Front Populaire – CONTRE-DISCOURS DES MUREAUX

En réponse au discours prononcé par Emmanuel Macron le 2 octobre aux Mureaux (78), Michel Onfray fait des proposition pour lutter correctement contre le « séparatisme ».

CONTRE-DISCOURS DES MUREAUX

Réponse à Nadine Morano

Nadine Morano, qui m’a fait l’amitié de lire mon texte « Grand diseux » à propos du pétard mouillé que fut la conférence présidentielle sur le séparatisme islamiste, me dit en substance: « Très bien votre texte, mais, que proposez-vous? J’aimerais bien vous lire sur ce sujet »!

Nadine Morano a raison: on ne saurait se contenter de négativité si l’on ne propose aucune positivité en regard. Je fais pour ma part les deux mais les médias passent volontiers sous silence mes propositions pour leur préférer mes philippiques.

Dans la logique du système, c’est compréhensible:  la machine fait plus d’audience avec des critiques montées en épingle qu’avec des propositions de politique concrète. Buzz, donc audimat, donc parts de marché, donc profits obligent… Le débat, la raison, l’intelligence, le respect, l’échange, la conversation, le dialogue, sont intrinsèquement les ennemis du système dont la nature est essentiellement mercantile!

J’ai consacré un livre entier à un programme politique national avec Décoloniser les provinces sous-titré Contribution aux présidentielles publié aux éditions de l’Observatoire en 2017, paru en collection de poche l’année suivante. Il n’y eut aucune invitation, aucune télévision, aucune radio, aucun article, aucune recension susceptible de permettre un débat de fond.

J’y défendais, comme souvent sans que les journalistes embraient sur ce sujet, une proposition de socialisme proudhonien, girondin, autogestionnaire qui fait son deuil de l’homme providentiel au profit d’un peuple providentiel.

Le caractère providentiel de ce peuple passe par une organisation horizontale et autogestionnaire de la décision. La commune est la base, le communalisme libertaire son horizon.

Ajoutons à cela un pouvoir accru conféré aux régions, l’existence de parlements provinciaux, le recours réguliers aux votations, pour utiliser le vocabulaire helvétique, donc à des référendums locaux, départementaux, régionaux, nationaux. Le but étant de raréfier la démocratie indirecte, qui crée une caste de professionnels de la politique plus que de réels représentants du peuple, au profit d’une maximalisation des dispositifs de démocratie directe.

Dans cette configuration nouvelle, radicale, sinon révolutionnaire eu égard à l’histoire de France depuis Philippe Le Bel, l’État n’y est plus l’instrument d’un pouvoir centralisé à Paris, mais la garantie girondine du bon fonctionnement immanent de la chose politique sur la totalité du territoire, outre-mer compris bien sûr: l’habituelle association d’idées imposée par les vainqueurs de la Révolution française, les jacobins, laisse croire que l’État est jacobin et qu’à défaut d’être jacobin il n’est pas État – c’est la thèse de Robespierre et des siens, c’est la thèse qui domine en France depuis, droites et gauches confondues.

Or, c’est faux. L’État jacobin duplique le schéma chrétien d’un dieu sur le trône céleste qui oblige, sur le principe de l’imitation, à placer un monarque chrétien, puis un chef laïc, sur le trône terrestre. Ni 1789 ni 1793 n’ont aboli ce dualisme fautif proposé par saint Augustin dans La Cité de Dieu. Nous y sommes encore…

Tous les candidats aux dernières élections présidentielles, tous, sans exceptions, étaient jacobins! Il est fort à parier que les prochains le seront également tous. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, en passant par François Fillon ou Benoît Hamon, sinon Emmanuel Macron dont l’État n’est plus la France mais l’Europe jacobine dans laquelle la France est digérée, tous incarnaient un mixte d’Augustin et de Maximilien qui s’avère à tous les coups une chimère populicide.

Tous les présidents de la V° République ont été jacobins et, paradoxalement, seul le général de Gaulle, souhaitant répondre à ce que le peuple de Mai 68 lui avait dit, a souhaité engager le pays dans un post-jacobinisme alors qu’il avait été le parangon de l’État jacobin centralisateur, car c’est la meilleure mécanique en cas de guerre et de reconstruction: qu’on se souvienne de son projet de régionalisation (1969) refusé par tous les jacobins de droite et de gauche, Mitterrand et le PCF en tête, et ce en compagnie du centriste Jean Lecanuet, avec la complicité fourbe de Pompidou, Chirac et Giscard.

Que la plupart soient devenus présidents de la République en témoigne: le jacobinisme est la meilleure façon de passer par-dessus le peuple tout en s’en réclamant afin de gouverner contre lui! Robespierre n’est compréhensible qu’en vertu de cette logique. Sarkozy, Hollande ou Macron aussi.

Ceci, en préalable, pour préciser que mon travail ne se réduit pas à être contre, à récriminer, à être négatif, à critiquer, mais que la caste médiatique a intérêt à faire silence sur celles de mes productions positives, une cinquantaine de livres, qui ne correspondent pas à cette caricature qu’ils font de moi-même.

Retour à la question de Nadine Morano.

Voici ma réponse :

Elle suppose deux temps : ce qu’il faut faire internationalement ; ce qu’il faut faire nationalement.

C’est élémentaire mais, hélas, il faut le dire et le redire, la France est dans le monde et ce qu’elle fait dans le monde peut lui revenir en pleine face. La géopolitique et la géostratégie ne sont pas affaire de bougies allumées ou de peluches pour éponger le sang que des terroristes font couler, de poèmes scotchés sur des murs au pied desquels des victimes innocentes ont été égorgées ou de bouquets déposés sur des trottoirs où des inconnus qui passaient par là se sont vidés de leur sang après avoir été fendues au hachoir, elle n’est pas non plus une affaire de « vous n’aurez pas ma haine » ou de « halte à la stigmatisation ».

La géopolitique se conduit avec des chefs de l’État sans foi ni loi, sans états d’âme qui, eux, font de la politique et pas de la moraline à jets continus: les patrons de la Turquie, de la Chine, de la Russie, de l’Iran, de la Syrie, n’ont que faire de nos peluches et de nos bougies, de nos poèmes et de nos fleurs. Ils font de la politique, c’est-à-dire qu’ils passent leurs intérêts nationaux, sinon leurs intérêts impérialistes, avant les autres – donc, avant les nôtres, c’est le jeu.

Qui peut leur donner tort? La politique, c’est ça, et rien d’autre: protéger son pays, protéger ses intérêts, et, de ce fait, protéger son peuple, donc écrire une histoire qui ne soit pas faite d’avachissements et de renoncements, de soumissions et de sujétions, de servitudes et d’esclavages. Il y a moins à critiquer ceux-là de faire ce qu’ils font que, pour nous, de nous en trouver incapables.

Qui peut lire la ligne politique de la France en matière de relations avec les pays qui, eux, font de la politique? La France gère le supermarché maastrichtien, elle n’est pas pilotée mais conduite par un gérant, Emmanuel Macron, qui se trouve n’être que le titulaire d’une franchise, celle de l’Europe post-nationale qui vit des souverainetés nationales confisquées à son seul profit. L’Europe maastrichtienne est là pour réaliser un grand marché à même de devenir un allié actif du grand marché planétaire. Elle n’a que faire de défendre des nations, elle en veut la fin, l’abolition, la destruction, ni même de défendre une civilisation: pour elle, que périssent Dante et Montaigne, Fra Angelico et Shakespeare, Bach et Poussin, Cervantès et Goethe, Kant et Leopardi, Dostoïevski et Pessoa, Camus et Rushdie pourvu que s’accélère la prolétarisation de la France, la disneylisation de l’Europe, la mondialisation du marché, l’avènement du gouvernement mondial et la réalisation de l’Homme Nouveau, une figure post-chrétienne à laquelle travaille le transhumanisme et qui s’avère le fleuron ultime du capitalisme planétaire.

La France ne mène pas de politique de civilisation pour la bonne et simple raison qu’elle n’a pas de politique et qu’elle méprise sa civilisation. Elle n’en a plus depuis 1969 et plus précisément depuis la disparition politique du général de Gaulle complice en cela d’André Malraux – un immense penseur des civilisations, méconnu, négligé et méprisé, à tort.

Notre politique étrangère est islamophobe – elle ne le devrait pas. Elle est indexée sur celle des États-Unis qui se sont cherché puis trouvé des ennemis après la chute de l’Empire soviétique car ce pays a besoin de la guerre, donc de produire, de vendre et d’utiliser des armes, pour exister: le complexe militaro-industriel constitue la fondation de ce jeune pays qui n’a pas même trois siècles, et encore ont-ils été remplis pour la plupart par des européens ou des européanisés…

On sait donc pourquoi les États-Unis sont allés faire la guerre en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Afrique sud-sahélienne, c’est son intérêt marchand; mais pourquoi donc la France se retrouve-t-elle dans la situation de supplétif de l’armée américaine, pour quel bénéfice? Quelle est notre légitimité à bombarder les villages des montagnes   afghanes et à détruire des familles, des enfants, des femmes, des vieillards, des adultes, même talibans, qui n’ont eu que le tort de vivre, chez eux, selon leurs principes, leurs religions, leurs us et coutumes, sans rien demander à personne?  Le souverainiste que je suis l’est pour tous les pays du monde: qu’on laisse en paix les pays musulmans qui ne nous menacent pas directement.

Le fameux droit d’ingérence attaché au nom de Bernard Kouchner, mais également à celui de BHL et de ses amis, les éditorialistes et les journalistes des médias d’État, n’est jamais que le droit d’envahir un pays qui ne nous a rien fait, sous prétexte d’y établir les droits de l’homme, a des fins de néo-colonialisme au profit du business planétaire.

Comme par hasard ces pays envahis sont tous musulmans, pauvres et non équipés militairement – ce qui permet, avec la technologie occidentale, de nommer opération de sécurisation de vulgaires passages à tabac mortels pour les populations civiles.

Pourquoi cette furie droit-de-l’hommiste épargne t’elle des pays qui en menacent d’autres? L’Iran qui menace Israël, la Chine qui menace le Japon, la Corée du Nord qui menace la Corée du Sud, la Turquie qui menace l’Europe et qui attaque l’Arménie, au même titre que l’Azerbaïdjan, la Russie qui menace les pays de sa frontière ouest, la Syrie qui menace le Liban: n’y-a-t-il pas là motifs, pour les dévots des droits de l’homme, d’attaquer l’Iran, la Chine, la Corée du nord, la Turquie, l’Azerbaïdjan, la Russie, la Syrie?

Où l’on voit que la politique américaine, suivie aveuglément par la France, fonctionne sur des indignations sélectives! Mieux vaut attaquer des pays sans défense que ces monstres qui, en réponse aux attaques, caraméliseraient les attaquants, donc nous. C’est facile de tuer des Afghans, des Irakiens, des Libyens, des Maliens, des Syriens – comme par hasard des ressortissants de pays musulmans.

Peut-on imaginer que l’oumma, la communauté musulmane sur toute la planète, soit indifférente au sort de tant de victimes innocentes? Qu’elle encaisse sans réagir, sans bouger, sans broncher? Sans vouloir se venger? Sans chercher à riposter à cette guerre du fort contre les faibles par le terrorisme qui est la guerre des faibles envers les forts?

Car les éléments de langage des Français qui se succèdent au pouvoir et sont les porteurs de valises américaines sont « qu’en tuant quatre millions de musulmans partout sur la planète, ils luttent contre le terrorisme »: mais c’est faux! C’est bien plutôt ainsi qu’ils créent le terrorisme qui, sinon, n’existait pas. Le paralogisme avancé par les vendeurs d’armes US et leurs valets français est qu’il faut empêcher là-bas le terrorisme qu’ils exporteraient sur le sol national:  qui peut nommer un attentat, un seul, commis par des Afghans sur le territoire français avant notre présence sur place qui puisse justifier en retour une riposte, chez eux, sur leur terre, dans leurs villages de montagne? On n’en trouvera aucun.

Qui dira que la France craignait l’Irak et la Libye puisque ces régimes laïcs étaient des régimes amis au point que la France a aidé Saddam Hussein dans son projet nucléaire, qu’elle lui a vendu des chasseurs français sous Chirac et qu’elle a même accueilli le colonel Kadhafi en grandes pompes, y compris quand il a planté sa tente bédouine dans le jardin de Marigny, sous Nicolas Sarkozy? Qu’est-ce qui a fait que ces amis d’hier sont devenus des ennemis ensuite, sinon le besoin de donner des gages aux États-Unis dans leur politique impérialiste – une politique avec laquelle Donald Trump a pris ses distances, une information que le politiquement correct français, qui fonctionne en contre-point au militaro-industriel correct américain, s’empresse de mettre sous le tapis tout à sa haine de Donald Trump…

Qui dira que des Maliens en France ont commis des attentats sur le territoire national avant que la France n’envoie là-bas de quoi empêcher le pays de décider pour lui, souverainement, de son destin – dût-il installer un régime islamiste. D’ailleurs, si tel était son choix, au nom de quel intérêt aurait-on pu se permettre de le leur interdire?   Sinon pour des raisons néocoloniales.

La politique française dans ces pays arabo-musulmans ne riposte pas à des attaques terroristes: les dates témoignent, depuis dix ans, le terrorisme islamique a suivi nos attaques, il ne les a pas précédées. En amont, rue des Rosiers (1982) ou rue de Rennes (1986) par exemple, le terrorisme était issu de la revendication palestinienne antisioniste, nullement du projet d’installation d’un califat mondial avec la France en ligne de mire.

Depuis des années, la politique française dirigée contre les pays musulmans de la planète provoque le terrorisme contemporain, elle n’y répond pas.

De sorte que, dans un premier temps, pour lutter contre le terrorisme islamiste qui menace chaque jour le territoire français, la solution passe par une autre politique étrangère, d’autres types d’alliances, une autre géostratégie planétaire, une diplomatie forte avec les États forts (Turquie, Iran, Chine, Russie, etc.) qui ne soit pas seulement soucieuse d’intérêts matériels, financiers, stratégiques en relation avec le seul sous-sol, pétrole et métaux rares indispensables à la technologie du jour et de demain,  mais avec en horizon une politique de civilisation.

S’il faut choisir entre la fin de la civilisation occidentale et le salut de l’industrie américaine consommatrice de métaux rares volés à l’Afrique noire, qu’on choisisse la civilisation occidentale! Mais, pour ce faire, il faut découpler la sujétion de la France à l’Europe maastrichtienne qui, elle, roule pour que les GAFAM ne manquent pas de scandium, d’yttrium, de lathane, de cérium, de néodyme, de préséodyme et autres métaux nécessaires aux écrans de smartphone, d’ordinateurs, aux batteries des moteurs électriques, aux aimants d’éoliennes, aux micro-ondes, aux guidages laser des bombes, et autres technologies de la post-vérité, du post-humanisme, du post-nationalisme, du grand marché planétaire dirigé par les GAFAM – sans les peuples, bien sûr, qui sont ici des monnaies d’échanges et des quantités négligeables.

Nos militaires tuent des Africains musulmans sous prétexte qu’ils menaceraient la sécurité du territoire national français alors que ces soldats assurent à la France maastrichtienne la mainmise sur un sous-sol dont les États-Unis ont besoin. Nos soldats envoyés au combat le savent-ils? Veulent-ils mourir pour du scandium alors qu’on leur fait croire qu’ils exposent leurs vies pour lutter contre le terrorisme?

Les Chinois qui ont pris la main sur les métaux rares dans le monde ont pour ce faire ravagé l’Afrique qu’ils colonisent sans vergogne: ils ont la bombe atomique, la France ne va pas les attaquer à des kilomètres d’altitude avec une bombe guidée par laser comme dans le cas des pickups de combattants en sandalettes assimilés des chars nazis de Guderian lors de la percée des Ardennes…

On sait au Mali que l’Occident se moque des droits de l’homme dans leur pays, cela fait un demi-siècle que de colonialisme en néo-colonialisme, les droits de l’homme sont le cadet des soucis des gouvernants occidentaux, français compris, sur ce continent exploité.  L’Occident est là pour spolier le peuple africain avec la complicité de leurs gouvernants corrompus.

Comment ne pourrait-on pas générer un ressentiment légitime de la part de ces peuples privés de leur souveraineté ? Quand un pays n’est plus souverain, il est assujetti; quand il est assujetti, il est humilié; quand il est humilié, il cherche à recouvrer sa dignité; quand il cherche à recouvrer sa dignité, il recourt à la violence et à la terreur.

La présence française au Mali, sous prétexte d’empêcher un terrorisme que notre pays crée, nourrit un ressentiment qui ne peut manquer d’affecter tous les musulmans de la planète, y compris, bien évidemment, une grande partie des musulmans français, pas seulement maliens ou d’origine malienne. Cette colère a ses raisons, elle est compréhensible.

Qu’on y prenne garde, je ne justifie pas le terrorisme mais j’en fais la généalogie pour rendre sa compréhension possible afin d’en tarir les sources. Comprendre n’est pas excuser c’est travailler à empêcher le retour de ce qu’on déplore.

J’avais annoncé deux temps, voici le second.

De la même manière que notre pays est islamophobe sur le terrain international, il se montre islamophile sur le territoire intérieur.

L’islamophilie, tout comme l’islamophobie, reposent sur une essentialisation de l’Islam qui empêche de le penser correctement. Certes l’essentialisation est inévitable pour penser, on ne saurait spéculer uniquement sur des cas particuliers, mais elle ne saurait être un horizon intellectuel indépassable…

La droite estime souvent que tous les musulmans posent problème; la gauche affirme la plupart du temps qu’aucun ne pose problème. La droite clame que l’islam est une catastrophe pour la civilisation judéo-chrétienne; la gauche que c’en est la chance. La droite associe régulièrement l’islam, l’islamisme, le communautarisme, l’immigration, la délinquance; la gauche fustige l’amalgame et professe l’hétérogénéité et l’indépendance de l’islam, de l’islamisme, du communautarisme, de l’immigration et de la délinquance. La droite croit que l’islam est intrinsèquement délinquant et djihadiste; la gauche que les délinquants djihadistes le sont à cause des inégalités sociales du capitalisme. La droite veut la répression sans prévention; la gauche, la prévention sans répression. La droite qui a lu Le Camp des saints de Jean Raspail craint de voir se diluer l’Occident chrétien sous les arrivées massives d’une immigration devenue planétaire ; la gauche qui a leu le Traité du Tout-Monde d’Édouard Glissant se réjouit de ce qu’elle nomme une créolisation bienvenue sinon bénie. Via les identitaires, la droite craint le grand remplacement – voir Renaud Camus et Eric Zemmour; via les indigénistes, la gauche se réjouit du grand remplacement qu’elle valide à son tour – voir Houria Bouteldja et Rokhaya Diallo, sinon Louis-Georges Tin. La droite dit que l’islam est incompatible avec la République; la gauche dit que l’islam est tellement compatible avec la République qu’il en est son avenir. La droite veut expulser les immigrés; la gauche veut en accueillir toujours plus. La droite est pour une stricte laïcité – disparition du religieux dans le privé; la gauche pour une laïcité qu’elle dit ouverte – open bar pour toutes les spiritualités, avec de fortes réserves pour le christianisme; la droite a le peuple avec elle, mais pas les élites; la gauche a avec elle les élites, mais pas le peuple. Or, en France, ce sont les élites qui gouvernent, pas le peuple – et les élites gouvernent même sans le peuple, malgré lui, souvent contre lui. Qu’on se souvienne du référendum de 2005 sur le Traité européen majoritairement refusé par le peuple et, de ce fait, jeté aux poubelles de l’Histoire par les élites, ou aux revendications des gilets-jaunes traitées par la répression policière et le mépris des mêmes élites.

J’ai conscience, avec ce jeu rhétorique d’un balancier entre la droite et la gauche, d’essentialiser à mon tour. Il y a en effet, pas seulement sur la question de l’islam, des gens de droite qui pensent à gauche (Juppé ou Sarkozy par exemple) et des gens de gauche qui pensent à droite (Manuel Valls pour n’en prendre qu’un).

Comment vais-je pouvoir me sortir de cette rhétorique pour qu’elle ne soit pas une sophistique ?

Par le général de Gaulle…

Le gaullisme existe et il est une révolution politique sur nombre de points. Je n’en prends qu’un seul: il n’oppose pas la droite et la gauche, dont il sait qu’elles sont les deux termes nécessaires d’une dialectique productrice de dynamique, il faut le conservatisme de la droite et (et non « ou ») le progressisme de la gauche, mais il dépasse ce paradigme. Droite et gauche supposent un plan horizontal. Il leur substitue une autre lecture, haut et bas , qui suppose un paradigme vertical. En haut ceux « qui aiment la France », malgré ses défauts, qui chérissent la civilisation judéo-chrétienne, malgré ses imperfections, construite avec une civilisation gréco-romaine en amont doublée en aval d’une civilisation laïco-républicaine; en bas, « ceux qui ne l’aiment pas » et veulent sa dilution, jadis dans le grand marché post-national des États-Unis ou dans l’internationalisme de l’empire soviétique, aujourd’hui dans l’Europe post-nationale, qui prend la suite du modèle américain, ou dans le monde créolisé, qui prend la suite du modèle soviétique, qui est aussi paradoxalement le monde de consommateurs auquel aspire le capitalisme le plus sauvage, donc les États-Unis.

De sorte que, dans la République gaullienne, il n’y a plus ni blanc ni noir, ni judéo-chrétien ni arabo-musulman, ni homme ni femme, ni homosexuel ni hétérosexuel, ni peuple continental ni peuple d’outre-mer, ni croyant ni athée, mais ceux qui veulent être français et ceux qui ne le veulent pas. Libre à ceux qui ne veulent pas l’être de le vouloir, le monde est vaste pour l’exilé ou celui qui se considère comme tel bien qu’étant né dans ce pays, il peut habiter où il trouvera ses idées et son idéal au pouvoir, mais s’ils le montrent en invitant à faire sécession, au séparatisme, au communautarisme, la France peut légitimement défendre fermement et sans trembler son art de vivre, et sa façon d’être et de faire.

Je remarque en passant que, parmi tous ceux qui, dans la France des années cinquante et soixante, faisaient l’éloge du modèle soviétique, aucun n’a quitté son pays pour s’installer à Moscou, le pays de ses rêves! De même avec un psychanalyste marxiste comme Wilhelm Reich qui, fuyant l’Europe nazie, prenaient un billet pour New-York où il avait tout le loisir de faire l’éloge de l’URSS, lire ou relire Le Marxisme soviétique  (1958), avec des fonds américains et des bourses capitalistes… Idem avec Horkheimer ou Adorno, philosophes marxistes de l’École de Francfort, qui, à l’heure de l’exil, ont préféré New-York à Stalingrad.

Que certains pensent que la France est juste un hôtel fournisseur de prestations est audible; mais que la France fasse savoir qu’elle ne le sera pas est légitime.

Être français se construit avec une adhésion au projet de civilisation de la France. C’est le moins qu’on puisse demander à ceux qui viennent en France que d’adhérer à ce qui fait l’art d’être français,  à savoir: le génie de la liberté intellectuelle du chrétien Montaigne, la folie du corps déchristianisé de Rabelais, l’usage bien conduit de la raison de Descartes, l’esprit de finesse doublé de l’esprit de géométrie de Pascal, la foi de Bossuet, l’ironie de Voltaire, la tolérance d’Helvétius, l’esprit critique à l’endroit des religions de d’Holbach,  l’humanisme social de Zola, le christianisme fâché de Bernanos, l’indépendance d’esprit de Camus. Tout ceci suppose les plaisirs pris à la conversation et à la galanterie, au marivaudage et au libertinage, au persiflage et à la caricature, aux vins et aux charcuteries de Gargantua,  aux femmes libres de Simone de Beauvoir, aux terrasses de café de Sartre, aux chansons de Brassens, aux films de Claude Sautet, aux poèmes de Jacques Prévert, aux romans de Colette et de Giono, aux proses poétiques de Delteil, à l’élégance de la musique, de Rameau à Dutilleux, aux jardins à la française ou au jardin en mouvement de Gilles Clément, à la peinture impressionniste qui sublime les lumières du pays, aux multiples paysages  de la France façonnés par des générations de paysans.

Il n’y a pas de honte à faire de cette esquisse les bases du contrat : la France c’est tout cela et beaucoup plus! Et l’on peut légitimement résister à qui ne veut pas souscrire à cet art de vivre et aspire à le détruire sans être pour autant raciste, xénophobe, voire pétainisme et vichyste.

Ce qui veut dire qu’il n’y a pas à s’excuser de faire savoir qui l’on est, c’est la question de L’Identité française, et ce que l’on veut, c’est la question du projet civilisationnel. La Suisse agit ainsi: est-ce un pays fasciste? L’Australie fait de même: est-ce un pays fasciste? Idem avec la Nouvelle Zélande…

La solution n’est donc pas de multiplier les cours d’arabe à l’école mais ceux de langue française; de faire de l’islam une discipline universitaire, mais une religion intime, discrète et privée; de voter de nouvelles lois, mais d’appliquer fermement celles qui existent déjà, qui ne font pas défaut et qui permettent de sanctionner tout manquement. Il faut reconduire vraiment aux frontières ceux qui se trouvent dans l’illégalité; ne pas libérer des musulmans radicalisés sous prétexte de COVID; ne pas rapatrier ceux qui ont choisi le djihad en rejoignant les rangs de l’État Islamique mais les laisser à la justice du pays dans lequel ils se trouvent; s’interdire de dissoudre le terrorisme  islamiste en le psychiatrisant; éviter la ritournelle d’un islamisme qui n’aurait rien à voir avec l’islam comme si le marxisme-léninisme n’avait rien à voir avec Marx et avec Lénine; révolutionner les prisons qui  sont d’authentiques usines à radicalisation et à violence; les vider des authentiques malades mentaux qui s’y trouvent en quantité et que, de ce fait, on ne soigne pas; infliger  des peines en exigeant qu’elles soient effectuée;  réactiver des services militaires pour resocialiser des jeunes qui n’ont rien à faire en prison car ils souffrent de n’avoir jamais été socialisés, ni par la famille, ni par l’école, ni par les éducateurs –  je n’étais pas délinquant lorsque, avec des Français de mon âge, je me suis retrouvé dans un régiment d’infanterie de marine, mais juste un citoyen appelé à faire son devoir et à vivre avec ses semblables par-delà l’égotisme, l’individualisme, le narcissisme; songer à des séjours longs dans des territoires géographiquement  sécurisés où des gens dangereux pour la société ne seraient ni humiliés, ni offensés, mais tenus à l’écart de leurs cibles; resocialiser avec de l’action physique, et non du discours compassionnel psy, dans des activités d’équipe en dehors des villes – campagne, montagnes, océan- des personnes qui ont l’habitude sinon de l’impunité du moins des renoncements d’une justice qui, dans certaines villes de France et d’outre-mer, achète la paix sociale au prix de faiblesses; accorder une pleine confiance aux forces de l’ordre dans l’exercice de leur fonction et cesser de criminaliser la profession et de victimiser les coupables; il faut également éviter le double écueil de l’immigration sauvage et de l’immigration nulle en activant une immigration raisonnée selon les principes édictés par le contrat social avec un engagement clair de devoirs (démonstration d’une franche volonté de s’intégrer) et de droits (aide afférente conditionnée à la volonté d’intégration). Il faut enfin en finir avec le discours victimaire instrumentalisé par une histoire de France idéologisée, donc fautive, racialisée, donc raciste, indigéniste, donc séparatiste, déconstructionniste, donc militante, au profit d’une histoire factuelle.

« Qu’est-ce qu’une histoire factuelle? » demanderont les fâcheux… Un exemple: quand l’histoire idéologique, racialiste, indigéniste, déconstructionniste, soutient le vote en France d’une loi proposée par Christine Taubira, alors ministre de la justice (!), pour criminaliser la traite négrière et en faire un crime contre l’humanité, mais seulement quand elle est activée pendant quatre siècles  par les blancs, l’histoire factuelle ajoute que la traite négrière effectuée par des arabo-musulmans pendant quatorze siècle, et qui continue d’exister, en Mauritanie par exemple, doit elle aussi être considérée un crime contre l’humanité. Madame Taubira, à l’origine de cette falsification, a estimé « obscène » d’associer les deux traites.

Autre exemple: la guerre d’Algérie. Le récit officiel français démarque purement et simplement la légende dorée créée puis entretenue par le FLN au pouvoir en Algérie depuis son indépendance – autrement dit: depuis 1962. L’histoire écrite par les vainqueurs, chacun le sait est rarement juste et fidèle, exacte et vraie.

De plus, nous n’avons pas à souscrire à cette fiction qui nous attribue systématiquement le mauvais rôle quand la vérité d’une guerre civile est qu’elle est aussi factuellement sale d’un côté que de l’autre. Le FLN a causé la mort de plus de 12.000 algériens pour établir son monopole sur la lutte armée, il a pratiqué le crime de guerre sur le principe d’ Oradour-sur-Glane, dans le petit village de Mélouza en 1957, en massacrant 357 musulmans – et en laissant croire que ce forfait avait été accompli par l’armée française… Quant au massacre des harkis (entre 10 et… 150.000!) imputé à de Gaulle qui, légitimiste, se contentait en chef de l’État au sang-froid de respecter la souveraineté nouvelle du pays en le laissant à sa liberté recouvrée, il est imputable au FLN, alors seul maître à bord dans son pays.

Seule une histoire désidéologisée pourrait instaurer un récit qui fasse pièce à la légende – entretenue par Benjamin Stora. Il est normal que, sous la propagande du pouvoir algérien, les contre-vérités prospèrent dans les banlieues françaises et génèrent une haine rabique d’enfants d’immigrés, parfois de la deuxième ou de la troisième génération, entretenus dans cette fiction mortifère.  Il faut en finir avec cette fable et écrire une histoire qui rende à chacun ses responsabilités: à la France les siennes, à l’Algérie les siennes. C’est seulement à ce prix que les deux peuples pourront trouver la paix…

Voilà quelques pistes. Ce sont des lignes de force pour une réflexion plutôt qu’un programme politique – un dessein présidentiel et programmatique auquel il manque la mise en musique d’un premier ministre car, chez de Gaulle, le président préside et le gouvernement gouverne.

Je me résume.

Sur le terrain de la politique étrangère, en finir avec l’islamophobie:  autrement dit, cesser de se faire les supplétifs des États-Unis et de leurs guerres coloniales effectuées au profit des GAFAM; arrêter de massacrer et de détruire des peuples et des pays musulmans pauvres et désarmés de préférence (on ne cherche pas des poux dans la tête du Pakistan qui dispose de l’arme nucléaire, n’est-ce pas?), activer une diplomatie soutenue par une ligne claire, c’est-à-dire une politique de civilisation avec les pays qui font de la politique et travaillent à la promotion d’autres civilisations: chacun chez soi, politique de souverainismes, coopérations et mutualisation contractuelles en fonctions des intérêts respectifs; ne s’interdire aucun interlocuteur et n’avoir de programme que français, c’est-à-dire post-maastrichtien, nos intérêts ne sauraient être défendus par d’autres pays, c’est une vue de l’esprit, naïve et sotte, que de le croire; rapatrier les militaires français qui ne peuvent qu’être vus, et à juste titre, que comme les instruments de l’impérialisme américain qui bafouent leur souveraineté, donc comme des ennemis, puis des cibles, eux et leur pays.

Sur le terrain de la politique intérieure, en finir avec l’islamophilie:  nommer le mal clairement, il s’agit de l’islamisme politique, et lutter contre tout aussi clairement; la République, rien que la République, toute la République; la loi, le droit, rien que la loi et le droit, mais toute la loi et tout le droit; ne montrer aucune faiblesse avec qui fut djihadiste un jour, la repentance semble très improbable; inverser l’inversion qui fait de la police le bourreau et du délinquant la victime; refonder la prison et mettre en place un dispositif qui renvoie chacun à ce dont il a besoin – hôpitaux psychiatriques pour les uns, réinsertions par l’action pour d’autres, isolement géographique sans privation de dignité, la privation de liberté suffit, pour d’autres encore; désidéologiser l’histoire en détruisant les fictions sur la colonisation ou la guerre d’Algérie entretenues à des fins de repentance, toute lamentation et toute repentance sont indignes quand on fait de l’Histoire; rationaliser l’immigration en la soumettant au principe contractuel: est bienvenu quiconque montre qu’il a envie de contribuer à l’Histoire de la France, ne l’est pas quiconque arrive avec en tête un désir inverse; idem avec ces perpétuels migrants de l’intérieur que sont ceux qui, nés là, veulent cependant de façon forcenée être d’ailleurs: la resocialisation dans des dispositifs hors école s’avère impérative et pas seulement sur le principe compassionnel;  cesser de prendre l’Education nationale en otage pour en faire un lieu d’endoctrinement dès le plus jeune âge, trois ans voudrait le chef de l’État: l’école apprend à lire, à écrire, à compter, à juger, elle n’enseigne pas le catéchisme du politiquement correct mais l’art de penser librement.

Je me résume plus encore.

En matière de politique étrangère: respecter l’Islam sur toute la planète et s’en tenir aux souverainetés des musulmans dans leurs pays ; en matière de politique intérieure: défendre le modèle occidental  qui est le nôtre et ne pas transiger sur les valeurs ayant constitué notre civilisation – à la fois Clovis et Condorcet.

Francis Fukuyama avait tort d’annoncer dans La Fin de l’histoire et le dernier homme (1992) qu’après la chute de l’empire soviétique le capitalisme qui se trouvait sans ennemis triomphait sur la planète et réalisait la prophétie hégélienne d’une fin de l’Histoire remplacée par le marché libre; c’est Samuel Huntington qui, dans Le Choc des civilisations  (1996), a dit juste et vrai, en affirmant que la géopolitique internationale relevait d’une tectonique des plaques spirituelles. Soit une politique du marché, soit une politique des civilisations, il n’existe aucun autre choix. Avec Fukuyama, nos élites ont opté en faveur du marché libéral qui veut unifier le monde avec l’argent; avec Huntington on peut préférer la défense des civilisations dont les diversités garantissent contre l’unidimensionnalité.

Il ne fait aucun doute qu’Emmanuel Macron et les siens sont des dévots de Fukuyama. Une alternative à cette impasse est possible: elle s’inscrit dans le cadre d’une politique de civilisation digne de ce nom. Veut-on, oui ou non, sauver ce que le président de la République lui-même appelait « l’art d’être français »? Si oui, il n’est pas possible de travailler à ce qui le détruit. Il faut choisir: car, en la matière, en même temps est un sophisme qui tue.

Publié par magrenobloise

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