Le lait médiatique empoisonné

C’est à une courte mais puissante enquête médiatique à laquelle s’est livré Dylan Henri, agent contractuel de l’Etat pour Front Populaire le 19 août dernier. Une enquête dans laquelle il dénonce et dévoile le rôle du Qatar dans l’économie française et son implication idéologique. Pour comprendre tout cela, Ma Grenobloise vous propose une mise en perspective analytique.

Théories

En master Journalisme et Communication, les étudiants apprennent les théories informationnelles et communicationnelles qui leur permettront de posséder les outils conceptuels,  futurs composants de leur ferment analytique. L’une des théories intéressantes est celle de la seringue Hypodermique. Cette théorie dénonce « les ravages quotidiens causés par les médias ». Ainsi que l’explique le chercheur Daniel Dayan[1], « Cette dernière est à la fois une théorie de la société et une théorie du rôle qu’y jouent les mass-médias ». La société est une société de masses. Les médias injectent idées, attitudes, et modèles de comportement à des individus atomisés, passifs, et particulièrement vulnérables. ». Katz et Lazarsfeld développèrent la théorie du two-step flow ou « modèle des deux étapes du flux de communication. Ce modèle confère à des « leaders d’opinion » un rôle décisif : [ils constituent des] relais ou des médiations entre les messages des communications de masse et les publics. ». Ces chercheurs minimisent la théorie de la seringue hypodermique et défendent l’idée que le récepteur est capable de sélectionner les informations qui l’intéressent. La formation des opinions se concevrait ici en termes de  « réseaux de relations interpersonnelles ».

Todd Gitlin est l’une des critiques des plus virulentes à l’égard de cette dernière théorie. Cette vision du récepteur « évacuerait le problème [de l’influence] au lieu de l’expliquer ». Leur « thèse visent à mettre en [évidence] la résistance des publics aux messages produits par les médias, et à passer sous silence leur docilité et leur passivité vis-à-vis de ceux-ci. »

Exemples

Il est deux exemples qui montrent l’impact direct des médias sur les foules. Un des cas appris à l’Université de Neuchâtel, lors d’études de journalisme est celui du canular radiophonique d’Orson Welles.

Le soir du 30 octobre 1938, CBS diffuse en flash info, un canular inspiré de « La Guerre des Mondes » faisant croire qu’une invasion de Martiens est en cours. Les américains, paniqués, se mirent à fuir, créant des émeutes dans les rues. Cela démontre avec brio les effets immédiats (fuite, débandade) que suscite la diffusion d’information provoquant la peur chez l’individu. Voilà ce que provoquent des informations institutionnalisées entendues comme sérieuses et qui sont ici tournées à la dérision.

Cette expérience peut trouver  un fort écho aujourd’hui avec la panique ayant envahi certains individus, les ayant incité à quitter Paris pour les provinces et fuir toute potentielle exposition au Coronavirus. Le Professeur Didier Raoult annonçait lui-même « Ce dont j’ai le plus peur, c’est de la peur ». Il exemplifiait cette pensée à l’aide de l’épisode du choléra. Les gens pris de panique avaient fui les villes et étaient morts dans la débandade.

 Un second exemple fort éloquent est celui de la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrant la mort de George Floyd. Cette diffusion visait à dénoncer pour ceux qui la regardèrent l’atrocité de l’acte d’un homme. Ce visionnage suscite l’indignation, l’horreur, la révolte, en cela le message s’adresse directement à l’émotion humaine et à la raison, en ce qu’elle ne peut supporter ce genre d’acte.

En France, le contexte n’a jamais fait état d’une telle violence. La France et l’Amérique ont des passés historiques différents. Nous avons tellement été imbibés de la culture étasunienne et nous faisons nôtre, leur révolte. Nos sentiments sont les mêmes face à ce crime mais pas l’histoire. Faire nôtre, leur révolte est illusoire, et cela montre bien à quel point nous sommes déracinés et que les médias sociaux, les informations sociales, mondiales, nous déracinent. Les faits doivent être historicisés, recontextualisés et jugés par la justice.

On peut se poser la question du rôle de la personne qui a filmé et qui est à l’origine de cette vague médiatique, politique, émotionnelle, sociale, qui a mondialement déferlé. Cette vidéo permet de rétablir des faits auprès de la justice. Cependant il est deux faits que nous observons et que les étudiants en journalisme apprennent durant leurs études. Premièrement cette vidéo est une atteinte à l’intégrité de la personne. Celle-ci en l’occurrence George Floyd se trouve allongé, menotté, soumis au corps d’un homme, d’un policier qui l’écrase. Deuxièmement, cet acte paraissait odieux à celle qui s’est empressée de filmer la scène pour la dénoncer mais qui n’est pas pour autant intervenue. Cette jeune fille est jeune, 17 ans et n’a pas osé contester l’ordre. Elle a sortie son arme qu’est le téléphone portable et la preuve qu’est le film.  L’instinct selon lequel l’acte commis n’est pas légal était instinctivement bon. Pourquoi ne veut-on pas agir et préférons-nous détenir la preuve de la vérité par vidéo ? Pourquoi avons-nous plus confiance en la technologie pour prouver des faits réels que de changer cette vérité réelle insoutenable ? Est-ce là les actes mémorables, historiques, gravés dans le marbre de l’histoire ? Est-là la nouvelle Rosa Parks ? Est-ce là les actes, les mots de Nelson Mandela ? De Martin Luther King ? De Barack Obama ?  Pourquoi ne pas contester l’autorité lorsque l’autorité est en tort ?

L’autorité de la blouse blanche

La légitimité du costume est ici royalement respectée malgré les évidences d’un abus de pouvoir. Ce comportement d’obéissance envers l’autorité est illustré à travers une autre théorie de communication. C’est la « théorie de la blouse blanche », une preuve de la soumission à l’autorité expérimentée par Milgram.

Des personnes participent à une étude au sein de l’Université de Yales. Ces participants doivent tenir après un tirage au sort truqué, le rôle de professeur. Ce professeur doit poser des questions à un élève, complice de l’équipe de Milgram, et lui administrer des chocs électriques si l’élève donne une mauvaise réponse. Au fur et à mesure de l’expérience, l’intensité des chocs électriques administrés augmente.  L’élève complice n’est en réalité pas en contact avec les chocs électriques et simule la douleur. Le scientifique en blouse blanche, l’organisateur de l’expérience, encourage le professeur à suivre les consignes et à administrer des chocs électriques à l’élève malgré la douleur apparente (mais simulée !) de l’élève. Le professeur s’exécute, à contre cœur, sans contester l’ordre.

Ce que révèle cette étude c’est que peu de participants remettent en question l’autorité. Ils obéissent aux ordres du scientifique en blouse blanche de par la légitimité que lui confèrent son statut et le cadre institutionnel dans lequel il évolue. Il est de plus incité à bien tenir son rôle, réussir l’expérience.

Les conséquences sur le rôle du sujet sont multiples : le participant perd le sens des responsabilités, son image est valorisée par une autorité sadique qui valorise l’obéissance et le complait dans ses actes, le sujet sera le siège d’une tension car il fait souffrir autrui[2]  et cela le répugne.  

Cela n’est pas sans rappeler le régime nazi et ses collaborateurs qui croyaient faire leur devoir en exécutant leur congénère. C’est la non contestation de l’ordre établi malgré l’atrocité des crimes commis.

Les médias

L’influence des médias, des comportements humains, des « leaders d’opinion » sur d’autres sont constatables. Ce raisonnement trouve un écho particulier dans la bouche de Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1 qui en 2004  déclara « Ce que nous vendons à [nos annonceurs] c’est du temps de cerveau humain disponible ».

Les jeunes sont la cible idéale des façonneurs d’opinion pour reprendre l’expression de la journaliste Aude Lancelin lors d’une interview avec Emmanuel Todd[3]. Ils sont ainsi les proies des GAFAM qui leur promettent un avenir 2.0 radieux, les consommateurs de McDonald et de sucres, les visionneurs d’informations rapides et peu nourrissantes, une « infobésité » ainsi nommée dans le jargon scientifique communicationnel.  Leur extrême naïveté, leur plasticité cérébrale, font d’eux des êtres malléables qui seront les ardents défenseurs de telle ou telle idéologie, tel ou tel sentiment, suivant ce que leur éducation leur aura inculquée. Ils se fieront à leurs sentiments et non plus à leur raison. « J’aime ou je nique » pour reprendre les termes éloquents de Michel Onfray.

Ah ! Les médias sociaux ! Quelle bénédiction ! Ces plateformes sont idéales en ce qu’elles peuvent servir d’outils mais elles sont malsaines en ce que les contenus vidéos diffusés sont compactés, laissant croire à ceux qui les visionnent qu’ils se sont forgés une opinion sur un sujet bien délicat.

Front Populaire

Le 19 août 2020, Dylan Henri, un agent contractuel de l’Etat signait une enquête médiatique dans Front Populaire passée à la trappe par les autres grands relais d’opinion et qui pourtant mérite un sacré coup d’œil. On découvre qu’un certain diffuseur de contenu, promoteur ardent du « féminisme 2.0 ; grossophobie ; racisme systémique ; privilège blanc ; appropriation culturelle » en bref ceux qui prônent les valeurs de la French Theory[4], est un média appartenant au Qatar nommé AJ+.

Les contenus visuels sont entourés d’une bannière jaune et sont très dynamiques. Ce qui est embêtant dans l’histoire ce n’est pas que de nombreux diffuseurs s’arrachent les opinions car c’est ce que tout le monde veut : rallier les gens à sa cause ; ce qui est embêtant c’est que nous ne savons pas, pauvre petit utilisateur naïf que nous sommes, à qui appartient ce média, ces messages diffusés, ces reportages émis. Nous ne savons rien quant à la ligne éditoriale, idéologique qui se profile derrière. Libération, Le Monde, Le Figaro, La Croix, l’Humanité, Front Populaire nous connaissons leur spectre idéologique, politique. Mais qu’en est-il de ce média Qatari ? Quelles sont ses ambitions politiques en France ?

D’après l’enquête, ces contenus se développent sur quelques sujets qui font justement la cause et le malheur de nos sociétés actuelles, ces causes sont au cœur de nos dissensions sociétales. Pourquoi ce média détenu par de riches propriétaires qataris jette-t-il de l’huile sur le feu ? Qui profite(nt), à l’extérieur, du déchirement de la France dont la liberté de l’esprit, la connaissance basée sur les sciences, les découvertes, les arts, la langue a fait la grandeur ? Qui profite(nt) à l’extérieur de cette autodestruction ?

A tous ceux qui grâce à notre périssement, grâce à une guerre civile entre communautés peuvent grandir. Ils s’anoblissent dans notre déchéance, notre désuétude pour enfin être sur la scène du monde. Dans l’article, l’auteur rapporte que « 87% des individus qui résident au Qatar sont de nationalité étrangère », la construction de l’histoire qatari est illusoire, inexistante, superficielle, construite autour de ceux qui veulent gagner de l’argent. Les étendards en sont Nabila Benattia et Thomas Vergara. Mais quelles sont les valeurs que prône une idéologie  dont la volonté de réussite se base sur la destruction d’un peuple ?  N’y a-t-il pas assez de place sur Terre pour que chacun s’anoblisse et forme une civilisation parfaite, chez soi, dans le monde, avec des échanges respectables, cordiaux. Que chaque pays soit maître dans son propre pays et que ceux de l’extérieur, s’ils veulent le visiter, le visite.

Il en en revanche a condamner que le pays se transforme en une vitrine basée sur des valeurs, les lumières et les lueurs d’antan qui n’existent plus, qui ne résonnent plus dans la société actuelle, qui ne rayonnent plus. Nous sommes le reflet d’un peuple qui a voulu plaire et qui en a oublié la raison. Bientôt nous serons soumis à nos ennemis. J’emploie ce terme à dessein car nous ferons l’aumône à ceux qui auront causé notre perte, se réjouiront de nous voir perdre. Car notre perte fera leur richesse.

Le rachat du PSG par le qatari n’est que le reflet de cela : « Il faut acheter pour gagner ». Achetons le PSG, achetons les meilleurs joueurs pour gagner et montrons au monde qui nous sommes. Cela est un leurre, cela ne marche pas. Seuls les français, entraînés de façon ardente sur le sol français sont les véritables joueurs du PSG. Mbappé en est l’exemple parfait. Il est la lumière, la lueur du PSG. Il peut rendre fier Paris. Mais combien sont-ils dans son cas ? Pas assez.

Ce que je veux dire par ces mots c’est que notre appauvrissement intellectuel, notre désintégration solidaire française sont les causes de notre perte. Ces vils plaies sont une luxure pour d’autres qui les considèrent à prix d’or. Nous nous gorgeons, nous nous gargarisons de l’image fastueuse, éclairée, que représentait il y a des années Paris. Ouvrons les yeux, ceci n’est que de la poudre de perlimpinpin. Nous sommes des incapables, nous ne produisons rien.

Cela profite à d’autres mais leur idéologie grandit sur de mauvaises bases : la volonté est celle de détruire les autres, de nourrir le peuple avec les dissensions internes qui l’anime.

Le Qatar comme le dit si bien l’article est le reflet d’un système hypocrite qui en son sein nourrit des atrocités inexistantes sur le sol français : « la charia y est la norme ; ses relations avec DAESH sont très ambiguës ; les stades de la future coupe du monde se construisent par la force d’esclaves ; les homosexuels musulmans peuvent être condamnés à mort ; ou encore, une femme peut y être punie de prison pour adultère même si elle est victime d’un viol ».

Il existe dans notre pays différentes communautés, des minorités qui veulent être reconnues pour ce qu’elles sont. Mais elles sont fondamentalement déjà, ce qu’elles sont. Elles veulent obtenir davantage de droits, peut-être est-ce ce qu’elles réclament ? Ou de pouvoir, de poids dans la société ? Elles veulent une reconnaissance par la loi, mais ces communautés, ces minorités n’ont pas compris que pour avoir une reconnaissance par la loi il faut déjà s’y plier, il faut s’y soumettre et que les hommes ne sont que les outils qui les servent. Le changement des lois, ainsi que le montrent Robert Badintère ou Gisèle Halimi ne s’effectue que par la réflexion, grâce aux hommes et grâce à la loi qui autorise cela. Ces deux personnes se soumettent à la loi, à l’art oratoire qu’elle exige et utilisent la réflexion pour que les hommes, eux-aussi, par réflexion adhèrent à leur propos, au bon sens, à l’évolution culturelle de la société et fassent, ensemble avancer la loi et rendent meilleure la vie de l’homme.  C’est un exercice ardu qu’il faut le faire, il en vaut la peine. Il est estimable et c’est ce qu’il y a de meilleur pour l’homme. Le changement de loi, la reconnaissance d’êtres ne s’effectuent que par l’effort,  l’échange, l’éducation, la dynamique de groupe, la citoyenneté, l’amour pour notre société culturelle, le dévouement. En bref, tout ce que l’on apprend à l’école et qui semble désormais être rejeté et malheureusement ne plus faire la loi.

D’ici quelques années, le peuple français et toutes les valeurs inculquées n’existera plus. Le façonnement de l’opinion grâce aux seringues hypodermiques entre autres d’AJ+ aura nourri les bébés d’un lait empoisonné.


Sources :

[1] Daniel Dayan,  A propos de la théorie des effets limités, 1989. (https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-1989-1-page-93.htm)

[2] La soumission à l’autorité – https://www.psychologie-sociale.com/index.php/fr/index2.php?option=com_content&task=emailform&id=390&itemid=80

[3] Quartier Général, Interview, Emmanuel Todd, Aude Lancelin – https://www.youtube.com/watch?v=zS8hXIUjcS0 

[4] Michel Onfray – French Theoryhttps://frontpopulaire.fr/o/Content/co143225/l-abecedaire-de-michel-onfray-f-comme-french-theory

Front Populaire – « Soft power » qatarien : une propagande en marche – https://frontpopulaire.fr/o/Content/co188300/soft-power-qatarien-une-propagande-en-marche

Publié par magrenobloise

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