Front Populaire – Travailleurs handicapés en entreprise : le frein des préjugés

ARTICLE. La proportion de travailleurs handicapés peine à progresser depuis 30 ans. Le gouvernement vient de proposer un coup de pouce aux recrutements de travailleurs reconnus. Mais est-ce suffisant ?

Travailleurs handicapés en entreprise : le frein des préjugés

Jusqu’à 4 000 euros d’aides, c’est ce qu’ont annoncé, le 26 août, Jean Castex, Premier ministre et Sophie Cluzel, secrétaire d’État aux personnes handicapées. Dans le cadre du plan de relance, cette somme devrait être distribuée à chaque recrutement d’une personne reconnue travailleur handicapé (RQTH), effectué entre le 1er septembre et le 28 février 2021. Ces aides concernent également les contrats d’apprentissages et pourraient monter jusqu’à 5 000 euros pour les contrats pro (non soumis à la limitation d’âge de 29 ans).

Des aides qui viennent se cumuler à l’arsenal déjà existant. Depuis 1987 et la promulgation de la loi sur le handicap ainsi que de la création de l’Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées) les entreprises de plus de 20 ans sont soumises à un quota de 6% de travailleurs disposant d’une RQTH. Une obligation qui, si elle progresse à la hausse depuis 30 ans, est loin d’être atteinte à ce jour. Dans un rapport datant de juin 2018, l’Agefiph affichait un taux d’atteinte moyen de 3,8%.

Une situation difficilement compréhensible, pour Suzanne Benitah, Responsable Développement RH chez Amplifon, pour qui : “Un employeur ne peut pas dire qu’il ne peut rien faire en termes de handicap. Il y a beaucoup d’aides qui existent pour accompagner les personnels concernés”. Tous les acteurs de l‘entreprise sont par ailleurs sensibilisés au sujet : ” Il est important d’avoir des alliés en RH, au recrutement, chez les partenaires sociaux et enfin, les managers. Il faut vendre un projet d’entreprise collectif, c’est un vrai plus.

Autre écueil que doivent affronter les personnels handicapés, celui du regard des autres salariés, regard qui a parfois du mal à évoluer sur ce thème : ”Le seul frein qui existe, c’est celui des préjugésIl faut casser l’image du handicap : les handicapés ne sont pas moins productifs !” Hugues Lancelot, atteint d’une déficience visuelle sévère, fait partie de ces travailleurs reconnus handicapés. Aujourd’hui directeur des ressources humaines chez Sigmaphi, entreprise basée à Vannes, il abonde en ce sens : “le handicap pose des problèmes, mais il n’est pas un problème. Le regard des autres dépend de toi, il te construit. C’est aussi la manière que tu auras de le gérer qui fera évoluer le regard des autres.”

Autrefois sujet sensible, la thématique du handicap en entreprise s’est démocratisée à force de communication : “Ce n’est plus un sujet tabou, les gens en parlent librement lors des entretiens annuels d’évaluation » chez Amplifon. Quant à Hugues Lancelot, il prend le parti de mettre les pieds dans le plat, au plus vite : “La majorité des gens pose sur moi un regard de gêne, ils ont peur de me blesser. Pour y remédier, lors des recrutements, par exemple, je commence mes entretiens en évoquant immédiatement mon handicap. Ça soulage les personnes en face”.

Et pour le DRH de l’entreprise bretonne, il s’agit d’un handicap visible. Contrairement à une idée reçue, le handicap ne concerne pas que les problématiques de motricité lourde, celles-ci ne représentant que 4 % des déclarations. Idem pour les déficiences lourdes comme la surdité ou la cécité lourde. Le champs du handicap est multiple, et dans 80% des cas, invisible et seules 15 % des embauches nécessitent une adaptation du poste de travail.

Pourtant, avec un taux de chômage de 18%, contre 10% pour le reste de la population, les travailleurs handicapés restent en première ligne face au chômage.

D’autant qu’à cette problématique viennent s’additionner celle de l’âge ainsi que celle du diplôme. Selon un rapport de la DARES datant septembre au sujet des spécificités des professions occupées par les personnes handicapées, 3 personnes sur 4 concernées auraient plus de 40 ans et seulement 4 sur 10 seraient détentrices d’un baccalauréat ou d’un brevet professionnel. La problématique du handicap est plus complexe qu’il n’y paraît. Elle dépend également des salariés déjà présents dans les effectifs et qui ne se font pas reconnaître, par peur du regard que l’on pourrait porter sur eux ainsi que par méconnaissance des dispositifs.  D’où la nécessité pour les entreprises de communiquer sur le sujet : “En 2019, beaucoup de gens se sont déclarés. C’est le fruit d’un travail de longue haleine, la satisfaction des employés reconnus et accompagnés a sans doute eu un effet boule de neige” explique Suzanne Benitah.

Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées déclarait en novembre 2019 : ”Une personne handicapée a aujourd’hui trois fois moins de chances que la moyenne d’être en emploi et elle est deux fois plus exposée au chômage, avec, de surcroît, des périodes d’inactivité plus longues. “ et précisait : “Pour toutes ces raisons, il était devenu nécessaire de rénover l’obligation d’emploi”. Une position pourtant non partagée par Hugues Lancelot : “la pire des choses à faire, c’est de forcer les entreprises” avant de poursuivre : “Si j’ai besoin de recruter quelqu’un un, je me fous de savoir s’il est handicapé ou pas. Si tu raisonnes “compétences”, finalement cette question ne devrait même pas se poser”.

Entre obligations et incitations, les politiques sur le handicap peinent à atteindre leurs objectifs depuis 40 ans. En 2003, un débat avait éclaté sur l’éventuel appareillage auditif de Jacques Chirac alors président de la République. L’Élysée s’était empressé de démentir par peur que le chef de l’État ne soit attaqué sur le sujet de la vieillesse et du déclin. En 2020, aucun ministre ou secrétaire d’État du gouvernement Macron ne s’est déclaré publiquement en situation de handicap. Si le handicap est question d’image et de préjugé, le gouvernement ne devrait-il pas lui-même donner l’exemple afin de faire évoluer les mentalités ?

Publié par magrenobloise

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