Lecture – Pierre Joseph Proudhon III

Ce jour, troisième article publiant des extraits du livre de Pierre-Joseph Proudhon « Qu’est-ce que la propriété ? » avec une interprétation/application de cas.

Extraits :

Les plus affamés suivent le perfide invitateur : on se met à l’oeuvre ; le charme de la société, l’émulation, le joie, l’assistance tutuelle doublent les forces ; le travail avance à vue d’œil ; on dompte la nature au milieu des chants et des ris ; en peu de temps le sol est métamorphosé ; la terre ameublie n’attend plus que la semence. Cela fait, le propriétaire paye ses ouvriers, qui en se retirant le remercient, et regrettent les jours heureux qu’ils ont passés avec lui. p.101

D’autres suivent cet exemple, toujours avec le même succès ; puis, ceux-là installés, le reste se disperse ; chacun retourne à son essart. Mais en essartant il faut vivre ; pendant qu’un défrichait pour le voisin, on ne défrichait pas pour soi : une année est déjà perdue pour les semailles et la moisson. L’on avait compté qu’en louant sa main d’œuvre on ne pouvait que gagner, puisqu’on épargnerait ses provisions, et qu’en vivant mieux on aurait encore de l’argent. Faux calcul ! on a créé pour un autre un instrument de production, et l’on a rien créé pour soi ; les difficultés du défrichement sont restées les mêmes ; les vêtements s’usent, les provisions s’épuisent, bientôt la bourse se vide au profit du particulier pour qui l’on a travaillé, et qui seul peut fournir les denrées dont on manque, puisque lui seul est en train de culture. Puis, quand le pauvre défricheur est à bout de ressources, semblable à l’ogre de la fable, qui flaire de loin sa victime, l’homme à la pitance se représente ; il offre à celui-ci de la reprendre à la journée, à celui-là de lui acheter, moyennant bon prix, un morceau de ce mauvais terrain dont il ne fait rien, ne fera jamais rien ; c’est-à-dire qu’il fait exploiter pour son propre compte le champ de l’un par l’autre ; si bien qu’après une vingtaine d’années, de trente particuliers primitivement égaux en fortune, cinq ou six seront devenus propriétaires de tout le canton, les autres auront été dépossédés philanthropiquement. P.101

Dans ce siècle de moralité bourgeoise où j’ai eu le bonheur de naître, le sens moral est tellement affaibli, que je ne serais point du tout étonné de m’entendre demander par maint honnête propriétaire, ce que je trouve à tout cela d’injuste et d’illégitime. Ame de boue ! cadavre galvanisé ! comment espérer de vous convaincre si le vol en action ne vous semble pas manifeste ? Un homme, par douces et insinuantes paroles, trouve le secret de faire contribuer les autres à son établissement ; puis, une fois enrichi par le commun effort, il refuse, aux mêmes conditions qu’il a lui-même dictées, de procurer le bien-être de ceux qui firent sa fortune : et vous demandez ce qu’une pareille conduite a de frauduleux ! Sous prétexte qu’il a payé ses ouvriers, qu’il ne leur doit plus rien, qu’il n’a que faire de se mettre au service d’autrui, tandis que ses propres occupations le réclament, il refuse, dis-je, d’aider les autres dans leur établissement, comme ils ont aidé dans le sien : et lorsque, dans l’impuissance de leur isolement, ces travailleurs délaissés tombent dans la nécessité de faire argent de leur héritage, lui, ce propriétaire ingrat, ce fourbe parvenu, se trouve prêt à consommer leur spoliation et leur ruine. Et vous trouver cela juste ! prenez garde, je lis dans vos regards surpris le reproche d’une conscience coupable bien plus que le naïf étonnement d’une involontaire ignorance. p.102

Cette force immense qui résulte de l’union et de l’harmonie des travailleurs, de la convergence et de la simultanéité de leurs efforts, il ne l’a point payée. P102

Deux cent grenadier ont en quelques heures dressé l’obélisque de Luqsor sur sa base ; suppose-t-on qu’un seul homme, en deux cents jours, en serait venu à bout ? Cependant, au compte du capitalisme, la somme des salaires eût été la même.

Eh bien, un désert à mettre en culture, une maison à bâtir, une manufacture à exploiter, c’est l’obélisque à soulever, c’est une montagne à changer de place. La plus petite fortune, le plus mince établissement, la mise en train de la plus chétive industrie, exige un concours de travaux et de talents si divers, que le même homme n’y suffirait jamais. Il est étonnant que les économistes ne l’aient pas remarqué. Faisons donc la balance de ce que le capitaliste a reçu et ce qu’il a payé.

[Si toutes les forces conscientes se mettent en œuvre, ensemble à dénoncer les injustices à défendre leur terre, alors il est possible de changer concrètement les choses, si tous ensemble nous nous mettons à lutter contre les injustices, à dénoncer les violences, finalement à user de notre liberté d’expression pour avoir un sol libre, un travail libre, une rue libre, un esprit serein, alors tous nous aurons cela. Si tous nous nous accordons à ne pas être d’accord sur le réel tel qu’il est : l’herbe est verte, la montagne fait tant d’altitude, il fait tant de degré, nous ne serons jamais d’accord, en contredisant la vérité des faits nous nous servons nous-mêmes, notre idéologie, nos intérêts et non pas le réel. Or l’intelligence doit se mettre au service du réel. Elle doit penser le réel, pour le changer pour ne pas qu’il devienne l’enfer. Tout n’est pas modifiable : déplacer une montagne. Mais détruire un morceau oui, afin qu’il ne s’éboule pas. Penser le réel, c’est prévenir le danger et faire de telle sorte qu’il n’advienne pas. Toutes les forces humaines s’accordent sur le danger et mettent tout en œuvre pour l’appréhender. Elles tombent d’accord.].

Il faut au travailleur un salaire qui le fasse vivre pendant qu’il travaille car il ne produit qu’en consommant. Quiconque occupe un homme lui doit nourriture et entretien, ou salaire équivalent. C’est la première part à faire, dans toute production. J’accorde, pour le moment, qu’à cet égard, le capitaliste se soit dûment acquitté. P.103

Il faut que le travailleur, outre sa subsistance actuelle, trouve dans sa production une garantie de sa subsistance future, sous peine de voir la source du produit tarir, et sa capacité productive devenir nulle : en d’autres termes il faut que le travail à faire renaisse perpétuellement du travail accompli : telle est la loi universelle de reproduction. C’est ainsi que le cultivateur propriétaire trouve : 1 – dans ses récoltes, les moyens non-seulement de vivre lui et sa famille, mais d’entretenir et d’améliorer son capital, d’élever des bestiaux, en un mot de travailler encore et  reproduire toujours ; 2 – dans la propriété d’un instrument productif, l’assurance permanente d’un fonds d’exploitation et de travail. P. 103

De même aujourd’hui l’ouvrier tient son travail du bon plaisir et des besoins du maître et de propriétaire : c’est ce qu’on nomme posséder à titre précaire. Mais cette condition précaire est une injustice, car elle implique inégalité dans le marché. Le salaire du travailleur ne dépasse guère sa consommation courante et ne lui assure pas le salaire du lendemain, tandis que le capitaliste trouve dans l’instrument produit par le travailleur un gage d’indépendance et de sécurité pour l’avenir. P.103

Or ce ferment reproducteur, ce germe éternel de vie, cette préparation d’un fonds et d’instruments de production, est ce que le capitaliste doit au producteur, et qu’il ne lui rend jamais : et c’est cette dénégation frauduleuse qui fait l’indigence du travailleur, le luxe de l’oisif et de l’inégalité des conditions. C’est en cela surtout que consiste ce que l’on a si bien nommé exploitation de l’homme par l’homme. P.103

De trois choses l’une, ou le travailleur aura part à la chose qu’il produit avec un chef, déduction faite avec tous les salaires, ou le chef rendra au travailleur un équivalent de services productifs, ou bien enfin il s’obligera à le faire travailler toujours. Partage du produit, réciprocité de services, ou garantie d’un travail perpétuel, le capitaliste ne saurait échapper à cette alternative. P.104

Sources :
Gallica
MichelOnfray.com
Wikipédia

Publié par magrenobloise

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