France – Michel Onfray sur LCI

Michel Onfray, le philosophe et directeur de publication de la revue Front Populaire était ce matin sur LCI. Ma Grenobloise vous retranscrit le verbatim.

Elizabeth Martichou : « Vous êtes le directeur de la revue Front Populaire. Dans quelques heures nous aurons les mots d’Emmanuel Macron pour fêter les 150 ans aujourd’hui de la République où il sera question de valeurs, de citoyenneté, de droits et devoirs, etc. La devise républicaine Michel Onfray, « Liberté, Egalité, Fraternité » est-elle toujours « opérante » en France.  »

Michel Onfray : « Elle est proprement révolutionnaire, c’est d’ailleurs le prochain éditorial du prochain numéro de Front Populaire. Mon éditorial. On nous a beaucoup sali, dit qu’on était d’extrême droite etc, nous sommes vraiment républicain et nous avons deux obsessions, la Déclaration des Droits de l’Hommes et la devise de la République Française, à quoi j’ajoute après Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité et Féminisme. Ce sont vraiment nos propositions. Simplement tel que cela est pensé, si vous avez la liberté sans l’égalité cela donne la droite : on fait ce qu’on veut quand on veut, comme on veut et puis après tout, s’il y a des pauvres tant pis.

Si vous avez l’égalité sans la liberté c’est la même chose que quand on estime qu’il y a une égalité devant le droit et puis après si de temps en temps c’est pas très grave. Il faut articuler liberté, égalité, fraternité. Je pense qu’on est dans une société où la droite est très libérale où la gauche est très égalitaire et où en même temps, il n’y a pas de fraternité. Donc nous nous souhaiterions qu’il y ait la liberté, l’égalité, la fraternité, et j’ajoutais féminisme et laïcité. »

Elizabeth Martichou – « On parle dans la République d’un moment particulier, l’Elysée estime qu’elle est fragilisée. L’est-elle ? »

Michel Onfray : « C’est pas qu’elle est fragilisée, c’est qu’elle est piétinée, elle est maltraitée, elle est insultée. Je vous rappelle que quand Jean-Pierre Chevènement défendait la République il était présenté comme un Maurassien, comme un pétainiste, comme un fasciste, comme un homme d’extrême droite. La République a mauvaise presse depuis des années, depuis 1983, depuis le virage libéral de Mitterrand, la République ça gène les gens qui veulent faire des affaires. »

Elizabeth Martichou : « C’est-à-dire ? « 

Michel Onfray : « Et bien parce que quand vous avez l’argent, les bénéfices et  les profits comme horizon indépassable, vous vous moquez bien de l’égalité, de la fraternité et de la liberté. »

Elizabeth Martichou : « C’est le néolibéralisme qui joue à rebours de l’aspiration à la République des Français ? »

Michel Onfray : « Si la République fait la loi ce n’est pas l’argent qui fait la loi, si l’argent fait la loi ce n’est pas la République qui fait a loi et quand Mitterrand en 83 se rallie au libéralisme et que Bernard Tapie devient une idole de la gauche et bien à ce moment-là, la République ne pèse plus grand-chose. »

Elizabeth Martichou : « Ceux qui pensent la République la pense mal et n’arrivent pas à combiner toutes les exigences, la liberté est garantie en France. L’égalité elle progresse, si on prend du recul, qu’on élargie la focale, elle progresse par exemple pour les femmes elle progresse, pas assez mais on ne peut pas dire que cela régresse. La fraternité on va vous dire qu’elle a été mise en œuvre pendant la crise il y a eu un plan de chômage partiel qui a assuré un revenu minimum pour les français donc  […] »

Michel Onfray : « Moi je ne suis pas sûr que la liberté soit garantie, elle n’est pas garantie pour tout le monde. La liberté d’informer par exemple n’existe pas quand la plupart des journaux sont entre les mains de milliardaires qui font passer leur idéologie, qui font de la propagande. La liberté c’est pas seulement la possibilité théorique de dire vous pouvez vous exprimer. On sait très bien que cela ne suffit pas, vous avez des journaux qui vous interdisent de penser, vous avez des journaux qui salissent votre pensée si votre pensée est dite. »

Elizabeth Martichou : « Ce sont des journaux d’opinions, il y en a toujours eu. A travers les siècles, elle été bien pire avant. »

Michel Onfray : « Mais non ce ne sont pas des journaux d’opinion, c’est-à-dire que de Libération, au Monde, en passant par l’Humanité vous allez dire, effectivement voilà trois façons différentes de penser, globalement ils finissent tous par nous dire qu’au deuxième tour des Présidentielles il faut voter pour le candidat de l’Europe Maastrichienne. Donc, vous avez effectivement une liberté de la presse qui est purement formelle.

L’égalité c’est la même chose, entre la province et Paris, entre la campagne et les banlieues, les traitements ne sont pas égalitaires. Quant à la fraternité non je ne crois pas. On est dans un communautarisme généralisé qui fait qu’on n’a pas grand souci d’autrui. On a souci du copain, de la tribu, du voisin, de l’ami, du pote etc mais pas du tout une fraternité nationale. » 

Elizabeth Martichou : « Cette semaine on l’a vu quand même la liberté de la presse, Michel Onfray, quand Charlie Hebdo republie les caricatures qui lui avait valu de devenir une cible. »

Michel Onfray : « Evidemment on le sait, non seulement on le sait mais ça coïncide avec le début du procès, cette republication, voilà, elle est là la liberté d’expression.  Elle est aussi toujours dans la possibilité de faire de l’ironie dans le magazine Valeurs Actuelles. Vous avez vu comment cela fonctionne ? »

Elizabeth Martichou : « Qu’est-ce que vous en pensez de cette fiction ? »

Michel Onfray : « Et bien je pense que c’est une fiction et qu’on a le droit à la fiction. Moi je défends le droit à la liberté de la presse mais pas seulement de la presse de gauche. Il y a une possibilité pour la presse de dire ce qu’elle veut sauf que de temps en temps, vous voyez bien qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire, qu’on ne peut pas dire. »

Elizabeth Martichou : « Il n’y a pas de relent de racisme ? Dans le texte que vous avez lu j’imagine et dans le l’iconographie de Daniele Obono ? »

Michel Onfray : »Moi quand avec Stéphane Simon on publie Front Populaire, j’ai 4 pages dans Charlie Hebdo pour me dire que je suis un fasciste pour me dire que je suis un type d’extrême droite, et je n’ai pas eu un tweet de Macron. Le Premier Ministre ne m’a pas dit, c’est pas normal que BHL dans le Point vous traite de Doriot, vous assimile à Doriot. »

Elizabeth Martichou : « Ce n’est pas un journal satirique Valeurs Actuelles. »

Michel Onfray : « On a le droit à la fiction. C’est une fiction, on a le droit à la fiction, je vous rappelle que ce texte est une fiction. Donc on ne sait plus aujourd’hui faire la part de la fiction, de l’humour, de l’ironie, on n’est plus au pays de Voltaire,  c’est plus possible, ni au pays de Rabelais. Il y a des choses qu’on ne peut plus dire aujourd’hui parce qu’immédiatement vous êtes dans l’idéologie. On a le droit de critiquer, de railler et pas seulement dans les endroits dont  […]. »

Elizabeth Martichou : « On a le droit de représenter une élue de la République avec ce dessin ? Elle est ravalée au rang d’esclave, avec les fers autour du cou ? »

Michel Onfray : « Ecoutez moi je suis en train d’écrire un livre, qui suppose que je dise, Rokhaya Diallo, par exemple, tout ces gens qui nous disent qu’ils ne sont que des descendants d’esclaves. Le problème, c’est pas de savoir ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont dit, c’est qu’ils sont des victimes du simple fait qu’ils sont des descendants d’esclaves. Et vous parce que vous êtes blanche, vous êtes une coupable parce que vous êtes descendants des colonialistes. Tous ces gens dont c’est la théorie de dire qu’ils ne sont que des esclaves, que des fils d’esclaves, que des descendants d’esclaves  veulent bien le dire eux, mais ne veulent pas que d’autres le disent. »

Elizabeth Martichou : « Ils n’ont que ce qu’ils méritent ? »

Michel Onfray : « Non je n’ai pas dit cela. »

Elizabeth Martichou : Un petit peu

Michel Onfray : Mais pas du tout. Je suis en train de théoriser.

Elizabeth Martichou : « Vous dites que c’est eux finalement qui donnent les arguments pour qu’on les représente dans la critique de leur démarche. »

Michel Onfray : « Que les gens aient le droit de dire « Nous sommes des descendants d’esclaves ce qui donnent beaucoup de droits », et que quand cela est dit dans un journal de droite alors là c’est interdit. Et quand cela est dit dans une fiction. Je vous rappelle que si on n’a pas le droit à la fiction il faut le dire. L’idée que Madame Bovary se soit retrouvée un jour au tribunal suppose qu’on n’ait pas pensé quel était le statut de la fiction. Aujourd’hui c’est généralisé. »

-> https://www.amis-flaubert-maupassant.fr/article-bulletins/052_030/

Michel Onfray : « Non vous n’avez pas lu Madame Bovary ? Vous savez qu’elle a eu un procès ? »

Elisabeth Martichou – « Madame Bovary, Madame Obono, j’ai un peu de mal à comprendre. »

Michel Onfray : « Non ça s’appelle la fiction. Est-ce qu’on peut penser la question de la fiction ? Est-ce qu’on peut penser la question de la fiction ? Je veux dire moi quand on dit que je suis Doriot par exemple ça n’est pas une fiction, je ne porte pas plainte, je ne suis pas une pleureuse en disant « C’est inadmissible, je porte plainte, il faut absolument… » Non non, il  faut prendre des coups, quand on donne des coups il faut prendre des coups, ça s’appelle le jeu démocratique, il faut accepter. La liberté d’expression elle existe, vous me parlez de la liberté de la presse je vous dit qu’elle existe mais pas de partout, et là vous me dites mais non cela on a pas le droit. C’est exactement ce que je vous dis […] »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Doriot

La journaliste – « Le Parquet à ouvert une enquête on verra. »

Michel Onfray – « Oui j’entends bien mais pourquoi le Parquet ? Moi quand on me dit que je suis Doriot est-ce que le parquet ouvre une enquête. On me traite de fasciste, en gros que j’ai porté l’uniforme nazi sur le front russe. Moi je ne me lève pas le matin en me disant il faut absolument que je porte plainte. Il faut que le Président de la République me soutienne. Il faut accepter la critique. »

Elisabeth Martichou – « Accepter la critique mais n’empêche que pour vous, il y a un fond un peu inquiétant, vous avez récemment évoqué le risque ou les ferments d’une guerre civile. Qu’est-ce que vous vouliez dire par cela ? »

Michel Onfray – « Mais je crois que tout le monde est persuadé de cela. Je ne suis pas un personnage dangereux en disant une chose pareille. C’est-à-dire il y a un moment donné, des images qui font la démonstration effectivement que vous avez plutôt intérêt à foutre le bazar un jour de succès ou d’échec de match de football que quand vous êtes gilets jaunes. C’est-à-dire il y a un moment donné où vous dites, les revendications des gilets jaunes, elles sont sévèrement punies par des policiers qui arrachent des yeux et qui arrachent des mains et d’autres, en revanche peuvent très bien mettre le bazar sur les Champs-Elysées cela se passe très bien pendant un certain temps, et les journalistes peuvent filmer et puis on s’aperçoit qu’il y a effectivement deux poids deux mesures. Donc oui, effectivement les gens ont le sentiment quand ils sont en province qu’il y a deux poids, deux mesures, et que cela s’appelle une guerre civile quand on laisse faire. »

Elisabeth Martichou – « Mais Michel Onfray, vous êtes un homme de mots, vous êtes un philosophe, on a parlé d’insécurité, ensauvagement, sauvagerie, là dans la rhétorique vous franchissez encore un palier en parlant de la guerre civile, cela ne relève pas de la prophétie auto-réalisatrice ? Dans le fond ? »

Michel Onfray – « Je trouve sidérant que sur les plateaux de télévision on puisse passer une heure à se demander si on a le droit de parler d’ensauvagement. Mais je rêve. C’est comme si dans un service d’oncologie on se disait mais est-ce qu’on a le droit de dire que c’est un cancer. Est-ce qu’on peut prononcer le mot cancer quand quelqu’un à un cancer. »

Elizabeth Martichou – « C’est important de savoir comment qualifier les choses. »

Michel Onfray – « C’est très exactement ce que je vous dis c’est-à-dire qu’effectivement la guerre civile c’est la possibilité pour certains d’être armés et d’interdire certains territoires, on dit 700 territoires en France qui sont perdus pour la République, […] même pas besoin d’être un CRS.

Elizabeth Martichou – « Conquis par l’Islamisme ? »

Michel Onfray – « Je ne dis pas l’islamisme, je dis par la délinquance. Le défaut de la République fait qu’il y a des médecins qui ne peuvent plus rentrer dans certains endroits, il y a des pompiers qui ne peuvent plus rentrer dans certains endroits. On sait que des gens sont armés, on voit des photos de gens armés alors après vous avez des contre-informations qui disent mais pas du tout c’est le tournage d’un clip cela n’a rien à voir avec la réalité, la vérité etc. Mais on le sait très bien qu’il y a des endroits perdus par la République. La guerre civile c’est très exactement cela des Français qui sont montés contre d’autres français, et je ne parle pas de l’islam, c’est vous qui en parlez et qui font qu’effectivement, la loi de la République, on fête ses 150 ans, n’est pas respectée dans ces endroits, cela me paraît une évidence. Et ce n’est pas moi qui créé la guerre civile en disant cela.

Elizabeth Martichou – « Emmanuel Macron voudrait être celui qui rassemble les Français, les réconcilie, rassembler la Nation, c’est un peu le sens de sa démarche qui sera suivie par d’autres initiatives. Il peut être celui-là ? »

Michel Onfray – « Et bien bien sûr que non. Quand des gens sur des ronds-points ont commencé à faire savoir que l’augmentation de leur plein d’essence serait problématique car le 15 du mois ils n’ont plus d’argent, il leur a envoyé la police tout de suite, c’est pas comme cela qu’on rassemble. »

Elizabeth Martichou – « Il a fait un grand débat, il a dit je vous ai entendu. Il a répondu par des mesures fiscales. »

Michel Onfray – « C’est quoi un Président qui dit « J’ai besoin de faire un tour de France pour comprendre ce qu’il se passe dans ce pays » quand on est chef de l’Etat, on sait ce que c’est. Quand on se présente devant les électeurs on sait ce qu’il se passe. On connaît la maladie ou la souffrance des Français. Le Mal Français, si on a besoin de faire un tour et encore un petit tour. »

Elizabeth Martichou – « Il ne la connaît pas ? »

Michel Onfray – « Non, bien sûr que non. Mais tous ces gens qui font la même politique depuis 1983, ne sont pas des gens qui rassemblent, ce sont des gens qui divisent. Ils permettent aux riches de s’enrichir et de s’enrichir plus encore et aux pauvres d’être pauvres et de plus en plus pauvres. Tant qu’on aura cette logique politique effectivement on ne rassemblera pas les Français, on les divisera. »

Martichou – « Je fais un lien avec une phrase que j’ai lu dans votre livre, donc la vengeance du pangolin puisque vous parlez des gilets-jaunes à plusieurs reprises. Vous êtes parfois cruels avec vos contemporains puisque vous écrivez : « Je n’ai pour ma part, pas envie d’aller sur mon balcon pour bêler avec les moutons » vous dites « Je n’ai pas envie d’applaudir ». Ma question c’est quand je lis cela, est-ce que vous faites la différence entre ceux qui sont des moutons sur les balcons et les gilets-jaunes. Est-ce que ce ne sont pas les mêmes Michel Onfray ? »

Michel Onfray – D’abord cela s’appelle une malhonnêteté que de sortir une phrase en oubliant le contexte  car quand je lis cette chose-là, vous ne pouvez pas évidemment lire la totalité de la chronique mais je dis juste que tout ces gens qui sont sur leurs balcons sont des gens qui la plupart du temps on voté pour les présidents de la République ou pour des candidats qui eux ont démantelé le service public. Et je dis, mais tous ces gens qui sont en train d’applaudir sur leur balcon, sont des gens qui la plupart du temps ont voté Macron, ont voté Hollande, ont voté Sarkozy, ont voté pour tous ces gens-là qui ont détruit l’hôpital public. Et je dis mais cela est formidable, d’un côté, de faire de telle sorte que l’hôpital public soit détruit et puis après d’aller applaudir les infirmières. Je dis juste cela, je ne râle pas contre les gens qui applaudissent les infirmières.

Elizabeth Martichou – « Et pourquoi ça vous empêche d’aller applaudir vous ? »

Michel Onfray – « Moi j’ai fait parti de ceux qui applaudissaient mais j’ai fait partie de ceux qui depuis des années ne votent pas pour ceux qui détruisent l’hôpital public. Je suis cohérent, moi. Je ne peux pas d’un côté dire,  je fais le nécessaire, Madame Bachelot, qu’on connait aujourd’hui comme une Ministre de la Culture qui a quand même contribué à détruire l’hôpital français. Il y a les mêmes à gauche et à droite c’est exactement la même chose depuis des années. Vous ne pouvez pas d’un côté détruire l’hôpital public et puis après dire j’applaudis les gens qui font un travail éreintant parce qu’on a détruit l’hôpital public. »

Elizabeth Martichou – « Mais les Français sont contradictoires vous le savez bien, ils veulent une chose et son contraire. »

Michel Onfray – « Et bien le rôle du philosophe c’est de pointer les contradictions et de dire que ce serait bien qu’il y en ait un petit peu moins. »

Elizabeth Martichou, au sujet de son livre « La vengeance du Pangolin »– « Il y a deux figures qui reviennent en permanence dans ces chroniques. Il y a une préface et une conclusion qui sont nouvelles, les autres ce sont des chroniques je l’ai dis tout à l’heure, des interviews. Donc c’est Emmanuel Macron qui a exposé les Français aux virus dites-vous et puis c’est Didier Raoult que vous tenez pour un grand professeur, auquel vous êtes liés. Vous allez d’ailleurs faire une conférence avec lui je crois en début octobre. Il est contesté vous savez dans ses méthodes. L’efficacité n’est pas prouvée mais vous savez on a l’impression quand on vous lit dans le fond, ce n’est pas que vous vous en foutez, mais dans le fond, c’est pas très important parce qu’il est devenu le symbole de quelque chose pour vous. »

Michel Onfray – « Mais pas du tout. »

Elizabeth Martichou – « Il est le symbole de quoi ? »

Michel Onfray – « D’un médecin qui soigne. Ca change, de tous les médecins. »

Elizabeth Martichou – « C’est un peu facile ça. »

Michel Onfray– « Un peu facile, c’est votre question qui est facile, je vous fais une réponse facile. Je vous dis que quand les gens sont dans un hôpital moi hélas, j’ai eu l’occasion d’y aller souvent, j’ai perdu une compagne d’un cancer. Et j’y suis allé pendant 13 ans et j’ai vu la difficulté qu’il y a d’abord pour les gens du service public, de travailler dans un endroit où ils n’ont pas les moyens de travailler. On n’a juste un personnage qui dit « Moi je suis médecin c’est-à-dire que je soigne. Mon boulot c’est pas d’aller sur les plateaux TV, alors les plateaux TV arrivent chez lui mais je veux dire on a vu combien de médecins qui ont donné des avis sur ce sujet-là. Lui, il a juste donné un cap, il a dit dès que cela démarre, hydroxychloroquine + antibiotique. Dès que cela démarre. C’est ce que je fais, dit-il. Point à la ligne. Et après vous avez tous les gens qui disent mais l’hydroxychloroquine ça ne coûte pas beaucoup, ca ne coûte pas très cher, on va faire beaucoup de bénéfices avec tout cela. « Non cela ne marche pas » Et puis d’ailleurs ce type est de province et c’est quoi c’est Marseille, c’est loin de Paris et dès le départ il y a eu une espèce de curée car cette homme disait juste, moi je suis médecin, je ne fais pas de la théorie, je vous dis juste que dans ces cas-là, et cela fait des années qu’il travaille dans ce sujet-là et il dit dans ces cas-là, je prescris ce médicament, que j’ai utilisé, vous aussi probablement, quand je suis allé au Mali, quand je suis allé en Mauritanie, j’en ai utilisé de la nivaquine etc. »

Nivaquine = médicament antipaludéen à base de quinine.

Elizabeth Martichou – « Pour lutter contre ce virus COVID-19, qu’est-ce qui vous fait dire qu’il a raison contre tous. »

Michel Onfray – « Non je dis juste qu’il fait une proposition de soins à une époque où on nous disait, il n’y a pas de problème, il n’y a rien du tout etc. D’abord il fallait une prévention.  Le 28 janvier sur un plateau de TV je fais savoir que si à Wuhan on  a mis autant de Chinois sous une cloche c’est qu’il y a un problème pas seulement pour la Chine mais pour le monde entier. Donc à partir de ce moment-là on doit pouvoir avoir une politique de prévention qui était celle du Professeur Raoult, quand le Chef de l’Etat nous dit mais pas du tout on va aller chercher des expatriés Français et puis on les ramène en France avec des avions qui vont en Chine et puis après cela les militaires qui font tout ce travail-là on les envoie en permission, après cela on continue à laisser les avions débarquer à Paris. Jusqu’en Mars le Président de la République nous dit « Mais on continue à vivre comme d’habitude « Moi je vais au théâtre avec mon épouse », on va continuer à aller au théâtre de café. »

Martichou – « On découvrait petit à petit mais c’est vrai qu’on découvrait dans votre livre le premier chapitre est consacré à votre interview sur LCI sur le plateau d’Audrey Crespo-Mara où le 28 janvier, vous disiez on sous-estime ce qu’il se passe en Chine. Donc vous l’aviez dit, vous estimez avoir été vraiment à l’avant-garde. »

Michel Onfray – « Je n’ai pas estimé que, j’ai juste dis que si moi, je pouvais dire cela le 28 janvier alors que je n’avais pas d’autres informations que celles que vous donniez sur la chaîne et bien le Président de la République avait normalement un peu plus d’informations.

Elizabeth Martichou – Et pourquoi il ne l’a pas fait ? Pas lui en particulier.

Michel Onfray – Mais bien sûr que si, lui en particulier, dans la Vème République, c’est lui le chef, et c’est lui qui doit prendre ce genre de décision. Mais parce qu’il est incompétent. C’est ce que vous me reprochez de dire.

Martichou – Mais je ne vous reproche rien. Non je dis avec vos contemporains.

Onfray – Cela n’est pas neuf chez moi, je le dis depuis un petit moment. Il y quand même des ambassadeurs en Chine et vous avez  la possibilité quand vous interrogez votre ambassadeur et que vous êtes chef de l’Etat de demander ce qu’il se passe véritablement et de prendre une décision.  Moi je pense qu’avec ce que je savais, le 28 janvier, j’aurais pris une décision qu’il a prise lui trois mois plus tard. Je dis c’est trois mois de perdu, il a exposé les Français.

Martichou – Qui a fait mieux ?

Onfray – Le problème c’est pas […] La Grèce par exemple ! Vous avez juste à prendre les chiffres qui vous sont donnés et puis vous vous apercevez que la mortalité […].

Martichou – « On le fait, on le fait partout. »

Onfray – « Assez peu, je vous assure que moi quand je vais chercher les chiffres. »

Martichou – « Une plainte a été déposée par la Société de Pathologie des Maladies Infectieuses parce qu’il aurait fait la promotion d’un traitement dont l’efficacité n’a pas été prouvé. C’est le fondement de la plainte. »

Onfray – « Moi je n’ai fait un AVC je suis allé voir 5 toubibs qui sont passés à côté. Je n’ai porté plainte contre personnes. Ils sont passés à côté de l’AVC, ils n’ont pas diagnostiqués l’AVC.  Je n’ai porté plainte contre personne. De la même manière que quand on dit que je suis un nazi je ne porte pas plainte non plus. Je veux dire dans cette société  de pleurnichards. »

Martichou – « Ce sont des pleurnichards ? »

Onfray – « Mais oui, il faut accepter, quand on donne des coups, il faut accepter d’en prendre, cela fait parti du jeu. Donc Raoult a donné des coups, il en prend. Il a donné des coups contre un certains nombre de personnes, contre les institutions, contre les laboratoires, il a nommément dit que tel ou tel était coupable d’avoir ceci ou cela c’est un peu normal que tous ces gens-là se vengent sous prétexte de justice et portent plainte. Il fait juste son métier de médecin et après cela on dit « mais c’était pas le bon diagnostic et c’était pas le bon pronostic » mais je vous assure que moi les médecins que j’ai vu et qui ont fait des mauvais diagnostics et des mauvais pronostics je ne suis pas allé les envoyer en justice. »

Elizabeth Martichou – « Un mot de votre revue Front Populaire, revue trimestrielle, numéro 2.  Le 16 septembre. Juste un mot je sais qu’on en a déjà parlé, vous en avez déjà parlé. Le titre Front Populaire, renvoie quand même à une période ô combien identifiée à gauche or vous ouvrez vos pages bien au-delà de la gauche : la droite, droite-droite, gauche-gauche, le spectre est très large. Est-ce qu’il n’y a pas un peu tromperie sur la marchandise ? Sur le titre ? »

Michel Onfray – « Je crois que vous ne m’avez pas lu. Vous faites partie de ces journalistes qui ont un avis sur une revue que vous n’avez pas lu puisque dans l’éditorial j’explique très précisément pourquoi cela s’appelle Front Populaire. »

Elizabeth Martichou – « C’est que nous téléspectateurs ne vous ont pas tous lu et c’est quand même des questions qu’ils peuvent se poser. »

Michel Onfray – « Si c’est une question des téléspectateurs, je réponds aux téléspectateurs. Je prends prétexte de votre présence pour répondre à la question qui m’est posée par les téléspectateurs. »

Martichou – « Sans condescendance »

Michel Onfray – « Au contraire, je dis effectivement le front populaire c’est un moment de l’histoire de la gauche, qui n’a pas fait couler le sang. Au contraire 1789, au contraire de la Commune. Donc je dis je renvoie juste à cela, la possibilité pour les prolétaires, pour les travailleurs d’avoir un succès sans que le sang coule et j’ajoute et c’est que vous aurez la réponse à votre question. Il y a un Front Populicide, Populicide est un mot de Gracchus Babeuf se front populicide permet à des gens et de droite et de gauche dit-on de se retrouver sur un programme Maastrichien. Je dis il faut faire un Front contre ce Front et contre ce Front Populicide, il faut un Front Populaire. C’est le sens de l’expression et c’est le sens de ce titre et c’est le sens de l’éditorial. C’est très précisément ce que je disais pour expliquer.

Gracchus Babeuf

Elizabeth Martichou – « Souverainisme, ca c’est vraiment le contenu de votre livre. »

Michel Onfray– « C’est grave Docteur ? Le souverainisme ? »

Elizabeth Martichou – « Ne soyez pas parano à chaque fois que je vous pose une question. Je m’intéresse à votre démarche. »  

(Je me permets un aparté, on a l’impression de faire face à un tribunal médiatique. Il est interrogé, torturé jusque dans sa chaire, pour voir s’il est honnête, pour voir s’il dit la vérité et, pour voir s’il veut du tort à la société, pour voir s’il est fou, mais je crois que c’est l’homme le plus lucide d’entre nous.Par ailleurs, il ne cause aucun tort à la société, il parle. Peut-être faudrait-il le bâilloner s’il dérange? Il n’y a ici pas d’échanges d’idées mais juste un tribunal médiatique qui ne veut pas voir ce qui dérange pour ne pas trop éveiller les consciences. C’est l’histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. Une poignée d’élites croit représenter les « téléspectateurs » mais n’incite pas à la culture, à la liberté d’expression. Cette journaliste aurait très bien pu interroger sur son livre, ses idées, ce qu’elle ne comprend pas, on se place toujours en opposition en France et jamais dans la compréhension de l’autre. Jamais. C’est un bal d’égos à ciel ouvert et on en perd le sens des réalités. Chacun voulant conserver son petit pré carré. On est en train de détruire la France, c’est terrible. Et on est obligé en tant que téléspectateur d’assister à cela. Heureusement que Michel Onfray nous nourrit intellectuel, lorsqu’il peut parler et n’est pas mis en accusation. Je me demande sincèrement comment il a pu supporter durant tout ce temps, toutes ces insultes, toutes ces entraves à la liberté de penser. Je ne sais pas comment il a fait pour ne pas se suicider car ce qu’on lui a fait, sous prétexte qu’il avait tort car certains ne se sont même pas intéressés à ce qu’il disait ont voulu le baîlloner. Il nous reste en France, très peu d’intellectuels et nous sommes incapables de les respecter, de les prendre pour idoles, nous nous détruisons nous-mêmes. C’est pitoyable.  »

Michel Onfray  – « Ah non mais je ne suis pas parano, c’est pas de la paranoïa, je m’informe. »

Elizabeth Martichou– « Vous répétez en disant qu’on ne vous comprend pas, qu’on ne croit pas que vous ne serez pas candidat à la Présidentielle. Mais pourquoi pas ? Mais pourquoi ne pas allez jusqu’au bout de cette logique ?  Passer de l’autre côté de la barrière et puisque Macron est incompétent et que vous n’avez cité aucune personne qui pourrait le faire mieux à sa place, pourquoi pas vous ? »

Michel Onfray – J »e ne sais pas pourquoi vous posez toujours les mêmes questions alors que j’ai donné la même réponse à chaque fois. Dans la configuration de la 5ème République où il vous faut un Président de la République élu au suffrage universel qui soit susceptible de gouverner avec une Assemblée Nationale et un Sénat, c’est une configuration impossible, sauf à être mégalo, parano ou être etc. De se dire c’est moi, c’est moi, j’y vais et puis on va me regarder, on va me voir etc. Ca n’est pas possible, ca n’est pas pensable. On peut faire de la politique autrement et avec  Stéphane Simon et les amis de Front Populaire nous avons ce projet. Vous verrez le temps venu, ce que nous avons l’intention de faire mais on n’est pas tenu d’être candidat aux Présidentielles, c’est pas l’horizon indépassable de la politique. Les gens attendent un homme providentiel, moi je pense que ce qui est providentiel c’est le peuple. Il nous faut un peuple providentiel. Donc nous travaillons à l’émergence du peuple providentiel. »

Martichou – Vous êtes philosophe vous assumez le populisme ?

Onfray – Oui, mais vous

Martichou – Complètement

Onfray – Mais vous savez c’est pas grave populisme, si c’est pas cela c’est populicide. Donc on a le choix entre populistes et populicide, c’est la même chose avec souverainisme.

Martichou –  C’est cela le clivage ?

(Aparté : Bonne question)

Michel Onfray – Oui c’est cela. C’est cela. Et le clivage c’est souverainiste ou vassal ou vassalisation. Ceux qui ne sont pas souverainistes ils sont pour la vassalisation. Ils ont le droit mais il faut qu’ils disent à qui ils obéissent. Quel est leur suzerain ?

Elizabeth Martichou – Merci beaucoup, Michel Onfray, d’avoir été ce matin [sur LCI].

Michel Onfray – C’est moi qui vous remercie.

Sources :

https://www.facebook.com/LCI/videos/3800023920025324/?v=3800023920025324

Le Dauphiné Libéré publie ce jour un sondage (https://c.ledauphine.com/) :
A la question de savoir si Emmanuel Macron doit fait de la sécurité un enjeu fort de la fin de son mandat les Français répondent à 84% oui contre 16% non. (6808 votants).




Publié par magrenobloise

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