Eric Dupont-Moretti

Le Ministre de la Justice était ce matin sur BFMTV. Voici le verbatim de l’interview menée par le journaliste Jean-Jacques Bourdin.

J.-J. B. : Eric Dupont-Moretti bonjour, Garde des Sceaux, ministre de la Justice. Deux policiers, de la violence, deux policiers, de la PJ, blessé par balles, hier soir à Herblay dans le Val d’Oise. Le pronostic vital de l’un d’eux est engagé. Les agresseurs ont pris leur arme de service et ont tiré dessus . Vous avez des nouvelles de la santé de ces deux policiers ?

E.D.-M. : Bonjour, je sais que l’un d’entre eux est dans un état grave, je sais que le ministre de l’Intérieur qui va se rendre sur place dans la matinée. Je voudrais adresser évidemment mon soutien à ces hommes, à leur famille, à l’ensemble des policiers, c’est un drame insupportable et on espère bien sûr que les coupable seront arrêtés et jugés.

J.-J. B. : Eric Dupont-Moretti, les Français ont besoin de justice, plus que jamais. Vous le répétez sans cesse, vous voulez aller vite, parce que vous avez peu de temps pour réformer. Alors j’ai des questions très directes pour la réforme des mineurs, sur la forme pénale, sur la justice des mineurs, sur la justice de proximité mais j’ai trois questions pour commencer, est-ce que vous allez abandonner les Cours Criminelles Départementales dans lesquelles les Magistrats remplacent les jurés ?

E.D.-M. : Non. Question directe, réponse directe. C’est un lieu d’expression démocratique. les Français quand ils sont jurés découvrent leur justice et y participent à l’oeuvre de justice et vous savez entre le café du commerce où l’on parle de justice et l’enceinte judiciaire où l’on rend la justice, il y a une grande, grande, grande, différence.Il est essentiel que les Français rendent la justice, d’abord Monsieur Bourdin parce que la justice est rendue au nom du peuple Français et ils ne peuvent pas en être exclus.

J.-J. B. : Dans les Cours Criminelles Départementales ce sont des magistrats qui rendent à la place des jurés.

E.D.-M. : Non mais je lance une Commission sur la Cour d’Assise et pourquoi une Commission, je n’ai pas la Commissionnite aiguë mais il y a des sujets qui doivent faire consensus. Pour regarder ce qu’est la Cour d’Assise et ce qu’elle doit être, le nombre des jurés, le rôle du Président, essayer d’améliorer mais moi je suis favorable à cette juridiction qui est une juridiction populaire. On ne peut pas rendre la justice au nom du peuple en excluant le peuple. Donc il y a tout un travail de réflexion qui va se faire et je l’indique car vous avez raison le temps m’est compté. Cette Commission c’est une commission flash, c’est-à-dire qu’il faut aller vite. Beaucoup de magistrats et beaucoup d’anciens Présidents de Cour d’Assise vont composer cette commission et nous aurons les résultats de ces travaux d’ici vraisemblablement à la fin de l’année.

J.-J. B. : Autre action, vous êtes très attaché à la présomption d’innocence, je le sais, très attaché, alors comment la renforcer. Comment la garantir ?

E.D.-M. : Alors là encore parce que c’est un sujet qui mérite consensus, une véritable réflexion. Il y a le principe de la présomption d’innocence, ce qu’il est devenu, comment on le traite aujourd’hui et comment il faut mieux traiter cette question qui est un principe constitutionnel. Je suis attaché à la présomption d’innocence mais nous devrions être attaché à la présomption d’innocence. Donc là encore il y aura une Commission pour voir comment les choses ce sont au fond dévalorisées, comment ce principe a perdu.

J.-J. B. : Comment rétablir, comment rendre cette présomption d’innocence plus incontournable.
E.D.-M. : N’allons pas plus vite que la musique si vous me permettez.

J.-J. B. : Donc une Commission va encore travailler.
E.D.-M. : Quatre Commissions.

J.-J. B. : Vous lancez quatre commissions ?
E.D.-M. : C’est pas énorme. Oui il y en a une qui est déjà lancé sur la justice économique. Justice économique c’est la prévention pour les entrepreneurs, pour les agriculteurs parce que vous savez qu’avant le couperet de la liquidation, il y a tout un système de prévention qui est méconnu et l’un des objets de cette commission c’est de faire connaître aux entrepreneurs notamment qu’ils peuvent être sauvés parce que l’entrepreneur quand il franchit la porte du tribunal de commerce ou du tribunal judiciaire pour les agriculteurs, il a souvent honte, il a peur et il y a des mécanismes qui sont mis en place surtout dans cette période de crise que nous allons traverser qui sont des mécanismes salvateurs pour les entrepreneurs. [Nous pouvons ici poser la question de savoir quels sont ces mécanismes salvateurs.?] Donc cette Commission et d’ores et déjà lancé, les trois autres vont l’être dans des délais assez courts. La Cour d’Assise pour l’une d’entre elle. La présomption d’innocence et le secret professionnel.

J.-J.B. : Et secret professionnel ?
E.D.-M. : Droit de la défense et secret professionnel puisque j’ai déjà eu l’occasion de la dire ici, le secret professionnel des avocats n’existe plus. Le Président Hollande avait d’ailleurs promis une loi sur cette question, elle n’est jamais intervenue. Donc il est nécessaire que dans une grande démocratie, les journalistes et les avocats soient protégés.

J.-J. B. : La justice des mineurs, allez-vous renforcer la justice des mineurs ?
E. D-M. : Les débats parlementaires vont s’engager dans les semaines qui viennent et je voudrais vous donner, sans rentrer dans le détail, une mesure phare, le problème de la justice de mineurs c’est que parfois la justice et la sanction arrive alors que le mineur est devenu majeur. Vous avez des faits qui sont perpétrés par des gamins et ces gamins deviennent des adultes et sont jugés quand ils ont 22-23 ans. Cela n’a strictement aucun sens. L’une des mesures phares de cette loi c’est que, un mineur va être dans un délais maximum de trois mois, jugé en ce qui concerne la culpabilité. La juridiction dira si oui ou non il est coupable et quand on aura dit qu’il est coupable, il sera mis à l’épreuve. Durant une période de 6 à 8 mois et la sanction interviendra à ce stade. Comme cela on aura pu voir si la mesure de prévention est efficace, si le gamin à redressé la barre ou s’il s’est enfoncé dans la délinquance et c’est en fonction de ce parcours-là qui est un parcours éducatif que le tribunal prononcera la sanction. Et c’est une révolution par rapport à ce qui existe aujourd’hui.

J-J. B. : Est-ce que vous allez encadrer militairement les mineurs délinquants ?
E. D-M. : Alors j’ai vu pour ne rien vous cacher, il y a deux jours, la Ministre des Armées, je souhaite qu’effectivement, il y ait un partenariat justice-armées pour certains mineurs, pour certains jeunes majeurs.

J-J. B. : C’est-à-dire ?
E. D-M. : Je ne peux pas me résoudre à ce que des jeunes Français sifflent la Marseillaise, crachent sur notre drapeau mais je dis également que quand on regarde un gamin, issu de l’immigration en particulier comme un Français, il devient Français.

J-J. B. : Comment ?
E. D-M. : On est en train d’y travailler.

J-J. B. : C’est-à-dire qu’un mineur, au lieu d’accomplir une peine je ne sais pas moi dans un centre dédié, va aller dans un centre militaire pour être encadré par des soldats ?

E. D-M. : Vous savez qu’aujourd’hui, les militaires forment des jeunes déshérités, cette formation dure un un an, à l’issue de cette formation, ils sont payés, à l’issue de cette formation on offre le permis de conduire au gamin. Il y a en général, il y a des formations différentes et je souhaiterai que la Justice, le Ministère de la Justice puisse intervenir. Techniquement, c’est un peu compliqué. Les idées, parfois jaillissent mais la mise en oeuvre est un peu plus compliquée mais je travaille notamment avec Florence Parly sur ces questions.

J-J. B. : Abaisser le droit de vote à 16 ans ?
D-M. : Non je n’y suis pas favorable, en revanche dans un projet de loi que je porte le projet du CESE [?], – de 18 ans, non encore citoyen dans le sens où ils ne peuvent pas voter, pour participer au processus démocratique.

J-J. B. : Parce que dans certains pays d’Europe on peut voter, aux élections locales ?

D-M. : Oui mais ce CESE (Interrogation sur le lien, intégration dans ce texte ?) qui est une, qui n’est pas une troisième chambre mais va nous permettre de faire rentrer dans la vie démocratique, des jeunes gens de 16 à 18 ans. On constate que les jeunes s’éloignent de plus en plus de la vie démocratique, que les politiques sont de plus en plus critiqués et moi je dis que s’ils participent au processus démocratique alors ils apprennent à aimer la démocratie. Donc cela est une mesure que nous allons conduire à son terme je l’espère. Il y a un débat au Sénat qui s’ouvre dans les jours qui viennent.

J-J. B. :La justice de proximité qui se voit « justice sans délais », ce sont vos mots, est-ce que toute affaire devra recevoir une réponse pénale dans les huit mois ?
Non ça n’est pas possible, les affaires criminelles vous imaginez bien qu’on ne peut pas les traiter en 8 mois.

D-M. : Ce n’est pas réaliste de concevoir qu’une information criminelle soit terminée en 8 mois et qu’un jugement intervienne. En revanche, pour la petite délinquance, qui pourrit la vie de nos concitoyens nous voulons une réponse ultra rapide [donc dans les huit mois].

D-M. : Et le budget que j’ai obtenu, permet de le faire. J’ai rencontré.

J-J. B. :Comment allez-vous faire ?

D-M. :Je vais vous l’expliquez, je vais vous donner quelques exemples. J’ai rencontré il y a deux jours tous les Procureurs généraux, les 36 procureurs généraux de notre pays. Aujourd’hui un fait est commis dans ce que l’on appelle la délinquance de basse intensité. Il ne s’agit pas d’un crime. Vous avez parfois une décision qui intervient 18 mois plus tard. Un vol, sanctionné par deux mois d’emprisonnement avec sursis. L’auteur la plupart du temps s’en moque. La victime la plupart du temps ne retrouve pas son compte et la société non plus et se dit mais que fait la justice ? Ce que nous voulons faire par des délégués du procureur c’est imposer le lendemain c’est imposer un travail non rémunéré. Et la question de j’ai posé aux Procureurs Généraux est très simple : « Est-ce que vous préférez une décision, deux mois d’emprisonnement avec sursis dans les 18 mois qui viennent ou est-ce que vous préférez une sanction immédiate ? L’un des Procureurs Généraux, moderne, m’a dit mais souvent quand l’auteur reçoit cette sanction 18 mois après, il dit « mort de rire, c’est-à-dire je m’en fiche ». Et donc ça n’est pas pédagogique, ça n’est pas parlant, je le redis, la victime n’y retrouve pas son compte et la société dit « Mais que fait la justice ?  » Moi ce que je souhaite, si quelqu’un est pris en train de taguer, il repeigne une caserne de pompiers, une gendarmerie et les délégués du procureur vont aider à cela. De part leur extension. Je voudrais quand même vous dire Monsieur Bourdin, qu’on obtient un budget qui est un budget historique. On l’attendait depuis un quart de siècle, plus 8% d’augmentation : 8.2 milliards d’euros.

J-J. B. : Ce qui vous oblige

D-M. : Ce qui bien sûr m’oblige, et je le sais et c’est 2460 personnels qui vont entrer en action d ‘ici la fin 2021 à la fois la pénitentiaire, à la fois les juridictions, mais également les moyens supplémentaires, l’aide juridictionnelle augmentée pour les avocats. Ce budget nous permet de le faire.

J-J. B. : Vous rappelez l’objectif des prisons : 17000 place de prisons construites. C’était déjà la promesse en 2017. Toutes ces promesses se succèdent au rythme des gouvernements.

D-M. : Non c’est un autre sujet, je n’ai pas tout à fait terminé. On embauche 268 juristes assistants. Sachez que quand un juriste assistant est aux côtés d’un juge, au lieu de rendre un jugement sur un temps donné, le juge en rend deux. Cela veut dire que c’est du temps de juge qui est gagné et avec cela par exemple, le juge peut aller dans un véhicule vert, car l’écologie est aussi une préoccupation du Ministère de la Justice vers les préoccupations des plus défavorisés. Cela c’est de la vraie justice de proximité.

J.-J.B. : Les prisons ? Les prisons répétées sans cesse.
E. D-M. : Sept mille places sont en construction, huit mille places vont être en construction.

J.-J.B. : Il faut dix ans pour construire une prison.
E. D-M. : Evidemment, cela ne se fait pas en deux jours, mais je me bats au quotidien pour obtenir des terrains, des autorisations. Hier encore, nous étions en réunion, pour un certains nombre de villes, de région, je rencontre les préfets. Mon objectif n’est pas d’incarcérer plus mais d’incarcérer mieux. Sur ce mot de Madame Le Pen prononcé à Fréjus, la prison garderie. Je voudrais vous dire que dans notre pays, il n’y a pas de prison garderie. Madame Le Pen ne connaît ni les prisons ni la garderie. Il y a aujourd’hui 600 détenus qui dorment au sol, je veux l’améliorer. Je suis attaché à la prison en ce qu’elle protège la société des gens dangereux. En ce qu’elle punit. Mais la prison doit aussi réinsérer.

J.-J.B. : Vous n’êtes pas Madame Taubira en pire.
E. D-M. : Ca c’est l’analyse de Madame Le Pen, quand j’ai reçu Madame Taubira j’ai dit Madame Dupont-Moretti en mieux, ça l’a beaucoup fait sourire. Ca c’est l’anathème.

J.-J.B. : Et puis Marine Le Pen c’st son père en pire c’est ce que vous avez dit.
E. D-M. : Et je pense que Marine Le Pen c’est la baguette magique et la matraque en même temps. Qui peut sérieusement penser que le jour où, ce que Dieu ne plaise, elle est Présidente de la République, les crimes s’arrêtent dans notre pays, mais enfin c’est une plaisanterie, elle a menti tout au long de son discours. En particulier sur les 13 000 libérés pendant la période COVID. Il y a à peu près 6000 détenus, il leur restait deux mois à accomplir ce qui veut dire qu’à la fin du COVID ils auraient été libérés. Quant aux autres, ils étaient en fin de peine, on ne peut quand même pas maintenir en prison pour faire plaisir à Madame Le Pen des gens qui ont purgé leurs peines et qu’est-ce que cela à éviter ? Des mutineries. Et un bain de sang, comme on en a connu au Brésil ou en Italie et moi je tiens à vous dire à quel point je félicite le personnel pénitentiaire pourra voir tenu le cap et que me dit le personnel pénitentiaire. Il me dit si nous avons un nombre raisonnable de détenu alors nous pouvons faire de la réinsertion et dans ce budget exceptionnel, il y a évidemment une part de cet argent consacré à la réinsertion car notre intérêt à tous c’est que les gens sortent, mieux qu’ils n’y sont rentrés.

J.-J.B. : Laïcité, projet de loi du gouvernement, l’ennemi c’est l’islamisme ?
E. D-M. : Oui, clairement.

J.-J.B. : Le Président de la République l’a dit, aucune loi morale ne doit présider sur la loi civile.
E. D-M. : Là encore Monsieur Bourdin. [C’est clair ?] Oui.

J.-J.B. : Bien, Eric Dupont-Moretti, des mesures déjà annoncées par exemple l’interdiction de l’instruction en famille, c’st une liberté reconnue par le droit Français Eric Dupont-Moretti.
E. D-M. : Oui mais le droit est susceptible d’évoluer parce qu’en réalité ce que nous voulons c’est que les gamins, tous les gamins, apprennent les valeurs de la République et il n’y a rien de mieux que l’école pour cela. En ce qui concerne mon Ministère, il y a deux sujets : les mariages forcés.

J.-J.B. : Comment et qui condamner ?
E. D-M. : Alors peut-on empêcher ? [Oui peut-on empêcher ?] Il faut que l’Officier d’Etat civil vérifie si le consentement d’une femme, le « oui » qu’elle va donner est un véritable consentement éclairé ou s’il y a derrière des menaces. Il n’est pas concevable qu’une femme se marie aujourd’hui parce qu’elle y est contrainte. Cela c’est totalement contraire aux valeurs de la République et donc cela fait l’objet de ce contre quoi nous allons lutter avec acharnement. Un deuxième exemple des lois étrangères font distinguo en matière d’héritage entre les filles et les garçons. Et bien les biens qui sont en France, nous allons faire en sorte qu’ils soient également partagés entre les filles et les garçons car l’égalité homme-femme c’est une des grandes valeurs de la République.

J.-J.B. : Vous souhaitez aussi que la Justice soit désormais totalement filmée et diffusée ? Je dis totalement ?
E. D-M. : Non pas totalement, la presse dit beaucoup de choses vraies, parfois on galope un peu vers l’imaginaire. On part d’un constat, aujourd’hui la justice depuis des temps immémoriaux est publique. Ce qui est une grande garantie. Il faut savoir comment ça marche. Quand on a une salle de 500 personne, le 501 ième si vous me permettez est frustré, il ne voit pas la justice. Nous savons par ailleurs que le live tweet, c’est–à-dire qu’on suit le procès du début à la fin, je dis que dans certains de procès avec beaucoup de précaution, quant aux victimes, quant à la vie privée, on peut montrer aux Français comment fonctionne leur justice, ce n’est pas plus compliqué que cela. la justice n’a pas à craindre la transparence que par ailleurs, elle est toujours en train d’exiger et de plus en plus.

J.-J.B. : Mais les témoins peuvent craindre.
E. D-M. : Mais on peut prendre un certains nombres de mesures comme aujourd’hui. Et puis la main sera naturellement laissée au Président de la juridiction, bien sûr. et c’est lui qui décidera et on demandera aux partis leur avis. Et puis il y a autre chose, il y a le droit à l’oubli, ce ne serait quand même pas normale que 20 ans plus tard on diffuse le procès de quelqu’un.

J.-J.B. : Mais le droit à la vie privée.
E. D-M. : Le droit à la vie privée. Tout cela ne m’échappe pas. Moi j’ai dis sur le terrain du principe que je suis pour que l’on filme. Il est normal que les Français voient comment fonctionne leur justice. Est-ce que l’on préfère un procès filmé ou un procès […]

J.-J.B. : Et sur les réseaux sociaux il y aura des extraits qui seront diffusés. Les télévisions.
E. D-M. : C’est le cas aujourd’hui. Aujourd’hui il y a des émissions dans la nuit, il m’arrive quand je suis pris d’insomnie de les regarder c’est pour cela que je peux vous en parler où on refait le match si ‘j’ose dire et puis quelqu’un se fait déchirer pendant une heure et demie et à la fin il y a cette formule magique, incantatoire, « Ah mais Monsieur Bernard JeanJean est présumé innocent. » Oui et bien elle est belle cette représentation de la justice. Moi je préfère le vrai au faux vous voyez en ce domaine et je suis tout à fait d’accord pour en discuter. J’en ai parlé hier avec Monsieur Mollins, j’en ai parlé avec lui c’est un sujet qui l’intéresse et nous parler ensemble sur cette question.

J.-J.B. : Monsieur Molins qui n’est pas content. Dites-moi, Médiapart vous en veut ou quoi ? Je dis cela car les articles se succèdent sur vos décisions sur un conflit d’intérêt qui existerait.
E. D-M. : Vous savez que Monsieur Hervé Plenel voit le conflit d’intérêt partout. Et moi je me méfie des grands moralisateurs vous savez. Les [?] modernes. Et puisque vous me posez la question je vais vous répondre.
Le conflit d’intérêt c’est quand on est juge et parti. Moi j’ai été parti, je me suis désisté et je ne serais pas juge. C’est clair, c’est nette et c’est très précis. Qu’est-ce qu’on me reproche ? [Je vais vous le dire] On ne peut pas me reprocher une inspection initiale, c’est Madame Belloubet qui l’a ordonné, les syndicats de magistrats ont fait un recours devant le Conseil d’Etat, ils ont perdu. L’inspection a rendu son rapport, l’inspection s’est fait de quoi ? De magistrats indépendants, indépendants. Quand j’ai eu ce rapport je l’ai confié au bureau de déontologie de la Chancellerie, on m’a dit il y a peut-être des errements, des fautes déontologiques, j’ai donc demandé une enquête, elle est en cours. Moi si cette enquête me dit Monsieur Bourdin qu’aucune faute déontologique n’a été commise, je suis le Garde des Sceaux, le plus heureux du monde mais que l’on ne confonde pas, l’indépendance des magistrats qui permettrait tout et l’indépendance des magistrats qui serait soucieuse d’une déontologie à laquelle tout le monde doit se soumettre. Les juges ne sont pas au-dessus des lois et je vais vous donner un dernier exemple. Pour moi c’est un peu anachronique, c’est derrière moi, moi je travaille là maintenant. J’essaie de passer à autre chose.

J.-J.B. : Mais on ne vous lâchera pas. Enfin, peut-être ou peut-être pas moi aussi, est-ce que c’est politique ?
E. D-M. : Mais pour partie c’est politique. Mais je voudrais vous donner un dernier exemple. on me dit mais cette inspection n’est pas contradictoire. C’est vrai elle n’est pas contradictoire les intéressés, n’ont pas voulu déférer à l’inspection. Alors moi je dis que vous avez des comptes à rendre, j’en ai, tous les Français qui nous regardent ont des comptes à rendre pour moi stop et fin, j’ai ouvert la porte, j’ai travaillé il y a deux jours […].

J.-J.B. : Mais que répondez-vous aux Magistrats de la Cour d’Appel de Paris qui à l’unanimité dénonce le conflit d’intérêt majeur, dans lequel vous vous placeriez.
E. D-M. : Mais chacun peut s’exprimer dans notre belle démocratie vous l’avez bien compris. Ils disent que c’est un conflit d’intérêt. Moi je dis que ça n’est pas un conflit d’intérêt et que le Garde des Sceaux a un certain nombre de responsabilité et que s’il apprend que certaines choses déontologiques n’ont pas été faites, que des errements déontologiques ont été commis, et bien il lui appartient de prendre les décisions qui s’imposent. D’ailleurs Monsieur Molins longuement interrogé sur RTL, quand on lui dit mais qu’auriez-vous fait à la place du Garde des Sceaux, il ne répond rien.

J.-J.B. : Il aurait peut-être aimé être à votre place ?
E. D-M. : Demandez-lui. Je n’en sais rien mais je n’ose imaginer si tel était le cas que c’est ce qui pourrait motiver telle ou telle tribune.

J.-J.B. : Vous pourriez le penser ?
E. D-M. : Je ne le pense pas et je n’ai pas envie de le penser, certainement pas Monsieur Bourdin.

J.-J.B. : Est-ce que le Parquet doit rompre avec la Chancellerie ?
E. D-M. : Non certainement pas, c’est la Chancellerie qui fixe la politique pénale.

J.-J.B. : Est-ce que les magistrats sont au-dessus des lois ?
E. D-M. : Non, et il n’est pas question qu’il le soit.

J.-J.B. : Est-ce que vous avez la sensation que cela donne l’impression que les magistrats sont au-dessus des lois.
E. D-M. : Ah mais moi, le sentiment que ces contestations peuvent donner, c’est les Français qui l’exprimeront à un moment donné. Les Français ils rendent des comptes. Moi je n’entends pas bouger de cette ligne en revanche pardon mais j’ai fait beaucoup de choses depuis que je suis à la Chancellerie et c’est de cela dont je voudrais vraiment qu’on parle.

J.-J.B. : C’est ce dont on a parlé.
E. D-M. : C’est vrai vous avez raison, mais ces choses-là pour moi elles appartiennent déjà au passé, j’ai dit les choses et puis pardon, une dernière chose. L’enquête, là maintenant elle est en cours. Elle est confiée à des magistrats indépendants parce qu’il n’y a pas que ceux du judiciaire qui sont indépendants. Les magistrats de l’inspection sont indépendants,de grâce, de grâce, laissons-les travailler sans pression. C’est tout ce que je demande moi pour eux.

J.-J.B. : Eric Dupont-Moretti je termine, vous êtes entré en politique, vous le voyiez, vous le constatez tous les jours, c’était un défi pour vous parce que vous aviez fait le tour des prétoire si je puis dire, franchement.
E. D-M. : J’avais fait plusieurs fois le tour de ma profession, que j’ai adoré.

J.-J.B. : Vous vouliez vivre autre chose ?
E. D-M. : Oui, je voulais vivre autre chose et je pense que c’est une chance à 59 ans d’aller faire une autre vie mais il n’y a pas que cela qui m’a motivé il y a l’idée qu’on ne peut pas rester dans une critique parce qu’alors c’est une critique nihiliste, j’ai la possibilité de changer les choses, j’ai la possibilité de rapprocher les Français de leur justice et j’entends bien le faire.

J.-J.B. : Merci d’être venu sur BFMTV, RMC.

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Publié par magrenobloise

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