Philosophie – Parménide « De la nature »

Aujourd’hui nous allons étudier Parménide et son poème « De la Nature » grâce à wikipédia et au site de Marc Szwajcer.

Parménide

Parménide. Détail de L’École d’Athènes de Raphaël.

Parménide d’Élée est né à Élée à la fin du vie siècle av. J.-C. et mort au milieu du ve siècle av. J.-C. Il est célèbre pour un poème en vers, De la nature, qui eut une influence notable sur la pensée de son époque.  Platon a consacré un dialogue qui porte son nom, le Parménide, pour traiter la question de l’Être, dont Parménide a inlassablement répété qu’il est, tandis que le Non-Être n’est pas. Il nous reste des fragments de son poème De la Nature, dont la première partie traite de la vérité et la seconde de l’opinion.

Parménide divisait la connaissance en deux parties, deux chemins de pensée, nettement opposées, la vérité (ἀλήθεια) et l’opinion (δόξα). Cette division est pour lui absolue :

« Χρεὼ δέ σε πάντα πυθέσθαι
ἠμέν Ἀληθείης εὐκυκλέος ἀτρεμὲς ἦτορ
ἠδὲ βροτῶν δόξας, ταῖς οὐκ ἔνι πίστις ἀληθής. »

« Apprends donc toutes choses,
Et aussi bien le cœur inébranlable de la Vérité à l’orbe pur,
Que les opinions des mortels, dans lesquelles
Il n’est rien qui soit vrai ni digne de crédit. »
Fragment 1, vers 28 à 30.

Parménide parle de la « force de la certitude », dans le fragment 8, 12, et dans le fragment cité par Diogène Laërce, il qualifie le cœur de la vérité d’« inébranlable », alors que l’opinion est dépourvue de pouvoir de conviction. Il oppose ainsi la logique à l’expérience : la raison est selon lui le critère de la vérité. La pensée (il identifie âme et intellect), en suivant les règles de la logique, établit ainsi que l’être est, et qu’il faut lui prédiquer des attributs non-contradictoires : il est intelligible, non-créé et intemporel, il ne contient aucune altérité et est parfaitement continu. Si cette conception de l’être est de l’ordre de la pensée, Parménide le représente aussi comme une réalité physique, finie et sphérique. Cette doctrine fait de lui le penseur de l’Être par excellence, et tranche par sa froideur rationnelle avec les autres penseurs grecs, un Empédocle d’Agrigente par exemple. La doctrine de Parménide ne donne cependant pas d’explications relatives aux origines des êtres.

Récemment, en 2016 et 2017, Maurice Sachot fait du Poème une lecture qui en renouvelle totalement l’interprétation. D’après lui, Parménide y propose en pur « physicien » une théorie générale qui permette à la fois de sauvegarder et de concilier la permanence du monde et le changement non moins permanent de tout ce qui est, problème auquel se heurtaient ses devanciers et contemporains. Il expose dans la première partie du Poème les règles épistémiques auxquelles toute connaissance du réel doit se soumettre pour prétendre à quelque vérité. Ce qui fait de lui le fondateur de l’épistémologie. Dans la seconde partie, l’Éléate présente sa propre conception du monde (sa doxa), en proposant un modèle théorique d’interprétation, qu’il nomme diakosmos, « transmonde », et dont la métaphore clé est la reproduction sexuée. Ce qui fait également de lui le père de la science au sens moderne du mot.

Astronomie
Il fut le premier à affirmer que la Terre est sphérique et située au centre de l’univers. Il divisait les choses en deux éléments : le feu et la terre ; il a également discuté les distances des astres entre eux et par rapport à la Terre.

Légende : Les cinq zones climatiques, polaires en jaune, tempérées en bleu, torrides en rouge, dans un manuscrit du Songe de Scipion de Macrobe du xiie siècle.

Selon Posidonios de Rhodes, il fut le premier à proposer la théorie des zones climatiques qui divise le globe terrestre en cinq zones, deux zones glacées donc inhabitables près des pôles, et une zone torride infranchissable à cheval sur l’Équateur, séparant les deux zones tempérées, les seules susceptibles d’être habitées.

 La divinité qui gouverne le monde correspond au feu central des pythagoriciens ; Parménide conçoit, ainsi qu’ils l’avaient fait, l’univers comme sphérique et composé de zones concentriques ; c’est encore à leur exemple qu’il admet que la sphère intérieure et la sphère extérieure sont formées du même élément. L’opinion que tout résulte du mélange de deux éléments contraires lui vient, sans doute, des pythagoriciens.

PARMÉNIDE

DE LA NATURE

Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer

SUR LA NATURE.

Ι.

Les coursiers qui me portent m’ont amené aussi loin que me poussait mon ardeur, puisqu’ils m’ont conduit sur la route glorieuse de la divinité qui introduit le mortel savant au sein de tous les secrets. C’était là que j’allais, c’était là que mes habiles coursiers entraînaient mon char. Notre course était dirigée par des vierges, par des filles du soleil, qui avaient abandonné les demeures de la nuit pour celles de la lumière, et qui, de leurs mains, avaient rejeté les voiles de dessus leurs têtes. L’essieu brûlant dans les moyeux faisait entendre un sif-flement; car il était pressé de deux côtés par le mouvement circulaire des roues, quand les coursiers redou-blaient de vitesse. C’était aux lieux où sont les portes des chemins de la nuit et du jour, entre un linteau et un seuil de pierre; situées au milieu de l’Ether, elles se ferment par d’immenses battants: c’est l’austère justice qui en garde les clés. Les vierges, s’adressant à elle avec des paroles, donc, lui persuadèrent, habilement d’enlever sans retard pour elles les verrous des portes ; et aussitôt, les battants s’ouvrirent au large en faisant rouler dans leurs écrous les gonds d’airain fixés au bois de la porte par des barres et des chevilles: à l’instant, par cette ou-verture, les vierges lancèrent à l’aise le char et les coursiers.
La déesse m’accueillit favorablement, et me prenant la main droite, elle me parla ainsi:
Jeune homme, accompagné de conductrices immortelles, toi que les coursiers amènent dans ma demeure, réjouis-toi; car ce n’est pas un destin funeste qui t’a poussé sur ce chemin si éloigné de la route ordinaire des hommes, mais bien la loi suprême et la justice. Il faut que tu connaisses tout, et les entrailles incorruptibles de la vérité persuasive, et les opinions des mortels qui ne renferment pas la vraie conviction, mais l’erreur; et tu apprendras comment, en pénétrant toutes choses, tu devras juger de tout d’une manière sensée.

DE LA VÉRITÉ

Hé bien! je vais parler, et toi, écoute mes paroles: je te dirai quels sont les deux seuls procédés de recherche qu’il faut reconnaître. L’un consiste à montrer que l’être est, et que le non-être n’est pas: celui-ci est le chemin de la croyance; car la vérité l’accompagne. L’autre consiste à prétendre que l’être n’est pas, et qu’il ne peut y avoir que le non-être; et je dis que celui-ci est la voie de l’erreur complète. En effet, on ne peut ni connaître le non-être, puisqu’il est impossible, ni l’exprimer en paroles.
Car la pensée est la même chose que l’être.

Peu importe par où je commencerai, puisque je reviendrai sur mes pas.

Il faut que la parole et la pensée soient de l’être; car l’être existe, et le non-être n’est rien. N’oublie pas ces paroles; et d’abord, éloigne ta pensée de cette voie. Ensuite, laisse de côté celle où errent incertains les mortels ignorants, dont l’esprit flotte agité par le doute ils sont emportés, sourds, aveugles, et sans se connaître, comme une race insensée, ceux qui regardent l’être et le non-être à la fois comme une même chose et comme une chose différente; ils sont tous engagés dans une route sans issue.

Mais toi, éloigne ta pensée de cette route, et que la coutume ne te précipite pas dans ce chemin vague, où l’on consulte des yeux aveugles, des oreilles et une langue retentissantes; mais examine, avec ta raison, la démonstration savante que je te propose.

Il ne reste plus qu’un procédé; c’est celui qui consiste à poser l’être. Dans cette voie, bien des signes se présentent pour montrer que l’être est sans naissance et sans destruction, qu’il est un tout d’une seule espèce, immobile et infini; qu’il n’a ni passé, ni futur, puisqu’il est maintenant tout entier à la fois, et qu’il est un sans discontinuité. Quelle origine, en effet, lui chercheras-tu? D’où et comment le feras-tu croître? Je ne te laisserai ni dire, ni penser qu’il vient du non-être; car le non-être ne peut se dire ni se comprendre. Et quelle nécessité, agissant après plutôt qu’avant, aurait poussé l’être à sortir du néant? Donc il faut admettre, d’une manière absolue, ou l’être, ou le non-être.

12. Et jamais de l’être la raison ne pourra faire sortir autre chose que lui-même. C’est pourquoi le destin ne lâche point ses liens de manière à permettre à l’être de naître ou de périr, mais le maintient immobile. La décision à ce sujet est tout entière dans ces mots: l’être ou le non-être. Il a donc été conclu, comme cela devait être, qu’il faut laisser là ce procédé inintelligible, inexprimable; car il n’est pas le chemin de la vérité, et que l’autre est réel et vrai. Comment, ensuite, l’être viendrait-il à exister? Et comment naîtrait-il? S’il vient à naître, c’est qu’il n’est pas, et de même s’il doit exister un jour. Ainsi se détruisent et deviennent inadmissibles sa naissance et sa mort.

22. Il n’est pas divisible, puisqu’il est en tout semblable à lui-même, et qu’il n’y a point en lui de côté plus fort ni plus faible, qui l’empêche de se tenir uni et cohérent; mais il est tout plein de l’être, et de la sorte il forme un tout continu, puisque l’être touche à l’être.

26. Mais l’être est immuable dans les limites de ses grands liens; il n’a ni commencement ni fin, puisque la nais-sance et la mort se sont retirés fort loin de lui, et que la conviction vraie les a repoussées. Il reste donc le même en lui-même et demeure en soi: ainsi il reste stable; car une forte unité le retient sous la puissance des liens et le presse tout autour.
32. C’est, pourquoi il n’est pas admissible qu’il ne soit pas infini; car il est l’être qui ne manque de rien, et s’il ne l’était pas, il manquerait de tout.

Contemple fortement ces choses, qui sont présentes à l’esprit, quoique absentes (pour les sens); car rien n’empêchera l’être d’être uni à l’être, et rien ne fera qu’il soit dispersé entièrement et de tous côtés dans son arrangement, ni qu’il soit reconstruit.

34. Or, la pensée est identique à son objet. En effet, sans l’être, sur lequel elle repose, vous ne trouverez pas la pensée; car rien n’est ni ne sera, excepté l’être, puisque la nécessité a voulu que l’être fût le nom unique et immobile du tout, quelles que fussent à ce sujet les opinions des mortels, qui regardent la naissance et la mort comme des choses vraies, ainsi que l’être et le non-être, le mouvement, et le changement brillant des couleurs.
42. Or, l’être possède la perfection suprême, étant semblable à une sphère entièrement ronde, qui du centre à la circonférence serait partout égale et pareille; car il ne peut y avoir dans l’être une partie plus forte, ni une partie plus faible que l’autre.
45. En effet le non-être, n’étant pas, ne saurait empêcher l’être de former un tout homogène, et l’être ne saurait être privé d’être, ici davantage, là moins, puisqu’au contraire il est tout entier incorruptible; car il demeure égal de tous côtés dans ses limites.

50. Je termine ici ma démonstration et mes réflexions au sujet de la vérité: apprends ensuite les opinions des mortels, en écoutant la trompeuse harmonie de mes vers.

Les hommes ont prétendu signaler deux espèces d’objets, dont l’une ne peut être admise, et en cela ils se sont trompés ils les ont jugées de nature contraire, et leur ont appliqué des désignations entièrement séparées. Ils ont distingué d’une part le feu éthéré de la flamme, léger, très peu consistant, entièrement semblable à lui-même et différent de l’autre espèce; d’autre part celle-ci, qui a également sa nature propre, savoir, à l’opposé, la nuit obscure, matière épaisse et lourde.

Je t’exposerai l’arrangement de tout cela, afin que tu n’ignores rien des opinions des mortels.

Mais comme tout s’appelle lumière et nuit, et reçoit les noms divers qui appartiennent, suivant leur valeur propre, soit à l’une, soit à l’autre de ces deux choses, tout est plein en même temps de la lumière et de la nuit obscure, puisque toutes les deux sont égales, et qu’il n’y a aucun vide dans aucune des deux.

Car les (orbes) plus étroits sont faits de feu grossier, et ceux qui suivent sont faits de nuit, avec une flamme de feu qui les traverse. Au milieu de cela se trouve la déesse qui gouverne tout: principe de l’odieux enfante-ment et de la procréation, elle pousse toutes choses d’une manière violente et unit le mâle à la femelle et la femelle au mâle.

Elle enfanta l’amour, le premier des dieux.

Tu connaîtras la nature de l’air et tous les astres qui sont dans l’éther, et les effets cachés de la brillante lu-mière du soleil pur, et d’où tout cela vient; et tu apprendras les travaux circulaires de la lune ronde et sa nature: tu connaîtras aussi le ciel qui entoure l’univers, et tu sauras d’où il naquit, et comment la nécessité, qui le dirige, l’enchaîne pour qu’il maintienne les astres dans leurs limites.

Comment la terre, le soleil et la lune, et l’air, qui est partout, la voie lactée, et l’olympe suprême, et la puissance brûlante des astres, ont commencé de naître.

Une lumière empruntée erre pendant la nuit autour de la terre.

Tournée sans cesse vers les rayons du soleil:

Suivant que le tempérament variable des membres des hommes est dans tel ou tel état, il en est de même de leur intelligence; car c’est la même chose, savoir la nature des membres, qui pense dans tous les hommes et dans chacun d’eux; en effet, ce qui domine dans le tempérament constitue la pensée même.

A droite les garçons, à gauche les filles.

Définitions

Coursier : grand et beau cheval de bataille, de tournoi (palefroi) d’allure rapide.
Gond = pièce métallique autour de laquelle pivote le battant d’une porte ou d’une fenêtre.
Airain : bronze – terme vieilli désignant un alliage de cuivre. Il est notamment utilisé comme synonyme de bronze et de laiton, dans un contexte littéraire ou en référence à l’Antiquité.
Ecrou = pièce de métal, de bois, ou de matière dure permettant le serrage, percée d’un trou cylindrique dont la surface interne est fileté et destinée à recevoir le pas d’une vis, d’un boulon.

Ecrou


Pas de vis = distance relative parcourue en translation par une vis par rapport à son écrou lors d’un tour complet. Par exemple une vis avec un pas de 1.25 avancera de 1.25mm lors de la rotation d’un tour d’un pas métrique.

Vis
Pas de vis


Gond = en serrurerie, un gond est une pièce mécanique qui avec la penture dans laquelle elle s’introduit, assure le pivotement d’une porte ou d’une fenêtre.

Penture = ferrure décorative d’un battand (porte, fenêtre).

Penture = Ferrure décorative


Linteau = pièce horizontale (de bois, pierre, métal) qui forme la partie supérieure d’une ouverture et soutient la maçonnerie.

Wikipédia – Linteau sculpté (sous l’arc de décharge) de la porte du minaret de la Grande Mosquée de Kairouan.

Un arc de décharge est un élément d’architecture qui a pour but l’allègement du poids du mur sur le linteau en repoussant les charges sur les côtés. Les arcs de décharges sont souvent soit en pierre (appareillée ou non) soit en brique ou en bois. Ils peuvent être dissimulés sous un enduit ou être apparents et jouer un rôle décoratif.

Seuil = le seuil est la pièce qui est au bas de l’ouverture d’une porte et sur laquelle cette porte affleure. Il peut être de tout matériau utilisé dans la construction, mais il doit particulièrement résister à l’usure et éventuellement aux intempéries.

Ether = qui concerne l’éther ; qui est de la nature de l’Ether. Dans le domaine de l’astronomie = fluide subtil supposé remplir l’espace au-delà de l’atmosphère terreste. « Le globe du soleil, nageant dans l’éther au milieu de la voûte des cieux » (Volney, Ruines, 1791, p.274) CNRTL.

Flamme = production lumineuse et mobile de gaz en combustion. Eclat, vive lumière. Mélange gazeux en combustion, dégageant de la chaleur et généralement de la lumière, produit par une matière qui brûle.

Gaz = émanation, vapeur invisible. Dans le domaine scientifique, corps se présentant à l’état fluide, d’une grande élasticité, très compréssible, expansible et occupant la totalité de l’espace du récipient qui le contient. Par extension, classe de ces corps classiquement opposée à celle des liquides et à celle des solides.

Elasticité = Propriété qu’ont certains corps de reprendre (au moins partiellement) leur forme et leur volume primitifs quand la force qui s’exerçait sur eux cesse d’agir.

Compréssible = qui peut être diminué, restreint.

Orbe = du latin orbis, cercle. En littérature, surface circulaire, trajectoire circulaire, cercle décrits par un corps : les orbes d’un serpent.

Publié par magrenobloise

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