Front Populaire – Gilets jaunes

Annoncée officiellement depuis quelques jours, la rentrée des Gilets jaune a eu lieu ce samedi dans toute la France. Un bilan mitigé après un premier samedi de mobilisation où chacun retrouvait ses marques.

La rumeur d’une rentrée imminente enflait depuis début septembre. Elle s’est confirmée. Ce samedi 12 septembre, les Gilets jaunes ont battu à nouveau collégialement le pavé, un peu partout en France, pour faire entendre une colère sociale que l’épisode sanitaire n’a manifestement pas éteint. Pourtant, le pari n’était pas gagné. On disait le mouvement essoufflé déjà en début d’année, avant même le coup de massue du confinement. La police attendait 4000 à 5000 manifestants à Paris. Ils étaient finalement probablement un peu plus d’un millier.

Dans la capitale ; un mouvement constitué des Gilets jaunes d’île de France, mais aussi de provinciaux ayant fait le déplacement. Depuis quelques jours, sur les réseaux sociaux, les différents groupes s’étaient organisés, notamment pour mettre en place des systèmes de covoiturage et d’hébergement pour les provinciaux ayant pour projet de manifester à Paris. « On est (toujours) là !!! » pouvait-t-on lire, ce matin, place de la Bourse, sur une grande banderole signée GJ Besançon. C’est de la place de la Bourse qu’est parti à 10h l’un des principaux cortèges. L’autre grand cortège est parti de la place Wagram, à l’ouest.

Comme prévu, le mouvement a essaimé un peu partout en France, notamment à Marseille, Toulouse, Lille, Nantes, Lyon, Nice, Bordeaux et Strasbourg. A noter qu’à Toulouse, la manifestation a été interdite par les autorités locales pour cause sanitaire, mais la préfecture d’Occitanie et les forces de l’ordre s’attendaient tout de même à voir défiler un demi-millier de manifestants en centre-ville. En fin d’après-midi, on compte 7 interpellations à Toulouse. Ce matin, on comptait environ 300 Gilets jaunes dans le centre-ville de Grenoble, pour un appel à manifester depuis la gare pour « l’honneur des travailleurs ». Le plus souvent sans masques sanitaires. Pour France bleu Isère qui était sur place, la défiance vis-à-vis des consignes sanitaires, jugées liberticides, a semblé être largement partagée. D’autres villes de France ont connu des manifestations beaucoup plus modestes, notamment à Narbonne, où la mobilisation n’a attiré que quelques dizaines de Gilets jaunes. Si certains continuent à claironner comme aux premiers jours, d’autres semblent plus dubitatifs, préférant y voir un baroud d’honneur.

Côté revendications, pourtant, la ligne n’a pas vraiment changé : « Le 12 septembre, on va faire un copier-coller du 17 novembre 2018. C’est-à-dire un copier-coller en termes de revendications : le mieux vivre et la justice fiscale, démocratie directe et participative, la fin des privilèges de nos gouvernants », avait récemment annoncé Jérôme Rodrigues, l’un des leaders du mouvement, sur ses réseaux sociaux. Un objectif semble-t-il toujours partagé par une majorité de Gilets jaunes. « Construisons le nouveau monde, sans les destructeurs de l’ancien », pouvait-on lire cette semaine sur le groupe Facebook Peuple révolté. A Grenoble, les pancartes ont donné le ton : « Stop Macron ». Dans les rangs grenoblois, on a parlé de justice sociale, de démocratie et du RIC (ndlr : Référendum d’initiative citoyenne). Bref, les fondamentaux.

Querelles et incidents

Arrivé peu après 10h à Paris, l’humoriste Jean-Marie Bigard, soutien revendiqué des Gilets jaunes, a été accueilli par quelques huées, au nom de « Bigard, collabo ! » Ce dernier avait fait savoir via ses réseaux sociaux qu’il participerait à Paris à la manifestation de ce jour, avant de se rétracter, suite aux propos polémiques de Jérôme Rodrigues (ndlr : ce dernier a traité les policiers de « bande de nazis », la semaine dernière). Aussi l’humoriste avait-il déclaré : « Il est allé trop loin, il a merdé (…) je ne peux pas défiler samedi à côté d’un mec qui traite la police de nazis. Ce n’est pas moi du tout. Je vais aller à Brest me trouver un rond-point pour boire un canon avec mes amis Gilets Jaunes. Je l’ai toujours dit, moi je suis un ami de la police comme je suis un ami des Gilets jaunes, ce n’est pas du tout contradictoire. » Entre temps, l’humoriste s’était laissé convaincre par des Gilets jaunes de réintégrer la manifestation parisienne, au sein d’un autre cortège. C’est sur fond d’incompréhension que Jean-Marie Bigard a été accueilli en traitre par quelques manifestants : « Pendant un moment, les gens ont cru que je les lâchais, ce qui est faux, c’est tout », a-t-il expliqué à la presse. L’humoriste avait pourtant toujours manifesté de la sympathie pour les Gilets jaunes, déclarant encore récemment : « C’est des mecs qui bossent, qui paient leurs impôts et qui sont pris à la gorge. Moi je suis très touché par ça. » Certains Gilets jaunes pourraient ne pas goûter ce qu’ils pourraient considérer comme une tentative de récupération acrobatique, à l’heure où l’humoriste assure toujours vouloir concourir à la prochaine élection présidentielle. Pris à partie par certains manifestants, Jean-Marie Bigard s’est momentanément réfugié dans un restaurant avant d’être exfiltré. La controverse s’était installée sur les réseaux sociaux quelques jours avant ce week-end entre Jean-Marie Bigard et Jérôme Rodrigues.

En position de meneur pour cette rentrée, ce dernier avait également lancé un appel à la désobéissance civile : « Le gouvernement est en panique, en totale alerte rouge. Ils ne vont pas nous laisser faire ce que l’on veut. A vous de vous préserver et de ne pas vous mettre en danger. Pour cela, je vous donne une solution que j’applique depuis plus d’un an : la désobéissance civile. Ne montrez pas votre carte d’identité ! » L’annonce, vue par plus de 150 000 internautes, avait fait grand bruit dans le courant de la semaine. Quelques tensions ont eu lieu un peu partout dans la capitale, notamment dans le nord-ouest près de la place Wagram, pour cause de cortège sauvage. La Préfecture de police s’est fait le plaisir de rappeler que les manifestants doivent toujours suivre le cortège déclaré. La manifestation pacifique dans les clous est-elle préférable aux cortèges sauvages ? Sur ce point, les lignes divergent chez les Gilets Jaunes. En début de matinée, le préfet de police Didier Lallement avait prévenu lors d’un point presse : « Il ne peut pas y avoir de destructions, de chaos sur les Champs-Élysées. » Visiblement, cela dépend de la couleur du maillot…aurait-on envie de lui rétorquer. Toujours est-il que les manifestations – deux cortèges – avaient été interdites sur les Champs-Élysées, au grand dam de Jérôme Rodrigues qui avait annoncé cette semaine : « Le 12, le programme, en tout cas le mien, ça sera d’aller sur les Champs-Élysées, revendiquer les trois revendications qu’on veut mettre en place. Voilà ! Retour aux sources à l’échelle parisienne avec une présence sur les Champs et retour aux sources dans les provinces avec les différents endroits, péages, ronds-points que vous connaissez. »

Côté dégradations, on dénombre à l’heure actuelle quelques poubelles incendiées, du mobilier urbain renversé et une voiture brûlée. Comme il fallait s’y attendre, certains agitateurs en ont profité pour casser gratuitement et s’en prendre physiquement aux passants. Sur twitter, une vidéo circule montrant un jeune homme entièrement vêtu de noir bousculant violemment un quidam âgé en short jaune qui voulait l’empêcher de dégrader une voiture. Une partie de la manifestation s’est déportée vers la porte de Champerret, à Levallois-Perret, où quelques casseurs ont également été repérés en fin d’après-midi. En marge des cortèges, une vingtaine de Gilets jaunes ont pénétré dans le bâtiment de BFMTV où ils ont croisé le chemin de l’éditorialiste Christophe Barbier venu commenter les événements du jour. Après quelques « collabos ! » lancés à la cantonade et quelques chants entonnés en choeur, les manifestants ont quitté les lieux sans faire de dégâts. La chaîne a annoncé qu’elle allait porter plainte pour cette intrusion « coup de force ». La préfecture de police a annoncé au moins 250 interpellations à Paris et une centaine de verbalisations. En fin d’après-midi, le parquet de Paris a annoncé 134 gardes à vue.

Il est encore trop tôt pour tirer les conclusions de cette journée. Les Gilets jaunes étaient présents dans toute la France; une présence presque fantomatique si on la compare aux chiffres des premiers actes historiques (ndlr : celle du 17 novembre 2018 avait réuni 287 000 personnes en France), mais le symbole est sauf.

Publié par magrenobloise

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