France – Histoire d’Algérie

Lors de son passage à BFMTV le 7 septembre 2020, le Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin fut très inspirant.

En effet, il rappela de nombreuses références historiques dont la France et l’Algérie sont chargées. Un passé commun, une histoire commune, un amour à la fois commun et différent.
Commun dans le sens que les deux peuples aiment chacun profondément leurs pays, ses racines, sa culture, ses couleurs, le fil du temps qui s’écoule au fil de la journée, une douceur matinale sur la terrasse  d’un café d’Alger, chaleur torride dans les plaines du désert saharien où l’ennemi est soleil. Amour commun lorsque la France s’implante sur les terres Algériennes, elle implante des Eglises, elle implante des institutions (le théâtre sur la place du 1er novembre au centre d’Oran), elle implante sa vie, sa culture, sa richesse intérieure. Elle aime ce pays pour s’y implanter. Mais les deux peuples ont des séparations, des histoires différentes, une religion différente. Les uns proviennent des descendants chrétiens, les croisés, les autres proviennent des sarrasins. Si Dieu les anime, Dieu seul est le prétexte aux guerres, à la possession de richesses, à la possession de terres. Lorsque les Français sont restés trop implantés en terre africaine, les algériens se sont soulevés. Le gouvernement français a mis longtemps avant de les laisser aller à l’indépendance.  Longtemps, très longtemps, trop longtemps. A tel point que l’on en subit encore les conséquences aujourd’hui, que le peuple algérien qui mérite d’avoir de bons représentants, un bon parti au pouvoir, n’a pas encore décollé. Un seul exemple pour illustrer cela, le fait que Bouteflika vienne se faire soigner en France. N’y a-t-il pas d’hôpitaux valables en Algérie ? interrogeait Michel Onfray dans une vidéo sur la question (« Ecrire enfin la guerre d’Algérie », semaine du 03/10/2016). Libération avait, lors des soulèvements politiques du peuple, le « Printemps arabes », fait un papier exposant et expliquant les délabrements des hôpitaux publics et les bas salaires. Terrible honte que de traiter son peuple ainsi et nous comprenons le soulèvement des algériens lorsqu’un dirigeant rechigne à les bien vouloir traiter alors que ce sont eux, c’est le peuple, le pourvoyeur de richesses.

Les Français sont donc restés trop longtemps, à tel point que les familles des villages algériens ne savent pas qui admirer. Leurs cultures sont confondues. Dans un salon d’habitants algériens, des posters de Roch Voisine sont accrochés. Devant, une grand-mère en tenue traditionnelle pose avec celle que l’on suppose être sa petite fille. Où sont les auteurs et la culture orientale dont les représentants sont si cachés et ténus ?

Camus s’est fait le représentant des deux peuples. Par ses écrits admirables, il rend hommage à la France et à l’Algérie.

Dans l’Endroit et l’Envers. Camus peint sous sa plume une formidable mélodie mélancolique et philosophique. Il invite à l’introspection, à la réflexion, il invite à l’amour ; l’amour de l’homme. Et il ne désespère pas. Ce petit livre séparé en différentes histoires fut son premier récit. Il mélange avec amour ces deux pays si différents mais que tout rapproche dans le cœur des hommes. Le dernier récit « L’endroit et l’Envers » est une apothéose. Ses mots sont savamment choisis, empruntés, maniés avec une aisance remarquable et mélodieuse qui font de lui, déjà, un grand auteur. Il devrait être mis au goût du jour, une réflexion devrait être portée à son égard. S’interroger sur sa philosophie, là serait un grand projet. C’est ce qu’à fait Michel Onfray que je n’ai pas eu le temps de lire et l’on m’en excusera.

Vient ensuite Caligula. Ce mythe reprend tous les codes de la mythologie grecque, de la tragédie grecque. Il est quelques détails qui échappent comme le fait que Caligula se vernisse les ongles ? Ceci  reste très étonnant, c’est comme si le personnage restait stoïque, insensible à ses gestes, à son passé. Tyran qu’il est, il tue une homme ! Il tue un homme. Cette pièce est exceptionnelle et Camus ne fut pas jugé à son juste niveau. Il est un auteur grandiose. Qui se perd à travers ses lignes appréciera.
Sa philosophie, sa matière à penser, sa manière de penser est parsemée, exemplifiée, fine, appréciable, d’autant plus savoureuse et compréhensible qu’elle est rare. Ce mythe vaut aussi bien celui d’une tragédie grecque. Il est à la hauteur de ses ancêtres, de ceux qu’il admire et qu’il exemplifie, incarne. C’est un homme vrai, un homme de bien, un homme de lettres, de verbes et d’actions.


Le dernier livre enfin, l’Etranger pourrait s’apparenter à l’apothéose de la conscience, la mauvaise conscience : le crime. Lorsque le lecteur découvre  ses lignes, la tension est à son comble, le cœur palpite, la conscience se demande ce qu’elle va découvrir, la lame saillante saillie au soleil, brille, telle  les dents ou les petits yeux brillants dans le noir qui celui qui hantera toute sa vie, Raskolnikov. La lame est écarlate, éclatante, intensément brillante, lumineuse, elle luit au soleil, elle est comme le sourire, les dents blanches, le sourire pervers  et mesquin de celui qui va commettre le crime et Meursault, tire, sauve sa peau. Il le tue. Cet homme est sauvé. Nous pourrions concrètement rapprocher cette scène du meurtre concret de Maurice Audin. Peut-être cette histoire inspira-t-elle l’auteur ?
Il est dans cet acte deux façons de tuer qui s’affrontent, une façon civilisée  s’il en est, avec le pistolet qui accuse une défense, une façon de tuer avec un couteau, une lame, la barbarie qui s’apprête à être commise mais qui n’aboutit pas car tué avant par les balles qui transperceront le corps. C’est par ailleurs Meursault qui va être jugé. Il n’usera pas de son esprit  à la française pour faire signifier aux juges, à ses semblables si différents, parmi lesquels il se sent étranger, et il est jugé tel un étranger, sa défense, sa conscience lui suffit à lui-même. Peu de moment, seulement un acte, un acte jugé par  tant d’autres qui étaient absents à ce moment-là et qui lui donnent à tort, tort. Meursault ne s’en défend point. Il était étranger parmi les siens, à Alger. Il était étranger parmi ceux qu’il admirait et qui désormais  lui font un procès. Plus il en dit, plus il est accusé. Les juges cherchant ce qui est trouble dans sa conscience. Quel crime a-t-il bien pu commettre pour qu’on veuille le tuer ?

Il aime une femme Marie, son nom  s’apparente étrangement et peut-être est-ce voulu, à la vierge Marie. En effet, rien n’est fait dans ces descriptions pour trahir cette image délicate, virginale qu’est la vierge Marie. Tout est doux. Leur amour est doux et  à la fois brut, timide mais profond, indicible. Leur union amoureuse se scelle dans l’eau, dans la mer, à Alger. Quelle beauté. L’auteur fait d’Alger une terre d’amour, aride, dur, brute, où tout commence par la mort de sa mère.  S’y mêle un amour parfois violent avec Raymond, un environnement aride, des sentiments tus et incompris, un amour originel perdu et désespéré.
L’homme est comme déraciné. Ce sera désormais Marie sa terre. L’appel du vice et de la brutalité sont cependant trop forts, trop violent pour que Meursault sauvé d’un amour pur y résiste. Il cèdera par amitié, et toutes preuves confondues il sera accusé pour s’être défendu. Il est accusé d’avoir aimé, d’avoir accepté, de consentir aux actes barbares d’un homme sur une femme. Lui-même a rédigé la lettre qui fera de la femme attendue par l’homme trompé, une proie facile. Meursault a consenti à cela, désespéré. Aussi était-il contre la tromperie mais  n’en a pas moins raisonné son ami pour qu’il ne pas commette des actes barbares. Il a ainsi attiré la proie en usant de la plus belles des manières = écrire une lettre. C’est un piège auquel elle succombera. Raymond est un maquereau et il le montre bien. C’est une ordure qui n’a aucun respect pour les femmes surtout quand elles le trompent et qu’elles sont libres de le tromper car leur corps leur appartient. Raymond n’aime pas cela et il le fait savoir. Il considère la femme objet alors il la frappe. Heureusement la scène n’est pas décrite mais on entend à travers les lignes les bruits assourdissants qu’une gifle ou qu’un coup de poing puissent avoir. Un traumatisme au visage, une mort, telle celle de Mereia dans Caligula. Mais Mereia est un homme.

Caligula –  Et, troisième crime, tu me prends pour un imbécile. Ecoute-moi bien. De ces trois crimes, un seul est honorable pour toi, le second parce que dès l’instant où tu me prêtes une décision et la contrecarres, cela implique une révolte chez toi. Tu es meneur d’hommes, un révolutionnaire. Cela est bien (tristement). Je t’aime beaucoup, Mereia. C’est pourquoi tu seras condamné pour ton second crime et non pour les autres. Tu vas mourir, virilement, pour t’être révolté.
Pendant ce discours Mereia se rapetisse peu à peu sur son siège.
Ne me remercie pas. C’est tout naturel. Tiens (il lui tend une fiole et aimablement). Bois ce poison.
Mereia, secoué de sanglots, refuse de la tête.
S’impatientant.
Allons, allons.
Mereia tente alors de s’enfuir. Mais Caligula, d’un bond sauvage, l’atteint au milieu de la scène, le jette sur un siège  bas, et, après une lutte de quelques instants, lui enfonce la fiole entre les dents et la brise à coups de poing. Après quelques soubresauts, le visage plein d’eau et de sang, Mereia meurt. Caligula se relève et s’essuie machinalement les mains. »)

Le rapport à la femme chez Mersault est incertain, douteux, il n’expose pas ses sentiments. Il préfère la violence de la virilité, un combat de coqs pour montrer que l’on aime une poule. La violence qui est l’inverse de l’amour est ici une preuve d’amour, entre hommes. Montrer aux hommes que l’on aime une femme. Il s’agit plutôt d’une question de fierté, un animal blessé pour n’avoir pas été le préféré et pour ainsi  se rendre compte que la femme est libre. Libre d’aimer, libre de corps et d’esprit que cela lui plaise ou non.

Sources :
https://www.youtube.com/watch?v=gu__6gVjyBs
https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/guerre_d_Alg%C3%A9rie/104808
https://michelonfray.com/recherche/Alg%C3%A9rie
Camus – L’Etranger, Caligula
Algérie – regard croisés

Publié par magrenobloise

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