Les nouveaux chiens de garde

L’évolution du journalisme a tourné au désastre. En France, ceux qui vaquaient à cette profession étaient les grands romanciers : Emile Zola, Victor Hugo, Alexandre Dumas et tant d’autres. Ils écrivaient des brèves, des histoires, partageaient leur mécontentement mais savaient avant tout lire, écrire, idéalisaient la France et partageaient  avec la verve qui les caractérisait cet idéal, grâce à leur imagination, leur passion,  parfois leur désolation, leurs idées.

Le modèle des Etats-Unis fit ensuite son apparition en France. Il permit d’intégrer un modèle publicitaire dans les pages des journaux grâce aux annonces et aux comics publiées de façon épisodique.
Le journalisme d’investigation se créa grâce à une femme, Nellie Bly, qui apporta sa pierre à l’édifice. Après un séjour en hôpital psychiatrique simulé, elle dénonça les sévices subits par les malades pour les conter aux lecteurs. Son témoignage incita le gouvernement américain à débloquer des fonds pour modifier les pratiques innommables à l’encontre de ces femmes internées.

Une autre fameuse figure américaine est celle d’Hunter S. Thompson. Son style réaliste, d’écrivain-journaliste plongé au cœur de l’évènement, inspira par exemple la rédaction de Las Vegas Parano. Il retranscrivait sa relation aux bikers, ou des courses de motos dans le désert de Las Vegas sous l’emprise de drogues. Ce journalisme « gonzo » expérimentateur, autobiographique, subjectif, plaisait au lecteur. Il fit la gloire, à un moment donné, de la profession.

Il y eut également  Albert Londres. Ce journaliste français, qui, partant pour l’étranger, contait  les expériences de vie et de culture. Ce fut des témoignages poignants et magnifiquement retranscrits  dont  Au Bagne ou Les Forçats de la route en sont des exemples historiques.

Ce journalisme-là est mort. Seul Sylvain Tesson, écrivain, subsiste.

Depuis quelques années on assiste à un microcosme de journalistes qui n’est plus en contact avec la population. Plus attachés à obtenir des privilèges ils commentent de moins en moins  ce qui se déroule réellement, concrètement. Ils ne souhaitent plus obtenir une certaine gloire à représenter le peuple, tout en étant eux-mêmes, à raconter ce qu’ils voient, humainement et ainsi faire avancer la société. Ils veulent juste intégrer cette caste de noblesse. Pendant ce temps-là, c’est effectivement  les bourgeois, les foyers modestes, les pauvres qui travaillent et personne ne les représente.

Depuis quelques temps le seul porte-voix respectueux des milieux modestes et des pauvres mais qui n’en n’est pas moins exigeant ; est Michel Onfray. Ils sont d’ailleurs plusieurs à vouloir respecter les codes d’humilité, les codes de vérité, la réalité des faits : Didier Raoult, Michel Onfray, Etienne Klein, en sont des exemples frappants. Les nouveaux journalistes sont des chercheurs.

Ils sont des personnes qui permettent, à travers leur voix, à la communauté de s’exprimer. Leur pensée honnête, franche et précise, permet de faire passer nos pensées. Nous adorons ces personnes que le système capitaliste n’a pas pourri. Cela, au point de nous demander : comment ont-ils fait ? Comment ont-ils réussi à être si imperméables à ce système qui demande que toute humanité, toute conviction soit effacée, oubliée, au profit de l’argent.

 Les nouveaux chiens de garde, film de Serge Halimi dénonçait en 2001, les arrangements journalistiques, politiques d’une sphère microscopique puissante. Les fins journalistes et les fins observateurs avaient déjà pu observer, remarquer et faire surgir un problème déontologique rongeant la profession.

Aujourd’hui, les offres d’emplois que l’on trouve en matière de journalisme recouvrent d’un journalisme marchand. Ce n’est plus un journalisme de valeurs, ce  n’est plus un journalisme de convictions, c’est un journalisme qui vise à mettre en avant, un évènement. Il s’agit d’interviewer les gens sur ce qu’ils pensent de l’arrivée de la neige. Il s’agit de poser cette question, d’interviewer la personne, de la filmer, de monter le film, d’apposer au montage un bandeau institutionnel de la chaîne pour faire croire que l’on a informé. Ce travail, est bien sûr, effectué par la même personne en quelques heures seulement. Il est évident qu’il ne faut plus être journaliste, mais être surhumain. L’information a remplacé le journaliste qui lui est devenu une machine.

L’information diffusée dont le bandeau légitime l’information en question, n’est qu’une illusion.  Car qu’en est-il de la réflexion ? Pourquoi n’interroge-t-on pas plutôt les individus sur ce qu’ils pensent par exemple de la nouvelle  loi obligeant à l’équipement de pneus neige ? Bien sûr, tout le monde est ravit de voir de la neige, mais cela ne fait pas avancer le schmilblick. Cet asservissement à l’autorité de l’évènement, nécessite d’être dans un moule dans lequel le journaliste s’engouffre. Le journalisme est devenu sensationnel, pur évènement, pure marchandise. Il est devenu un contenu quelconque, une nouvelle façon d’informer qui, croit-on, assouvit les gens, mais les endort plus qu’autre chose. C’est une marchandise, un supermarché d’idées dans lequel on va faire ses courses. Il offre ceci ou cela, et rares sont désormais les contenus intéressants. Ils forment une niche, ce qui au vue de l’explosion des offres est paradoxal. L’éducation médiatique est désormais d’actualité et sa forme fait des ravages.

Lors de mes études en faculté de journalisme et communication, on nous présentait la théorie de la seringue hypodermique. J’avais du mal à croire en cette seringue. Katz et Lazarsfeld, les promoteurs de cette théorie considéraient les médias comme une seringue implantant sa substance dans le cerveau « plastique » des gens. Elle régissait ainsi leur comportement. Aussi, ne peut-on pas mesurer cette influence mais à voir la façon dont les jeunes d’aujourd’hui agissent c’est-à-dire ne s’informant pas ou s’informant à moitié grâce à des vidéos  de 4-5 minutes maximum, pré-empaquetées sur les réseaux sociaux, lisant un titre de presse pensant qu’il suffit à informer, s’offusquant devant une information politique, scientifique qui suscite leur étonnement, leur mécontentement, ne sachant que faire, réagissant bien ou mal, et qui, pour espérer faire entendre leur voix, leur révolte partagent cela dans la nouvelle Agora que constitue Facebook ou les réseaux sociaux. La concrétisation de cette influence c’est également Marlène Schiappa qui intègre l’émission de Cyril Hanouna pour faire entendre une voix politique auprès des jeunes, promouvoir un semblant d’éducation mise aux abîmes.

Je me dis que le monde a changé et je ne veux pas y souscrire. Les politiciens sont complices de cette sourde volonté de laisser les gens s’exprimer dans ces plateformes. Le déversement de haine, de colère, les messages de diverses passions  leur permet un immobilisme politique. Ils laissent ainsi les gens se libérer illusoirement de leurs passions. Parfois, lors d’un tsunami tweeterien, les dirigeants réagissent  par peur d’être envoyés au bûcher.  La  décision est ainsi souvent prise à la hâte pour satisfaire ce qu’ils croient être la raison quand il s’agit de la passion. Ainsi, la passion oriente maintenant les décisions.

La preuve en est, Apolline de Malherbe a été promue sur les ondes de BFM TV. Elle représente ainsi la nouvelle génération de journalistes, une grande-gueule. Or, elle est connue pour avoir fait un procès à un avocat, Juan Branco. Elle a rendue sur ses ondes, empêchant toute réponse, sa propre décision, son propre jugement à son encontre. L’avocat en question  ne put répondre, outré de sa parole ; et la journaliste sonnant la fin de l’émission, lui coupait l’herbe sous le pied. Il lui en fit d’ailleurs la remarque mais elle ne le laissa pas répondre. Cette affaire fut tapageuse ; on en entendit parler quelques jours durant. Elle provoqua une vague en France, au point que la journaliste en question fut « épinglée par le Conseil de déontologie journalistique qui lui reprocha son manque d’impartialité. » écrit la dépêche.fr. Elle avait qualifié l’avocat en question de manipulateur. L’avantage de faire grand bruit, bien qu’injuste, c’est qu’il assure la promotion. C’est ainsi qu’Apolline de Malherbe fut promue et eut l’honneur de rencontrer Didier Raoult pour… le démonter. Son agissement journalistique est vanté par la profession, admiré. Elle a d’ailleurs les honneurs de remplacer Jean-Jacques Bourdin, connu pour être l’ancienne grande-gueule de RMC. Elle mena d’ailleurs récemment l’interview du nouveau Garde des Sceaux, Eric Dupont-Moretti.

Cette interview fut, une catastrophe.

Situé dans ce bel écrin qu’est le bureau du Ministre, Apolline de Malherbe est face à l’ancien avocat, connu médiatiquement pour des procès parfois douteux, frôlant dangereusement avec la liberté des droits de l’homme, mais doté d’une fabuleuse personnification médiatique. Dans cet écrin, la journaliste introduit son propos avec une description magistrale de l’homme en question, dont la fonction exige la retenue, l’excellence, la rigueur, en bref tout ce qui qualifie l’institution et donc la France, et décrit ce ministre disais-je donc par : « Si on regarde ce qu’il s’est passé depuis votre nomination, la première réaction c’était une déflagration dans tout le pays, c’était waouh ! Mais si on est tout à fait honnête on est un peu passé du wahou au bof, bon, c’est ça finalement Eric Dupont-Moretti, ministre, il est passé où le Eric Dupont-Moretti grande gueule, très libre, qui osait parler de tout, il est où ? ». Quel beau français ! Et quel calme désarmant, quelle idée somptueuse que de répondre par une phrase comprenant la question au pied de la lettre. Eric Dupont-Moretti répond en sage, en père. Les questions que l’on aurait envie de lui retourner sont : « Mais n’avez-vous pas honte, madame la journaliste de poser une telle question ? Croyiez-vous représenter le peuple  par cette analyse sociologique réduite et infiniment humiliante ? »
Son comportement enjoint à détester l’homme qui possède la fonction alors que celle-ci est honorable. Comment peut-on laisser une carte de presse à cette dame si elle croit juger le ministre de ce qu’il vient à peine d’arriver ?

Pour ma part, j’ai regardé son introduction à l’Assemblé Nationale, ainsi que sa réponse aux députés lors de la Commission des lois de l’Assemblée Nationale le 20 juillet dernier. Le ministre a répondu à toutes les questions des députés, il n’est pas au courant de tous les dossiers, il l’avoue, cependant grâce aux collaborateurs desquels il semble proche, il est mis au courant et n’évolue ainsi pas en vase clos. Il est éloquent,  représente effectivement la France, et sa parole est d’ailleurs toujours  juste.

Cependant, le personnage, et l’homme doivent s’effacer au profit de la fonction qu’il représente. D’ailleurs il l’a évoqué auprès d’Apolline de Malherbe. « Il y a des règles à respecter » lui a-t-il dit. Le spectacle est donc terminé, le rideau est baissé. 

Ce n’est donc plus la fonction qui est au service de l’homme mais l’homme qui est au service de la fonction. C’est ce dont il s’agit aujourd’hui.

Et je ne crois pas qu’en introduisant son propos tel qu’elle l’a fait, Apolline de Malherbe honore sa profession de journaliste, qui se trouve aujourd’hui en piteux état. Elle n’honore pas non plus une population qu’elle croit représenter. Elle représente par son analyse, par son non-respect de la fonction une populace, elle alimente la haine à l’égard du pouvoir, elle n’honore aucunement les idées qui ont fait la grandeur de la France et que servent ces personnes. Le contrôle du pouvoir est nécessaire mais la façon dont elle le surveille n’est pas estimable. Elle ne s’attaque pas aux faits, elle s’attaque à la personne. Apolline de Malherbe jalouse la réussite de Monsieur Eric Dupont-Moretti et estime d’elle-même que celui-ci a de grandes ambitions. Et si cela était le cas, en quoi serait-ce mal ? Ne faut-il pas avoir de grandes ambitions pour réussir, pour honorer la France, n’est-ce pas ce qui a fait rêver les Français, les auteurs, les journalistes d’antan ? Serait-ce désormais le buzz qui fasse rêver ? L’argument développé par Apolline de Malherbe détruit l’homme. Cette journaliste déshumanisée, animée par un instinct de populace détruit Eric Dupont-Moretti dans la logique de faire du buzz. Sait-elle seulement à qui elle s’adresse ? Pourquoi n’a-t-elle aucun respect ? N’a-t-elle pas honte de ne pas avoir de tenue avec la fonction qu’elle possède ? Si c’est cela, la nouvelle profession de journaliste, alors je ne veux pas en être. Par ailleurs, et loin de vouloir susciter les polémiques, les journalistes sont les premiers à remettre tout le monde en question, à interroger, à se faire les chiens de garde d’on ne sait plus quoi. Ils sont aux yeux de tous désormais, les chiens de garde de leur propre profession, dévorant les hommes qui oseraient les remettre en question. Elle dévore ainsi tel un loup, sur la place publique, un autre loup avec qui elle est censée faire société. Par son comportement désormais public, Apolline de Malherbe montre celui à adopter. Si l’on veut réussir il faut : la détestation de la réussite d’un homme de pouvoir, par-là, la détestation de la France, la méchanceté ou l’humiliation, l’emploi de mots vulgaires et la non-réflexion. A quand la rédaction d’une éthique journalistique pour l’instant inexistante redorant la profession ? Ne prend pas la parole qui veut.

Publié par magrenobloise

Webmagazine

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :