Front Populaire – Souveraineté numérique : « Nous devons rattraper ce qui est rattrapable » (Philippe Latombe)

Philippe Latombe, député Modem de Vendée, vient d’être nommé rapporteur de la mission parlementaire « Bâtir et promouvoir une souveraineté numérique nationale et européenne ». Selon lui, la crise liée à la pandémie a mis en lumière les défaillances de notre souveraineté économique et l’urgence de changer de paradigme.

Souveraineté numérique : "Nous devons rattraper ce qui est rattrapable" (Philippe Latombe)

Front Populaire : Vous venez d’être nommé rapporteur de la mission parlementaire « Bâtir et promouvoir une souveraineté numérique nationale et européenne ». Quels sont les principaux objectifs de cette mission ?

Philippe Latombe : L’une des conséquences majeures de la crise sanitaire actuelle a été de nous montrer de façon très concrète et quotidienne le rôle majeur joué par Internet dans notre société, et in fine notre dépendance vis-à-vis des géants du Net. Le numérique nous a permis de continuer à travailler et a en quelque sorte maintenu notre économie hors de l’eau.

Parallèlement, la guerre que se mènent actuellement les Etats-Unis et la Chine met toute la lumière sur les risques encourus si l’on ne maîtrise pas sa souveraineté numérique, un sujet éminemment politique mais qui implique une cascade d’enjeux de natures très diverses, économique, industrielle, financière,  juridique,  éthique, éducatif, de recherche…

Cette prise de conscience généralisée, alors qu’elle n’habitait jusque-là que les préoccupations de certains spécialistes, et bien trop peu des politiques, doit nous inciter à l’action, sur le court, le moyen et le long terme. En tant que rapporteur, je souhaite donc que cette mission ne se contente pas de se perdre en une nième analyse de la situation, d’autres nombreux rapports dédiés l’ont déjà fait, mais débouche sur des propositions très concrètes et opérationnelles. Nous devons rattraper ce qui est rattrapable.

FP : De qui la France est-elle numériquement dépendante ? Comment en est-on arrivé là ?

P. Latombe : La France est numériquement totalement dépendante des Etats-Unis, c’est un secret de Polichinelle, mais elle le devient peu à peu des Chinois si elle n’y prend pas garde. Le risque chinois est celui qui a priori inquiète le plus, car le régime en place a une conception de l’Etat qui n’est absolument pas la nôtre à la fois dans ses rapports avec sa population et son approche des règles commerciales.

Mais il faut être lucide : les Etats-Unis sont nos partenaires et ce partenariat ne vaut que tant que nos intérêts respectifs convergent. De plus, nous sommes en réalité tous dépendants de sociétés supranationales dont le pouvoir est en train de surpasser celui des Etats. Les Américains commencent d’ailleurs eux aussi à se rendre compte des dangers encourus et certaines voix s’élèvent pour demander le démantèlement des géants du numérique.

Pour répondre à la seconde partie de votre question, s’il faut remonter à la source, on trouve un premier virage technologique raté par la France qui a fait le choix malencontreux du minitel et clamé au et fort que cette technologie était la meilleure… L’histoire a montré qu’il aurait mieux valu ne pas crier « cocorico » trop fort et faire preuve de plus de discernement.

Mais c’est ensuite une chaîne d’abandons successifs d’opportunités. Prenons un exemple : nous n’avons pas su garder nos « cerveaux ». Il y a des investissements qui n’ont pas été faits faute de moyens et/ou d’une analyse clairvoyante et surtout d’un sens de l’anticipation qui est plus qu’indispensable face à de nouvelles technologies.

FP : Le retard de développement du numérique français et européen est-il irrémédiable ? Une e-souveraineté française est-elle une ambition irréalisable ?  Quelles seraient les pistes à explorer pour la développer selon vous ?

P. Latombe : La situation n’est pas la même suivant les secteurs concernés : je suis moins inquiet du retard que l’on peut avoir sur les systèmes d’exploitation ou les logiciels parce que nous avons de très bons ingénieurs en France ou en Europe, de bons programmeurs et de bons codeurs. C’est rattrapable. Cependant, il faudra lutter contre la capacité de lobbying intense des GAFAM, pour lequel ils déploient des moyens financiers exorbitants. Ils auront la faculté de bloquer les initiatives européennes, en utilisant les procédés chers aux semenciers et vendeurs de tabac : le lobbying très intense à coup de milliards pour submerger le marché d’informations contestables.

Je m’inquiète davantage pour la souveraineté française et européenne au niveau du hardware. Nous n’avons plus les ingénieurs capables de fabriquer des puces électroniques au niveau d’Intel et consorts. Cela nécessite de recréer des usines spécifiques avec des savoir- filière. Or, c’est essentiel si l’on veut développer des logiciels. Un exemple, Georges W. Bush avait refusé l’exportation de la PS4 à un certain nombre de pays du Golfe. Il ne voulait pas interdire à ces populations de jouer aux jeux vidéo.

Simplement, à l’intérieur de la Playstation 4, il y a une puce avec une capacité de calcul très importante qui pouvait, si on démontait la console, servir à faire du guidage de missiles. Il faudrait que l’on soit en capacité de créer ce genre de puces, mais je ne suis pas sûr que l’on puisse le faire. Or, s’il devait se produire des fermetures subites de marché, comme aujourd’hui entre les Etats-Unis et Huawei, nous sommes dépendants des Américains pour les puces électroniques ou pour les systèmes d’exploitation de smartphones de type Apple ou Android

La technologie est tellement poussée que de nos jours : on grave les puces à l’échelle d’un nanomètre, et tout nanomètre gagné équivaut à dix ans de recherche et de développement. Autrefois, la loi de Moore prédisait que la puissance des machines était multipliée par deux tous les trois ans, ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui.

La course à la miniaturisation des composants électroniques se heurte aujourd’hui à une limite, l’atome. La loi de Moore est morte. Pour augmenter la puissance, les puces vont devoir changer de forme en adoptant le virage quantique. Et c’est sans doute dans cette voie-là que la France peut jouer sa carte en finançant la recherche de façon significative.

Et puis n’oublions pas que celui qui contrôle les données domine le monde. C’est le nouvel Or noir, avec ce plus que le gisement est inépuisable. Or, nous avons un travail considérable pour garder le contrôle de nos données. Nous avons commencé à le faire avec le RGPD qui tend à devenir peu à peu une norme mondiale mais ce n’est qu’un début.

FP : Vous écrivez dans une tribune que « Notre attitude en matière de sécurité numérique est paradoxale. »  Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

P. Latombe : Nos contemporains ont une vigilance à géométrie variable sur la souveraineté : ils s’affolent sur une appli sans danger comme l’est StopCovid mais étalent leur vie privée sur Facebook, se lâchent sur Twitter ou organisent des visioconférences via des plateformes insuffisamment sécurisées où leurs données personnelles ne sont pas protégées, comme Zoom par exemple. Il y a, dans notre pays, un problème d’acculturation insuffisante du numérique.

Quand on demande aux gens s’ils veulent que Google dispose de leurs données biométriques, ils affirment que non. Mais ils lui ont donné leur consentement quand ils ont acheté un téléphone et que, pour le mettre en route, ils ont mis leur empreinte digitale, ou enregistré leur visage. Ils n’en ont pas pris conscience car Google leur a posé la question à travers une dizaine de pages qu’ils n’ont pas pris le temps de lire. Leur consentement n’était donc pas totalement libre et éclairé. Les gens doivent savoir à quoi ils s’engagent quand ils vont sur Internet et pouvoir faire jouer leur libre arbitre. Cela participe aussi de la souveraineté numérique. L’Etat n’en a pas seul la responsabilité, chacun doit en prendre sa part. En revanche, et c’est l’un des sujets transverses que je souhaite aborder au cours de cette mission, l’éducation et la formation ont un rôle essentiel à jouer dans ce domaine.

FP : Le gouvernement avait choisi de confier l’hébergement de nos données aux Américains de chez Microsoft. Finalement le transfert des données vient d’être interdit. Est-ce révélateur d’une prise de conscience ? Quelle serait la prochaine étape ?

P. Latombe : Vous voulez parler du Health Data Hub et des données de santé des Français, je suppose ? Nous sommes victimes d’une culture atlantiste plus ou moins consciente en matière de numérique. C’est un travers dont nous devons nous corriger. Le France, et c’est dans son intérêt, va devoir à plus ou moins longue échéance appliquer la décision de la CJUE. Si le référé du Conseil d’Etat accepte le recours aux services de Microsoft, c’est dans la seule attente qu’une solution française soit trouvée. C’est une question de temps, les compétences nationales sont là.

FP : Comment nos données vont-elles être dorénavant collectées ?

P. Latombe : Si l’on excepte Qwant qui apporte  une solution de recherche qui respecte la vie privée, –  l’application ne trace pas ses utilisateurs et ne récolte aucune donnée personnelle -, nos données seront collectées comme elles le sont maintenant. Il ne faut pas être naïf : la collecte des données est le fonds de commerce des GAFAM et autres BATX. On ne voit pas comment on pourrait attendre d’eux qu’ils remettent en question un modèle économique qui leur a permis de devenir des entreprises gigantesques.

Si Qwant a tant de mal à trouver sa place, c’est aussi parce que ce moteur de recherche paie le prix de ses engagements vertueux, puisqu’il ne tire pas de revenus de la collecte des données. La seule carte qui nous reste, c’est la régulation. C’est ce que l’Europe a pour ambition de réaliser. Le RGPD n’est qu’un début mais c’est une avancée qui tend à se généraliser. Il faut que le politique reprenne la main.

FP : Quel serait l’objectif de la création d’un cloud européen ?

P. Latombe : La nécessité de la création d’un cloud européen, s’est posée de manière aiguë depuis le Cloud Act américain de 2018. Cette loi permet notamment à la justice américaine de solliciter auprès des opérateurs les communications personnelles d’un individu, sans que celui-ci en soit informé, ni que son pays de résidence ne le soit, ni celui où sont stockées ces données. Et ce n’est pas tolérable.

Le projet franco-allemand d’infrastructure européenne de données, Gaia-X, est  une réponse à la domination, par des acteurs américains et chinois, du secteur stratégique de l’hébergement de données en ligne dans le cloud. C’est un peu une autre brique, après le RGPD, de la souveraineté,  un label promouvantl’ouverture, l’interopérabilité, la transparence et la confiance. Cela ne veut pas dire que nos données seront toutes stockées sur le cloud européen.

FP : La France est-elle condamnée à jouer à l’échelle européenne quant aux problématiques relatives à sa souveraineté numérique ? Pourquoi ?

P. Latombe : La question est plus complexe. Il est des domaines, régaliens, notamment, pour lesquels nous devons assurer une souveraineté nationale. Il en est d’autres pour lesquels nous pouvons avoir une approche et une synergie européenne, ne serait-ce que parce qu’elle favorise nos échanges à l’échelon du continent européen. C’est une question de régulation éclairée. Il ne faut pas se faire d’illusions, notre retard est colossal dans un certain nombre de domaines, et nous ne pourrons pas le combler rapidement dans tous les domaines de l’économie numérique, industriels notamment.

Nous devons avant tout œuvrer pour atteindre ce que Charles Michel, président du Conseil européen, appelle « l’autonomie stratégique » et nous ne pourrons le faire que si nous mutualisons notre effort financier, et ce dans la durée.

Nous vivons une véritable révolution industrielle avec la constitution de géants privés, à eux seuls capables de déstabiliser les Etats. C’est nouveau dans l’histoire du monde, du moins à cette échelle. La Compagnie des Indes, qui en son temps a été considérée comme le modèle du genre, est sans commune mesure avec ce que nous connaissons actuellement.


Autres sources :
Semi-conducteur
Hétérosis
Culture sélective des plantes
Homozygote
Homozygote et Hétérozygote
Schéma
Allofécondation
Autogame
ARN
Nucléotide
Eucaryote
Image eucaryote
Atome
Phénotype et génotype (début)
Image allèle
Organite
Sédimentation
Réticulum endoplasmique
Ribosome
Génome
Gène
Semencier : En 2015 les quatre leaders mondiaux sont :

  • Monsanto (États-Unis / Allemagne depuis l’acquisition par Bayer (entreprise)) ;
  • Pioneer Hi-Bred (filiale de DuPont de Nemours, États-Unis) ;
  • Syngenta (Suisse / Chine depuis l’acquisition par ChemChina) ;
  • Limagrain (coopérative française non liée à un groupe chimique).

Le marché mondial des semences commercialisées est estimé en 2018 à près de 30 milliards de dollars.
Loi de Moore
Complementary metal oxide semi-conductor (définition)
Compagnie des Indes – Nous devons créer nos propres richesses, sur nos terres. Nous devons créer de la richesse à partir de l’intelligence ainsi que le dit Michel Onfray. L’histoire se retourne contre nous ou se retournera contre nous, il faut sortir de ce cauchemar. Nous empêchons ces peuples de s’émanciper, laissons-les. Exploitons-nous nous-mêmes. Notre richesse repose sur leur pauvreté. C’est injuste, dégradant, écœurant. Nous ne pouvons pas laisser cela comme ça, nous devons donner l’exemple et changer de politique. Ce n’est pas rendre service à leurs partis politiques. Cela ne rend service à personne.

Le scandale du Pacte mondial sur les migrations ou Pacte de Marrakech :

pacte mondial de l’Organisation des Nations unies visant à « couvrir toutes les dimensions de la migration internationale ». Il est formellement adopté le 19 décembre 2018 par l’Assemblée générale des Nations unies.

Appartenant à la catégorie du droit mou, il n’est pas juridiquement contraignant, mais des spécialistes soulignent qu’il pourrait avoir des conséquences en termes de responsabilité internationale.

Le président de la République française, Emmanuel Macron, soutient le pacte. Il déclare : « Les solutions qu’il propose vont exactement dans le sens, à la fois des valeurs de l’Europe, et des intérêts de l’Europe ». La France signe le pacte.

 Le 10 décembre 2018, Charles Michel explique à la tribune les récents événements traversés par son gouvernement et ratifie le pacte au nom de la Belgique, déclarant : « Je me présente devant vous avec une majorité parlementaire qui ne soutient plus mon gouvernement, debout droit et fier des convictions portées par la Belgique et que j’exprime ce matin à cette tribune ». Le 9 décembre 2018, la Nieuw-Vlaamse Alliantie, opposée au pacte, quitte le gouvernement. Le 18 décembre, sans majorité sur laquelle s’appuyer, Charles Michel présente sa démission.

Charles Michel, Premier ministre du 11 octobre 2014 au 27 octobre 2019, il est président du Conseil européen depuis le 1er décembre 2019.

191 pays ont accepté l’accord sur la création d’un pacte pour des migrations sûres, ordonnées et régulières à New York en juillet 2018. Parmi ces pays, un tiers a changé d’avis depuis. Courrier international indique en novembre 2018 que « la liste des désistements s’allonge de jour en jour » et la conférence est un « flop annoncé ».

L’Autriche, l’Australie, l’Italie, la Bulgarie, le Chili, la Croatie, les États-Unis, Israël, la Hongrie, la Pologne, la Serbie, la Slovaquie, la République dominicaine, la République tchèque et la Suisse ne signent pas le pacte. L’Estonie, le Danemark et les Pays-Bas ne sont pas présents à Marrakech. L’Algérie émet de sérieuses réserves.

Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis n’ont même pas participé à la négociation de l’accord.

En France, certains membres revendiqués du mouvement des Gilets jaunes ont manifesté leur opposition au pacte. Le Rassemblement national, Les Républicains et Debout la France rejettent le pacte. Des manifestations de Gilets jaunes allemands sont organisées notamment à Berlin pour manifester contre le Pacte.

Selon Paul Robert, la base fondamentale de ce raisonnement serait la dénatalité de l’Occident et la recherche de peuples de substitution pour maintenir la croissance et la consommation.

Publié par magrenobloise

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