étudie, sont devenus pour lui son tombeau. Malgré tout son apprentissage en philosophie, en mathématiques, en lettres, en sciences, en tout, il ne voit plus la lumière du jour ; il ne trouve plus de sens à sa vie et se demande bien pourquoi il s’évertue à mener la vie qu’il mène. C’est alors que le Diable arrive. Dieu l’autorise à  tenter de nouer un pacte avec cet homme si sage, reconnu et respecté dans son village. Dieu l’autorise car tous les hommes peuvent jouer sur la terre, apprend-on, y comprit le Diable en la personne de Méphistophélès. En gros, Dieu autorise tout. Méphistophélès va donc tenter cet homme qui, à l’apogée de sa désespérance, accepte que Méphistophélès dirige sa vie. Ce dernier sera en fait, son plus humble serviteur, désireux de lui faire accomplir les désirs luxuriants interdits. Il souhaite l’orienter, l’incite à se diriger vers des plaisirs de jeux, des plaisirs sexuels, des plaisirs d’argent. C’est le monde des sorcières, des boucs, des animaux, de la fantaisie, en un mot : c’est le paradis de l’Enfer. C’est un monde dans lequel Méphistophélès nous montre l’Enfer sur Terre, avec une imagination sombre, noire et grise ; voilà en quelque sorte son monde préféré, son monde de couleurs. Ce qui est étrange, et déroutant dans ses propos, c’est que la morale, la raison, s’y ballade parfois.

Il ne faudra pas longtemps au Docteur Faust pour qu’il succombe aux charmes d’une jeune demoiselle croisée un soir par hasard au détour d’une ruelle. La condition de vie de cette jeune fille est déplorable : elle est pauvre, s’occupe de sa mère, des enfants, et s’attelle à toutes les tâches ménagères de la vie quotidienne.Faust courtisera la jeune femme en lui offrant, par le biais de Méphistophélès, un coffre de bijoux. La découverte de ce coffre dans son armoire fait fantasmer la jeune femme, songeant à cet homme qui paraissait de bonne famille, et qui l’a abordée un peu plus tôt dans la rue . Marguerite, de son vrai nom, informe immédiatement sa mère à la vue de cette découverte ; et cette dernière, s’empressera de remettre le coffre à l’Eglise : car Dieu seul saura quoi faire de ces trésors.  

Sachant cela, Faust renouvelle son cadeau en offrant de plus belle, grâce à Méphistophélès qui s’introduit de nouveau chez la jeune femme, un coffre de trésors encore plus somptueux, dotés de bijoux, de parures, de pierres, d’ivoire.

Marguerite succombe au charme de Faust.

C’est là que l’histoire tourne véritablement au drame. Le frère de Marguerite, Valentin, est de retour au village. Il découvre qu’un homme s’est glissé sous les fenêtres de chez Marguerite et lui chante la sérénade. Il provoque l’homme en duel, qui n’est autre que Faust, et meurt sous le coup de son épée.

Est-ce Faust ou Méphistophélès qui assène le coup fatal ? Méphistophélès n’est ici que l’incitateur à la haine et Faust, l’auteur du crime.

Tout deux s’échappent alors dans les montagnes, sur les hauteurs de la vallée, retrouver les sorcières, le peuple de l’Enfer dont ils fêtent joyeusement l’horreur. Hommes et femmes se mélangent et s’adonnent à des scènes orgiaques, les feux sont présents. La description scénique de la vallée, suite à la mort de Valentin, à l’abandon par Faust de Marguerite, la plonge dans une sombre lumière. Un feu rougissant, bouillonnant d’un chaudron semble se déverser  sur la plaine, dans le village, et Faust fait ici figure d’impuissant incendiaire. Il assiste, du haut de la montagne, au désastreux spectacle de cette scène tortueuse qui promet un avenir bien sombre. Les sorcières, les animaux, dansent à côté des feux dont les fumées virevoltent. Méphistophélès incite Faust à songer à d’autres beautés. Faust se laisse aller à l’observation des corps sans y succomber ; il aperçoit au loin une femme dans la nuit. Son regard perdus dans le vide, sa blancheur corporelle éclatante, ses cheveux noirs . Elle semble dénudée, ses seins, à la vue de tous, et son corps à la merci de celles et ceux qui l’observent et l’entourent. Elle est comme dépossédée d’elle-même.

Faust s’avance vers la jeune femme dont il reconnaît les traits : c’est Marguerite. Mais Marguerite est un songe. C’est un pressentiment. Faust se précipite alors dans la vallée.

La jeune femme est enfermée dans un cachot. Sa mère est morte des suites de la tristesse qu’à engendrée la mort de Valentin. Marguerite, qui a tant aimé Faust est désormais déshonorée. Faust la retrouve et tente de la sauver. Il soulève en elle un léger espoir ; une lueur d’amour dans ses yeux qui très vite s’éteint. La venue de Méphistophélès, dont elle a horreur, rend Faust  à ses yeux abject. Elle meurt, rejoignant le ciel. Et Faust, rejoint l’Enfer ; son âme rendue à Méphistophélès.

Pour aller plus loin :

I -Similitudes et associations textuelles

La première partie de Faust a inspiré beaucoup d’auteurs. Goethe est considéré comme un génie et l’on peut supposer que les génies des générations suivantes ont été inspirés par ses œuvres.

Victor Hugo – « Notre-Dame de Paris »

Ainsi l’une des premières similitudes que nous observons est la scène terrible du cachot où l’on découvre que Marguerite est enfermée. Elle prie Dieu. Nous sommes plongés dans un imaginaire où la scène ne peut que se dérouler dans un endroit sombre, sale, où Marguerite dépérit et s’en remet à Dieu. Elle s’est résignée à vivre et demande à Dieu son pardon, pour avoir pêché. La désespoir de cette scène s’assimile également au désespoir ressenti chez  le personnage de la femme enfermée dans le cachot de « Notre-Dame de Paris » (Victor Hugo). C’est la retranscription d’un amour absent entre deux êtres séparés. L’histoire de cette séparation est différente puisque dans Notre-Dame de Paris il s’agit d’une mère et de sa fille, Esmeralda. Or ici ce sont deux amoureux, un homme et une femme, à l’amour impossible. Cependant, la scène du cachot de Marguerite s’assimile étrangement et facilement à la scène, à l’ambiance de l’enfermement de cette femme dont on a enlevé le bébé quelques années auparavant et dont elle suppose que  la gitane est le fruit de cet acte. Elle s’en remet à Dieu. Elle reste pieuse toute sa vie, vivant à l’ombre des regards mais n’en n’étant pas moins connue. Elle garde en seul souvenir, un chausson de sa fille chérie, portée alors qu’elle était bébé. Elle prie constamment le ciel de retrouver un jour son enfant. Le chagrin véritable s’abat sur elle. Il en va de même pour Marguerite qui s’en veut jusqu’à vouloir en mourir.

Goethe – « Les Souffrances du jeune Werther« 

Dans un autre ouvrage de Goethe, Les Souffrances du Jeune Werther, le jeune Werther, justement, se rend souvent en montagne. Il médite, songe, observe, jouit de la nature. Des scènes d’amour, de contemplation de la nature sont décrites. Il songe parfois au suicide, chose qu’il fera à la fin de l’histoire, mais non en pleine nature comme il l’évoque : sauter du haut d’une falaise. Il le fait artificiellement avec une arme, celle que sa bien-aimée aura touchée,  en se faisant sauter la cervelle.  Il y a un intérêt fort pour Goethe dans la description des scènes de la vie réelle. Ce sont des scènes qui s’apparentent à des scènes courantes comme le fait d’être assis sur la charrette des paysans à observer les enfants qui viennent à la fontaine. Une mère qui distribue du pain à ses enfants en guise de goûter et qui entame une conversation avec cet homme croyant que ses enfants l’embêtent. Ce sont des scènes tout à fait villageoises, à l’écart de la ville citadine. Par ailleurs, la description physique, presque surnaturelle, tant elle est bien faite, des éléments naturels, est un bonheur imaginatif qu’on ne saurait retranscrire. Il saisit le réel avec des mots éclatants.

Dans le Faust, la montagne est en endroit sombre, scabreux, remplis de choses et d’êtres étranges, le lieu de l’Enfer finalement.

Dans Les Souffrances du jeune Werther, qui a d’ailleurs été écrit avant Faust, Goethe décrit la montagne, un paysage vallonné qui s’étend devant lui, bercé par les doux rayons lumineux du coucher du soleil, de façon somptueuse. C’est en fait, un paradis terrestre qui réconforte son âme mais dont il ne sait comment jouir, meurtri par l’amour qu’il porte pour une femme avec qui il ne peut pas être, étant marié à un autre. Ce sont donc là deux visions opposées de la montagne.

Nietzsche – « Ainsi parlait Zarathoustra« 

Enfin, Nietzsche. Dans Ainsi parlait Zarathoustra, la plupart des scènes se déroulent en forêt, en montagne, loin de la foule, de la population. Il fait la plupart de ses rencontres (de celles qu’il invitera dans sa grotte) dans les montagnes. Ses bonnes, comme ses mauvaises rencontres ; il les fera dans la Nature, dans les abîmes, au creux des vallées, au milieu d’un chemin escarpé, en bref dans le milieu rocailleux, abrupte, parfois vallonné, inspirant, mystique de la montagne.

II – Rêve ET Réalité

On sait que Goethe est un génie. Génie des lettres, des arts, scientifique, grand observateur, il comprend la vie humaine, la nature. Il saisit son fonctionnement, il déduit des comportements organiques et inorganiques. Dans ses écrits et au travers de certains personnages, le lecteur s’assimile à la parole évoquée. Ainsi, lorsqu’au début du Faust, le directeur du théâtre s’exprime ; il est des remarques auxquelles on adhère aisément. Goethe a dans sa vie, été lui-même directeur de théâtre.On serait tenté de s’interroger si ces paroles sont personnellement de lui, si ce sont elles qui s’agitent en lui. A cela, on répondrait que ces paroles sont nées de la main de l’auteur. En revanche, y adhère-t-il ? N’est-ce pas plutôt pour faire réfléchir aux positions contraire à son propre positionnement ? Faire réfléchir en pensant l’impensable ? Ecrire la pensée impensable d’êtres, de personnages, inexistants réellement, confronte réellement le lecteur a des réflexions auxquelles il n’aurait jamais songé. Goethe est un art de vivre.

Goethe développe un amour épatant avec la Nature. Il est à l’origine de découvertes, de déductions scientifiques. Dans Les Souffrances du Jeune Werther, la Nature y est amoureusement dépeinte. On peut d’ailleurs faire le parallèle que, cet amour que produit en lui la Nature prend sûrement la forme de l’amour qu’il développe ensuite pour Charlotte : magnifique, souffrant et insaisissable. La description en quelques phrases suffit à rendre le paysage fabuleux. Il nous rappelle la beauté intense et immense qui règne au dehors de nous, au-delà de tous les sentiments qui peuvent se déchaîner en nous.

*Sources :
Goethe – Faust – Première partie
Goethe – La métamorphose des plantes
Goethe – Les souffrances du Jeune Werther
Victor Hugo – Notre-Dame de Paris
Nietzsche – Ainsi parlait Zarathoustra

Publié par magrenobloise

Webmagazine

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :