Front Populaire – Emmanuel Macron et le ministère de la parole

ANALYSE. Depuis son élection, le Président de la République s’illustre par sa capacité à penser tout et son contraire et même à affirmer tout et son contraire. Récemment, il expliquait ainsi son absence de réaction suite à l’attentat devant les anciens locaux de Charlie Hebdo : « Le Président n’a pas vocation à commenter, mais à agir » …

Emmanuel Macron et le ministère de la parole

Depuis le début de son quinquennat, le Président de la République s’illustre par sa capacité à penser tout et son contraire et même à affirmer tout et son contraire. Dernièrement le chef de l’Etat a su se faire remarquer par l’absence de réaction suite à l’attentat devant les anciens locaux de Charlie Hebdo au simple motif que « Le Président n’a pas vocation à commenter, mais à agir » …

Comme c’est facile.

Comme il est facile de prétendre regarder l’actualité avec hauteur et intelligence pour ne pas réagir aux évènements sur lesquels nous ne sommes pas à l’aise. Vendredi à la mi-journée quand la France apprend qu’une attaque a eu lieu devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, elle est saisie par les douloureux souvenirs. Jean Castex, Premier ministre, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et le Garde des Sceaux, Eric Dupond Moretti jouent leurs partitions comme il se doit. Malgré une impression lassante de déjà vu, un lyrisme agaçant et un faux ton autoritaire, l’essentiel était là : la communication politique montrait que le gouvernement ne comptait pas se laisser faire.

Seulement un homme d’Etat, et pas des moindres n’a même pas fait semblant de communiquer, ni même de réagir, ni même de s’émouvoir. C’est le Président de la République en personne. Pas un tweet, pas un communiqué, pas une courte prise de parole, rien.

Quel est ce pays où le Président de la République ne s’adresse pas à ses concitoyens le jour d’un attentat ? Non parce que l’idée du chef de l’Etat selon laquelle ce dernier n’a pas vocation à commenter mais à agir, aurait du sens si dans la même semaine il n’avait pas pris le temps de saluer le départ de la scène de Juliette Gréco, d’incarner le sentiment de honte envers les dirigeants libanais qui ne tenaient pas les engagements évoqués, d’affirmer que le président biélorusse n’était plus légitime et que ce dernier devait partir, sans oublier de qualifier les sceptiques à la 5G d’« Amish ». Vous conviendrez qu’en quelques jours seulement les commentaires ont davantage occupé que l’action.

Alors comment interpréter ce silence assourdissant ? Mon cynisme même à son plus haut niveau ne peut imaginer que le Président de la République souhaitait attendre, Vendredi 2 Octobre, jour de son discours sur le séparatisme pour mieux récupérer ce tragique évènement à ses fins politiciennes, afin d’ajouter de la consistance à un sujet où sa maladresse et sa timidité à nommer les choses ont toujours primé.

S’ajoute à ce flot de réactions et de commentaires la désagréable impression que le président des Français se montre toujours plus préoccupé par la situation d’autres pays et par la situation européenne que par la situation du pays qu’il dirige.

Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron met en avant sa vision du rôle du président comme devant être quelque chose de rare et d’intelligent considérant que de ses paroles, même déplacées, ne déboulaient que des actes concrets. Force est de constater que nous sommes loin du compte.

Rappelez-vous de ce Président de la République en déplacement à Rodez un certain 3 Octobre 2019 avec l’objectif de défendre et d’apaiser le débat sur la réforme des retraites déclarant « je n’adore pas le terme de pénibilité » ; ce dernier insinuant « le sentiment que le travail serait pénible ». Propos déplacés ? Si peu. Surtout quand une étude de la Direction de l’animation de la recherche, des études et de la statistiques ( DARES ) démontre que 69,7% des ouvriers étaient quotidiennement exposés à au moins un facteur de pénibilité. 26 % des ouvriers subissent au moins 3 facteurs de pénibilité, ce qui n’est le cas que de 0,5% des cadres. Cette étude se trouve renforcée par l’INSEE qui relevait une différence majeure de plus de 6 ans dans l’espérance de vie entre un homme qu’il soit ouvrier ou cadre. Et l’écart dans l’espérance de vie est de l’ordre de plus de 3 ans entre une femme ouvrière et une femme cadre.

Rappelez-vous de ce Président de la République qui à Athènes en 2017 prononce un long discours pour préciser sa pensée qui va réformer le pays en expliquant « qu’il ne céderait rien aux lâches, aux fainéants, ni aux cyniques et aux extrêmes ». Heureusement que précédemment dans ce discours il avait dit qu’il allait le faire « sans brutalité, avec calme, avec explication, avec sens ».

Rappelez-vous de ce Président de la République qui devant une salle d’entrepreneurs et au centre de 34.000 mètres carrés d’une ancienne gare, entre deux éloges de cette start-up nation, qualifie la gare comme « un lieu où l’on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien »

Rappelez-vous de ce Président de la République en 2018, avant la tempête des Gilets Jaunes, confortement installé dans le fauteuil élyséen, au cœur de l’Affaire Benalla, devant les parlementaires, qui assure être le seul responsable et clamant : « Qu’ils viennent me chercher ! »

Rappelez-vous de ce Président de la République qui sans broncher accusait et dénonçait la « démocratie de l’émeute » depuis que les Gilets Jaunes occupaient les ronds-points sans que le chef de l’Etat estime pertinent d’écouter cette colère.

Dans cette sélection de petit phrases et de commentaires, je ne précise pas encore les mots lâchés au détour d’une conversation filmée, d’un débat qui là aussi promettaient des changements qui n’ont jamais eu lieu comme au moment du « grand débat ». .

Si le président promet d’agir plutôt que de commenter, énormément de citoyen attendent toujours la réduction du nombre de parlementaires, l’assouplissement des modalités d’initiative partagée dont le statut reste au point mort, l’instauration du droit de pétition local dont nous n’entendons plus parler, et je n’évoque plus l’idée d’instaurer un pourcentage de proportionnelle au sein de l’Assemblée, qui a été définitivement balayé.

Il s’agit en réalité de quelque chose de très identifié chez le Président de la République. Ne Commenter sur pas grand-chose et souvent se taire sur l’essentiel. Nous sommes tous, citoyens, témoins des paradoxes et ambiguïtés d’Emmanuel Macron. Sur la laïcité, sur la sécurité, sur les paradoxes économiques.

Rappelez-vous de cette parole, pourtant forte, d’Emmanuel Macron qui promettait lors d’un discours pendant le confinement «  de changer » ; de « remettre en cause ses certitudes » les siennes «  en priorité ». Avez-vous vu un changement ? Avons-nous vu un changement ? Dans la façon de traiter le personnel hospitalier osant se vanter de quelques centaines d’euros sur un salaire après un Ségur alors que dans un même temps on ouvrait les vannes d’un plan de relance à 100 milliards. Avez-vous vu un changement après ces nombreux commentaires ? Un changement de cap ? Un acte supplémentaire dans un quinquennat déjà fractionné ? Malgré les commentaires et les promesses les actes ne sont pas là. Avec Jean Castex tout a changé pour que rien ne change.

La question de l’hôpital ne semble pas être au cœur des préoccupations alors qu’une seconde vague semble s’installer dans le pays.

La question de l’insécurité ne semble pas inquiéter au sommet de l’Etat quand on voit, une fois de plus, des gestes et des paroles plutôt que des actes dans l’omniprésence médiatique de Gérald Darmanin.

La question de la considération et du dialogue ne semble pas être essentielle dans les décisions du chef de l’Etat quand on observe la précipitation avec laquelle les bars et restaurants sont désormais encadrés dans la ville de Marseille.

Alors oui Monsieur le Président, le rôle du chef de l’Etat n’est pas de commenter, mais d’agir et pour ça il faut donner le sentiment de se préoccuper de son pays plus que de donner des leçons aux autres, sans oublier de considérer ceux qui font la France et que de trop nombreuses fois vous avez déprisés.

Auteur :
Maxime Lledo

Publié par magrenobloise

Webmagazine

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :