France – Le retour à l’armée ?

Le 2 septembre Michel Goya, ancien colonel des troupes de marines , enseignant et auteur français, spécialisé dans l’histoire militaire et l’analyse des conflits, faisait connaître sa position et son analyse quant à la prise en charge des jeunes délinquants par l’armée dans les colonnes du Figaro.

Dans une longue analyse, Michel Goya rappelle la « missions des armées » qui est de « préparer et d’assurer par la forces des armes la défense de la patrie et des intérêts supérieurs de la nation » et nullement « d’anxiolytique pour la population, de fournisseurs de photos pour les articles sur le terrorisme, d’antigang à Marseille ou ailleurs, de supplétif à la police nation, de régulateur du nombre de sangliers, de société de ramassage des poubelles ou de nettoyage des plages, d’éducateurs pour adolescents en internat-découverte. » « Le problème, poursuit-il, est qu’on ne soigne pas les maladies en fonction des remèdes les plus efficaces, peut-être parce qu’on ne les a plus, mais des potions disponibles et visibles sur l’étagère. Or, l’armée est une potion toujours disponible et qui, c’est vrai, peut soigner beaucoup de choses, même si c’est sans doute parfois de manière placebo.»

Il évoque l’esprit militaire :

« Les unités militaires sont réactives, disciplinées et dotées par nécessité d’une forte cohésion. Les soldats français sont, il faut le rappeler, volontaires à faire des choses pas naturelles pour la Patrie, tuer et être tué. Pour cela on crée autour d’eux des obligations à faire honneur à l’uniforme, au drapeau, et à ne pas faire honte à des camarades dont on a forgé l’amitié dans de durs entraînements et des opérations. On ne peut séparer l’action qui peut être un sacrifice et sa préparation. On ne transpire pas dans les entraînements pour le plaisir d’apprendre l’effort, mais pour être prêt au combat. Sinon, on fait du sport. » argue-t-il. « Engager des délinquants dans nos institutions peut affaiblir ces dernières » indique-t-il.

Il considère qu’envoyer les délinquants à l’armée est un leurre : « L’éducation à la dure, c’est pour les autres, les gueux, voire les canailles. Cela fera du bien un tour à l’armée! Oui, mais voilà ce n’est pas le rôle de l’armée, et moins que jamais. »

Cet argument « de gueux » peut être infirmer car ce n’est pas le sentiment que la population a des militaires. L’armée pour ces jeunes, c’est les engager dans des entraînements difficiles, écouter les ordres, se plier aux ordres pour le bien commun, pour le bien de tous, cela relève du sacrifice. Or ce que ces délinquants font pour l’instant n’est d’aucune utilité, ni d’aucun sacrifice pour la Nation. Cela relève d’un pur égoïsme, de la sauvagerie, de l’enfant-roi, de l’anarchie, d’un vilain caprice.

Il expose l’expérience « Jeune en équipe de travail » (JET) qui consistait à organiser des « stages de rupture » et n’a peu ou prou marché.

Il considère « l’implication dans la formation professionnelle par le biais des Epide et du Service militaire volontaire, ou du Service militaire adapté dans la France d’outre-mer, [comme donnant] de bons résultats, mais il ne s’agit pas de réinsérer des délinquants après un stage court, mais de venir en aide à des jeunes en difficulté, volontaires et sélectionnés, par une longue formation. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Cela fonctionne, même si encore une fois c’est un détournement de mission. »

Il n’est pas contre le rétablissement du service militaire à l’ensemble des jeunes si ces jeunes ont conscience qu’il s’agit de « rendre service à la nation, parfois en donnant sa vie ». Néanmoins, si ces mineurs ne sont pas engagés au combat alors « on est dans un grand projet éducatif, comme le Service national Universel (SNU) [et cela relève de] la mission de l’Education nationale. »

Il s’enthousiasme cependant pour une idée : « Le service national peut être un vrai projet ambitieux et un vrai projet de société, mais en réalité, il n’y a sans doute que deux voies cohérentes. La première est le retour à une forme de service national élargi à l’ensemble du service public. Cela suppose de surmonter la réticence juridique de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui considère cela comme du travail forcé et bien sûr de traquer et donc sanctionner les inévitables resquilleurs, condition sine qua non de la justice de ce service. L’effort est considérable, mais on peut imaginer qu’un renfort de 800 000 jeunes peut être utile à des services publics souvent en grande difficulté. ».

Il invoque ensuite le fait que ces propositions proviennent de personnes n’ayant jamais voulu porter l’uniforme. Mais beaucoup ont eu à le porter contre leur gré, ils n’ont pas pu poursuivre leur étude, ou ont du travailler d’arrache-pied pour ne pas aller dans l’armée. Certains comme Lionel Terray, y sont allés. L’armée, a transformé sa vie qu’il a pu retranscrire dans un livre : « Les conquérants de l’inutile ». Que conquiert ces jeunes et quelles traces laisseront-ils dans l’histoire ? Quel(s) services auront-ils rendu à la Nation ? Aucun.

Publié par magrenobloise

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