Adieu la Grande Dame, Gisèle Halimi

Madame Figaro rendait un hommage poignant à Gisèle Halimi décédée le 28 juillet 2020, à travers une interview croisée de l’avocate et de Claire Chazal, les questionnant sur leur rapport à la féminité, la maternité, l’indépendance. Leurs paroles sont inspirées et inspirantes mais ne reflètent plus en rien la société actuelle.

Les paroles de Madame Halimi décédée le 28 juillet 2020 dans cette interview sont d’une très grande force, d’une très grande croyance en la connaissance. L’émancipation féminine, et masculine, s’est faite et se fait encore, grâce à l’éducation. Lorsque l’on voit Madame Traoré s’agiter dans la rue, lever le poing, croyant défendre une cause noble, être femme et minoritaire ; je n’ai, personnellement, en tant que femme, pas envie de lui ressembler. Je ne m’identifie pas à cette personne. Elle utilise les causes nobles pour faire parler d’elle mais elle ne constitue pas une idole, elle ne représente pas l’idole ni des jeunes, ni des femmes, ni des minorités. Elle ne ressemble en rien à Rosa Parks et à Gisèle Halimi. Ces femmes ont servi leur pays grâce à leurs gestes, grâce à leurs actions, grâce à leurs mots. Elles ont fait avancer la cause des femmes, honorablement, respectueusement. Elles ne l’ont en rien desservie. Elles n’ont pas renvoyé une image de la femme sauvage, guerrière, assoiffée de sang, elles ont renvoyé une image de femme résistante, de femme se voulant libre et si elles se voulaient guerrières alors elles étaient avant tout pacifistes. Ce que voulaient ces femmes et ce qu’elles veulent encore aujourd’hui, ce n’est pas d’être de farouches opposantes des hommes, ces femmes ont dénoncé des injustices qu’elles soient commises par des hommes ou par des femmes. Car l’injustice n’a pas de sexe. L’injustice est punissable, voilà seulement ce qui compte. Le point sensible sur lequel Madame Halimi était particulièrement exigeante  c’est le droit au respect du corps féminin. En pénalisant un acte sexuel non voulu, un viol, un crime, Madame Halimi a participé à l’institutionnalisation du corps de la femme en société. Grâce à la connaissance, au savoir, elle a réussi à faire reconnaître le corps de la femme comme étant objet de connaissance, un objet de bien public, un objet de droit public, un objet d’utilité publique, un objet de respect.
Madame Halimi s’est finalement battue pour que les femmes bénéficient du même droit dont jouissent les hommes une fois devenus adultes. Ces derniers ont le droit à l’abstraction. Il n’y a guère de droit à l’abstraction féminine, seulement le droit à l’attraction féminine et lorsque certaines femmes ont droit à l’abstraction féminine qui plus est dans un monde d’hommes, alors résident seulement des copeaux d’attraits féminins : des cheveux courts, une allure austère. Toutes ne sont pas comme cela, mais avec des modèles d’un féminisme masculin pour réussir, pour prouver aux hommes cette non-volonté de séduire malgré ce corps dont les attraits trahissent une attirance que peut-être les prédateurs ne sauraient repousser, ce corps trahit malgré lui un péché. Madame Halimi assumait sa féminité. Elle était bien plus qu’un simple corps féminin déterminé par ses attraits sexuels. L’abstraction féminine c’était pour elle être un objet de connaissance qui demeure respectable et respecté de par ce qu’elle inspire. Madame Halimi l’énonce clairement, « les femmes ne sont pas faites [que] pour être mère » confie-t-elle dans l’interview. Leur rôle biologique est ce rôle-là, tout comme celui des pères est celui d’être géniteur, mais là n’est pas leur fin. Elles ont un rôle à jouer dans la société, tout comme les hommes ont le leur. Les femmes, davantage que les hommes sont abreuvées d’images fantasques sur leur physique. Ces stéréotypes qui gavent les industriels cosmétiques ôtent tout charme,  toute réalité, et toute humanité à l’objet de chair féminin qui ne doit plus être que superficiel pour plaire en société ; ce qui est une illusion. Les hommes ont eu aussi leur lot mais les modèles de réussite sont plus riches, plus courants. La femme doit prendre exemple sur l’homme pour réussir ; les hommes vertueux. Sur quelle femme peut-elle désormais s’idéaliser ? Elles sont trop peu nombreuses, trop peu connues.

Pour Madame Halimi, le combat est physique. Ne pas définir la femme par son simple corps, sa simple fonction, son rôle biologique. Cette femme, tunisienne, a lutté contre son propre camps, contre la religion, contre le voile, contre sa propre famille, égoïstement, volontairement, pour s’émanciper, pour une noble cause, pour le bien public.
 
Quelle(s) femm(s)e représente ce combat démocratique, juste et noble ?

Madame Trierwieler avait raison lorsqu’elle s’exprimait il y a peu sur les réseaux sociaux en disant que le rôle de la Première Dame n’était cantonnée qu’au fameux « Sois belle et tais-toi ». Il est vrai que seules les tenues de Brigitte Macron sont commentées ; l’être est totalement effacé.  Et quand est-il de son savoir ? Pourrait-elle partager l’honorabilité de sa connaissance ayant permis à son mari de devenir  Président de la République ? Quel modèle de femme a-t-elle été pour lui ? C’est une leçon d’éducation française que nous aimerions recevoir.  Madame Macron appelait Nabila (connue pour le trop fameux « Allô, tu es une fille et tu n’as pas de shampoing ? » ; réflexion on ne peut plus sexiste) pour la remercier  de son geste pour l’AP-HP. Elle remerciait une jeune fille représentant soi-disant la jeune génération. Son influence est, il est vrai, considérable, elle se compte en million de followers. Mais cette jeune femme, aussi gentille soit elle, ne représente en rien la jeune génération ou la représente mal. Nabila ne représente pas bien les femmes. Elle ne contribue pas à redorer leur image. Elle a choisi la superficialité, l’artifice pour sortir de sa condition, pour plaire. Elle emploie son physique non pour servir un dessein supérieur, non pour connaître, pour savoir, mais pour plaire ; elle l’emploie en tant qu’objet sexuel. C’est porter bien bas la cause des femmes défendue par Madame Halimi.

Sources :
Madame Figaro : « Les femmes ne doivent jamais se résigner »
Marie-Claire : Ce que les femmes doivent à Gisèle Halimi

Publié par magrenobloise

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