Grosse gâterie à La Domèneraie

Il était temps, dimanche 7 juin, de ravir nos sens, d’éveiller nos papilles gustatives. Hier, comme beaucoup d’autres français, la fête des mères était l’adoration d’un prétexte à nous retrouver en famille à La Domèneraie pour organiser une fastueuse sauterie gustative. Ce petit restaurant situé au Beaulieu ; immense copropriétés construite dans les années 50  qui regorge encore en son lieu d’un vaste parc et d’une vue sur les montagnes grenobloises : Chartreuse d’un côté ; Belledonne de l’autre,  a accueilli près de 30 personnes.

Une grande baie vitrée posée de la main de mon oncle fait baigner la  salle d’une lumière naturelle éclatante. Des rideaux blancs couvrent légèrement l’intérieur, de quoi voiler ceux qui s’y cachent, ceux qui dégustent, ceux qui y mangent. Quelques photographies historiques couvrent les murs du restaurant.  Elles rappellent entre deux dégustations de mets, le souvenir d’un Domène d’autrefois. Là sur la photo, quelques anciens posent : la canne ; le costume ; l’Eglise en fond de paysage.

Les hôtes

Cette esquisse d’exposition honorablement mémorable montre l’authenticité de nos deux hôtes. Patricia est aux petits soins avec ceux dont elle sert des plats qui ravissent les papilles. Elle veut que tout soit parfait ; et ca l’est.

L’univers gustatif dans lequel nous plongent Jacques, le chef, et Patricia, sa femme ; est un univers chimiquement sensoriel. Patricia, discrète derrière son masque laisse à ses invités la liberté d’occuper largement l’espace. Totalement effacée,  on la sent destinée à servir. Elle tend une oreille entre deux critiques gustatives, elle rappelle sa bienveillance à chaque instant, elle aiguise un œil profond détectant à  table le moindre manque.  C’est décidément l’observation parfaite d’un fin service de table. On regrette qu’ils ne possèdent pas un plus grand restaurant.

A travers le « Menu Fête des mères », notre palais s’ouvre aux leurs, grâce à de fameuses dégustations. Ce menu est un menu de bons-vivants : généreux, savoureux ; manger est ici un véritable sport auquel tous s’adonnent.

Entrée royale

L’entrée, copieuse, s’annonce en délicatesse.  Un léger et doux chutney d’abricot noisette se mêle à la terrine de fois gras maison : on savoure les copeaux du fruit sec et la finesse du sucre d’abricot, apposés délicatement sur la souple texture beige qui s’étale sur un toast à peine grillé.  Ces saveurs se réunissent merveilleusement bien : signe d’harmonie d’un mélange gustatif. Le foie gras, sans doute trop généreux, se déguste avec délice. Quelques feuilles de salade accompagnent l’ensemble, une touche de fraîcheur appréciée.

Plat charnu

Le plat principal est une alléchante, mais non moins copieuse, assiette. Un filet de saumon vapeur nageant dans une sauce blanche-crème délicieusement salée, la sauce Saint-Véran, est accompagné d’un bouquet d’haricots verts, d’un petit gratin de pommes de terre, et d’une poignée de légumes cuisinés en ratatouille. Les accompagnements, choses par lesquelles je conseille de commencer, s’apprécient tout autant que la star du repas. Le gratin, de taille parfaitement proportionnée, est évidement délicieux ; peut-être les haricots verts manquent-ils d’originalité. La ratatouille est un ravissement autant pour les pupilles que pour les papilles tant les couleurs rouges et verts foncés trouvent succulence à notre  goût : l’eau savoureuse de délicieux légumes. Quant au saumon, dont on s’interroge sur la façon dont il trouvera place dans notre estomac, il est une bénédiction.  Ses miettes rosées fondent dans notre palais. Il est exquis. On se contente de la légèreté de sa texture qui promet une délicate attention pour la digestion.

Le roi blanc

On imagine avec un certain ravissement l’arrivée du fromage blanc : un lait frais et léger, moulé, permettant de transiter vers le désert. Malheureusement ; ce n’est pas le cas. Si le fromage blanc est tel qu’on l’avait imaginé accompagné d’un coulis sucré aux fruits rouges ; on peine à le manger ; l’angoisse de ne pas avoir assez de place pour le dessert surgit. Ne pas avaler le meilleur de la fin serait faire honte à ce qui représente une magnifique apothéose. On mange avec peine cette savoureuse texture avec un estomac qui crie (presque) déjà,  à saturation.

La cerise sur le gâteau

Arrive enfin le dessert. C’est à la fois l’hécatombe et l’apothéose. Deux sentiments étranges, deux visions distinctes qui se mêlent pour une si belle splendeur ; c’est une éclipse lumineuse, une belle apocalypse : sur une large assiette blanche est servie non pas le prometteur brownie à la noix qui ne fait état que d’une tranche mais une large verrine à la fraise qui n’est autre qu’une Panna cotta. Une répétition du fromage blanc mais dans sa version la plus gourmande. Cette large verrine est à mon sens de trop. C’est la répétition d’un goût, et non l’atterrissage en douceur d’un repas, dont on souhaite qu’il soit l’étreinte de notre palais avec du chocolat.

Le brownie est évidemment un délice, un léger filet de chocolat recouvre cet exquis  moelleux. Les quelques pépites de noix beige éclaircissent la texture brune. Nos yeux remplis de curiosité gourmande interrogent le goût que peut revêtir cet alléchant aspect. Ils interrogent avec profondeur cette texture qu’il faut goûter pour en connaître les délices. Un croc de dent nous fait découvrir la splendeur de ces arômes, la jouissance infinie chocolatée.

Un petit café fait apprécier la digestion du repas.

Conclusion

La Domèneraie est une ode au bien-manger, parfois au trop-manger. Il fait en ce sens honneur à l’histoire de la gastronomie française, dont on sait que les Rois appréciaient les longs et fastueux repas. On appréciera quelques restrictions de la générosité de nos hôtes pour un plus grand bien corporel.
Le savoir-faire et l’accueil chaleureux de Patricia et Jacques vous feront sans aucun doute revenir à La Domèneraie. Ce savoir-faire, emblématique de la gastronomie française, et qui malheureusement se perd, est à louer, à vouer pour les amateurs de bonne chair. Je vous le recommande vivement. Pour savoir qui sont ces gens, allez manger de leurs plats : question gâterie ; vous serez servis.  

Fanny Bancillon

Restaurant – La Domèneraie04.76.52.09.92.
Chemin des Carrières.
Ouverture :
Midi : du lundi au samedi
Soir : Vendredi et samedi

Publié par magrenobloise

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