La liberté guidant le peuple

« Voici l’humeur du jour de notre dessinateur Ziplok »

La Liberté guidant le peuple est une huile sur toile d’Eugène Delacroix réalisée en 1830, inspirée de la révolution des Trois Glorieuses. Présenté au public au Salon de Paris de 1831 sous le titre Scènes de barricades le tableau est ensuite exposé au musée du Luxembourg à partir de 1863 puis transféré au musée du Louvre en 1874 où il fut l’un des plus fréquentés. En 2013, il est la pièce majeure de l’exposition La Galerie du temps au Louvre-Lens.

Par son aspect allégorique et sa portée politique, l’œuvre a été fréquemment choisie comme symbole de la République française ou de la démocratie.

L’œuvre assez imposante fut réalisée entre les mois d’octobre et de décembre 1830. La scène se passe à Paris, comme l’indiquent au lointain les tours de la cathédrale Notre-Dame que laissent apparaître les fumées à l’arrière plan. Une foule d’émeutiers franchissent une barricade. Au premier plan, associés aux matériaux – pavés et poutres – qui forment cette barricade, les corps de soldats morts apparaissent tordus et désarticulés. L’un gît nu. Un ouvrier ou un paysan blessé, foulard noué sur la tête, émerge des décombres, le corps et le regard tendus vers une femme du peuple, coiffée d’un bonnet phrygien dont s’échappent des boucles. Celle-ci, représentée en pied, occupe de fait la place principale. Elle brandit du bras droit par la hampe un drapeau tricolore qui occupe l’axe médian de la toile, et tient dans sa main gauche un fusil à baïonnette. Sa poitrine est en partie découverte. On distingue quatre autres personnages aux abords de la barricade : deux enfants des rues – l’un, à droite, coiffé d’un béret brandissant des pistolets de cavalerie, la bouche ouverte sur un cri, l’autre, à l’extrême gauche, coiffé d’un bonnet de police s’agrippant au pavé – un homme, coiffé d’un haut-de-forme, laissant penser que c’est un bourgeois, mais portant le pantalon et la ceinture des ouvriers, les genoux sur la barricade ; et un ouvrier portant un béret, un sabre briquet à la main et sa banderole sur l’épaule. Derrière, on peut voir un élève de l’École polytechnique portant le traditionnel bicorne. Les principaux protagonistes s’inscrivent dans un triangle dont le sommet est le drapeau. Les couleurs dominantes, le bleu, le blanc et le rouge, émergent des teintes grises et brunes. La lumière semble provenir du côté gauche. Les couleurs chaudes dominent le corps des émeutiers.

Le peintre a fait connaître sa toile comme une allégorie inspirée par l’actualité la plus brûlante. Elle a pour cadre les trois journées du soulèvement populaire parisien contre Charles X, les 27, 28 et 29 juillet 1830, connues sous le nom des Trois Glorieuses.

Le 25 juillet, Charles X publie quatre ordonnances dans le but d’écraser l’opposition libérale. Ces mesures comprenaient la suspension de la liberté de la presse périodique, la dissolution de la Chambre des députés des départements, la réforme du suffrage censitaire favorable à l’aristocratie et convocation des collèges électoraux pour le mois de septembre. L’opposition appelle à la désobéissance. Les classes moyennes et le peuple de Paris se révoltent. La capitale se couvre de drapeaux tricolores et de barricades. Le peintre a nommé sa toile 28 juillet, date cruciale de la prise de l’hôtel de ville par les émeutiers. À la faveur de trois jours d’émeutes, Charles X abdique. Louis-Philippe prête fidélité à la Charte révisée le 9 août, inaugurant la « Monarchie de juillet ».

Hippolyte Lecomte, Combat de la rue de Rohan le 29 juillet 1830, musée Carnavalet.

Quand Delacroix livre la Liberté guidant le peuple, il est reconnu comme le chef de file de l’école romantique française. Il rejette l’idéal classique et les canons de l’art académique de son temps.

Réalisée à partir d’esquisses tracées par l’auteur dès septembre 1830, l’œuvre n’est plus une « peinture d’histoire ». Eugène Delacroix en fait part à son frère le 18 octobre 1830 : « J’ai entrepris un sujet moderne, une barricade, et si je n’ai pas vaincu pour la patrie, au moins peindrai-je pour elle ». L’artiste témoigne ici de la ferveur romantique qui lui fait traduire les événements révolutionnaires dont il est contemporain. Car si Delacroix appartient à une longue lignée de grands révolutionnaires qu’a produite le « pays des révolutions », il n’est pas un révolutionnaire convaincu à l’image de son ami Adolphe Thiers. Comme pour la cause grecque, sa bataille est avant tout d’atelier. De son propre aveu, il a traversé les événements de juillet 1830 comme « un simple promeneur ». Difficile pour le peintre de prendre parti contre le pouvoir qui a été l’un de ses principaux commanditaires. Cependant, la violence de la rue et le patriotisme réinventé enflamment son imagination picturale. À en croire Alexandre Dumas, ce serait la vue du drapeau flottant sur Notre-Dame – ce qui explique la présence dans le coin droit supérieur des tours de Notre-Dame – qui l’aurait fait basculer :

« Quand Delacroix eut vu flotter sur Notre-Dame le drapeau aux trois couleurs, quand il reconnut, lui, le fanatique de l’Empire… l’étendard de I’Empire, il n’y tint plus : l’enthousiasme prit la place de la peur, et il glorifia ce peuple qui, d’abord, l’avait effrayé. »


Ces scènes de combat font aussi écho chez Delacroix à celle de la geste de 1789. Au moment de la réalisation de la toile, il travaille parallèlement à deux tableaux inspirés de la Révolution française pour décorer la nouvelle Chambre des Députés. Mais la « vraisemblance poétique devait l’emporter sur la véracité d’un simple reportage» et l’œuvre dépasse la seule évocation d’une scène d’émeute.

Sa Liberté a sans doute été inspirée d’une lecture des poèmes La Curée d’Auguste Barbier et de Casimir Delavigne Une semaine à Paris, publié en 1830 dans La Revue de Paris qui décrit la foule des émeutiers guidée par une femme du peuple, allégorie de la Liberté. Au-delà, l’œuvre multiplie les références picturales notamment au Radeau de la Méduse.

Le personnage central féminin attire tous les regards. La Liberté emprunte autant à la statuaire antique – drapé, pieds nus, poitrine offerte – qu’aux représentations de la femme du peuple à la lourde musculature et à la peau hâlée. Elle emprunte de même aux allégories sereines et hiératiques de la Liberté et de la République qui voient le jour après 1789, comme celles d’Antoine-Jean Gros ou de Nanine Vallain. Elle est ici tant une idée qu’une personne réelle, à mi-chemin entre le tangible et l’idée. C’est cette superposition de références et cette incertitude qui marque Heinrich Heine qui donne un long commentaire littéraire de l’œuvre : « une douleur impudente se lit dans ses traits, au total bizarre mélange de Phryné, de poissarde et de déesse de la liberté». Curieusement, cette figure allégorique se mêle aux hommes et participe directement aux combats. Elle rassemble le peuple, les faubourgs et la bourgeoisie déclassée dans un même lyrisme révolutionnaire, portée par la construction pyramidale.

Pour l’historien Jean-Clément Martin, le sein dénudé n’est pas simplement un code artistique calqué sur le modèle antique mais représente la femme comme mère nourricière, ce qui précisément limitait sa liberté.

Pilier et piédestal, le peuple, dont la misère est sublimée par l’action héroïque, y est représenté comme un élément actif de la révolution. Cette lecture des événements de 1830 a, d’ailleurs, indisposé le premier public bourgeois, qui reprocha à la Liberté et aux protagonistes leur « saleté ».

Delacroix joue sur un registre patriotique en restreignant volontairement sa palette de couleur et disséminant dans le tableau par un « motif conducteur » (leitmotiv) les trois couleurs du drapeau national. Il produit un effet d’identification : le public se sent appelé, sent qu’il fait partie du peuple – même si ce dernier est dépeint sous des traits ambigus.

Delacroix compose la scène à l’encontre des principes de la peinture de guerre auxquels les scènes de combats des révolutions de 1830 et 1848 se sont conformés. Les insurgés font face au spectateur, le dominent et marchent sur lui. Au milieu à droite de la toile, on peut voir les tours de la cathédrale de Notre-Dame, donc la scène se passe à Paris. Au reste, les adversaires ne sont que peu visibles, perdus dans les fumées de l’arrière-plan. Enfin, les assaillants forment une troupe disparate, dont chaque membre semble emprunter plusieurs directions.

Le lyrisme et la violence à l’œuvre dans la toile ont tout d’abord surpris le public. Mais c’est surtout l’image qu’il est donné du peuple et plus généralement de combattants des journées de juillet qui a scandalisé la critique. « Vraiment, M. Delacroix a peint notre belle révolution avec de la boue. » Les détails morbides, les représentations sans concession du sale choquent les partisans d’un nouveau régime qui souhaite apaiser les classes populaires et donner une image idéalisée des combats.

Louis-Philippe en fait cependant l’acquisition en octobre pour la somme de 3 000 francs, l’expose quelque temps au musée Royal, alors au palais du Luxembourg avant de la rendre au peintre qui obtient la permission de la faire figurer à l’exposition universelle de 1855. De nouveau présentée au Luxembourg, la toile est finalement accueillie au Louvre en 1874.

Je ne crois plus en cette liberté. Tout l’imaginaire Français est un leurre, il n’existe plus. Il n’existe plus, c’est désespérant.

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Publié par magrenobloise

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