Front Populaire – Les ONG se mobilisent contre l’accord UE-Mercosur

A son arrivée à la commission européenne, Ursula von der Leyen avait fait de la validation finale de l’accord une priorité. Conclu à l’été 2019 après deux décennies de négociations, l’accord UE-Mercosur patine aujourd’hui en proie aux critiques des ONG et à un contexte peu favorable. Il doit encore être ratifié par les États-membres de l’UE, et Macron en personne s’y oppose pour la France, notamment en raison d’un désaccord avec le Brésil au sujet de la déforestation. Le président Jair Bolsonaro a promis de réduire la déforestation, ce que les chiffres démentent formellement. L’agence Reuters avait signalé en juillet 2019 une augmentation de 88% de la déforestation brésilienne en un an.

Dans une tribune publiée ce jour par l’ONG CCFD Terre-Solidaire et Greenpeace et intitulée « Emmanuel Macron, abandonnez l’accord UE-Mercosur », les signataires interpellent Emmanuel Macron sur un potentiel double discours. En effet, ce dernier annonçait encore le 29 juin dernier devant la Commission citoyenne pour le climat qu’il avait stoppé les négociations et que les rapports sur le sujet confortaient sa décision. Les signataires de la tribune s’inquiètent pourtant : « Le 2 juillet 2020, le haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, se félicite de la finalisation des négociations de l’accord entre l’UE et le Mercosur. Que croire ? C’est à n’y rien comprendre. »

En effet, les auteurs rappellent que les dernières études du CCFD-Terre-Solidaire et de Greenpeace dénoncent en détail les risques majeurs liés au climat, aux droits humains et à la biodiversité. Et les signataires d’affirmer : « Les chiffres sont accablants et la menace que fait peser cet accord sur la transition de nos systèmes agricoles et industriels est réelle : explosion des quotas de bœuf, de soja et d’éthanol importés, pression massive sur les territoires autochtones et les écosystèmes, levée des droits de douane sur les pesticides, absence de toute contrainte à destination des entreprises, absence de mécanisme permettant aux populations affectées de contraindre ces mêmes entreprises multinationales à répondre de leurs impacts devant les tribunaux, manque de lignes rouges claires permettant de suspendre l’accord en cas de violations des droits humains ou de l’environnement… »

A l’heure où tous les dirigeants européens prétendent vouloir réduire les émissions de gaz à effet de serre, quel sens y-a-t-il à vouloir mener à bien un accord que les vingt dernières années, et particulièrement les six derniers mois, ont rendu absolument caduc sur le plan idéologique ? La « mondialisation des échanges profitables à tous » des années 2000 est désormais à ranger au rayon des archaïsmes, et il serait profitable que les progressistes montrent qu’ils ne sont pas totalement opposés à l’idée de progrès. Rappelons que l’accord UE-Mercosur représente en théorie le plus grand marché au monde, avec 800 millions de consommateurs potentiels. Quid du localisme ?

A l’heure actuelle, l’accord n’ayant pas été ratifié, les échanges commerciaux entre l’UE et le Mercosur sont assujettis à des droits de douane qui protègent les producteurs de chaque continent de la concurrence. Demain, si le traité entrait en application, l’UE ouvrirait son marché aux pays sud-américains. En pratique, les tarifs douaniers seraient réduits de 90% sur un certain volume d’échanges. Les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) pourraient par exemple exporter près de 100 000 tonnes de viande bovine chaque année avec des tarifs douaniers quasi nuls. D’autres produits phare sont concernés : sucre, éthanol, soja… A l’inverse, les pays du Mercosur s’engagent à libéraliser leurs marchés pour la production à haute valeur technologique européenne. Côté européen, l’Allemagne aurait évidemment intérêt à un tel accord qui lui permettrait de conquérir de nouveaux marchés, grâce à ses machines-outils et sa puissance exportatrice. En revanche, pour les agriculteurs français, et contrairement à ce que prétend la commission européenne, l’accord serait catastrophique puisque les pays du Mercosur forment le premier pôle agricole mondial. En cause, l’asymétrie des critères de production, les conditions sud-américaines défiant toute concurrence : Bas salaires, ferme-usines, animaux boostés aux hormones de croissance, clonage autorisé, scandales sanitaires, utilisation de substances toxiques (dont 239 sont interdites en Europe) pour la santé et l’environnement. Ironie de l’histoire, le modèle de production intensif sud-américain entraîne une déforestation que l’UE prétend pourtant combattre chez elle en multipliant les normes sanitaires à l’encontre des producteurs européens parfois submergés.

Le 3 juillet 2019 sur France Inter, quelques jours après la signature de l’accord de principe, Amélie de Montchalin, alors secrétaire d’Etat chargée des Affaires européennes, avait déclaré (au premier degré) que la protection de la planète ne devait pas être un mauvais prétexte pour ne pas ratifier l’accord : « Si l’écologie, ça veut dire le nationalisme, le protectionnisme, le repli sur soi…je ne suis pas sûr qu’on soit d’accord ». Non effectivement, nous ne sommes pas d’accord. D’abord parce que l’écologie, qu’on le veuille ou non, est fondamentalement un conservatisme. Ensuite parce qu’aimer sa nation n’est infamant que pour le cosmopolite qui se croit partout chez lui, et enfin parce que le protectionnisme, s’il est un préjugé pour le bourgeois hors-sol est toujours une nécessité pour le petit producteur local. Même Nicolas Hulot, pourtant peu suspect d’anticonformisme, avait déclaré dans Le Monde, le 30 juin 2019 : « Le libre-échange est à l’origine de toutes les problématiques écologiques. »

Quant au discours au sujet du « repli sur soi », il est évidemment hors-sujet. Tout système, pour maintenir sa structure dans le temps, a besoin d’une double dynamique : une ouverture pour échanger avec son environnement et une fermeture pour se protéger de son environnement. L’ouverture alimente, la fermeture protège. Le système ne trouve son équilibre que dans l’articulation de ces deux dynamiques. A ce titre, l’ouverture totale et la fermeture totale sont deux façons de tuer un pays. L’idéologie libre-échangiste n’est jamais, à ce titre, que le frère jumeau maléfique de l’autarcie pure, ce « repli sur soi » invoqué comme un démon alors qu’il n’est pratiqué nulle part dans le monde, pas même en Corée du Nord, qui a des échanges avec la Russie et la Chine. La rhétorique du « repli sur soi » relève d’une grille d’analyse morale totalement hors de propos. Dissoudre les peuples dans un immense marché planétaire, n’est-ce pas tout simplement le rêve de la technocratie européenne ?

Publié par magrenobloise

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