Grenoble – Drogues : le fantasme ?

Ce jour, Claire Andrieux, journaliste police-justice pour RMC intervenait dans les Grande Gueule et minimisait les faits :

Claire Andrieux :  » Moi, quand j’ai vu les images de Grenoble, je me suis dis : « Alors cela c’est le fantasme absolu. J’imagine pas trop que cela puisse se passait en France. »
Le journaliste : « Alors le clip, parce qu’il s’agissait d’un clip. »
Claire Andrieux : « Voilà, moi ma première réaction ça a été, non mais c’est en France ? C’est pas possible. Ou alors si cela est possible c’est une journée la police intervient tout de suite. C’est ça quand ils disent les données socialement acceptables c’est que si un jour, on ne peut plus entrer dans le hall d’immeubles, la police intervient et quand même c’est réglé au moins pour un certain temps. »

Cette femme rêve et d’ailleurs tout est dit dans ces termes « pour un certain temps ».

Toute cette histoire a commencé avec la drogue et doit sûrement se finir, avec la drogue. L’apogée de cette histoire du moins.

Nous étions durant l’été, avec un ami qui faisait le ramadan et nous n’avions plus de quoi fumer. C’était en 2012/2013. Défoncés, nous avons pris la voiture pour nous rendre sur Grenoble. Nous avions téléphoné, fait le tour des dealers dans la ville dans laquelle j’habite et rien, il n’y avait plus rien à fumer. C’était trop tard. Nous avions donc dû aller en ville. Je ne sais plus si c’était la journée ou le soir car cela commence à remonter.

Reprenons.

Nous étions durant l’été 2012. Nous étions une bande de « potes » de fumettes qui nous retrouvions pour fumer. Nous n’avions ce jour là plus de quoi fumer. Mes amis, du moins ceux qui connaissaient les dealers, avaient appelé leur contact, rien, personne n’avait plus de quoi fumer, du moins de quoi vendre. Il y avait pénurie en quelques sortes me semble-t-il et de mémoire. Mais cela fait 7 ans. Nous nous étions donc rendu à Mistral. Autant vous dire que dans les quartiers délabrés de Mistral on n’y reste guère longtemps surtout lorsque l’on est une femme. Nous nous y rendons dans des cas exceptionnels : reportage, cours de sport à proximité. Les trottoirs sont défoncés, les femmes sont voilées, les caïds rôdent. Nous nous étions rendus ce jour-là à la source. Depuis, les immeubles, les tours de la cité ont été détruites. C’est dans ces tours-ci que nous nous étions rendus. Ces tours se trouvaient au centre d’un ensemble d’immeubles qui bordent l’autoroute. Nous n’avions donc plus de shit et nous étions allés là-bas. J’étais défoncée, c’est-à-dire amorphe. Arrivés sur place, une bande de CRS entourait l’immeubles dans lequel nous devions nous rendre. Ils barraient l’entrée de l’immeuble. Ils étaient munis de matraques et personne ne pouvait entrer. Nous étions dans la petite clio grise et nous attendions je ne sais quoi, je ne sais qui. A un moment, un homme nous rejoint à la voiture. Il était en survêtement. Il donna quelques informations au conducteur. Entre ma première et ma deuxième année de licence j’étais passée du shit, à la beuh. Cette drogue est un peu plus noble à fumer. Lorsque je rentrais à St Egrève, j’en parlais avec mes anciens contacts, mes anciens amis qui se mirent à en prendre. La beuh était forte et c’est ce jour-là me semble-t-il que nous nous sommes rendus à la cité car pénurie. C’est également cela qui expliquerait ma mémoire confuse et mon état extrêmement amorphe. A St Egrève, la beuh vendue n’est pas la même qu’à Béziers, nettement plus bonne, nettement plus fumable. Celle de St Egrève était mélangée avec je ne sais quoi. Ce jour-là donc, cet homme vint donner quelques informations au conducteur de la voiture. Lorsqu’une fille vient avec des garçons, la voiture est d’autant moins soupçonnable par les policiers. Je suis insoupçonnable de toute prise de drogues. Un visage angélique mais un comportement de démon. Ce jour-là les policiers ne remarquèrent point la voiture qui patientait devant l’immeuble. Peut-être la remarquèrent-ils mais trop occupés à leur tâche de défense, ils n’y prêtèrent pas attention. L’homme repartit dans l’immeuble, nous fîmes le tour de la tour pour nous garer de l’autre côté. Le conducteur expliqua comment cela aller se passait : l’homme allait redescendre pour nous fournir, pour notre bon plaisir puis nous devrions à ce moment-là partir le plus vite possible pour ne pas être chopé. Au bout de quelques temps, l’homme redescendit, donna la barrette de shit et nous partîmes, nous reprîmes directement l’autoroute, sans contrôle, sans être pris, sans rien, nous avions notre petit bonheur. Tout cela sans n’avoir rien compris au déroulement de la scène, sans avoir pris conscience de la gravité de la situation, tout s’est fait parfaitement normalement, tranquillement, aisément, comme sur un petit nuage. C’est comme si les flics n’étaient rien, comme s’ils ne pouvaient pas soupçonner la moindre chose, comme si finalement ils ne pouvaient pas soupçonner qu’un homme en survêtement pouvait posséder sur lui une barrette de shit, comme s’ils ne pouvaient pas le fouiller, comme si ils savaient mais qu’ils n’osaient pas le faire, par peur, sûrement par peur d’être tués. Je pense que c’est vrai. Je pense qu’ils ont peur et que ces quartiers ont désormais pris trop d’emprises.

Sous l’emprise de drogues, nous avions, avec une autre connaissance, pris la voiture, toujours, mais nous roulions au pas, donc tout allait bien. Mais cette fois ce n’était pas le même conducteur, c’en était un autre, ce jour-là, alors que l’alarme du train sonnait au loin, le conducteur ne s’arrêta pas, il continua sa route, nous étions à peut-être deux mètres. L’alarme sonnait, je regardais la scène, stoïque, ne réagissant pas, ne pouvant dire mot. Je subissais la scène. L’alarme sonnait, la voiture avançait, le conducteur conduisait. J’eus peur. Il traversa le passage protégé, rien ne se baissa, les barrières ne se baissèrent pas, je n’entendais plus la sonnette de la barrière, je n’entendais plus rien, mon coeur et ma respiration, tout était en moi suspendu. Je demeurais morte. Et nous passèrent les rails du train. Sans dommage. Le conducteur était lasse, nonchalant par rapport à ce qu’il venait de faire et par rapport à ce qu’il venait de se passer.

Un autre soir, une autre soirée, toujours dans la rue. J’étais avec des femmes qui loin d’être innocentes font les mêmes délits, si ce n’est pire (brûler des enseignes). Durant cette soirée arrosée une des jeunes femmes se proposa de me ramener, j’étais sobre. La jeune femme en question avait eu un accident de voiture car elle avait bu. Elle portait des béquilles. Elle portait le même prénom que moi. Ce soir-là, la jeune femme en question, sur une avenue longue et droite, et alors que nous passions un dos-d’âne, prit une bouteille de rosé à côté d’elle, à côté du pommeau de levier de vitesse, elle prit la bouteille de sa main et bu au goulot. Je cru là-aussi mourir. Mais je ne disais rien, je regardais, stoïque, impassible mais n’en pensant pas moins. C’est comme s’il y avait une déconnexion entre ma bouche, ma volonté de parler, de dire ce que l’on pense et comme si ma pensée disons de correction, de « bon-sens » me l’empêchait. Pour je ne sais quelle raison d’ailleurs.

L’apogée de ces mauvaises connaissances se fit avec la soeur du type que j’aimais. Un soir, nous allâmes dans un hôtel au coeur de la ville d’où j’habite et au sein de laquelle le quartier nommé Rohepleine est peuplé de trafiquants de drogues, de caïds en tous genres. Récemment, il y a environ deux ans, une salle de sport a fermé car le jeune gérant possédait à l’étage des armes, drogues et autres conneries du genre. Suite à mes recherches je n’ai trouvé aucun papier dans le DL. Rien, aucune trace. Je ne sais pas ce qu’il est advenu du jeune homme, ni l’enquête. La salle, très fréquentée à l’époque, y compris par l’homme que j’aimais bien sept ans auparavant, a depuis été rachetée. Le quartier de La Pinéa est gangrené, devant les commerces, le quartier de Saint-martin le Vinoux, le parc de Fiancey est gangréné (vente de drogues), Saint-Martin d’Hère, Mistral, La Bruyère, Teissère, La Capuche, ce qui fait la renommée de ces endroits c’est justement la violence, plus c’est violent, mieux c’est, plus ils sont fières, plus l’endroit, le lieu est à eux, et plus il est revendiqué. La liste est beaucoup, beaucoup, beaucoup trop longue mes chers. Pourquoi sont-ils fiers dans ce clip de montrer ce visage de Mistral ? Parce que c’est Mistral, non pas comme cela tous les jours, en étalage, mais en soom-soum, en secret, en sous-marin, en complotisme contre l’Etat. Tous ces parents protègent leurs enfants, ils sont démunis face à la violence qu’ensuite ils subissent si malheur leur arrive. A la fin, c’est toujours la rue qui gagne. C’est-à-dire la violence. La guerre, la barbarie, le meurtre, le crime, la sauvagerie, la barbarie, l’inhumanité, l’horreur, la traîtrise.

Comment peut-on dire que cela relève d’un fantasme quand la journaliste fantasme l’inexistence des problèmes tellement vrais que l’on ne veut pas, nous, les fantasmer, on veut les éradiquer.

Avec la soeur du type en question, nous étions allées à l’hôtel. Cet hôtel n’existe plus à présent, il a été remplacé par des immeubles. Durant cette soirée nous avons fumé, toutes les deux, nous avons rigolé. J’étais évidemment défoncée. Elle attendait un homme, un jeune homme. Celui-ci arriva dans la soirée et déballa devant nous, sur la table, une énorme plaquette de shit de je ne sais combien de grammes. Elle valait 500 euros. Il découpa un morceau de la tablette, peut-être pour lui en vendre ou pour nous en vendre je ne sais plus, avec un couteau. Il resta quelques instants puis reparti. Il avait 17 ans.

J’ai tous les noms de ces personnes.

Tous ces jeunes qui fument ne font pas de mal en soi si ce n’est qu’ils se droguent, que la rue est devenue leur deuxième amie, que les amis avec qui ils se droguent sont devenus leurs amis, leur deuxième famille, comme si quelque chose les soudait. Ils se font écouter des morceaux de musique, jouent aux jeux-vidéos, en soi ne font rien de méchant. Quand on sait ce que ces réseaux alimentent, il est temps de se rendre à l’évidence : ceux qui commettent ces délits alimentent les plus grands crimes et se rendent complice de grands banditismes. Les armes ils ne les possèdent que contre les policiers pour défendre leur territoire et leurs trafics.

Publié par magrenobloise

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