France – Etienne de La Boétie

Etienne de La Boétie (1530-1563) était conseiller au Parlement de Bordeaux et fervent humaniste*. Son essai de philosophie politique « De la servitude volontaire » représente la ligne éditoriale de Front Populaire.

Etienne de la Boétie écrivit « Discours de la servitude volontaire » en 1549 alors qu’il avait 19 ans. Cet enfant eut une éducation soignée car il vivait dans une famille de magistrats. Son père mourut tôt et c’est son oncle qui l’éduqua. Ainsi, il entreprit des études de droit à Orléans. Il avait auparavant rédigé cet essai et fut remarqué par Michel de Montaigne qui lui dédia un chapitre dans Les Essais(I) à sa mort, sur l’amitié. Il indiqua également un de ses poèmes car Etienne de la Boétie avait déjà composé des vers. Il traduisait également des fameuses œuvres grecques et latines telles que Virgile.

Cet essai est composé d’une cinquantaine de pages. Ces pages sont divisées en plusieurs parties que l’on peut considérer comme son développement intellectuel et dont l’analyse peut se calquer parfaitement sur notre situation sociétale actuelle.

Dans la première partie Etienne de La Boétie s’interroge sur la volonté des serviteurs de rester serviteurs. Il s’interroge sur le fait que le prix de leur délivrance ne pourrait s’exprimer, envers le tyran, que par une simple contradiction. Là se trouve la seule issue, le seul exploit.

Etienne de la Boétie se demande quel peuple pourrait gagner si l’on mettait face à face deux peuples dotés d’un même nombre d’hommes et dont l’une partie se battrait pour conserver sa liberté et l’autre pour la lui ôter. Lequel de ces deux peuples gagnerait ? Etienne de la Boétie évoque le fait qu’il existe trois moyens d’accéder au pouvoir : « les uns ont le royaume par les élections du peuple, les autres par la force des armes, les autres par succession de leur race » (p. 59).

Il indique le fait que ceux qui sont serviteurs et qui n’ont pas la volonté d’être libres n’ont pas connu la liberté. Par ailleurs, il liste tous les méfaits, les carcans de la raison : le théâtre, la peinture, etc, etc. Et bien d’autres. Ces choses empoisonnent l’esprit et ne mènent pas à la raison.

Il fait le parallèle qu’un peuple, s’il connait la valeur de sa perte, se battra à sang pour ne pas être opprimé. Lorsqu’on ôte la liberté il y a soit l’oppression soit l’esclavage. Le premier allant avant le second. Il fait le parallèle avec le vol des oiseaux ou la pêche d’un poisson.
Il dit que lorsque l’on capture un oiseau, celui-ci se débat, sachant ce qu’on lui ôte de plus cher. Il dit que si il reste cloîtré, en cage, il ne peut exprimer sa souffrance, il gémit, subit.

Etienne de la Boétie évoque les pires tyrans de l’histoire. Ceux-ci remontent aux Grecs et aux Romains. Ils évoquent les sages, prêts à sacrifier leur vie, leur liberté pour fabriquer la République de Platon. Ils mangent une soupe dit-il. Quant aux autres, ils sont capables de tuer leur mère, leur femme, leurs amis. Ce fut par exemple le cas de Néron. Ces tyrans-là n’ont pas d’amis car ils sont asservis par la luxure, la richesse, la domination. Ils sont soit bêtes soit fourbes et tyranniques. Le pire à vivre étant pour ceux qui lui sont proches car ils doivent se plier à sa volonté, ils sont à sa merci et peuvent mourir d’un moment à l’autre tandis que pour les autres c’est-à-dire le peuple, l’artisan restera artisan, il conservera sa condition. Il restera asservit.  Le pire étant donc pour les proches du tyran. Sans foi, ni loi.

Etienne de la Boétie évoque ensuite la religion qui peut-être un prétexte selon lui pour  asservir et si cela est le cas c’est un mensonge : « Ils se couvraient volontiers du manteau de la religion et s’affublaient quelque fois des attributs de la divinité pour donner plus d’autorité à leurs mauvaises actions. » p.37

En ce qui concerne les amis, il dit :

« Certainement le tyran n’aime jamais et jamais n’est aimé. L’amitié c’est un nom sacré, c’est une chose sainte : elle ne peut exister qu’entre gens de bien, elle naît d’une mutuelle estime, et s’entretient non par les bienfaits que par bonne vie et mœurs. Ce qui rend un ami assuré de l’autre, c’est la connaissance de son intégrité. Il a, pour garants, son bon naturel, sa foi, sa constance ; il ne peut y avoir d’amitié où se trouvent la cruauté, la déloyauté, l’injustice. Entre méchants, lorsqu’ils s’assemblent, c’est un complot et non une société. Ils ne s’entretiennent pas, mais s’entrecraignent. Ils ne sont pas amis, mais complices.

Or quand bien même cet empêchement n’existerait pas, il serait difficile de trouver en un tyran une amitié solide, parce qu’étant au-dessus de tous et n’ayant point de pair, il se trouve déjà au-delà des bornes de l’amitié, dont le siège n’est que dans la plus parfaite équité, dont la marche est toujours égale et où rien ne cloche. Voilà pourquoi il y a bien, dit-on, une espèce de bonne foi parmi les voleurs lors du partage du butin, parce qu’ils sont tous de pairs et compagnons, et s’ils ne s’aiment, du moins, ils se craignent entre eux et ne veulent pas, en se désunissant, amoindrir leur force. Mais les favoris d’un tyran ne peuvent jamais se garantir de son oppression parce qu’ils lui ont eux-mêmes appris qu’il peut tout, qu’il n’y a, ni droit, ni devoir qui l’oblige, qu’il est habitué de n’avoir pour raison que sa volonté, qu’il n’a point d’égal et qu’il est maître de tous. N’est-il pas extrêmement déplorable que malgré tant d’exemples éclatants et un danger si réel, personne ne veuille profiter de ces tristes expériences et que tant de gens s’approchent encore si volontiers des tyrans et qu’il ne s’en trouve pas un qui ait le courage et la hardiesse de lui dire ce que dit (dans la fable) le renard au lion qui contrefaisait le malade : « J’irais bien te voir de bon cœur dans ta tanière ; mais je vois assez de traces de bêtes qui vont en avant vers toi, mais de celles qui reviennent en arrière, je n’en vois pas une. »

En ce qui concerne la religion il dit à la fin de son essai :

« Apprenons enfin, apprenons à bien faire. Levons les yeux vers le ciel, et pour notre honneur, pour l’amour même de la vertu, adressons-nous à Dieu tout puissant, témoin de tous nos actes et juge de nos fautes. Pour moi, je pense bien, et ne crois point me tromper, que puisque rien n’est plus contraire à Dieu, souverainement juste et bon, que la tyrannie ; il réserve sans doute au fond de l’enfer, pour les tyrans et leurs complices, un terrible châtiment. » (p.49)

Source :
Etienne de La Boétie – Discours de la servitude volontaire ou contr’un (1549)
*Michel de Montaigne – Les Essais I
Wikipédia – Etienne de La Boétie
Image – ActuaLitté – Les univers du livre

Publié par magrenobloise

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