Lecture – Cesare Beccaria

Cesare Beccaria était un économiste, criminologue et philosophe italien. Durant ses jeunes années, il vécut huit années d’éducation fanatique et servile dans un collège jésuite. A vingt-six ans, en 1764, il signa son chef d’oeuvre  » Traité des délits et peines ». Celui-ci fut traduit dans de nombreux pays et imprégna la politique. L’auteur s’inscrit dans le courant philosophique des Lumières et son éclairage provoqua de vifs débats auprès de penseurs tels que Voltaire ou Diderot.

Je viens de finir de lire le « Traité des délits et des peines » de Cesare Beccaria écrit en 1764. Cet homme était un économiste et criminaliste italien. Je ne pense pas que cet homme était fondamentalement croyant. Il considère que les sociétés se sont formées grâce aux mélanges de peuplades qui avaient des croyances en commun et qui se sont réunies ainsi grâce à ces croyances, ces points communs.

Beccaria considère les lois comme véritablement au-dessus des hommes, elles sont l’émanation, la représentation des institutions et ont été crées par les hommes. Pas n’importe quel homme mais les sages. Ceux se situant à l’écart de la société, ceux pouvant penser la société. Il envisage la société, les lois encadrant la société comme le cadre inaliénable, le cadre inaliénable par excellence. Les législateurs doivent penser ce cadre de façon humaine, les lois doivent pouvoir dissuader, sans ménagement, les crimes et les délits qui peuvent être commis. La peine doit être à la hauteur de l’état de santé de la société. Il ne faut pas appliquer de cas particulier aux lois sous prétexte de bienfaisance à la société. Il faut au contraire que les applications soient rigoureuses.

Beccaria a une haute estime de la vie en société. Il envisage sa perfection, il envisage un lien chaste et fidèle entre lui et sa patrie. Ainsi, il pense punir ceux qui la quittent ce qui est impossible. Son traité est un savant dosage de réflexions sur la tyrannie, la liberté, la rigueur. Il cherche le point d’équilibre, c’est une oscillation. Les individus parfaits auxquels il advient par cette fabrication de société idéale n’ont pas besoin de loi puisque la loi régit les déviants, ceux qui commettent des crimes, des délits. En sommes, les individus, dans une société telle qu’il la propose et la démontre par son traité sont fidèles à la patrie, sont éduqués même si cela relève d’un domaine très vaste, très étendu. La société telle qu’il l’envisage est rigoureuse, intelligente et sage. Elle est le fruit mûrit de plusieurs années de sagesse où l’humanité est son coeur battant, son coeur profond. Il s’inscrit dans la philosophie des Lumières.

Il est difficile de penser la pensée de quelqu’un qui a pensé la société de façon idéale. Beccaria est un économiste et criminaliste italien. Il est aussi un philosophe. Il analyse de façon très philosophique, spirituelle et réelle la vie en société. Il pense la question criminelle. Le traité est un ouvrage dialectique où l’on traite d’une manière systématique d’un sujet. Le traité de Beccaria est composé de 47 chapitres dans lesquels il aborde un sujet qu’il analyse de façon philosophique, spirituelle : la législation, les hommes, les magistrats, les ministres, différents genres de crimes et délits. Il évoque la vie en société, la religion, la nation.

Ce qui est étonnant aujourd’hui c’est de devoir piocher dans les pensées d’auteurs aussi pertinents, aussi délicats, dotés d’une rigueur et d’une honnêteté intellectuelle comme nulle autre pareille, excessivement rares dans la société actuelle et qui montre une séparation profonde entre nos valeurs et nos usages. Il est même honteux de disserter sur de tels penseurs tant je ne suis pas à la hauteur. Sa pensée est cristalline, c’est un joyau qu’on ne saurait manier sans avoir peur de briser la fidélité de sa pensée. L’humilité de cet homme face aux grandeurs qui l’animent est saisissante, déstabilisante. Nous sommes bien loin de la réalisation de cette société idéale à laquelle par son travail il pensait arriver. Notre société s’est au contraire délitée. Les crimes se font plus présents, des attentats sont produits , l’irrespect est plus présent que le respect, la liberté censée primer sur le crime ne prime plus, la loi censée régir les hommes ne les régit plus. Les valeurs qui parent d’or les lois ne les parents plus. Il envisageait les lois comme des réflexions lumineuses ancestrales héritées des sages permettant d’affiner aujourd’hui la pensée, de tamiser l’esprit pour parvenir à un résultat sociétal plus sain, plus serein, plus apaisé. Elles sont désormais de simples outils au service de l’homme utilisées tel un cure-dent pour ôter une miette gênante. Elles servent et dissuadent les cas particuliers contrairement à ce que voulait Beccaria. Lui pensait les lois comme une dissuasion générale, cadrant, enfermant rigoureusement et lucidement les hommes de façon à ce qu’ils puissent vivre en toute liberté, en composant avec les passions.

La pensée législative de Beccaria pourrait se rapprocher de façon métaphorique des Dieux de l’Olympe. Ces Dieux tout comme les lois représentent des concepts. Ce sont des concepts idéaux et lorsqu’un humain, un individu de la société déroge à l’une de ces règles celui-ci est punit à la hauteur de son délit. Les lois sont immuables et servent de ligne de conduite aux hommes. Elles servent leur liberté, leur condition d’existence et il n’y a, selon Beccaria, rien de plus beau à ce qu’un souverain applique ou fasse appliquer ces lois pour ordonner la société. Il est l’émanation de la représentation des lois dans le réel. Les lois ne sont pas quelques exceptions faites aux individus, elles sont des concepts généraux comprenant tous les individus. Seules les lois font la loi et les peines qu’elles font encourir à ceux qui les entravent doivent correspondre à l’état de la société actuelle. Il y a une puissance philosophique très rationnelle chez Beccaria lorsqu’il représente l’esprit de ces lois. Il n’insère pas Dieu dans ses pensées pourtant ces lois et ces institutions dépassent l’Etre, sont de l’ordre du sacré. Elles sont véritablement l’émanation de la lumières des sages.

Beccaria envisage la relation à la patrie comme un lien marital, un lien extrêmement divin, sacré, la sacralité à la terre patrie, à la terre mère. Les lois qu’il invoque sans les citer sont la résultante d’une pensée profonde permettant de faire jaillir l’esprit des Lumières dans la société, au sein de la société et par la société. Beccaria insiste sur la nécessité presque féconde d’avoir des sages lumineux pour créer des lois, penser les lois.

Beccaria est un être extrêmement rigoureux par la puissance de son phrasé, au sein duquel chaque mot est d’une éclatante beauté lorsqu’il illumine l’esprit sinon il reste un obstacle ardu.

Comment peut-on prétendre légiférer, influencer l’espace public et politique lorsque confronté à de tels auteurs nous nous rendons compte que nous n’avons aucun mérite, que nous sommes de simples êtres détenus kidnappés dans une société qui a étouffé ses valeurs, qui broient les êtres et qui dédaigne l’honnêteté intellectuelle, la rigueur spirituelle, qui préfère la moquerie et la honte à l’humilité ? La société actuelle végète, bégaye, s’empêtre, se flatte de son intelligence qu’elle ne travaille plus, qu’elle n’éduque plus, qu’elle soumet à un caprice du marché.

La société spirituelle, philosophique, rigoureuse, libertaire à laquelle nous hisse Beccaria est plus digne de la réalité que la nôtre. Cet homme est épris d’une richesse spirituelle qu’il partage pour la société et qui à ce jour n’a pas pris forme. La société s’est même empirée. Elle s’aspire plus à des grandeurs morales, spirituelles, philosophiques concrètes. Elle aspire à un luxe superficiel, matériel, éphémère, cancérigène lorsqu’il est détenu par une poignée d’industriels. Les êtres errent et détestent leur patrie que ses dirigeants ont contribué à réduire à petit feu, sans souci moral si ce n’est celui d’être élu ce qui en soi est immoral car animer seulement de la volonté profonde et égoïste d’obtenir le pouvoir pour le pouvoir. Un être, bientôt un dirigeant, animé par quelles valeurs ? Le terme élu a en ces temps perdu toute sa noblesse. Les « élus » sont les personnes élues par défaut, par dépit. Les représentants de notre société actuelle sont finalement l’émanation des valeurs qui animent la société : l’argent. Ce seul mot résume à lui seul toute la perfidie par laquelle notre société est amenée à s’activer pour en obtenir un morceau à l’heure où il se fait de plus en plus rare d’en obtenir noblement. Nous sommes loin, très loin de la réalisation de ce voile législatif cristallin qui aurait pu recouvrir notre société et par là même, la sauver. Nous sommes incapables de penser notre société et ceux qui la pensent sont lynchés sur la place publique. Ces gens-là, ne réclament ni élection, ni honneur, ni titre et pourtant par leur parole, ils sont élus, ils sont les plus honorables et méritent leur titre. Du mot Lumières il ne reste que le mépris de notre Président envers un mot mal employé pour faire avancer la société contre ou avec sa volonté dans un monde où la volupté intellectuelle, spirituelle, morale, législative n’existe pas. En bref, tout l’inverse de la société que pensait Beccaria.

Source :
Cesare Beccaria – Traité des délits et des peines
Wikipédia – Cesare Beccaria
Larousse

Publié par magrenobloise

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