Front Populaire – Nouvelle-Calédonie : le non l’emporte pour la seconde fois

ARTICLE. Les Calédoniens ont rejeté l’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté, c’est-à-dire à l’indépendance, par 53,4 % à l’occasion de la seconde consultation du 4 Octobre 2020. Mais l’écart entre le score des 2 camps (loyalistes et indépendantistes) s’est resserré.

Nouvelle-Calédonie : le non l’emporte pour la seconde fois

Le vote des calédoniens inscrits sur la liste électorale spéciale (soit 180 598  sur les 214 965  inscrits sur la liste générale d’où 34 367  électeurs exclus de ce scrutin référendaire) a rejeté l’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté, c’est-à-dire à l’indépendance, par 53,4 % (57 % lors de la 1èreconsultation du 4 Novembre 2018) à l’occasion de la seconde consultation du 4 Octobre 2020. L’écart entre le score des 2 camps (loyalistes et indépendantistes) s’est resserré, de 14 points lors de la 1èreconsultation il n’est plus que de 8 points lors de la seconde.

Le taux de participation de 86 % est historique (il avait été de 81% lors de la consultation du 4 Novembre 2018). Ce fort taux de participation rend indiscutable et incontestable  les résultats de la consultation.

Le déroulement du scrutin a été supervisé par 250 magistrats venus de métropole et 12 observateurs de l’ONU.

La province Nord et la province des Iles, peuplées essentiellement de mélanésiens, ont majoritairement voté OUI (77,8 % pour le Nord, 84,3 % pour les Iles). La province Sud dans laquelle résident les 2/3 de la population calédonienne, a majoritairement voté NON (70,9 %) confirmant le vote identitaire de ce scrutin.

Analyse et Réactions :

On note une évolution plus que substantielle du Oui. L’augmentation de la participation aurait plus profité au camp indépendantiste que loyaliste. Cela va indéniablement dynamiser les positions des indépendantistes, voire les durcir et les radicaliser et renforcer la bipolarisation de la vie calédonienne qu’elle soit ethnique, géographique, sociale (une constante depuis 30 ans). Ce fort taux de participation (du jamais vu en Calédonie) laisse penser que les 2 camps ont fait le plein de leurs voix et figé les positions. C’est pourquoi aller jusqu’à la 3éme consultation prévue par les Accords de Nouméa c’est probablement faire perdre 2 ans à la Nouvelle-Calédonie pour définir son avenir institutionnel, élaborer un nouvel accord et risquer de continuer à la faire régresser sur le plan économique.

Voici une série de réactions concernant le scrutin et à l’annonce du résultat :

Philippe Blaise (républicain calédonien) (Loyaliste) : « Le corps électoral n’est pas le reflet de la population. Avec l’exclusion d’une partie de la population du corps électoral, la Nouvelle-Calédonie n’est plus un pays démocratique. La composition de la liste électorale spéciale procède du « 2 poids, 2 mesures » en ce qui concerne l’inscription des natifs devenus majeurs, ceux de statut civil coutumier sont inscrits automatiquement alors que ceux de statut civil de droit commun doivent faire la démarche, déposer un dossier et justifier d’au moins 3 ans de présence consécutive sur le territoire ».

Virginie Ruffenach (Le Rassemblement Les Républicains) (loyaliste) : « Il est dommage que l’on ait eu à déplorer des manifestations d’intimidation des indépendantistes arborant les drapeaux du FLNKS devant les bureaux de vote alors que la campagne électorale était close depuis vendredi soir et qu’il ait fallu aller encore ce dimanche matin au tribunal pour permettre à des jeunes majeurs natifs de droit commun de pouvoir être inscrits et voter. Il n’y a pas lieu de continuer à diviser la population avec une 3ème consultation mais au contraire de la rassembler. Puisse cet appel être entendu des indépendantistes et de l’Etat ».

Philippe Dunoyer ( Calédonie Ensemble ) (Député de la 1èrecirconscription de Nouvelle-Calédonie, apparenté UDI) : « Il faut sortir de cette spirale binaire qui fait que la Calédonie ne progresse pas. Il convient de trouver des équilibres tous ensemble et parvenir à un consensus pour la Calédonie de demain ».

Gil Brial (Mouvement populaire calédonien) (Directeur de campagne des loyalistes) : « Il est regrettable que la campagne ait été gâchée par des comportements inadmissibles de « voyous et délinquants » devant les bureaux de vote. L’état n’a pas joué son rôle en assurant la sécurité des lieux, des électeurs et le respect de non manifestation le jour du scrutin comme la veille lorsque la campagne est close. Demain, il nous faut dialoguer pour avancer ensemble avec le concours de l’Etat ».

Charles Washethine (Union nationale pour l’indépendance, membre du FLNKS, front indépendantiste) : « Satisfaction de la progression du oui. Revenir à la table des négociations mais en allant au terme de l’Accord de Nouméa ».

Rock Wamytan (Union Calédonienne, membre du FLNKS, Front indépendantiste) (Président du congrès de la Nouvelle-Calédonie) :« Aller au terme de l’Accord de Nouméa c’est-à-dire la 3èmeconsultation après quoi nous pourrons, comme c’est prévu si le non l’emporte à nouveau, s’asseoir à la table des négociations pour redéfinir la place du peuple autochtone colonisé et de ses liens avec la France. »

Emmanuel Macron (Président de la République) : « J’accueille le résultat avec un profond sentiment de reconnaissance et d’humilité. L’avenir, c’est la préparation de la sortie de l’Accord de Nouméa, qui interviendra d’ici 2022 et que nous avons, devant nous, deux années pour dialoguer et imaginer l’avenir avec un nouveau projet qui sera au cœur des initiatives que prendra le gouvernement dans les prochains jours ».

Et maintenant ?

Une troisième consultation comme le prévoit la loi organique de l’accord de Nouméa si un tiers des élus du congrès le demande ou bien une négociation pour un nouvel accord de plus large autonomie dans une souveraineté partagée avec la France à moins que ce ne soit un fédéralisme (entre la Nouvelle-Calédonie et la métropole, entre les provinces). Le fédéralisme pourrait être la solution de conciliation entre les indépendantistes et les loyalistes  par l’organisation d’un double fédéralisme : un fédéralisme externe, la Nouvelle-Calédonie devenant un Etat à la satisfaction des indépendantistes mais non pleinement souverain car fédéré constitutionnellement à la France à la satisfaction des partisans de la Calédonie française / un fédéralisme interne entre les trois provinces calédoniennes qui auraient chacune plus de pouvoirs qu’aujourd’hui. Cela apparait comme une solution médiane et novatrice qui devrait être approuvée par un référendum de confirmation de ce schéma institutionnel négocié en commun comme ce fût le cas en 1998. La constitution française devra alors être révisée puisque son titre relatif à la Nouvelle-Calédonie est actuellement qualifié de transitoire (cf le livre de Jean-Yves et Florence Faberon «  les fédéralismes »).

Auteur :
Michel Hanocque

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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