Débat – Peut-on blasphémer ? « Le délit de blasphème n’existe pas »

Dans une émission portée par le Figaro Live, le journal revient sur la question du droit au blasphème. Peut-on blasphémer ? D’après le Larousse, le blasphème est la parole ou le discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré. 

D’après un sondage de Charlie Hebdo, 50% des Français sont favorables aux blasphèmes contre 50% défavorables. « Les jeunes et les musulmans en particulier n’y sont pas favorables » indique la journaliste. Pour illustrer ses propos, l’émission passe un extrait de discours énoncé par l’imam Abdelmonaim Boussenna, imam de la Mosquée des trois-ponts de Roubaix.

« Effectivement la loi autorise cette jeune fille a insulter la religion dont acte, Okay. Mais du coup, si moi, Français de confession musulmane je me sens blessé par cela. Si a insulté ce qui est le plus important pour moi, ma religion, mon Seigneur. Si à cause de cela je me sens blessé, est-ce que j’ai le droit de dire ma douleur ? Il y a malheureusement une liberté d’expression à géométrie variable. Insulte mon Dieu et ma religion copieusement, de la manière la plus vulgaire mais moi je ne dois surtout pas parler parce que si je parle je suis un islamiste. » Alors cet imam est proche de l’Imam de Brest, il est suivi par les services français. Ses vidéos ont un succès très importants sur Youtube. Pour 30% de l’opinion : « Qui sème le vent, récolte la tempête ». Belloubet, l’ancienne Garde des Sceaux considérait : « l’insulte à la religion est évidemment une atteinte à la liberté de conscience » et il y a 44% des Français qui a adhéré à ce point de vue ou plutôt Mila « J’ai envie de blasphémer et cela est mon droit ».

Suite à cette vidéo, les participants, Gilles Smadja, directeur du cabinet du maire de Nanterre,Marc Landré, Rédacteur en chef au Figaro, responsable du service Economie France, Mathilde Broquet, Porte-parole du Think-Thank Generation Libre, Didier Leschi, haut fonctionnaire français spécialiste des questions relatives aux cultes et à la laïcité, débattent.

Gilles Smadja :  » J’ai une lecture optimiste de l’enquête IFOP pour Charlie Hebdo (5 février 2020). Il y a 70% des français qui ne sont pas d’accord avec le fait « qui sème le vent récolte la tempête » concernant l’affaire Mila. Cette jeune fille revendiquait son droit, la liberté d’expression. Je rappelle que 68% des Français approuvent cela.
Le droit de blasphémer n’existe pas sur le plan juridique. Cela est quelque chose qui a été inventé. Il n’y a pas de délit de blasphème. La possibilité de critiquer la religion fait partie du champ de la liberté, de la liberté de penser, de la liberté de critique, de la liberté de jugement. Mais quand on critique une religion, on n’est pas obligé de blasphémer. On peut totalement critiquer une religion, avec des arguments, de manière raisonnée. Pour cet homme les agissements de Charlie Hebdo font partie de la liberté d’expression, de la tradition française, de la satyre mais pour lui, cela n’a rien à voir avec un quelconque délit. A l’intérieur même des religions, des gens critiquent, ils sont énormément critique vis-à-vis de leur propre religion, au sein de toutes les religions, des trois religions monothéistes. Vous avez des courants orthodoxes ou conservateurs selon le cas, vous avez des courants libéraux ou réformateurs, et ils sont très durs vis-à-vis de leur propre dogme. Donc oui, évidemment que la liberté de critique doit être absolument préservée, défendue, garantie et donc ce délit de blasphème. Je ne vois pas où on a été cherché cela car encore une fois, dans le droit français cela n’existe pas. « 

Marc Landré – « Je pense que cela dépend des temps, de ce que certains acceptent ou n’acceptent plus aujourd’hui. Nous acceptions [des choses] il y a peut-être 20-30 ans et aujourd’hui nous allons (davantage) nous focaliser là-dessus car nous sommes dans un monde (qui doit composer) avec tout ce qu’il s’est passé ces dernières années. Je trouve que Mila, pour parler d’elle car c’est son cas, c’est une jeune de 16 ans. Qui n’a pas dit de connerie à 16 ans ? Qui les a regretté après, ou pas, d’ailleurs. Je trouve que c’est une connerie. Ce que dit Mila n’est pas une critique. Elle peut dire je ne crois pas en cette religion. Selon cet homme (l’imam), on peut critiquer et on doit critiquer mais c’était une connerie que de dire cela. Nous sommes dans une démocratie, il y a des lois pour condamner tel propos qui ne serait pas légal mais en revanche, nous n’avons pas le droit d’être insultant. »

Sur I24News Français, la journaliste qui présente la vidéo de Mila, énonce le tweet de Laurence Rossignol qui informe : « En France, il est interdit d’insulter les adeptes d’une religion mais on peut insulter une religion, ses figures, ses symboles ».

Marc Landré : « Elle peut penser ce qu’elle veut de la religion catholique ou de la religion musulmane, elle peut le dire mais sans offenser quiconque. Moi quand j’ai quelque chose à dire à quelqu’un j’essaye de ne pas être insultant, je pense que le message passe mieux. »

Mathilde Broquet : « Je suis sur la liberté d’expression, la plus libre et totale sur ce type de sujet, je pense qu’on manque de critique de la religion, c’est normal de critiquer la religion. Charlie Hebdo a critiqué la religion. C’est normal de critiquer. On sait de Charlie Hebdo qu’ils font cela. Aujourd’hui il y en a beaucoup moins que fut un temps, probablement. D’ailleurs, au moment de la loi sur la mixité, de l’Eglise et de l’Etat. On a beaucoup moins de bouffeurs de curés, alors ce que l’on formulemait, de vraies critiques, constructives, dures, virulentes, sur la religion. Ce sont des choses qu’on entend moins et ce qui m’inquiète surtout c’est de voir certaines réactions politiques. C’est-à-dire quand on voit les prises d’une parole d’une ministre de ce gouvernement actuel d’une ancienne ministre qui été sur la banquise il n’y a pas très longtemps, sur la manière dont elles réagissent à cela, et bien je crains pour la laïcité car ce sont certes les juges qui font appliquer les lois mais ce sont nos politiques qui les construisent et je craindrai vraiment que […]. Je serais vraiment très inquiète si au fur et à mesure des événements comme on en voit à chaque fois on en venait à se dire bon et bien on pourrait présenter à l’Assemblée Nationale et au Sénat peut-être une réforme de la liberté d’expression ou de la loi sur la laïcité. Il y a un côté, « elle l’a cherché ». Là on parle de ce qu’elle a dit, rappelons tout le déchaînement de haine et de violence qu’elle s’est prise derrière, c’est une jeune fille de 16 ans qui n’est plus scolarisée aujourd’hui, qui est sous protection policière. C’est inadmissible en 2020 en France et oui je trouve cela assez choquant de voir les réactions de personnalités politiques, très publiques, ministre ou anciens ministres qui ne condamnent pas, absolument et totalement, les appels quand même au viol, au meurtre sur cette jeune fille. Cela est absolument illégal et donc oui ils les condamnent mais en disant oui mais bon il n’y avait qu’à pas dire cela comme cela. Non non. »

Gilles Smadja : « Le summum ayant été par la Ministre de la Justice (Nicole Belloubet) qui a découvert un délit de blasphème, qui l’a inventé, car il n’existe pas dans le droit, d’atteinte à la liberté de conscience. »

Didier Leschi :  » Je crois malheureusement que c’est le révélateur d’une crise à la fois des esprits et puis une crise du monde musulman car dans cette affaire, ça commence quand même par des propos homophobes contre cette jeune fille. [La journaliste remet en contexte : « Il faut rappeler que le démarrage c’est une drague lourde sur Internet qui termine par des mots homophobes et ces mots homophobes sont prononcés à un moment donné au nom de la religion en l’occurrence l’Islam et pris d’énervement elle finit par dire ce qu’elle pense de la religion »]. Le problème il est assez simple, c’est qu’on attendait des responsables musulmans qu’ils disent d’abord « Ce n’est pas bien au nom de la religion, de critiquer quelqu’un sur sa sexualité, de le faire avec une violence qui n’est pas tolérable et en plus de terminer toujours au nom de la religion, à des appels aux meurtres. Or ce n’est pas ce qu’il s’est passé, et vous avez passé l’imam tout à l’heure de Roubaix et bien il ne sait pas ce qu’il dit. Il dit « c’est nous qui sommes les victimes de son propos ». Ce n’est pas vrai, le deuxième problème c’est que pour d’autres religions il y a des critiques très violentes mais il n’y a personne qui va appeler au meurtre de la personne qui a émis ces critiques. On a sur une radio de service public, quelqu’un qui fait un sketch absolument aussi vulgaire que […]. Personne n’a dit que son compte Facebook ou son compte Twitter a été inondé d’appels à la haine et on imagine pas qu’il soit obligé de s’en sortir en étant protégé alors que cette jeune fille est obligée de sortir aujourd’hui en étant protégée. Je crois que Monsieur Blanquer a annoncé ce matin qu’il avait trouvé une solution. C’est cela le vrai problème. Après on s’en bien le cafouillage général. En réalité, elle a été mollement défendue. C’est cela qui est quand même extrêmement troublant. Ce n’est pas un problème de laïcité c’est un problème de liberté de conscience. « 

Journaliste : « N’y-a-t-il pas un problème d’américanisation de la société ? On voit notamment que dans son agenda, Charlie Hebdo ce sont les jeunes et les musulmans, mais ce sont aussi les jeunes qui de façon générale estiment mettre sur un piédestal cette idée de communauté et de défense. »

Didier Leschi :  » Je pense que la réaction des jeunes c’est une réaction émotive avec cette idée qu’il faut qu’on soit tous en paix. Ils le ressentent comme étant quelque chose qui fracturent la société et qui fracturent en tant que jeune, [il y a ] des jeunes issus de l’immigration qui sont leurs camarades et d’autres qui se disent et bien voilà il y a une tension qui est en train de se faire et donc ils ne veulent pas de cette tension c’est pour cela qu’ils répondent qu’ils ne sont pas pour qu’on insulte la religion. Je pense que derrière il y a cette idée qu’il ne faut pas qu’il y ait de tensions mais sur le fond c’est je dirais aux associations, aux adultes, à des associations féministes, à des partis qui étaient avant à gauche, de défendre […]. Comment peut-on mieux enterrer l’esprit frondeur de l’après mai-68 que de ne pas soutenir Mila ?

Gilles Smadja – « Vous avez raison, il y a un développement de la manière de penser à l’anglo-saxonne aujourd’hui dans la société française et en particulier dans ces nouvelles générations qui vivent avec internet depuis quasiment depuis leur naissance. Oui cela est vrai, on aime la pensée critique a reculé, on n’aime pas le débat contradictoire, on va beaucoup sur les réseaux sociaux parce que sur les réseaux sociaux on y trouve sa communauté. »

Visuels : Libre de droit – Pixabay

Publié par magrenobloise

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