Franz-Olivier Giesbert ; Fin de partie pour l’écriture

Le roman de Franz-Olivier Giesbert (FOG) intitulé « Dernier été » est sorti fin mai 2020. Ce livre n’est ni entièrement un roman, ni entièrement une autobiographie, ni entièrement un recueil d’anecdotes journalistiques, ni un condensé de savoir : il est tout, et rien à la fois.  

Melting-pot professionnel

Franz-Olivier Giesbert a confondu tout ce qui fait l’art de ces professions, c’est-à-dire un savoir-faire précis et minutieux. Il détruit une certaine forme d’art à travers un récit qui n’est ni une échappatoire, ni une évasion. Il ne fait pas rêver ; il vante au contraire un cauchemar dont les mots n’ornementent même pas le texte ; ils sont au contraire pitoyables et malheureusement représentatifs de notre époque. Peut-être aurait-il fallu, pour donner davantage de sel à son papier, employer des mots plus mélodieux, ce qui aurait redoré la symphonie des lettres françaises et non pas contribué à sa propre destruction.

FOG

FOG est paru à la télévision le 6 juin 2020 pour évoquer « Dernier été ».  Il s’est « défendu » sur le plateau d’une émission de télévision en perte elle aussi de splendeur tant les chroniqueurs inoffensifs sont bien souvent trop émotifs plutôt que raisonnables ; ne questionnant pas l’apport des arts au peuple, aux citoyens. FOG a été gâté durant cet entretien, beaucoup plus que l’estimable Eric Dupond-Moretti dont le personnage satisfait davantage l’opinion que le savoir. Ce dernier a effectivement été attaqué par les chroniqueurs qui n’ont pas, ou peu, cherché à s’interroger sur le sujet dont l’intéressé s’éprend lui-même : la liberté d’expression. Faire face, ce soir-là, à des chroniqueurs bâillonnés est donc le comble de l’ironie. Le travail de fond qu’auraient exigé leurs échanges avec lui, pour le Savoir, a été quasiment inexistant du plateau. La vérité, la recherche d’une certaine forme de vérité, a disparu, au nom des sentiments et non plus au nom du savoir. La chroniqueuse Gaël Tchakaloff a toutefois apporté une certaine hauteur salutaire, dans les minutes ayant précédé, en débattant avec Adèle Van Reeth. Quant à son échange avec Dupont-Moretti, elle  incarne par ses phrases le nom du phénomène tabou : la peur ; la peur de dire ; la peur de la liberté d’expression. Contredire Eric c’est dit-elle, « avoir peur de se faire écraser par lui »-même. Mais où se trouve le courage de dire, lutte devenant si indispensable en ses heures sombres ?

Eloge de la réflexion

Critiquer par jalousie est une bêtise, tout comme adorer par peur. Mais admirer le Savoir ou savoir pour critiquer sont choses honorables. Ce sont de bonnes choses, des choses vertueuses, invitant à une résilience, autrement dit à une réconciliation avec le monde. Cette voie ouvre la porte de la vertu de l’humilité. Encore faut-il, pour pouvoir la trouver, rompre les fers enchaînant la liberté d’expression.

Il n’y a donc pas de réflexions abondamment enrichissantes mais finalement un apprentissage, de ce qui représente les « sages »,  envers les journalistes qui n’ont véritablement, pas creusé assez le problème pour évoquer leur propre réflexion et ainsi faire avancer le débat. Monsieur Poincaré fait un éloge gracieux de l’intéressé sans chercher à évoquer la cause qui le tient à coeur.

Le journaliste lui passe de la pommade, indiquant en fond que c’est un bon avocat, ce dont personne ne doute.

L’évocation des sujets de fonds, des abstractions d’Idées qui font ou feraient avancer la société est ignorée. Cette  émission réservée à une élite passagère dont on se savourait de la renommée parce qu’elle nous  enrichissait est en train de disparaître : ce n’est pas cela, ce n’est plus cela. C’est l’illustration de l’hécatombe d’un monde, d’une pensée en ruine. L’invitation et l’incitation à la réussite honorable et admirable comme nos anciens sont finies. Ils ont pourtant favorisé l’éclat de la France ;  sa floraison ! Grâce à la connaissance générale, aux arts, aux lettres, aux sciences. C’était en vérité, la louange d’une forme de liberté, le plaisir de dire la vérité de la Connaissance, et ce quoi qu’il en coûte.

Le fantasme

Ainsi FOG propose, à la fin du confinement, « Dernier été ». Ce titre pourrait mettre l’imagination en émoi. Serait-ce le ravissement d’une histoire estivale décrivant la détresse émotionnelle d’un personnage que ravirait la beauté terrestre de la méditerranée, la couleur du sable fin, l’écume de la mer, le bruit des vagues ressemblant au rythme silencieux de notre apaisante respiration ? Ou peut-être est-ce le fantasme d’une enivrante  histoire d’amour  qui,  décrite à travers le prisme humain, germerait de délicates descriptions d’une union sur la  plage ? L’air maritime aurait embaumé le sens, le corps et l’esprit de deux êtres. La rosée des rayons d’un soleil en déclin embrasserait ces corps, les bénissant ainsi. Ce paysage frapperait en leur cœur les personnages d’un instant de grâce. Grand hommage à la Création. 

Le rêve d’été

Ce dernier été, cet été, dont nous rêvons tous, et que nous peinons à imaginer, cette évasion idéale pourquoi n’est-elle qu’une chimère ? Pourquoi n’est-elle pas retranscrite ? FOG ne nous apporte rien de tout cela, il ne répond pas à ce besoin pathologique ; au contraire. Il nous jette toutes ses souffrances, toutes ses réflexions personnelles obsédantes, sa vision d’une réalité cauchemardesque, ses angoisses de la vie et du futur. C’est un déballage abominable.  C’est une véritable horreur que de montrer les pieds puants de la réalité, aux lecteurs. Comment une génération d’esprits qui n’a plus de Lumières serait incitée à lire un tel cauchemar ? Comment peut-elle se rêver elle-même si le rêve, aux bords, des pages est échoué ? S’élabore ici les visions d’un cauchemar humain qui n’est que trop vrai. Par ailleurs, le message que FOG fait passer est : l’écriture d’un livre est à la portée de tous.  Cette vérité en soi est vraie, mais elle se travaille. Elle est la conjonction d’un don d’admiration pour les choses simples et la volonté d’écrire, ce qui fait d’elle un art. Ce rêve, n’est pas accessible à  tout le monde. Seulement à une poignée d’âmes.

Les valeurs

La vie telle qu’elle est peinte est affreuse à regarder, je préfère encore ne pas lire que de lire une telle horreur. D’ailleurs, la tentation est grande de quitter le livre pour admirer la vie réelle. La mise en abyme, que je souhaite de mon cœur qu’elle soit voulue, qu’effectue FOG, est la retranscription d’un cauchemar réel qu’il tempère avec un « Rions-en ». Son livre n’est pas une comédie, ce n’est pas un quiproquo. Il provoque la désolance, il démunie le lecteur, il nous désarme, il nous rend pitoyable. Vanter ces qualités humaines serait-il source d’enrichissement personnel ? Serait-il source de bonheur ? Je ne le crois pas. Ce sont les Grands Hommes qui, en vantant la bonté des êtres humains, ont fait avancer l’humanité.

L’art

Cet écrit pose aussi la question : « Qu’est-ce que l’art ? »  Si l’idéal livresque prend une telle forme, alors je n’ai plus envie d’écrire.  Ce que j’ai lu par nécessité au collège, au lycée, et ce qu’on apprend toujours ; ce sont les grands écrits, les lignes d’écriture fluide, les phrase ciselées, les pensées domptées malgré le fait qu’elles soient pourtant indomptables. Une vie de rêve à travers l’écriture nous était vantée. La personne que représente FOG, à la fois journaliste et écrivain n’est pas le Victor Hugo de cette époque. Victor Hugo a grandi dans une famille bourgeoise mais il a su apporter au peuple son adoration pour la culture, pour la vie, malgré la détresse ambiante. Il a su faire évoluer le peuple. Il a su s’extraire de sa condition grâce aux lettres pour montrer sa noblesse d’Homme. Il a  su se transcender, se transformer, se faire Homme et ainsi donner envie aux Hommes, encore aujourd’hui d’ailleurs, d’être homme, de devenir Homme.

Ce n’est pas l’art auquel s’attèle FOG.

La construction grossière du livre

Les prémices de son écriture sentent le bricolage d’histoire : les entrêlements  d’une histoire déjà écrite avec des rajouts de l’actualité d’aujourd’hui : le COVID-19. Cette histoire est insensée, troublante, incompréhensive et dramatique.

L’auteur évoque trois grands thèmes majeurs : la canicule, la liberté d’expression bâillonnée, l’islamisation sociétale, l’urgence sanitaire. Là encore, ces grands thèmes ne sont pas employés à bon escient, c’est-à-dire ficelés autour d’une histoire distrayante. Ils sont jetés en pâture, nous rendant plus démunis que nous ne l’étions déjà.

Enfin on soupçonne que l’inspiration raoultienne ait fait poindre l’arrivée du professeur de médecine dans son livre ; ce qui pour le coup, ne serait pas un reproche bien que la figure peinte soit vulgaire.  

L’amour  

Pour ajouter une touche de morosité à ce livre qui l’est déjà trop, nous pouvons dire qu’il n’a ni queue ni tête. Autant il est vrai qu’il n’a pas de tête car il n’a aucun sens ; autant nous pouvons dire qu’il a une queue. Rien dans son texte n’incite à la réussite de l’amour. Ce sentiment devient presque malpropre, désespérant, les personnages sont d’une dépression morose, à se suicider. L’amour n’existe pas, l’amour n’existe plus. La narratrice en devient la profiteuse, elle que nous croyions naïvement être fondée sur des vertus et la sauveuse, quelque part, du narrateur. Il se trouve qu’elle le trompe,  et pire encore, on sent qu’elle n’a peut-être pas de remords. Elle refait facilement sa vie ; et la légère philosophie qu’elle admirait chez cet homme est négligée.  Elle l’emploie finalement pour justifier ses propres vices de luxure.

L’amour que développent les deux partenaires est un amour assez malsain, très peu ordinaire, c’est un mélange de fiction et de réalité malpropre. Le sexe est évoqué comme un vulgaire échantillon.

Puissance symbolique

 Le lecteur est perdu, il ne sait comment plonger dans cette eau tiède. L’auteur nous trouble par le fait qu’il se glisse dans la peau d’une femme. Nous pensons à lui lors de notre lecture ce qui n’aide pas à l’évasion et à la compréhension du créateur ; car c’est un mélange de réalisme et de fiction. FOG transmet-il à travers cette femme ses propres pensées ? Sait-il seulement ce qu’une femme pense du sexe ? Je ne pense pas qu’une femme vulgarise autant le sexe de l’homme. C’est rendre réel un cauchemar dont nous ne voulons pas. FOG banalise la sacralité d’un acte dont on souhaite qu’il soit amoureux, glorifié ou rendu noble. Ce n’est pas ce qu’il se passe. Il veut sûrement, c’est une supposition, plaire à la nouvelle génération. Mais son travail est finalement un acte odieux : c’est une honte d’ériger en livre la décadence qu’il dresse. C’est une honte de voir que ce qui fait la noblesse d’un livre est souillé par des pages dont la hauteur ne devrait pas se hisser au rang d’un tel travail ; de devenir l’objet que représente un tel travail. Comment peut-il hisser le rêve des futures générations s’il les détruit par le texte, par ses pages ?

Le rire

Le rire n’excuse pas tout. Son livre n’est pas à prendre à la rigolade. Cet homme excuse la banalité de son récit par le rire. Les choses, et en effet, l’avenir sont terrifiants. Mais comment, en mélangeant tous les genres, en faisant passer le faux pour la réalité et la réalité pour le faux, servir une noble cause ? Quel est le message ? Pourquoi ne pas avoir écrit un essai journalistique, lui dont l’œil aiguisé aurait pu servir, et sert encore, à déterminer les élans sociétaux, à les comprendre, à les décrire. Sa voix ne serait-elle pas plus entendue s’il l’employait en tant que professionnel du journalisme ? Il n’a pas écrit concrètement le témoignage de sa vie journalistique, ce que je l’incite à faire. Ce serait beau, réel et vrai ; un témoignage de notre ère, de l’intimité de ses rédactions corroboré par une réelle introspection, honnête, dont la fragilité serait révélée et assumée.  Son travail serait rendu honorable et ne serait pas le massacre de différentes professions repoussant un peu plus la volonté de lecture ; encore seul plaisir dont on aimerait pouvoir jouir encore longtemps.

Les thèmes d’espoir

Le seul point positif de son livre c’est  l’évocation du journalisme. On sent là, dans des versions malheureusement infimes, un auteur maîtriser son sujet. Il pourrait alors devenir intéressant mais ces attentions ne sont que sur le seuil de l’entrée d’un monde. De nombreuses citations sont également égrenées mais leur rôle est inconnu. Elles investissent les propos du narrateur et de la narratrice mais ces bribes de connaissances sont là aussi, jetées en pâture. Elles n’ont aucun développement. Cela manque terriblement et nous affame de son livre. Il est de terribles manques existentiels comblés par des histoires d’actualités dont l’artificialité détruit le livre. Le passage sur les hauteurs d’un sanctuaire est un magnifique passage à partir duquel l’auteur aurait pu tisser une histoire, malheureusement cet espoir n’est qu’un songe.  

Conclusion

FOG peint une vision très critique, sidérante, horrible de la réalité qui serait mieux entendue si elle se traduisait sous la forme d’une réelle réflexion et davantage prise au sérieux si elle se faisait sous la forme d’une analyse de l’actualité ou d’un traité. FOG a voulu tout faire en même temps, mais son livre n’a malheureusement ni queue, ni tête.

Publié par magrenobloise

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2 commentaires sur « Franz-Olivier Giesbert ; Fin de partie pour l’écriture »

  1. Pas lu ce bouquin… (et ne le lirai probablement pas ! ) mais votre critique est particulièrement agréable à parcourir (comme quoi… on peut faire du « Beau » même en partant sur de mauvaises bases !

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