Monopole Suez- Véolia

Réflexions de Proudhon sur le monopole :

Ce serait en effet recueillir de ce débat un fruit bien maigre, si nos efforts n’aboutissaient qu’à étendre le privilège du sol et le monopole de l’industrie, en affranchissant seulement quelques centaines de travailleurs sur des millions de prolétaires : mais ce serait aussi comprendre bien mal notre propre pensée, et faire preuve de peu d’intelligence et de logique. P.91

Malthus pense que a source du fermage est dans la faculté qu’à la terre de fournir plus de subsistances qu’il n’en faut pour alimenter les hommes qui la cultivent. Je demanderai à Malthus pourquoi le succès du travail fonderait, au profit de l’oisiveté, un droit à la participation des produits ?

Buchanam, commentateur de Smith, ne voyait dans le fermage que le résultat d’un monopole et prétendait que le travail seul est productif. En conséquence, il pensait que, sans ce monopole, les produits coûteraient moins cher, et il ne trouvait de fondement au fermage que dans la loi civile. Cette opinion est un corollaire de celle qui fait de la loi civile la base de la propriété. Mais pourquoi la loi civile, qui doit être la raison écrite, a-t-elle autorisé ce monopole ?

Qui dit monopole, exclut nécessairement la justice ; or, dire que le fermage est un monopole consacré par la loi, c’est dire que l’injustice a pour principe la justice, ce qui est contradictoire. P.137

Say répond à Buchanam que le propriétaire n’est point un monopoleur, parce que le monopoleur « est celui qui n’ajoute aucun degré d’utilité à une marchandise. »
Quel degré d’utilité les choses produites par le fermier reçoivent-elles du propriétaire ? a-t-il labouré, semé, moissonné, fauché, vanné, sarclé ? Voilà par quelles opérations le fermier et ses gens ajoutent à l’utilité des matières qu’ils consomment pour les reproduire. P.137

Sarcler = arracher en extirpant les racines, avec un outil (sarcloir, etc.).

« Le propriétaire foncier ajoute à l’utilité des marchandises par le moyen de son instrument, qui est une terre. Cet instrument reçoit les matières dont se compose le blé dans un état, et les rend dans un autre. L’action de la terre est une opération chimique, d’où résulte pour la matière du blé une modification telle qu’en le détruisant elle le multiplie. Le sol est donc producteur d’une utilité ; et lorsqu’il (le sol ?) la fait payer sous la forme d’un profit ou d’un fermage pour son propriétaire, ce n’est pas sans rien donner au consommateur en échange de ce que le consommateur lui paye. Il lui donne une utilité produite, et c’est en produisant cette utilité que la terre est productive, aussi bien que le travail. » p.137

Vannerie = fabrication des objets tressés avec des fibres végétales, des tiges.

Je tombe d’accord que la terre est un instrument ; mais quel en est l’ouvrier ? Est-ce la propriétaire ? Est-ce lui qui par la vertu efficace du droit de propriété, par cette qualité morale infuse dans le sol, lui communique la vigueur et la fécondité ? Voilà précisément en quoi consiste le monopole du propriétaire, que n’ayant pas fait l’instrument, il s’en fait payer le service. Que le Créateur se présente et vienne lui-même réclamer le fermage de la terre, nous compterons avec lui, ou bien que le propriétaire, soi-disant fondé de pouvoirs, montre sa procuration. P.137

Gruger : dépouiller qqn de son bien, duper, tromper : un naif qui s’est laissé gruger par un beau parleur. Mais nous ne pouvons nous en passer. Sans la propriété, un laboureur se battrait avec un autre pour cultiver un champ qui n’aurait point de propriétaire, et, et le champ demeurerait en friche… »
Ainsi le rôle du propriétaire consiste à mettre les laboureurs d’accord en les dépouillant tous… O raison ! ô justice ! ô science merveilleuse des économistes ! Le propriétaire selon eux, est comme Perron-Dandin, qui, appelé par deux voyageurs en dispute pour une huître, l’ouvre, la gruge et leur dit :
La cour vous donne à tous deux une écailles. P.138

Est-il possible de dire plus de mal de la propriété ?
Say nous expliquerait-il comment les laboureurs qui, sans les propriétaires, se battraient entre eux pour la possession du sol, ne sa battent pas aujourd’hui contre les propriétaires pour cette même possession ? C’est apparemment parce qu’ils les croient possesseurs légitimes et que le respect d’un droit imaginaire l’emporte en eux sur la cupidité. P.138 J’ai prouvé au chapitre II que la possession dans la propriété suffit au maintien de l’ordre social : serait-il donc plus difficile d’accorder des possesseurs sans maîtres que des fermiers ayant propriétaires ? Des hommes de travail, qui respectent à leurs dépens le prétendu droit de l’oisif, violeraient-ils le droit naturel du producteur et de l’industriel ? Quoi ! si le colon perdait ses droits sur la terre du moment où il cesserait de l’occuper, il en deviendrait plus avide ! et l’impossibilité d’exiger une aubaine, de frapper de contribution sur le travail d’autrui, serait une source de querelles ert de procès ! La logique des économistes est singulière. Mais nous ne sommes pas au bout. Admettons que le propriétaire est le maître légitime de la terre. […]

La production résulte de ces trois éléments également nécessaires, mais, pris séparément, également stériles. P. 139

En effet, l’économie politique traite de la production, de la distribution et de la consommation des richesses ou des valeurs ; mais de quelles valeurs ? des valeurs produites par l’industrie humaine, c’est-à-dire des transformations que l’homme fait subir à la matière pour l’approprier à son usage, et nullement des productions spontanées de la nature. P.139

La travail de l’homme ne consistât-il qu’en une simple appréhension de la main, il n’y a pour lui valeur produite que lorsqu’il s’est donné cette peine : jusque là la sel de la mer, l’eau des fontaines, l’herbe des champs, le bois des forêts, sont pour lui comme s’ils n’étaient pas. La mer, sans le pêcheur et ses filets, ne donne pas de poissons ; la forêt sans le bûcheron et sa cognée (grosse hache à biseau étroit), ne fournit ni bois de chauffage ni bois de service ; la prairie, sans le faucheur, n’apporte ni foin ni regain. P.139

La nature est comme une vaste matière d’exploitation et de production ; mais la nature ne produit rien que pour la nature ; dans le sens économique, ses produits, à l’égard de l’homme, ne sont pas encore des produits. P.139

Les capitaux, les outils et les machines sont pareillement improductifs. Le marteau et l’enclume, sans forgeron et sans fer, ne forgent as ; le moulin, sans meunier et sans grain, ne moud pas, etc. Mettez ensemble des outils et des matières premières ; jetez une charrue et des semences sur un sol fertile ; montez une forge, allumez le feu et fermez boutique, vous ne produirez pas davantage. Cette observation a été faite par un économiste en qui le bon sens dépasser la mesure de ses confrères : « Say fait jouer aux capitaux un rôle actif que ne comporte par leur nature : ce qont des instruments inertes par eux-mêmes. » p.139

Enfin, le travail et les capitaux réunis, mais mal combinés, ne produisent encore rien. Labourez un désert d sable, battez l’eau des fleuves, passez au crible des caractères d’imprimerie, tout cela ne vous procurera ni blé, ni poissons, ni livres. P.139

Verges = baguette

Le propriétaire exige une aubaine pour prix du service de son instrument, de la force productive de sa terre, suppose donc un fait radicalement faux, savoir, que les capitaux produisent par eux-mêmes quelque chose ; et en se faisant payer ce produit imaginaire, il reçoit, à la lettre, quelque chose pour rien. P.140

Objection – Mais si le forgeron, le charron, tout industriel en un mot, a droit au produit pour les instruments qu’il fournit, et si la terre est un instrument de production, pourquoi cet instrument ne vaudrait-il pas à son propriétaire, vrai ou supposé, une part dans les produits, comme cela a lieu pour les fabricants de charrues et de voitures ?

Pourvoir = mettre qqn en possession de ce qui est nécessaire ; munir une chose.

Le propriétaire, au rebours, ne cède rien de son instrument : éternellement il s’en fait payer, éternellement il le conserve. En effet, le loyer que perçoit le propriétaire n’a pas pour objet les frais d’entretien et de réparation de l’instrument ; ces frais demeurent à la charge de celui qui loue, et ne regardent le propriétaire que comme intéressé à la conservation de la chose. S’il se cahrge d’y pourvoir, il a soin de se faire rembourser des ses avances. P. 140

Le fermage est donc une véritable aubaine, une extorsion fondée uniquement sur la fraude et la violence d’une part, sur la faiblesse et l’ignorance de l’autre. P. 133

Corollaire  – 1 – La constitution républicaine de 1793, qui a défini la propriété, « le droit de jouir du fruit de son travail », s’est trompée grossièrement ; elle devrait dire : La propriété est le droit de jouir et de disposer à son gré du bien d’autrui, du fruit de l’industrie et du travail d’autrui. 
2- Tout possesseur de terres, maisons, meubles, machines, outils, argent monnayé, etc., qui loue sa chose pour un prix excédant les frais de réparations, lesquelles réparations sont à la charge du prêteur, et figurent les produits qu’il échange contre d’autres produits, est stellionataire, coupable d’escroquerie et de concussion. En un mot, tout loyer perçu, à titre de dommages-intérêts, mais comme prix du prêt,  

Manœuvre frauduleuse qui consiste à vendre un bien dont on sait ne pas être propriétaire, à vendre un même bien à plusieurs personnes, à présenter comme libre un bien hypothéqué ou à minorer les hypothèques qui grèvent un bien.

grever = frapper de charges financières, de servitudes.

« Ne pas y aller de main morte » est une expression datant du XVIIèe siècle que l’on trouvait à l’époque sous la forme « ne pas toucher de main morte ». La « main morte » symbolise en fait une main inactive ou sans force. »

Concussion = perception illicite d’argent par un fonctionnaire.

Dime = ancien impôt sur les récoltes, prélevé par l’Eglise.

Le tribut qu’une nation victorieuse impose à une nation vaincue est un véritable fermage.

Tribut = contribution forcée, imposée par un Etat à un autree. Contribution payée à une autorité, un pouvoir.

Deuxième proposition

La propriété est impossible parce que là où elle est admise la production coûte plus qu’elle ne vaut.

La proposition précédente était d’ordre législatif : celle-ci est d’ordre économique. Elle sert à prouver que la propriété, qui a pour origine la violence, a pour résultat de créer une non-valeur. P.141

Publié par magrenobloise

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