France – Le discours d’Emmanuel Macron, décryptage

Hier, vendredi 4 septembre à 10 heures, le Président de la République Française Emmanuel Macron a tenu un discours au Panthéon pour fêter les 150 ans de la République. Il a ensuite présidé la cérémonie de naturalisation pour six nouveaux citoyens français. Ma Grenobloise vous transmets son discours et s’arrête sur la figure qui a construit la République : Jean Bodin.

« Madame le Maire de Paris, Monsieur le Député, Monsieur le Préfet de police, Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités,

Cher Matthew, Noura, Patricia, Catherine, Anna,

Le moment je le mesure pour vous, pour vos familles et à la fois émouvant, est solennel.
Non seulement vous accomplissez un rêve, devenir français, mais vous le faite dans un lieu à part, notre Panthéon. Là où repose les grandes femmes, les grands hommes, honorés par notre Patrie. La vôtre désormais. Et qui plus est, cette cérémonie de naturalisation se tient le jour-même, où la République célèbre son anniversaire.  C’était le 4 septembre 1870. Alors que l’Empire venait d’être défait à Sedan, un jeune député de 32 ans, Léon Gambetta, répondait à l’appel du peuple de Paris et proclamait la République, depuis le balcon de l’Hôtel de ville. Léon Gambetta., dont nous venons d’entendre les mots, était comme vous. Un fils d’immigré, récent naturalisé, français de sang-mêlé. C’est lui pourtant qui ressuscita la République, ce régime politique de Liberté sous lequel nous vivons depuis 150 ans. Le pays manquait de se briser. La République, une fois encore, le sauva. Il y a tant d’autres Léon Gambetta. Tant de figures françaises, non par héritage mais par les combats menés qui ont façonné notre histoire. Marie Curie naquit et grandit en Pologne, elle reçut deux prix nobels, fit le choix de servir la France dans les tranchées comme simple infirmière avant d’ouvrir aux femmes deux portes qui leurs étaient jusque là fermées.  Celles des chaires d’enseignement de la Sorbonne, et les portes de bronze, du Panthéon.  Joséphine Baker, née américaine, choisit la France pour la faire briller de son talent et de son énergie. Elle aimait sa patrie d’adoption,  au point de risquer sa vie pour elle en entrant dans la résistance. Tant et tant de destins, devenus Français  ainsi par leur combat. Bien d’autres héros, Français par la naissance, nés parfois si loin de la métropole ont porté si haut nos valeurs et marqués l’édification de notre République. Félix Eboué, descendant d’esclave, répondit dès le 18 juin, à l’appel du Général De Gaulle, il fut le premier à planter l’étendard de la France libre au Tchad. Sans cet enfant de notre Guyane, qui alait devenir compagnon de la Libération et repose en ces lieux lui aussi, l’épopée des forces françaises libres, n’auraient pas était la même. Comment ne pas évoquer Gisèle Halimi disparu cet été. De sa chère Tunisie à notre Assemblée Nationale, des prétoires aux hémicycles, de plaidoyers en manifestes, celle qui était née Zeiza Taïeb plaida pour l’émancipation des peuples et fit faire des bonds de géants à la cause des femmes. Un hommage national lui sera prochainement rendu dans la Cour des Invalides.
Léon Gambetta, Marie Curie, Félix Eboué, Joséphine Baker, Gisèle Halimi, autant d’exemples, avec d’autres figures que nous mettons à l’honneur en ce jour de vie en République. Autant de destins, dont Matthew, Noura, Patricia, Catherine, Anna, vous êtes aujourd’hui les légataires, car c’est votre tour désormais. Votre tour aux côtés des enfants de la République par leur naissance, et de tant et tant d’autres, par delà la diversité de vos origines, vous qui venez du Royaume-Uni, d’Algérie, du Cameroun, du Pérou ou du Liban, d’écrire vos vies, en République.  Je ne parle pas là de façonner vos existences personnelles, vous avez tous déjà un métier, souvent une famille ici, mais d’endosser pleinement les habits de citoyen Français, en vous hissant au-delà de vous-même. Devenir Français c’est en effet accepter d’être plus qu’un individu poursuivant ses intérêts propres, un citoyen, qui concourt au bien commun, fait preuve de responsabilité vis-à-vis de ses compatriotes, qui cultive, une vertu toute Républicaine, des devoirs et des droits,  mais toujours des devoirs d’abord. Devenir Français c’est avoir ancré en soi-même que la conscience que parce que la République est toujours fragile, toujours précaire, elle doit être un combat de chaque aube, une conquête de chaque jour, un patriotisme Républicain de chaque instant. La République n’est pas donnée, jamais acquise et je le dis ici aussi pour nos jeunes, c’est une conquête et elle est toujours à protéger ou à reconquérir. La liberté d’abord, Liberté, Liberté chérie entonne la Marseillaise, être Français c’est d’abord aimer passionnément la Liberté. De Gaulle a évoqué le pacte vingt fois séculaire entre la France et la liberté du monde. A partir d’aujourd’hui vous êtes liés par ce pacte. La liberté dans notre République est un bloc. C’est la liberté de participer aux choix de ses dirigeants et donc le droit de vote mais qui est indissociable de la soumission aux verdicts des urnes, à la Liberté collective du peuple. C’est la liberté de conscience et en particulier, la Laïcité. Ce régime unique au monde, qui garantit la liberté de croire ou de ne pas croire, mais qui n’est pas séparable d’une liberté d’expression allant jusqu’au droit au blasphème. Et je le dis au moment où s’ouvre les attentas de Janvier 2015, être Français c’est défendre le droit de faire rire, la liberté de railler, de moquer, de caricaturer, dont Voltaire soutenait qu’elle était la source de toutes les autres. Etre Français, c’est être toujours du côté des combattants de la liberté et plus encore, quand les renoncements prospère, quand la censure progresse. L’égalité, être Français, c’est reconnaître, en chaque femme, en chaque homme une même dignité. Etre Français, c’est aimer la justice. Abolition des privilèges et Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en 1789, suffrage universel masculin et abolition de l’esclavage par Schoelcher en 1848, droit de vote des femmes en 1944, abaissement de la majorité à 18 ans en 1974, abolition de la peine de mort en 1981. Vous vous inscrivez dans une belle et grande histoire. Celle du progrès de l’égalité des droits. Vous êtes aussi, les continuateurs d’une marche encore inachevée, vers l’égalité concrète, effective. Peggy, Jaurès, Blum, Mendès France, ont porté haut la République sociale, cette idée simple au fond, chaque citoyen, quel que soit le milieu où il vit, le milieu d’où il vient, doit pouvoir construire sa vie par son travail, par son mérite. Nous sommes encore loin, trop loin de cet idéal. Combien encore d’enfants de France son discriminés pour leur couleur de peau, leur nom. Combien de portes fermées,  à de jeunes femmes, de jeunes hommes parce qu’il n’avait pas les bons codes, n’étaient pas nés au bon endroit. L’égalité des chances n’est pas encore effective aujourd’hui dans notre République. C’est pourquoi elle est plus que jamais une priorité de ce quinquennat. Nous irons plus loin, plus fort dans les semaines à venir pour que les promesses Républicaine, soit tenue dans le concret des vies. Mais l’égalité, elle aussi, est un bloc. Des devoirs et des droits. L’égalité devant la loi implique ainsi que les lois de la République sont toujours supérieur aux règles particulières. C’est pourquoi il n’y aura jamais de place en France pour ceux qui souvent au nom d’un Dieu, parfois avec l’aide de puissances étrangères entendent imposer la loi d’un groupe. Non. La République parce qu’elle est indivisible, n’admet aucune aventure séparatiste. Un projet de loi, de lutte contre les séparatismes, sera à cette fin présenté dès cet automne. La fraternité. Etre Français c’est voir en son compatriote plus qu’un semblable, un des siens. Notre nation a ceci de singulier qu’elle a développé un état providence, un modèle de protection social qui ne laisse personne au bord du chemin. Or ce système, unique au monde, ne tient que par les liens toujours fragiles qui unissent nos concitoyens. Liens du respect et de la civilité qu’à tout moment, la violence et la haine peuvent briser. C’est pour cela qu’en République, les policiers, les gendarmes, les magistrats, les maires, les élus de la République, plus largement toutes celles et ceux qui luttent contre la violence, contre le racisme et l’antisémitisme jouent un rôle déterminant et que par symétrie, ceux qui s’en prennent à eux doivent être lourdement condamnés. Force à la loi, jamais à l’arbitraire. Ceux qui s’en prennent aux forces de l’ordre, aux élus, ne passeront pas. Lien de la solidarité et de l’engagement, notre  Etat Providence a une nouvelle fois, montré lors de la pandémie que nous venons de traverser sa force en accompagnant chaque Français et nous nous souviendrons longtemps du courage de nos soignants, du dévouement des bénévoles, de l’entraide entre voisin qui nous ont permis de faire face au plus force de la crise. Mais là encore, la fraternité est un bloc, elle ne peut vivre, perdurer que si chacun reconnaît l’autre comme digne d’être aidé, accompagné. Elle repose sur chaque citoyen aussi. Et pas simplement sur un Etat qui donnerait des droits. C’est pourquoi le partage d’un commun est décisif, et je ne peux en effet consentir à des sacrifices pour mes compatriotes que si je me sens lié à eux, non seulement par un contrat social mais par des références, une culture, une histoire commune, des valeurs communes, un destin commun, dans lequel nous sommes engagés. C’est cela la République. « La France, écrivait Marc Bloch, est la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur. J’ai bu aux sources de sa culture, j’ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel, et je me suis efforcé à mon tour de la défendre de mon mieux. C’est tout cela, entrer en République Française. Aimer nos paysages, notre histoire, notre culture, en bloc, toujours. Le sacre de Reims et la fête de le Fédération, c’est pour cela que la République ne déboulonne pas de statut, ne choisit pas simplement une part de son histoire car on ne choisit jamais une part de France, on choisit la France. La République commence, vous l’avez compris, bien avant la République elle-même, car ses valeurs sont enracinées dans notre histoire. Et devenir Français c’est l’épouser toute entière et c’est aussi épouser une langue qui ne s’arrête pas à nos frontières, vous le savez parfaitement, mais qui fut aussi l’un des ciments de notre nation. Ma patrie c’est langue française, écrivait Camus. Maîtriser le français permet bien sûr, de communiquer, d’échanger avec  ses compatriotes, de comprendre notre droit et c’est pour cela que la langue est un pré-requis pour accéder à la Nationalité. Mais maîtriser le français c’est un passeport vers une culture, une histoire incomparable aux dimensions des cinq continents. C’est accéder à l’imaginaire d’Hugo, Dumas, Zola, Malraux, Césaire. Tous ici honorés au Panthéon. C’est accompagner les personnages de Mauriac disparu il y a 50 ans, de tous ces écrivains dont la grandeur honorent non seulement l’esprit français mais le génie universel. Maitriser notre langue c’est plus encore toucher l’âme de la Nation, une forme d’éternel français. La France est en effet l’un des rares pays, qui avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, a été comme créée, engendré par sa langue. Notre langue a forgé notre rapport à la liberté, à l’universel. L’abbé Grégoire qui repose ici lui-aussi, ne disait-il pas que le français est l’idiome de la liberté. Notre langue est le berceau de la République, bien avant qu’elle ne soit proclamée par les conventionnels de 1792, parce que la République prend forme déjà, dans les textes de Bodin à la Renaissance, elle s’affirme chez Condorcet, Rousseau et tous les penseurs des Lumières. Notre langue c’est ce qui tient notre peuple, notre histoire. C’est ce qui fait que Charles Peggy pouvait clamer la République notre Royaume de France. En France, décidément, tout commence par les mots. La République c’est une transmission et la République est une volonté. Jamais achevé, toujours à reconquérir. Et si elle tient depuis la Révolution, c’est parce qu’en ceux qui l’ont rêvé, ceux qui l’ont fait advenir, ceux qui l’ont défendu, parfois dans les heures les plus tragiques de note histoire, ceux qui l’ont renouvelé dans le projet européen, entre toutes ces femmes et tous ces hommes, s’est noué une chaîne des temps qui a traversé les siècles. Et en ce jour anniversaire, ce n’est pas tant la joie qui domine, je dois bien l’avouer, qu’une forme de gravité lucide, face aux menace qui pèsent sur elle. Alors Matthew, Noura, Patricia, Catherine, Anna, c’est à vous aujourd’hui de reprendre le flambeau avec beaucoup d’autres. De faire vivre la promesse Républicaine, dans ses bourrasques des temps, reprendre le flambeau. Et le confier à notre jeunesse représentée par  des collégiens qui nous entourent ce matin. Notre jeunesse qui doit continuer de garder ce goût des rites Républicains, le service à l’universel, beaucoup d’autres institutions y concourent, notre école Républicaine, en a la mission et nos professeurs continuent d’en porter l’exigence. Notre jeunesse de France, à qui je souhaite d’aimer, la République d’une passion toujours intacte, ne croyait pas que ce ne sont que des mots, c’est toute une histoire.  Ce sont ces destins et je n’ai parlé que de quelques uns. Aimer-là d’une passion toujours renouvelée parce que mesurer chaque jour que c’est elle qui vous permet d’être des citoyens libres, c’est elle qui vous a fait naître libre, qui vous permet d’apprendre d’être élevé dans la liberté, de juger, de savoir, de construire votre vie librement. Ca n’est aps donné partout, ça pas été donné de tout temps.  Alors à chaque fois que le drapeau tombera il faudra le rehisser, à chaque fois que certains la menaceront il faudra la défendre car d’autres avant vous, l’ont défendu. Soyons donc tous rassemblés. Vous qui venez de rejoindre la communauté nationale, vous qui y êtes né et qui y grandissait et tous les enfants de la République. Etre Français n’est jamais seulement une identité, c’est une citoyenneté. Ce sont des droits qui vont avec, mais ce sont aussi ses devoirs, c’est-à-dire l’adhésion à ces valeurs, à une histoire, à une langue, à une exigence, qui tient la République debout car elle dépend de chacune et de chacun d’entre nous à chaque instant. C’est un combat chaque jour recommencé. Alors ensemble formons cette France unie qui peut tout vaincre et parce qu’avec leur force d’âme certaines et certains rejoignent aujourd’hui la République et que vous aurez à en reprendre le flambeau. Alors avec confiance, oui, nous pourrons continuer encore longtemps de dire « Vive la République, vive la France ». »

Lors de ce discours, le Président a évoqué de nombreuses figures françaises, qui ont façonné l’histoire de France. Un de ses personnages évoqués dans son discours est Jean Bodin.

Jean Bodin

Jean Bodin, né en 1529 ou 1530 à Angers et mort en 1596 à Laon, est un jurisconsulte, économiste, philosophe et théoricien politique français, qui influença l’histoire intellectuelle de l’Europe par ses théories économiques et ses principes de « bon gouvernement » exposés dans des ouvrages souvent réédités. La diffusion du plus célèbre d’entre eux, Les Six Livres de la République, n’a été égalée que par De l’esprit des lois de Montesquieu. En économie politique, il perçoit les dangers de l’inflation et élabore la théorie quantitative de la monnaie à l’occasion d’une controverse avec Monsieur de Malestroit. Enfin, il établit une méthode comparative en droit et en histoire qui fécondera les travaux de Grotius et Pufendorf.

Dans Les Six Livres de la République, il est l’un des premiers à établir le concept de la souveraineté qui inspirera Hobbes et Locke. Il pose également les fondements théoriques de la monarchie absolue — puissance de commandement, puissance absolue, puissance indivisible, puissance perpétuelle — et les notions juridiques relatives à la souveraineté des États. Par son influence sur le cardinal de Richelieu et ses juristes, Bodin peut être considéré dans une certaine mesure comme l’un des fondateurs de l’absolutisme à la française. Parmi ses autres apports, figurent également l’encadrement des attributions des juges et de l’administration ainsi que l’établissement de distinctions fondamentales entre État et gouvernement.

Esprit moderne à certains égards, Bodin est toutefois susceptible de déconcerter les lecteurs actuels à la fois par son traité de philosophie de la nature, qui accorde beaucoup de poids à l’arithmologie et à l’astrologie, et surtout par un traité de démonologie invitant à la répression de la sorcellerie.

Alors que les guerres de religion dévastent la France, il se fait l’avocat de la tolérance religieuse, notamment par sa courageuse opposition à une initiative royale qui voulait lever des fonds pour reprendre la guerre contre les huguenots. Il a aussi défendu l’idée de tolérance dans ses écrits, tout particulièrement dans le Colloquium heptaplomeres, resté à l’état de manuscrit, où il fait dialoguer sept sages de confessions différentes.

Les Six Livres de la République ont été écrits d’abord en français en 1576. Dès la fin des années 1570, cet ouvrage était étudié à Londres et à Cambridge et c’est pour des publics universitaires de ce genre que Bodin en fait lui-même une version en latin, publiée en 1586. Entre 1576 et 1629, cet ouvrage a connu au moins quatorze éditions françaises et neuf éditions latines. Il a été traduit en italien (1588), espagnol (1590), allemand (1592 et 1611) et anglais (1606). Abondamment discuté en France, en Angleterre et dans les pays germaniques, il a inspiré les travaux des juristes et théoriciens de l’État moderne, notamment Grotius, Pufendorf, Hobbes et Locke. Il se trouvait dans les bibliothèques des premiers colons puritains de Nouvelle-Angleterre dès 1620.

Sources :
https://www.francetvinfo.fr/culture/patrimoine/histoire/direct-150-ans-de-la-republique-regardez-le-discours-d-emmanuel-macron-au-pantheon_4093773.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Bodin

Publié par magrenobloise

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