Génération de victimes

Dans un article daté du 27 juin 2020, le journal Marianne évoque un phénomène sociologique touchant la jeune génération : le « narcissisme exacerbé, incapacité à gérer ses émotions, individualisme : les symptômes d’une génération « fragile ».

L’article pointe la difficulté avec laquelle la jeune génération se soumet difficilement à la critique, préférant implorer le statut de victime. En cause ? Le manque de maîtrise de la langue, de repères historiques, de savoirs philosophiques.  Ces lacunes existentielles inciteraient les étudiants à conceptualiser le savoir de façon militante générant chez eux un paradoxe venu des universités états-uniennes : « déconstruire les savoirs qu’on lui demande et « en même temps » les acquérir ». Le « déconstructionnisme échevelé accentue la défiance à l’égard du cadre pédagogique, défiance qui est fallacieusement présentée comme de l’esprit critique »  indique une universitaire.

Pour le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez, « les générations précédentes étaient beaucoup plus portées par tout un tas de contraintes et d’obligations. [..] Il y avait à se construire par rapport à tout un ensemble de codes et de valeurs qui leur étaient transmis. Aujourd’hui, les injonctions ne sont plus « tu dois faire ceci ou cela ! mais « sois heureux ! »

Cette fragilité exacerbée due à la position victimaire déresponsabiliserait l’individu, qui reporterait la faute sur « l’autre ».  La colère serait la réponse à ce trop-plein émotionnel, un sentiment permettant d’extérioriser les attaques extérieures mal vécues. Accablés par les échecs ces jeunes n’auraient aucun moyen de construire une véritable estime de soi.  Le manque de cadre dans la société actuelle n’aidant pas à effacer ce type de fragilité.

Le journal évoque également deux fragilités différentes suivant le type de victime. Elle serait tantôt honorable, autorisée, tantôt honteuse, indigne de compassion ; certaines « victimes » se transformeraient ainsi en «harceleurs ».

« En somme, notre génération « fragile » faite de « victimes » en puissance adore se trouver des « victimes » à accabler en les traitant de « fragiles » » ironise le journal. Paradoxe philosophique intéressant à constater, à révéler et surtout à penser.

Publié par magrenobloise

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