Marie « Sur mon gilet jaune est inscrit : amour, lumière, paix, harmonie »

TÉMOIGNAGE. Dans la foulée du texte d’Etienne Thomas ce matin, le témoignage touchant de Marie. Gilet jaune de la première heure, ses mots empreints d’humanisme résonnent de toute la sincérité des débuts du mouvement. Sa profonde empathie contraste avec la violence de la réponse policière dictée et assumée par le gouvernement.

Marie : « Sur mon gilet jaune est inscrit : amour, lumière, paix, harmonie »

Auteur

Marie DESILLESGilet jaunePublié le 14 octobre 2020

Je vais vous faire ressentir et vivre mon expérience « Gilet jaune » sur quelques manifs, afin d’apporter mon témoignage comme quoi les gilets jaunes sont aussi pacifiques.

J’habite dans le Var et y travaille dans le domaine de la santé. De sexe féminin, d’un âge certain, je vous le chuchote : 55 ans quand je décide d’enfiler le gilet jaune.

Pour vous situer le genre de personne à qui vous avez à faire, il se trouve qu’avant 2008, j’ai toujours voté et en plus en tant que femme j’y mettais un point d’honneur, vu que la loi qui nous autorise à le faire ne date pas d’il y a si longtemps.

En 2008, crise économique, les banques sont en faillite, et là je me dis : c’est bon ils vont comprendre (nos politiques), le système va enfin changer. Et là rien, pire ! L’État renfloue les banques. À partir de ce moment là, j’ai symboliquement déchiré ma carte d’électrice.

Dix ans ont passé, quand la veille du 17 novembre 2018, une collègue m’envoie un sms : « Veux tu m’accompagner à la manif’  Gilets jaunes qui part de l’autoroute des Adrets ? ». Ma réponse fut « oui » tout de suite. En route pour l’aventure.

Début de cette rencontre avec les groupes Gilets jaunes, sur les péages, les camps et le camp où je découvre des gens de tous bords, autant religieux que politiques et de situations sociales et professionnelles complètement différentes (retraités, ouvriers, RSA, docteurs, avocats, etc, etc)

Et là, je découvre la fraternité, les forces de l’ordre qui mangent des pizzas avec nous, partagent nos barbecues.

Installation du camp, qui pour des raisons de sécurité devra être déplacé sur un terrain communal (à côté du péage). Le préfet du var demande au maire de faire évacuer les camps.

C’est un dimanche, l’adjoint au maire est là, les forces de l’ordre aussi, ainsi que le tractopelle afin de détruire notre camp, nous attendons l’ordre du maire.

Ma première confrontation avec les forces de l’ordre, deux gendarmes se placent face au camp dont un face à moi à environ un mètre. Il me regarde froidement, en tapant dans ses mains gantées prêt à en découdre, il a peut-être trente ans, pas plus, je ne montre aucun signe d’agressivité, sur mon gilet jaune est inscrit : « Amour, lumière, paix, harmonie ».

Je me dis une fois l’ordre donné, je suis sûre que je vais être bousculée, j’évalue mes capacités et là je n’ai pas le choix, ma détermination d’être dans le juste. Je crois en l’humanité et il souhaitable de revenir aux fondamentaux : Liberté, Egalité, Fraternité. Je suis prête, il me fixe et je fais de même en mettant dans mon regard tout l’amour dont je suis capable. Je ne sais pas combien de temps cela dure, je peux vous assurer que c’est long, quand, je ne sais par quel miracle, le maire donne l’ordre de tout arrêter.

Je vous assure que là, mes jambes ont flanché et moi qui ne fumais plus, j’ai demandé une clope !!!

Manif sur Toulon en décembre, je suis prévenue que les forces de l’ordre ont ordre de disperser les manifestants à partir de 16 heures. A 17 heures tout le monde doit être parti. Ne voulant pas me trouver dans la bousculade, je fais attention. La manifestation était relativement calme, bien sûr il y a toujours des personnes un peu plus réactives mais rien de méchant, et d’un coup, tirs de gaz lacrimogène, matraque, flash bowl (LBD 40). Comme toute arme, un tir à courte portée peut causer des lésions irréversibles.

Je me retire à l’angle d’un magasin avec trois ou quatre personnes, là surgissent de je ne sais où, deux forces de l’ordre qui nous braquent avec des LBD 40, visant les yeux à moins d’un mètre cinquante. Je lève les bras doucement, « je me rends ».

J’analyse la scène en deux secondes, et là je me dis : s’il y a une personne qui bouge, je suis morte.

Je reste calme et je suis prête à mourir, ça vous semble peut être excessif, seules les personnes ayant vécu ce genre d’expérience savent de quoi je parle. Je rends hommage à tous les morts et blessés à ce jour, voulant simplement revendiquer plus d’humanité, d’égalité, de fraternité et de liberté dans un monde gouverné par des gens au-dessus des lois et qui dénigrent le « petit peuple » .

J’ai eu la chance de n’être qu’intimidée et je ressors de cette manif avec une peur des forces de l’ordre. Je reste dans l’amour, ne voulant pas céder à la haine, qui n’est pas chose facile.

Une manifestation à Nice, où là aussi, il me semble vivre l’iréel.

Je sens, dès l’arrivée à Nice, une agressivité non chez les manifestants mais chez les forces de l’ordre. Toute la manif se passe relativement bien quand un jeune en scooter « non Gilet jaune » veut passer, un représentant de l’ordre le bouscule et là : grenades lacrimogènes, matraques à tout va. Nous nous dirigeons vers la place Masséna, avec ordre de toutes parts d’enlever les gilets jaunes, on se replie. Je crois que je vis un moment d’absurdité totale.

Toute la place Masséna est remplie de monde avec des enfants, des poussettes, et là, ils jettent un nombre considérable de grenades lacrimogènes. Des enfants hurlent, des gens rentrent se protéger dans les magasins, je cours pour me rendre à la voiture, je croise sur mon chemin une maman poussant une poussette avec un bébé en pleurs et son fils à côté qui hurle : « ils ont tué mon papa ». Je le prends dans mes bras, il se blottit en me serrant et toujours en pleurant me demande si les méchants vont nous tuer. J’invente une histoire pour le rassurer, une fois en sécurité, ils rejoignent le papa au parking. Quand je reviens sur mes pas pour me rendre à la voiture, je vois les fourgons de CRS garés et les CRS retrouvant leurs véhicules, je vous avoue que j’ai vrillé, j’étais dans un état de transe et une envie de tuer.

Comment des hommes sûrement pères de famille, pouvaient être capables de tels actes. Je n’étais plus moi-même, des femmes hurlaient : « Vous n’avez pas le droit de vous en prendre à nos enfants ». Je ne disais rien, clouée sur place avec juste une envie de tuer et je suis revenue à la raison grâce à un collègue qui m’a pris dans ses bras, m’a bercée et doucement je me suis mise à pleurer afin d’évacuer .

Je suis méditante, et grâce à la méditation je suis revenue à mon état d’être : l’antidote c’est l’amour face à la haine et à la violence.

Je pourrai écrire des pages et des pages de différentes manifestations, où l’on faisait passer les Gilets jaunes pour des terroristes et que la réalité du terrain était tout autre.

Pour rester dans l’optimiste et l’espoir d’un monde meilleur je vous livre mon aventure de la manifestation de Genève pour la paix et l’arrêt des LBD 40 (armes de guerres).

Nous étions près de 5000 personnes Gilets jaunes, forces de l’ordre presque inexistantes, nous avons fait une chaine humaine de sept kilomètres de la France à Genève , sans incidents .

Beaucoup de personnes qui avaient subit des blessures à cause de tir de LBD40 et aussi des parents de victimes décédées venues témoigner sans jamais avoir de paroles de haine.

Ce fut un week-end rempli d’humanité, d’amour et de partage .

En conclusion il semblerait que les hommes détenant le pouvoir et l’argent ressentent la peur d’un peuple uni qui en rassemblant tout leurs potentiels peut renverser un système arrivé à bout de souffle et créer un monde plus juste avec des valeurs humaines : Liberté Égalité Fraternité .

Signé : une Gilet jaune remplie d’amour face à la haine et au pouvoir.

Publié par magrenobloise

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