Grenoble : l’heure du bilan

Cet article propose un historique de la politique de la ville mise en œuvre par Eric Piolle grâce au rassemblement d’informations issues de différents médias nationaux pour avoir une idée concrète de l’état actuel de Grenoble et de son écosystème.

Introduction

Le Figaro et RTL ont relayé entre le 21 et le 22 août 2020, les avancées politiques entre LFI et EELV suite à la visite d’Eric Piolle le maire de Grenoble aux journées d’été de LFI près de Valence dans la Drôme.

Dans  son article « l’interminable danse du ventre de Mélenchon avec les écolos »,  le journaliste Pierre Maurer décrypte le potentiel accord entre Mélenchon et EELV qui se sont réunis pour la première fois depuis trois ans autour d’une table. Le leader de la France Insoumise « a estimé que les [deux partis] pouvaient s’entendre aux élections départementales et régionales en 2021. »

Si au vu de la rencontre, l’image d’accord d’appareil paraît simple et idéale pour la réussite commune de l’établissement d’une idéologie politique, un second article paru dans le Figaro toujours[1] de Pierre Lepelletier, défriche les ambitions troubles et nombreuses qui agitent le parti EELV et que semble railler voire utiliser Jean-Luc Mélenchon. 

Les dissensions internes chez les Verts proviendraient de cette indétermination quant à la figure du candidat favori pour 2022. Jadot serait le candidat correspondant à l’aile libérale d’EELV. Député européen, il représente en effet le parti dans les instances de Bruxelles et défend une ligne macronienne : « une économie de marché, pour la libre entreprise et l’innovation »[2].

Piolle, en revanche, constituerait l’autre branche. L’article ne dit mot sur le rattachement idéologique, politique de ce dernier candidat mais on suppose, de par sa rencontre avec Jean-Luc Mélenchon, de par sa volonté d’innover à Grenoble en matière démocratique, qu’il se situe sur une branche étrangement « caviarde » socialo-gauchiste. Eric Piolle représente à Grenoble les bobos écologistes qui songent déjà à l’installation de la 5G dans les campagnes tandis que les quartiers sud de Grenoble se délabrent, les infractions toujours demeurent et la drogue toujours fait loi.

La ligne politique de Piolle ratisse large, très large, voire trop large. Le site conçu pour la campagne des Municipales « Grenoble en commun » indique rassembler 11 partis [3]: La France Insoumise, Benoît Hamon, le parti animaliste, le Parti Communiste Français, le Parti Socialiste.

« Nous Grenobloi.s.e.s sommes fier.e.s de notre ville »

est-il écrit sur le site en guise de bienvenue. Il est le miroir de l’idéologie politique.

GRENOBLE – L’HEURE DU BILAN

Deux articles parus dans Valeurs Actuelles « Elections municipales : à Grenoble, l’endettement et l’insécurité s’envolent, mais le maire préfère s’attaquer aux voitures » et « Accueil  Grenoble, le laboratoire des Khmers verts »? ainsi qu’une enquête des Echos « Municipales à Grenoble : l’envers d’une révolution écologiste  » restituent la réalité du terrain suite à des enquêtes pour le moins minutieuses.

Un endettement chiffré vérifiable

« Grenoble est au bord de la faillite. Elle est devenue la première ville de France de plus de 100 000 habitants en matière d’endettement »[4] indiquait l’ancien maire Alain Carignon condamné pour corruption en 1996 et ancien candidat aux élections municipales qui n’avait alors rien à perdre. 

La fondation Ifrap [5], think thank [6] spécialisé « pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques », a décortiqué les comptes des villes et dressé le classement de celles les mieux gérées de France dans Le Point [7]. D’après cette étude il ressort qu’à Grenoble « les dépenses de fonctionnement dépassent désormais les 2 000 euros par habitant par an. Il en est de même pour les dépenses de personnel qui, elles, atteignent 1 036 euros.

Avec une dette annuelle de 3 712 euros par habitant, Grenoble occupe ainsi la 15e place [du] classement (sur 20 métropoles), derrière Toulon et Saint-Étienne. »[8] . Pour couronner le tout « Grenoble arrive à la seconde marche du podium des métropoles dont l’endettement est le plus difficile à résorber juste derrière… Paris. »[9]

Un bilan gris

Comme le cingle l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, « si seulement le maire de Grenoble pouvait s’enorgueillir d’un bilan carbone à la hauteur des espérances des 29.4% d’électeurs qui ont voté pour lui au premier tour des élections municipales de 2014. »  En effet, ainsi que le démontre aisément Emilie Chalas, députée LREM de l’Isère : « Grenoble a-t-elle été végétalisée ? Non. La qualité de l’air s’est-elle améliorée ? Non. Les embouteillages ont-ils diminué ? Une nouvelle fois, non ».

L’hebdomadaire développe : « Les rapports s’accumulent et pas un ne semble aller dans le sens voulu par Eric Piolle. Le plan de la municipalité pour améliorer la qualité de l’air de Grenoble et de son agglomération est loin d’avoir fait la démonstration de son efficacité. La généralisation de la limitation de vitesse à 30 kilomètres par heure, les zones à trafic limité pour décourager l’usage de la voiture, un nouveau plan de circulation et la création d’autoroutes à vélos pour limiter la pollution liée au trafic routier n’ont pas eu les effets escomptés. Pire, l’étude conduite par l’organisme de contrôle de la qualité de l’air Atmo Auvergne-Rhône-Alpes montre que les mesures prises n’ont pas eu d’effet global sur l’exposition au dioxyde d’azote des habitants de l’agglomération grenobloise. »

En effet comme le poursuit l’article des Echos, cela «aurait entraîné des « effets locaux »  à proximité de certains axes du centre-ville, positifs pour 6.400 Grenoblois et … négatifs pour 5.300 autres. Revers de la médaille, la préfecture de l’Isère est devenue la quatrième ville la plus embouteillée de France, derrière Paris, Marseille, Bordeaux d’après la récente étude annuelle du fabricant de GPS TomTom. »[10]

Idéologie politique et information muselée

Un reportage de LCI datant du 30 juin 2020[11], montre les ravages d’une politique idéologique de la ville auxquels aucun commerce ne survit. C’est le cas du gérant d’une boutique d’accessoires de cuisine située en plein centre-ville de Grenoble, qui va déposer le bilan. Il indique que même à moitié prix, personne ne veut racheter son commerce. Il qualifie par ces mots la politique d’Eric Piolle : « c’est du dogme ».

Des commerçants dénoncent également la censure de la part de journalistes du Dauphiné Libéré. Ils respectent ainsi la volonté idéologique originale du seul quotidien de presse régionale dont la ligné éditoriale était et demeure de « ne pas faire de vague », ligne que Pierre Frappat avait déjà mise en évidence et évoqué dans son livre « Grenoble le mythe blessé »[12] :

« Une fréquentation régulière du journal permet cependant facilement de remarquer que, si Le Dauphiné Libéré a le souci de ne déplaire à personne, il est prompt à flatter les autorités en place. Le Dauphiné Libéré qui est à Grenoble un pouvoir et une institution, a le plus grand respect pour les autres pouvoirs et institutions locaux. »[13] . L’auteur écrit également que « suivant les jours, de un à trois journalistes sont rarement disponibles pour mener des enquêtes approfondies ou pour débusquer des informations. La logique de cette situation est le recours aux pigistes bouche-trou, aux papiers pré-écrit par les informateurs institutionnels, aux communiqués, avis, programmes et aux si commodes photographies. Cet ensemble forme la véritable matière première que les journalistes utilisent pour remplir les vides que laisse la publicité. Car ce n’est pas l’information qui commande, mais la publicité. […] Dans tous les cas, si on ne considère que la locale, les articles rédigés tiennent peu de place. […] Pour le journal, ce système a le double avantage de faire réaliser des économies sur les rédacteurs et de contenter les informateurs. Quant aux lecteurs…Est-il besoin de souligner que les informations ainsi publiées, si elles sont parfois intéressantes et pas forcément malhonnêtes, sont rarement critiques et plutôt complaisantes ? Faut-il le reprocher aux journalistes ? Peut-être, dans la mesure où ils ne se sont pas montrés plus exigeants et efficaces pour obtenir des effectifs et des conditions de travail leur permettant de mieux remplir leur véritable fonction d’informateur.»[14]

Informations quantifiables

Les dires des commerçants sont étayés par Valeurs Actuelles qui met en évidence « une perte alarmante de la valeur des biens immobiliers, ainsi que l’a constaté la chambre départementale des notaires de l’Isère… Les biens acquis se déprécient tant et si bien que dans certains quartiers de Grenoble, des programmes de logements neufs ne trouvent pas d’acquéreurs. La mixité sociale imposée par le maire, avec jusqu’à 50% de logements HLM dans certains projets immobiliers, dissuade les plus idéalistes d’investir à perte dans des appartements bientôt impossibles à revendre sans prendre de risques. »[15].

Dictature de la démocratie

L’enquête menée par Les Echos reflète par deux faits éloquents la politique de la ville et l’idéologie autoritaire du maire : «Ombre du tableau, la mesure la plus innovante, un dispositif d’interpellation et de votation d’initiative citoyenne, s’est fait retoquer en 2018 par le tribunal administratif de l’Isère. Avant son annulation, la seule pétition portée à la votation citoyenne – sur les tarifs de stationnements – n’avait pas recueilli les 20 000 voix nécessaires pour que la mairie soit engagée à la mettre en œuvre. L’équipe au pouvoir avait aussi refusé de soumettre à la votation une pétition sur la fermeture des bibliothèques. »

Pour résumer concluons avec  une phrase de Valeurs Actuelles : « La teinture plus ou moins verte des programmes est un argument électoral qui fonctionne à plein poumon. Encore faut-il que ces politiques portent des fruits… »[16].

L’élection guère unanime

L’élection d’Eric Piolle est loin de faire l’unanimité. Ainsi que le constate le Dauphiné Libéré[17] : « 31 024 Grenoblois sont allés voter, [ne représentant] que 35.83%. Pas un bureau de vote grenoblois n’a atteint 50% de votants, seul Jean Jaurès 1 l’approche à 48.88%. C’est évidemment le plus fort taux d’abstention jamais enregistré à Grenoble pour une élection municipale qui depuis 1956 réunissait entre 52% et 68% de participation. »

Dans les quartiers sud de Grenoble réputés pour être les plus sensibles les taux d’abstention ont atteint des niveaux record : « Au Village Olympique, 82.7% des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes, à Mistral 83,98% ; Arlequin 82.06% ; Teisseire, 92.11% ; Taillefer, dans le quartier de l’Abbaye, 80.25% ».

Dans ces quartiers c’est Alain Carignon qui arrive en tête à 41.34% contre 25% pour Piolle. Alain, Carignon, candidat qui en tant que ministre fut condamné en 1996 pour corruption.

« De manière générale, les adversaires du maire réélu le taxe régulièrement de ne songer qu’aux quartiers du centre-ville et peu à ceux du Sud » précise le quotidien. Les résultats qu’il obtient dans ces quartiers vont tout à fait dans ce sens. Toujours d’après le journal, Eric Piolle souhaiterait différencier les codes postaux des ces deux zones « Sud et Nord » ; le code postal des quartiers Nord dans lesquels il rassemble une large majorité serait le 38 000 et celui des quartiers Sud où il ne fait guère l’unanimité serait le 38 100.

Dans l’article des Echos, le Président du Medef de l’Isère Pierre Streiff s’indignait discrètement : « il faut gommer les problèmes d’insécurité ». L’insécurité, le talon d’Achille de Grenoble, une plaie d’Egypte pour les grenoblois. Mais ce sujet est passé à la trappe par le maire car, ainsi que l’indique l’hebdomadaire c’est « un sujet explosif dans cette ville en proie à un important trafic de stupéfiants ». Et Valeurs Actuelles d’enfoncer le clou : « 30 morts à l’arme lourde en trois ans. Grenoble a un taux des plus élevés de criminalité du pays. »[18]


[1] Article du Figaro, Pierre Lepelletier, 21 août 2020, « Face au match Jadot-Piolle, le risque d’une nouvelle bataille interne »

[2] Propos rapporté par Le Figaro dans un article de Pierre Lepelletier publié le 23 août 2020 intitulé « Présidentielle 2022 : Jean-Luc Mélenchon prendra sa «décision en octobre».

[3] Article les Echos, Laurence Thévenin, 26 février 2020 « Municipales à Grenoble : l’envers d’une révolution écologiste  ».

[4]  Le Point, Olivier Pérou, 23 janvier 2020, « Grenoble s’enlise dans la dette » https://www.lepoint.fr/elections-municipales/municipales-les-300-autres-villes-les-mieux-gerees-de-france-04-03-2020-2365805_1966.php

[5] La Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques est un think tank créé en 1985 par Bernard Zimmern, inscrit comme représentant d’intérêts auprès de l’Assemblée nationale. La fondation est dirigée depuis 2009 par Agnès Verdier-Molinié, et réputée proche de la droite libérale.

[6]  D’après le dictionnaire – La Toupie – Etymologie : expression anglaise qui, littéralement, signifie réservoir d’idées. L’expression « think tank » (ou réservoir d’idées ou laboratoire d’idées) désigne une institution de droit privé, en principe indépendante, à but non lucratif, qui regroupe des experts ou des professionnels chargés de réfléchir sur des questions des domaines politique, économique, technologique, social, etc.

Synonymes : « brain box » ou « think factory ». Les think tanks produisent régulièrement des études ou des rapports et formulent des propositions. Certains sont ouverts vers la société civile et organisent des réunions publiques, des séminaires ou des colloques. Ils sont parfois considérés comme un lien entre le monde du savoir ou de la recherche et celui de la politique ou du pouvoir. Les think tanks se distinguent des clubs ou des cercles de réflexion qui sont souvent réunis autour d’un homme ou d’un parti politique et qui fonctionnent de manière plus informelle avec des personnes de bonne volonté, sur une base non professionnelle. Exemples de critiques faites aux think tanks : ils seraient des outils de propagande au service d’une idéologie majoritairement conservatrice, ils manqueraient d’indépendance par rapport à ceux qui les financent (instituts privés, fondations, entreprises), ils étoufferaient la vraie discussion publique, ils ne garantiraient pas l’expertise réelle de leurs membres, ils inverseraient le processus de recherche en apportant d’abord les conclusions, puis en effectuant les recherches visant à les justifier. http://www.toupie.org/Dictionnaire/Think_tank.htm

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Valeurs Actuelles, Amaury Brelet, 3 mars 2016, « Accueil  Grenoble, le laboratoire des Khmers verts ».

[10] Les Echos, Laurence Thévenin, 26 février 2020, « Municipales à Grenoble : l’envers d’une révolution écologiste  ».  

[11] LCI, 30 juin 20120, « Quel bilan pour le maire écologiste de Grenoble après six ans de mandat ? »

[12] Pierre Frappat, 1979, « Grenoble le mythe blessé ».

[13]Pierre Frappat, 1979, « Grenoble le mythe blessé », Chapitre XIX « Les informations du monopole », p.435.

[14] Pierre Frappat, 1979, « Grenoble le mythe blessé », Chapitre XIX « Les informations du monopole », p.428-430

[15] Valeurs Actuelle, Raphaël Stainville, 1er février 2020, « Elections municipales : à Grenoble, l’endettement et l’insécurité s’envolent, mais le maire préfère s’attaquer aux voitures ».

[16] Valeurs Actuelles, « Entre une fiscalité délirante, un endettement inquiétant et une violence qui prospère, les électeurs renouvelleront-ils l’expérience « khmer vert » ?, 2016.

[17] Dauphiné Libéré – 29 juin 2020 – « Grenoble coup d’œil sur les résultats des 86 bureaux de vote »

[18] Ibid. Article de 2016.

Publié par magrenobloise

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