Tour du monde

Brièvement redevenue capitale impériale et culturelle au tournant des xvie et xviie siècles sous le règne de Rodolphe II, Prague perd progressivement en importance jusqu’à la Renaissance nationale tchèque au xixe siècle puis la création de la Tchécoslovaquie au lendemain de la Première Guerre mondiale, en 1918, dont elle devient la capitale.

Blason

Blason est un mot d’origine obscure qui vient peut-être du francique blâsjan (« torche enflammée », « gloire »), ou du mot germanique blasen, « sonner du cor » . Selon M. Guerard, le mot blasus, figurant dans le polyptyque d’Irminon, signifierait « arme de guerre», mais ni Du Cange ni les autres dictionnaires de latin médiéval ne reprennent cette signification.

« Blasonner » signifie « décrire » des armoiries suivant les règles de la science héraldique. Au sens strict, le blason est donc un énoncé, qui peut être oral ou écrit. C’est la description des armoiries faite dans un langage technique, le langage héraldique.

Le blasonnement est l’action qui consiste à décrire des armoiries (et donc à énoncer le blason qui est représenté). La science du blason est très ancienne, elle se fonda moins d’un siècle après que la mode des armoiries se fut établie au Moyen Âge.

Le polyptyque d’Irminon (en latin Liber de donnibus et redditibus monasterii Sancti Germani a Pratis) est un inventaire de biens rédigé vers 823/828 par Irminon (†829), abbé de Saint-Germain-des-Prés. Il décrit les possessions de l’abbaye situées principalement dans la région parisienne, entre Seine et Eure.

 Les chapitres du polyptyque portent sur :

  • Des inventaires sommaires des réserves seigneuriales ;
  • Un inventaire minutieux, qui précise l’étendue des terres arables, vignes, prés et bois, qui entrent dans la composition de chaque manse, ainsi que le dénombrement des individus composant la famille de chaque chef d’exploitation et précise la nature et la composition des charges ;
  • Quelques listes hétéroclites de catégories spéciales de dépendants, astreints à des redevances personnelles de chevage.

Six inventaires ont été avalisés par le serment de jurés.

Ce document constitue un témoignage précieux sur l’économie et la société carolingienne. Il est conservé à la Bibliothèque nationale de France.

Héraut

Pour les grands seigneurs, le rôle de l’écuyer prend progressivement une dimension diplomatique et se spécialise dans la fonction de héraut. Désarmés, sans valeur de rançon, ils bénéficient d’une immunité diplomatique avant la lettre, et peuvent se déplacer librement pour assurer leur mission, y compris dans les camps et pays ennemis. Ils sont par conséquent tenus à une impartialité et une discrétion strictes. L’activité des hérauts est régie par tout un code de droits et d’obligations.

Comme corps, les hérauts sont aisément identifiables à leur vêtement d’office, la cotte d’armes, souvent appelée tabard de nos jours. Il s’agit d’une ample tunique portée par-dessus les vêtements, reprise du surcot porté par les chevaliers par-dessus leur armure. Sa forme et sa richesse évoluent avec les siècles, simple drap de laine peint à l’origine, elle devient à l’époque moderne un objet très précieux, fait de velours, de draps d’or et de soie brodés. Duplication de la cotte portée par son maître dans les exercices chevaleresques, celle du héraut est frappée des armes de celui qui l’emploie. C’est un vêtement qui rend visible son porteur de loin, associant l’officier d’armes à son maître. Revêtu de sa cotte d’armes, le héraut devient un double symbolique de son seigneur, authentifiant ses dires à la manière d’un sceau et transformant toute injure faite à sa personne en une injure directe faite à son seigneur. Elle en vient donc à être le symbole de l’immunité de l’office d’armes.

Au Moyen Âge, le héraut devient un officier domestique au service d’un prince ou d’un seigneur. Dans le déroulement de la guerre, il est chargé de porter les déclarations de guerre, les sommations. Pour les chevaliers qui participent à une mêlée (que ce soit bataille ou tournoi), il peut recevoir des testaments ou des dépôts sacrés, et il assure de dignes funérailles en cas de besoin. Son rôle s’étend à tout ce qui a trait à l’honneur, il reconnaît les armes nobles et surveille les blasons, il règle les cérémonies et les jeux et témoigne des actes de valeur.

Godefroy de Bouillon portant un tabard

Dans les tournois et joutes, les hérauts annonçaient le chevalier en énonçant son blason, c’est-à-dire la description des figures couvrant son bouclier, avant de nommer son titulaire. Cette pratique est à l’origine de la langue héraldique, à l’origine naturelle et comprise de tout le public. C’est cette pratique qui fonde et stabilise l’héraldique.

Représenter une identité

Les figures peintes sur l’écu, stabilisées et énoncées par des hérauts, donnent naissance à l’héraldique. L’héraldique est essentiellement la science des hérauts, et son origine ne peut se comprendre qu’à travers leur rôle.

Le premier élément à avoir été armorié, dans un but militaire, a donc été l’écu du chevalier. Puis ces éléments ont été repris sur tout son équipement, pour permettre de reconnaître le titulaire (sur la cotte d’armes) mais aussi le représenter (bannière) ou marquer sa propriété (caparaçons, housse ou flanchières des chevaux…).

Ce lien entre des armes et leur titulaire a ensuite été repris dans la composition des sceaux. Les armoiries sont ainsi devenues l’image de la personnalité juridique. La pratique des sceaux armoriés a étendu l’usage des armoiries à toutes les entités capables d’avoir un sceau. Cette pratique est encore vivante dans l’usage de chevalières armoriées, qui sont en principe destinées à servir de sceaux (c’est pourquoi elles sont gravées en creux).

Développement historique

D’abord utilisées par les chefs de guerre qui les figurent sur leur bouclier à la fin du xie siècle, l’usage des armoiries s’étend progressivement aux chevaliers, puis à la noblesse adoubée ou non (xiiie siècle). À travers l’identification de la personne par les armoiries, notamment dans le sceau, l’usage s’étend aux femmes et prélats nobles (fin xiie siècle), et des prélats aux bourgeois, aux artisans et échevins, chapitres et corporations (début xiiie siècle), communautés urbaines (début xiiie siècle), communautés ecclésiastiques et ordres religieux, seigneuries, fiefs, provinces, universités et administrations civiles. Les armoiries ne sont en rien un privilège de la noblesse ; dans certaines régions, comme la Normandie, les paysans en font parfois usage.

Par ailleurs, dès le xive siècle, des armoiries sont attribuées à des personnages ayant existé avant la création de l’héraldique, voire à des personnages mythiques ou mythologiques. Ces armoiries imaginaires relèvent de l’héraldique imaginaire.

Devenues un signe d’identité sociale, les armes deviennent héréditaires, et désignent des maisons, c’est-à-dire des familles et des liens de parenté (xive siècle), puis plus généralement des liens sociaux, ce qui amène progressivement à les composer de plus en plus.

Jusqu’au xvie siècle, les figures employées sont principalement des figures animales, en nombre assez restreint (une quinzaine d’usage courant), ainsi que quelques meubles inanimés, souvent abstraits, et, surtout, des figures géométriques. Par la suite, le répertoire s’élargit aux objets, armes, parties du corps, bâtiments…Détail de l’une des tapisseries aux armes Roger de Beaufort, Turenne et Comminges. L’identification des blasons a permis d’identifier les destinataires de cet ensemble de tapisseries et de le dater de la seconde moitié du xive siècle, ce qui en fait le plus ancien ensemble conservé de tapisseries armoriées.Étude des objets armoriés

Armorier un objet y ajoute un élément décoratif, et affirme un lien avec le titulaire, lisible y compris par ceux qui ne savaient pas lire. Les armoiries se rencontrent ainsi sur tous les témoignages du passé : documents, livres (sur la couverture ou à l’intérieur : l’ex-libris), tapisseries, monuments, plaques de cheminées, meubles, bijoux, véhicules.. L’identification des armoiries, quand elles ne sont pas fantaisistes, permet de replacer leur support dans le temps et dans l’espace social, et d’en retracer en partie l’histoire ou la provenance géographique. L’identification du titulaire est facilitée par les ornements extérieurs, notamment les ordres de chevalerie représentés. Elle peut conduire à une très grande précision, de l’ordre de l’année, lorsque celui-ci a fréquemment modifié la composition de ses armes, et la conjonction d’armes sur un même support peut conduire à des conclusions encore plus précises.

Les Armoiries imaginaires

Les armoiries imaginaires sont les armes attribuées à des personnes, morales ou physiques, dont l’existence est antérieure à la naissance de l’héraldique ou à des personnages de fiction, voire à des symboles personnalisés1. L’héraldique étant un langage symbolique, elle peut servir à représenter des êtres ou de concepts antérieurs à sa création. Le fait que des artistes ont représenté symboliquement des personnages par des armes imaginaires ne signifie pas qu’ils aient cru que ces personnages les ont réellement portées.

Selon Michel Pastoureau, l’étude de ces armes imaginaires est le terrain d’enquête héraldique le plus riche ouvert depuis la seconde moitié du xxe siècle.

Ce type de création né avec l’héraldique est toujours actif de nos jours.

Il existe différents types d’armoiries imaginaires. Michel Pastoureau en a proposé une catégorisation, en ce qui concerne celle produites pendant le Moyen Âge. Son analyse ne concerne pas les productions postérieures.

  • Figures historiques véritables de l’Antiquité et du Haut Moyen Âge : rois de Rome, grandes figures grecques et romaines, papes, empereurs et rois du Haut Moyen Âge. Parmi les armoiries les plus souvent représentées, celles d’Alexandre, de Jules César, de Charlemagne, des Neuf Preux, des royaumes de l’Heptarchie anglo-saxonne.
  • Personnages de la mythologie gréco-romaine, en particulier les personnages liés à la Guerre de Troie comme Hector ou Ulysse.
  • Personnages des mythologies germaniques et scandinaves : les exemples sont moins nombreux que ceux issus de la mythologie gréco-romaine : Odin, Thor, Siegfried et les héros des Nibelungens.
  • Personnages véritables ou supposés tels ayant vécu ou vivant hors de la Chrétienté : émirs et sultans, Attila, l’empereur de Chine et les princes de son entourage.
  • Personnages bibliques, par exemple, Adam, Abraham, Moïse, Josué, les Rois mages.
  • Figures du christianisme : la Sainte Trinité (écu chargé d’un pairle) et les personnes divines, Marie et les apôtres, saints historiques et légendaires, Satan et ses créatures.
  • Personnages, royaumes et lieux créés par l’imagination médiévale, par exemple : le Prêtre Jean, les Neuf Preuses, les Meilleurs Trois.
  • Héros littéraires : Roland et ses compagnons, les figures des romans germaniques, Arthur et ses compagnons.
  • Personnifications diverses : vices et vertus, personnifications allégoriques (comme dans le Roman de la Rose), figures animales à caractère humain (comme dans le Roman de Renart), fleuves, vents et parties du monde.

Les Neuf Preux
La légende dorée

La Légende dorée (Legenda aurea en latin) est un ouvrage rédigé en latin entre 1261 et 1266 par Jacques de Voragine, dominicain et archevêque de Gênes, qui raconte la vie d’environ 150 saints ou groupes de saints, saintes et martyrs chrétiens, et, suivant les dates de l’année liturgique, certains événements de la vie du Christ et de la Vierge Marie.

Pour le médiéviste Philippe Walter, une mythologie chrétienne s’est ainsi constituée, « construite sur les croyances païennes que le christianisme dut assimiler dans le but de les contrôler »1. Cet ouvrage a en effet inspiré prédicateurs et hagiographes du Moyen Âge tandis que les artistes médiévaux ont puisé leurs thèmes iconographiques dans le Speculum majus de Vincent de Beauvais.

Initialement intitulée Legenda sanctorum alias Lombardica hystoria, qui signifie littéralement « Ce qui doit être lu des saints ou histoire de la Lombardie », cette œuvre est rapidement appelée Legenda aurea car son contenu, d’une grande valeur, est dit aussi précieux que l’or. Outre les vies de saints, environ 40 % de La Légende dorée sont consacrés aux explications des fêtes religieuses principales, qui renvoient à la vie du Christ.

Le livre est divisé en 5 parties et 178 chapitres, organisés à la fois selon l’ordre du calendrier liturgique (de l’Avent à la fin novembre) et des âges de la grâce ou du salut : temps de la rénovation (5 chapitres), le temps de la réconciliation et de la pérégrination (25 chapitres), le temps de la déviation (21 chapitres), le temps de la réconciliation (20 chapitres), le temps de la pérégrination (107 chapitres).

L’abrégé d’histoire de l’Europe qu’il donne, commençant au vie siècle avec l’arrivée des Lombards, lui vaut également le nom d’Historia lombardica (« Histoire lombarde »).

Hauts en couleur, ces récits avaient pour vocation d’exalter la foi. Le véritable sujet de La Légende dorée est le combat que mène Dieu contre les esprits du Mal, s’exprimant notamment dans le courage des martyrs qui démontre finalement l’impuissance des persécuteurs. La Légende dorée est ainsi conçue comme un instrument de travail destiné aux prédicateurs, servant à la préparation de sermons. Elle fournit ainsi une collection de modèles de vie exemplaires, utiles pour émailler les prédications.

Vincent de Beauvais (né vers 1184 / 1194 à Boran-sur-Oise – mort en 1264 à l’abbaye de Royaumont) est un frère dominicain français, auteur, entre autres, d’une encyclopédie constituant un panorama des connaissances du Moyen Âge.

On ignore presque tout de la vie de Vincent de Beauvais. On pense qu’il a appartenu au couvent des dominicains de Paris, entre 1215 et 1220, et à celui de Beauvais, fondé par Louis IX.

Il est à peu près certain qu’il a été lecteur à l’abbaye cistercienne de Royaumont dans le Val-d’Oise, fondée également par Louis IX entre 1228 et 1235. Le roi, comme la reine Marguerite, son fils Philippe et son beau-frère Thibaut II de Navarre, lui ont commandé de nombreuses œuvres.

Oeuvre

L’œuvre majeure de Vincent est son Speculum maius, vaste compilation de la connaissance du Moyen Âge, commandée en 1246 par Louis IX (Saint Louis), achevée en 1263 et maintes fois rééditée jusqu’en 1624. Il en reste deux copies complètes et trois cents copies partielles, dont la plupart correspondent au Speculum historiale, dont on possède trente-sept copies intégrales.

Avec ses 4 500 000 mots, cet ouvrage restera la plus considérable encyclopédie du monde occidental jusqu’au milieu du xviiie siècle. Il est constitué de trois parties, qui suivent la classification des sciences de Hugues de Saint-Victor :Speculum maius de Vincent de Beauvais

  • Speculum naturale (Miroir de la nature),
  • Speculum doctrinale (Miroir de la doctrine ou science rationnelle) et
  • Speculum historiale (Miroir de l’histoire).

Une quatrième section :

  • Speculum morale (Miroir de la morale)

a vraisembablement été rédigée en 1300 par des moines franciscains. Rajoutée aux trois sections précédentes, elle devient partie intégrante de toutes les versions imprimées de l’oeuvre. Cette partie consiste surtout d’emprunts à Thomas d’Aquin et Etienne de Bourbon. L’oeuvre complète ainsi est parfois appelée Speculum quadruplex (Miroir en quatre parties).

Au total, cet ouvrage compte 80 livres et 9 885 chapitres. Chaque partie s’ouvre sur un sommaire, afin que « le lecteur ne perde pas son temps à tourner les pages à l’aveuglette ».« J’ai eu l’idée de réunir en un seul volume, condensé et ordonné, selon un agencement de mon invention, des extraits choisis parmi tout ce que j’ai pu lire… » explique Vincent de Beauvais dans son Prologue et, plus loin, « je traite selon l’ordre de la sainte Écriture en premier lieu du Créateur, puis des créatures [qui font l’objet du Speculum naturale], de la chute et de la restauration de l’homme [objet du Speculum doctrinale], ensuite des faits et des gestes historiques selon la chronologie [Speculum historiale] ».

Speculum maius de Vincent de Beauvais

Satan
Satan (hébreu : שָׂטָן śāṭān, « ennemi » ; grec ancien : Σατανᾶς Satanâs ; araméen : ܣܛܢܐ sāṭānā’ ; arabe : ﺷﻴﻄﺎﻥ šayṭān) désigne un être apparaissant dans le judaïsme, le christianisme et l’islam. Il incarne le mal et la tentation. Créature céleste, il est à l’origine l’« accusateur » ou l’« adversaire » avant de devenir le Diable, prince des démons. […] Dans la littérature juïve […] Le texte pseudépigraphique de l’Apocalypse de Moïse contient une légende sur la façon dont Satan a été transformé en ange de lumière et a travaillé avec le serpent pour tromper Ève.

Satan par Gustave Doré dans Le Paradis perdu de John Milton.

Ève (en hébreu :  חַוָּה ḥawwā(h)) est un personnage du Livre de la Genèse. Dans ce texte, qui fonde les croyances juives et chrétiennes, elle est la première femme, mère de l’humanité. Elle est également mentionnée indirectement dans le Coran comme « l’épouse » d’Adam. Elle est nommée Hawwa (en arabe :  حواء) dans la littérature islamique (notamment dans les hadiths) et est considérée comme la mère de l’humanité.

Albrecht Dürer – Eve – 1507

Récit et création de la femme

Il existe dans la Genèse deux passages évoquant la création de la femme.

Le premier passage indique : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa » (Gn 1,27). Ce passage « homme et femme il les créa » a rarement été interprété comme évoquant une « androgynie originelle. »

Selon le second chapitre de la Genèse, Adam est le premier homme et a été créé par Dieu lors du sixième jour de la Création à partir de la poussière de la terre qu’il façonna à son image, avant de l’animer de son souffle (Gn 1,27). Comme Dieu considérait qu’Adam devait avoir une compagne, il modela des animaux qu’il amena à Adam pour voir comment il les appellerait. Adam donna un nom à chacun d’entre eux, mais ne se trouva pas de compagne. Alors Dieu l’endormit, et créa une femme (qu’Adam appela plus tard Ève) à partir d’une côte d’Adam. Un débat exégétique existe sur la traduction de l’expression אַחַת מִצַּלְעֹתָיו, « une de ses côtes ». Saint Jérôme en fait la traduction de « côte » (ce qui sous-entend une subordination de la femme par rapport à l’homme) alors que le mot hébreu « ṣelaʿ » prend plus souvent le sens dans la Bible de « côté » ou « flanc » : Ève serait sortie du côté d’Adam endormi et non de sa côte, renvoyant ainsi à l’androgynie originelle.

Très tôt, les rabbins ont tenté de résoudre la contradiction entre ces deux passages, le premier évoquant une création simultanée de l’homme et de la femme, le second une création de la femme postérieure à celle de l’homme. Reprenant certaines légendes sémites, ils y ont vu la preuve de l’existence d’une « autre première femme », Lilith, née non à partir de la poussière « pure », mais des sédiments et de la saleté. Cette interprétation n’est toutefois étayée par aucune source biblique, le nom de Lilith est en revanche mentionné une fois dans les Écritures à Ésaïe 34,14 parfois traduit par « le spectre de la nuit », « la chouette nocturne » etc.

Dieu avait tout permis à Adam sauf, sous peine de mort, la consommation du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Le Serpent (Nahash en hébreu) apparut et promit à Ève qu’ils n’en mourraient pas, mais que leurs yeux s’ouvriraient et que leur nouvelle connaissance les apparenterait à des dieux. Ève mangea du fruit défendu et en donna à Adam qui en mangea à son tour. Lorsque Dieu interpella Adam, celui-ci se cacha à cause de sa nudité, et dut avouer la faute.

Alors Dieu condamna le serpent à ramper, et mit l’hostilité entre la femme et le serpent ; il condamna la femme à enfanter dans de grandes souffrances, à être avide de son homme et à lui être soumise. Enfin il condamna l’homme à travailler pour se nourrir, et à mourir. Adam donna le nom « Ève » à sa femme, puis Dieu revêtit le couple de tuniques de peau. Il les chassa alors de son jardin pour les empêcher d’accéder à l’arbre de vie qui les rendrait immortels. Maintenant qu’ils ont fait le choix d’exercer leur liberté, Dieu les renvoya du jardin d’Éden et posta des chérubins pour garder le chemin de cet arbre.

Le récit attribue d’abord trois fils à Adam et Ève : Caïn, Abel et Seth, puis d’autres enfants dont le nom n’est pas donné.

Ève dans le judaïsme et le christianisme

En hébreu, au sens littéral, ce nom signifie « celle qui donne la vie » ; cependant, l’absence dans son nom de la lettre yod soulève une question d’interprétation.

Dans la première version de la Genèse (premier chapitre), la femme est créée tout comme l’homme à l’image de Dieu, à ses côtés. Certaines traductions considèrent le premier homme (qui n’est pas nommé), comme un androgyne : « Dieu créa l’homme à son image, mâle et femelle » ; on trouve plus couramment : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; il créa l’homme et la femme. » (Genèse 2,7). Il y a en effet un passage au pluriel dans le texte original : « Dieu créa l’homme à son image » (au sens générique du mot « homme »), puis dans la phrase suivante, le texte indique « mâle et femelle il LES créa ». Ce premier chapitre ne mentionne pas les noms ni d’Adam, ni d’Ève.

Ève apparaît dans la seconde version (deuxième chapitre de la Genèse), version qui se serait propagée tout d’abord dans le judaïsme, puis dans le christianisme, et enfin dans l’islam10. Cette thèse est aussi partagée par Annick de Souzenelle. Dans ce deuxième chapitre, Ève est tirée d’un côté de l’Adam primitif. Selon les traductions, il s’agit d’un côté ou d’une côte (le mot pleura [archive] étant polysémique). La Traduction œcuménique de la Bible (12e édition, Éditions du Cerf, Paris, 2012) donne pour le passage : « Le Seigneur Dieu fit tomber dans une torpeur l’homme qui s’endormit ; il prit l’une de ses côtes et referma les chairs à sa place. Le Seigneur Dieu transforma la côte qu’il avait prise à l’homme en une femme qu’il lui amena. L’homme s’écria : « Voici l’os de mes os et la chair de ma chair ; celle-ci, on l’appellera femme car c’est de l’homme qu’elle a été prise ». Aussi l’homme laisse-t-il son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et ils deviennent une seule chair. » (Genèse, 2, 21-24).

Ces deux versions sont compatibles selon cette interprétation du catholicisme : « La parabole de sa création à partir d’une côte d’Adam suggère qu’ils sont d’une même essence, qu’ils sont différents mais égaux en valeur, ce qui est encore davantage précisé par le *nom donné à la femme (Gn 2, 23) : placée sur le même niveau d’être que le premier homme, et donc au-dessus de tous les autres êtres vivants, elle est son « vis-à-vis » ».

Selon certaines légendes mystiques juives, elle succéda à Lilith qui, elle, apparaît une seule fois nommément, dans le livre d’Isaïe (34.12)

Dans un monde où tout était unité et harmonie, le péché originel a introduit la division : il a pour conséquence les séparations :de l’Homme avec Dieu : Adam et Ève quittent le Paradis ;

de l’homme avec la femme : chacun cherche à dominer l’autre, la femme essaie par la séduction (« ton désir te poussera vers ton mari »), l’homme y arrive par la force (« mais c’est lui qui dominera sur toi ») ; ils se méfient désormais l’un de l’autre et l’homme accuse la femme d’être l’auteur de la chute, alors qu’il en partage la responsabilité) ;

de l’Homme avec la Création : le sol produit désormais des épines, Adam devra lui faire produire du pain « à la sueur de (son) front »…

Le verset appelé « Protévangile » promet la victoire finale de la femme sur le serpent qui l’a trompée : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon. » (Gn 3,15).

Dans la tradition catholique et orthodoxe, Nouvelle Ève est un titre donné à Marie de Nazareth, en raison de son rôle dans la sotériologie, avec Jésus qui est appelé le Nouvel Adam.

Adam et Ève, Guido Reni (vers 1620).
Szyndler – Eve

Ève dans l’islam

Ève est mentionnée plusieurs fois dans le Coran sans que son nom ne soit cité. Elle est désignée en tant qu’épouse d’Adam. Le nom arabe d’Ève est حواء (Hawwâ’). Il existe peu de traditions la concernant dans les recueils canoniques de hadiths, seulement trois tandis que Adam en possède plus de 180. L’histoire musulmane d’Ève est construite à partir des sources juives et chrétiennes : Livre de la Genèse, littérature rabbinique, récit chrétien syriaque La Caverne des trésors.

Le Coran n’est pas explicite sur la création d’Ève, mais les premiers commentateurs reprendront le récit biblique de la création à partir de la côte, en particulier à partir de la « plus petite côte ». Dans le monde chiite, Ève est réputée avoir été créée à partir de l’argile restant après la création d’Adam.

Dans le Coran, Satan convainc à la fois Ève et Adam de goûter à l’arbre défendu, les deux étant « solidairement coupable de la faute », voire Adam davantage. Néanmoins, le texte étant peu précis, les traditions post-coraniques ont atténué la culpabilité d’Adam et ont fait d’Ève la tentatrice, celle qui parle avec Iblis. Cela permet d’accroître la dimension prophétique d’Adam, une croyance tardive de l’islam assurant les prophètes d’une impeccabilité. Ainsi, selon une tradition, Adam aurait été enivré par Ève. En raison de la faute d’Ève, dix peines ou châtiments divins ont été reçus par les femmes, dont les menstruations et les douleurs de l’enfantement. En contrepartie, une femme qui meurt en accouchant est assurée du Paradis.

Au cours des siècles, plusieurs voyageurs mentionnent la présence d’un « tombeau d’Ève » à Djeddah. Ce site archéologique a été scellé en 1975 par les autorités soucieuses de prévenir que l’endroit ne devienne un site de prière.

Ève à la pomme, Aristide Maillol,(1900), Paris, musée d’Orsay.

Lilith
Lilith (en hébreu : לילית) est un démon féminin de la tradition juive. Elle est à l’origine une divinité mésopotamiene. Dans les légendes juives qui se répandent au Moyen Âge, Lilith est présentée comme la première femme d’Adam, avant Ève. Elle constitue une figure récurrente dans les rituels magico-religieux car elle représente un danger pour les femmes enceintes et pour les enfants que l’on protège grâce à des amulettes.

Lady Lilith, de Dante Gabriel Rossetti (1866–1873), Delaware Art Museum

Le mot « Lilith » est un hapax dans la Bible hébraïque. La seule référence à Lilith figure dans le livre d’Isaïe (34.14). Dans cette prophétie sur la fin du royaume d’Édom, le territoire d’Édom est décrit comme une terre désolée. Il est habité par des bêtes sauvages et par Lilith. La signification de Lilith dans ce passage n’est pas claire. Les premières traductions grecques de la Bible l’ont rendu de différentes manières. La Septante le rend par onocentaure (créature mi-homme mi-âne). Cette lecture peut renvoyer à la figure de Lamashtu qui peut être représentée assise sur un âne. Aquila transcrit simplement Lilith et Symmaque utilise le nom Lamia qui est un démon de la mythologie grecque.

Les traductions françaises modernes optent généralement pour le nom propre Lilith (ou encore Lilit avec ou sans article défini, au singulier ou au pluriel). Dans des traductions plus anciennes, le mot hébreu (ou grec) est rendu par des termes se référant à des créatures mythologiques, démoniaques ou monstrueuses, effrayantes ou encore à des animaux nocturnes à cause de la mauvaise étymologie qui fait dériver Lilith de la racine hébraïque signifiant « nuit » (lamia, sirène, monstre de la nuit, créature de la nuit, spectre de la nuit, chat-huant, hibou, chouette, etc.). […]

À partir du xiiie siècle, de nouveaux détails tirés de la littérature kabbalistique viennent enrichir le mythe de Lilith. Reprenant le récit biblique de la création, Lilith aurait été façonnée avec de la terre en même temps qu’Adam, mais avec de la terre impure, ce qui explique son caractère démoniaque (Yalqut Reuveni sur Genèse 2.21). Dans d’autres récits, sa naissance est associée à celle de Samaël. Selon le Zohar, elle émerge spontanément en même temps que Samaël. Les deux sont liés au caractère sévère de la justice divine (la sephira Gevura selon la terminologie kabbalistique). La manifestation de cet attribut de la rigueur présente en effet une analogie avec le mal (Zohar I 148a, Sitre Torah). Dans une autre tradition, Lilith et Samaël sont en fait un seul être androgyne, à l’image de Dieu. Ils sont apparus de dessous le Trône Divin.

Pour la punir, Dieu la condamne à voir tous ses enfants mourir à la naissance. Désespérée, elle décide de se suicider. Les anges lui donnent le pouvoir de tuer les enfants des Hommes (jusqu’à la circoncision, au huitième jour pour les garçons, et jusqu’au vingtième jour pour les filles). Elle rencontre ensuite le démon Samaël, l’épouse et s’installe avec lui dans la vallée de Jehanum, où il prend le nom d’Adam-Bélial.

Pour se venger, Lilith devient le serpent qui provoque la Chute d’Ève, et incite Caïn à tuer Abel. Comme ses enfants s’entretuent, Adam refuse d’avoir des relations sexuelles avec Ève, ce qui permet à Lilith d’enfanter des nuées de démons (avec le sperme d’Adam qui tombe à terre) pendant cent trente ans.

Plus tard, dans le Livnat ha Sappir, Joseph Angelino identifie Lilith à la reine de Saba, dans son rôle de tentatrice ; toujours selon ce livre, l’une des deux prostituées qui se disputent un enfant devant Salomon serait également Lilith.

Dans la démonologie des Midrachim et du Zohar (Le Livre des splendeurs), il y a deux Lilith, la petite et la grande :

  • la « grande » est l’épouse de Samaël ; c’est la femme de la dépravation. Les Geonim expliquent qu’elle contrôle 480 légions, ce qui correspond à la valeur numérique de son nom. Pour avoir, malgré tout, sauvé quelques enfants (dont le fils du roi Nabuchodonosor), elle est autorisée à remonter sur Terre à l’approche du crépuscule ;
  • la « petite » est l’épouse d’Asmodée, prince des Enfers où Lilith règne en toute majesté, avec les trois autres reines des démons : Igrat (en), Mahalath (en) et Nahemah et toutes leurs cohortes qui donnent naissance à des enfants par légions.

Yehouda Bar Rabbi relate, dans sa Genèse Rabba : « Le Saint — béni soit-il — avait créé une première femme, mais l’homme, la voyant rebelle, pleine de sang et de sécrétions, s’en était écarté. Aussi le Saint — béni soit-il — s’y est repris et lui en a créé une seconde. » (Genèse Rabba 18:4). Puis : « Caïn, qui se querellait avec Abel pour [la possession de] la première Ève [soit la petite Lilith, sa première mère], le tua… pour être sûr d’en être le seul possesseur. À eux deux, ils engendrèrent la portion diabolique de l’humanité, comme Adam et Ève en engendrèrent la portion bénéfique… » (Genèse Rabba 22:7→30).

Lilith et le féminisme
À l’époque contemporaine, la figure de Lilith rebelle à l’autorité d’Adam et sa création simultanée à celle de l’homme ont inspiré les mouvements féministes. Dans les années 1970, certaines militantes du groupe « Choisir la cause des femmes » ont repris Lilith et son image comme porte-flambeau de leur lutte. En effet, contrairement à Ève, que la Bible présente comme ayant été conçue à partir d’une côte d’Adam afin qu’elle lui soit dépendante et donc soumise, Lilith aurait été formée à partir d’argile comme Adam et serait donc son « égale ». Ce qui placerait la femme dans un statut, non plus de subordination, mais de parité-égalité face à l’homme.

L’image de Lilith

Physiquement, d’après la tradition talmudique :

  • Lilith serait sombre de teint, aux yeux noirs ou brun foncé ;
  • Ève aurait le teint clair et les yeux clairs : « Je suis Ève, la claire « .

À ce propos, le tableau de John Collier Lilith (en 1892), représente une Lilith, au teint et cheveux clairs, qui pourrait tout aussi bien s’appeler Ève (épisode du Serpent compris).

Moralement comme psychiquement, Lilith fonctionne alternativement comme image du démon sexuel et comme femme fatale, stérile, là où Ève est davantage vue comme la femme docile à l’homme, aussi idéale que génitrice.

Lilith n’était pas qu’une femme, c’était aussi Celle qui savait, surnom qui lui fut donné par Bélial (Bible hébraïque, personnifie le Mal dans la tradition juïve et chrétienne de l’Antiquité. Il figure parmi les démons dans les croyances occultes) à cause de sa grande intelligence.

En tant que femme supplantée ou abandonnée, au bénéfice d’une autre femme, Lilith représente les haines familiales, la dissension des couples et l’inimitié des enfants.

Dévorée elle-même par la jalousie, elle tue les nouveau-nés allant jusqu’à les dévorer, s’enivrant de leur sang. Si la garde des mères est trop vigilante, Lilith déterre leur cadavre, les vidant de leurs entrailles, ne laissant que quelques fétus de paille.

Toujours selon la tradition juive, Lilith, punie par la stérilité, pousse Satan, déguisé en serpent, à pervertir Ève en la possédant charnellement. De cette union, naît le premier être humain ombiliqué (doté d’un nombril contrairement à ses divers parents) : Caïn qui commet le premier meurtre sur Terre, en tuant Abel, son propre frère. Ainsi, Lilith, est quadruplement vengée : à travers l’homme trahi (Adam), à travers la mère bafouée et trompée (Ève), à travers l’enfant perverti devenu assassin (Caïn) et quatrièmement par l’enfant tué (Abel). Bien au-delà de la vengeance, Lilith peut jouir du « mal pour le mal ».

Lilith dans les arts
On peut recenser de très nombreuses héroïnes maléfiques qui, au moins dans une de leurs facettes, reprennent une facette de Lilith (sexualité débridée, détournée de la procréation, sexualité illicite, morbidité liée à la sexualité, femme libre, égale de l’homme), et dont le nom est fait sur le modèle du redoublement de deux « L » : Lily, Lila, Lilas, Liliane, etc.

  • Lilith est un ordinateur de la fin des années 1970 (Niklaus Wirth)
Lilith (1892), par John Collier.

Samaël est une figure angélique de la tradition juive. Il est décrit comme le délateur, séducteur et destructeur du monde.

Souvent assimilé à Satan (l’adversaire, l’accusateur), Samaël est parfois décrit comme le nom « angélique » de Satan, alors que Satan serait son nom « démoniaque ».

D’après les rabbins commentateurs du Pentateuque, c’est lui qui, monté sur l’Antique Serpent, aurait incité Ève à commettre le péché originel. Il fut également l’adversaire mythique de Moïse, dont l’archange Michel lui disputa le cadavre. Aussi appelé le chef des Dragons du mal, il est généralement tenu pour responsable du torride vent chaud du désert.

Angel of Death I de Evelyn De Morgan.

Esotérisme
Dans le « Livre chaldéen des Nombres », évoqué seulement dans l’œuvre ésotérique occulte de Helena Petrovna Blavatsky, La Doctrine secrète, Samaël serait détenteur de la Sagesse cachée (occulte), tandis que Michaël serait celui de la Sagesse terrestre supérieure. Les deux sagesses émanent de la même source, mais divergent après leur délivrance de l’âme, qui sur la Terre est Mahat (compréhension intellectuelle), ou Manas (le siège de l’intellect). Elles divergent, parce que Michaël est influencé par Neschamah (âme sacrée), tandis que Samaël n’est influencé par rien.

Dans la Kabbale
À partir du xiiie siècle, de nouveaux détails tirés de la littérature kabbalistique viennent enrichir le mythe de Samaël. Dans certains récits, sa naissance est associée à celle de Lilith. Selon le Zohar, il émerge spontanément en même temps que Lilith. Les deux sont liés au caractère sévère de la justice divine (la sephira Gevura selon la terminologie kabbalistique). La manifestation de cet attribut de la rigueur présente en effet une analogie avec le mal (Zohar I 148a, Sitre Torah). Dans une autre tradition, Lilith et Samaël sont en fait un seul être androgyne, à l’image de Dieu. Ils sont apparus de dessous le Trône Divin.

Dans la démonologie des Midrachim et du Zohar (Le Livre des splendeurs), Samaël est l’époux de Lilith, la femme de la dépravation. Lorsque Samaël rencontre Lilith, il l’épouse et s’installe avec elle dans la vallée de Jehanum, où il prend le nom d’Adam-Bélial.

Géhenne
Le Guei Hinnom (héb. גיא הנום Vallée de Hinnom, ou גיא בן הנום Guei ben HinnomVallée des Fils de Hinnom, rendu en grec par Γέεννα / Géenna) est une vallée étroite et profonde située au sud et au sud-Ouest de Jérusalem, correspondant au Wadi er-Rababi. Elle passe à l’ouest de l’actuelle Vieille Ville puis au sud du mont Sion et débouche dans la vallée du Cédron.

La vallée est associée de longue date à des cultes idolâtres, dont l’un inclut la pratique d’infanticides rituels dans le feu. Convertie ensuite en dépotoir dont la pestilence émane à des lieues à la ronde, la Géhenne acquiert dans la littérature juive ultérieure, tant apocalyptique que rabbinique et chrétienne, une dimension métaphorique, devenant un lieu de terribles souffrances, puis de demeure après la mort pour les pécheurs. Elle fut également réputée pour être le lieu de réclusion des lépreux et pestiférés. Toutefois, alors qu’elle n’est qu’un lieu de passage, voire la dénomination d’un processus de purification des âmes dans la pensée juive, elle se confond, sous l’influence de la pensée grecque, avec l’Enfer dans la pensée chrétienne, puis musulmane, le Jahannam du Coran n’ayant plus aucune parenté avec le Wadi er-Rababi.

Tombeaux dans la vallée de Hinnom.

La vallée de Hinnom est mentionnée pour la première fois dans le livre de Josué, afin de décrire la limite entre le territoire de la tribu de Juda et celui de la tribu de Benjamin.

Le roi Salomon y érige des hauts-lieux aux idoles moabites et ammonites; les rois idolâtres y font passer leurs fils ainés au feu, pour le consacrer au Moloch au lieu-dit du Topheth au lieu de les sanctifiés à Yahvé.

Les infanticides se poursuivent encore au temps de Jérémie, qui invective les Hyérosolimitains se livrant à ce culte idolâtre et à la perpétration d’abominations, et prophétise la destruction de Jérusalem.

Son contemporain, le roi Josias, également farouche opposant au culte, bien que Baal n’y soit pas directement mentionné, profane le lieu en y répandant des ossements humains, à la suite de quoi la vallée sert de dépotoir, des feux brûlant continuellement pour maintenir les déchets à un niveau bas.

La vallée de Hinnom et le Topheth ont déjà acquis une réputation détestable au temps des prophètes : Isaïe y promet au roi d’Assyrie sa dernière demeure, et prophétise qu’après la délivrance de Sion, les cadavres des ceux qui se sont élevés contre YHWH brûleront en permanence. Toutefois, ces prophéties, qui nourriront les conceptions du jugement dernier, ne contiennent aucune allusion à un au-delà et semblent plutôt se rapporter à ce monde, évoquant aux auditeurs des images désagréables bien connues.

Helena Petrovna von Hahn, plus connue sous le nom d’Helena Blavatsky ou Madame Blavatsky (en russe : Елена Петровна Блаватская), Helena Petrovna Blavatsky ou HPB), née le 31 juillet 1831 (12 août 1831 dans le calendrier grégorien) à Ekaterinoslav (aujourd’hui Dnipro en Ukraine) et morte le 26 avril 1891 (8 mai 1891 dans le calendrier grégorien) à Londres, est l’un des membres fondateurs de la Société théosophique et d’un courant ésotérique auquel elle donna le nom de « théosophie » (en grec : theos, divin et sophia, sagesse), concept antique selon lequel toutes les religions et philosophies possèdent un aspect d’une vérité plus universelle.

Portrait d’Helena Blavatsky par Tomás Povedano.

Enfance
Helena Petrovna von Hahn naît le 30 juillet 1831 (12 août 1831 du calendrier grégorien), à Ekaterinoslav dans l’Empire russe (aujourd’hui Dniepropetrovsk en Ukraine), près du fleuve Dniepr, au sud de la Russie, sous le tsar Nicolas Ier. Elle est la fille d’un colonel, le baron Peter von Hahn, officier germano-balte sujet de l’Empire russe, et d’une romancière, Helena Andreïevna de Fadeïev (no) (Fadeef, alias Zénaïda R-va), la sœur de l’écrivain Vera Jelikhovskaïa et la cousine du futur premier ministre de l’Empire russe, comte Serge Witte. La famille déménage à Romankovo, Odessa. Helena perd sa mère à 11 ans (juillet 1842) et va vivre chez son grand-père maternel, Andreï Mikhaïlovitch de Fadeïev, gouverneur civil de Saratov (1842-1847), qu’elle suit chez lui et puis à Astrakhan, Tiflis (Tbilissi en Géorgie, dans la Transcaucasie). Chétive, elle se montre une enfant fantasque, somnambule, mais aussi décidée, intrépide, coléreuse. Elle lit, dès 1846, chez son grand-père, des ouvrages sur la franc-maçonnerie, les sciences occultes. Elle a une gouvernante anglaise, une autre française ; elle parle donc couramment russe, allemand, français et anglais.

Mariage blanc
Sur un coup de tête ou pour obtenir son indépendance, en juillet 1848, elle se marie avec Nicéphore Vassiliévitch Blavatsky, vice-gouverneur de la province d’Erevan (Arménie, russe depuis 1828). Il a 40 ans, elle en a 18. Le mariage n’est pas consommé, en raison de son aversion pour les hommes.

Première série de voyage
Dès octobre 1848, aidée financièrement par son père, elle réalise une première série de voyages. Elle va rencontrer des sorciers, rebouteux, chamans de Mongolie et d’Inde, lamas du Caucase et du Tibet, yogis d’Inde et de Ceylan, spirites russes et égyptiens, médiums, sages et autres personnes spirituellement remarquables, qui vont profondément l’influencer.

Dans cette première série de voyages, elle va à Constantinople, en Égypte où elle s’instruit auprès d’un copte du nom de Paulos Metamon, à Londres, en Amérique du Nord (au Québec, puis aux États-Unis, avec l’explorateur Albert Rawson, en fin 1851) où elle rencontre des Amérindiens, des mormons, des vaudouistes (à la Nouvelle-Orléans). Elle se rend au Mexique, au Honduras, aux Indes (1852), à Ceylan, à Singapour, à New York, à Calcutta, au Ladakh (Inde). Elle ne parvient pas à pénétrer au Tibet. Elle passe par Java, revient en Angleterre (1853), retourne aux États-Unis (été 1854), dans les Montagnes Rocheuses, en convoi d’immigrés. Via le Japon, elle regagne l’Inde. D’après ses dires, elle aurait réussi, fin 1855, par le Cachemire, à entrer au Tibet, pour être initiée par son ou ses maîtres, les Mahātmā (Grande âme). Aucun document n’atteste toutefois sa présence au Tibet même. De plus, elle n’a pu y séjourner sept ans comme elle l’a prétendu, et sa connaissance du Tibet est peu conforme à ce qu’on sait du bouddhisme tibétain ou lamaïsme.

Elle entretient, dit-elle, des communications avec des maîtres de la Grande fraternité blanche, des Mahātmās plus ou moins invisibles. Le premier est M. (le Mahātmā Morya), du Râjput (Inde occidentale), dont elle a rêvé et qu’elle voit physiquement à Londres en août 18512,3. Plus tard viendront d’autres maîtres dont le Mahātmā Koot Hoomi.

En 1858, Helena Blavatsky passe par la France et l’Allemagne. En janvier 1859, elle revient à Pskov en Russie, chez sa sœur, la veuve Vera Yahontoff ; sous le nom de plume de V. de Jelihowsky celle-ci décrira ses exploits paranormaux. Elle n’est pas médium, mais tient, dit-elle, ses pouvoirs de sa volonté, ou des Mahātmās lisant dans la « Lumière astrale », ou d’êtres invisibles, ou par contact avec des « courants de pensée » de personnes mortes ou vivantes. Entre 1863 et 1865, elle voyage dans le Caucase et surmonte diverses crises psychologiques ou mystiques, dont le dédoublement.

Deuxième série de voyages (1865-1873)

Début 1865, Helena Blavatsky visite les Balkans, la Grèce, l’Égypte, la Syrie (chez les Druzes) et l’Italie où Giuseppe Mazzini l’initierait au carbonarisme. Elle prétend avoir combattu aux côtés de Giuseppe Garibaldi à la bataille de Mentana (1867), où elle aurait été blessée cinq fois. En 1868, la voici à Florence, en Serbie, puis en Inde, et d’après elle pour la seconde fois, au Tibet. Elle rencontrerait alors le maître Koot Hoomi au Ladakh, de 1868 à 1870.

Giuseppe Mazzini – révolutionnaire et patriote italien, fervent républicain et combattant pour la réalisation de l’unité italienne.

Carboranisme – mouvement initiatique et secret, à forte connotation politique, présent en Italie, en France, au Portugal et en Espagne au début et au milieu du XIXème siècle. Il a notamment contribué au processus de l’unification de l’Italie.

Henry Steel Olcott – officier miliaire, avocat, auteur et journaliste américain spiritualiste connu pour avoir fodé et dirigé la Société Théosophique et revivifié le bouddhisme à Ceylan.

William Quan Judge – occultiste américain, l’un des fondateurs de la Société théosophique.

En avril 1870, elle souffre de la mort d’un enfant de 5 ans, Yuri, dont elle serait la tutrice : elle en perd la foi en la religion orthodoxe. Suivent des voyages à Chypre (fin 1870), en Grèce. Elle subit un naufrage le 4 juillet 1871, près de l’île de Spétzai. En Égypte. Au Caire, elle fonde avec Emma Cutting (future Emma Coulomb) une éphémère Société spirite selon les principes d’Allan Kardec. Elle visite Jérusalem, part à Odessa (juillet 1872) puis à Paris.

Son cousin Serge Witte, qui l’a fréquentée pendant son séjour à Odessa, la décrit comme suit dans ses Mémoires:

« Dans ce temps, elle venait souvent voir ma mère et je visitai l’atelier de fleurs plusieurs fois, ce qui me permit de la connaître davantage. Je fus particulièrement frappé de la facilité extraordinaire avec laquelle elle s’assimilait les connaissances les plus variées. Ses aptitudes, sous ce rapport, touchaient à la limite de l’inconscience. Ayant appris la musique sans maître, elle était capable de donner des concerts de piano forte à Londres et à Paris, et quoi qu’elle ignorât entièrement la théorie musicale, elle conduisait un grand orchestre. Considérez également que, bien qu’elle n’eut jamais sérieusement étudié aucune langue étrangère, elle en parlait plusieurs avec facilité. Je fut frappé de sa maestria dans la prosodie. Elle pouvait écrire, sans le plus léger effort, des pages de vers harmonieux et elle pouvait composer, en prose, des essais sur toutes espèces de sujets. En outre, elle possédait le don d’hypnotiser à la fois son auditeur et elle même, pour croire les plus étranges inventions de son caprice. Elle avait, sans aucun doute, un talent littéraire hors ligne. »

Helena Blavatsky se fixe à New York en juillet 1873, à 42 ans. En octobre 1874, elle rencontre le colonel Henry Steel Olcott, homme de loi, franc-maçon, un premier grand compagnon en théosophie : ils s’intéressent alors au spiritisme de Katie King dont elle rejette cependant les idées. Peu après, elle se fait un autre compagnon du clerc d’avocat irlandais William Quan Judge. Elle contracte à New York, en avril 1875, un second mariage avec un Géorgien, Michael C. Betanelly, alors qu’elle restait mariée avec le général Blavatsky. Ce mariage n’aura pas plus d’incidence sur sa sexualité que le premier ; le divorce est prononcé en mai 1878.

La société Théosophique

Elle fonde le 17 novembre 1875, à New York la Theosophical Society (Société théosophique), avec Henry Steel Olcott comme président et William Quan Judge comme secrétaire.

Les trois buts de cette Société sont de :

  1. Former un noyau de la Fraternité Universelle de l’Humanité, sans distinction de race, credo, sexe, caste ou couleur ;
  2. Encourager l’étude comparée des Religions, des Philosophies et des Sciences ;
  3. Étudier les lois inexpliquées de la Nature et les pouvoirs latents dans l’Homme.

New York et Isis dévoilée
En septembre 1877, Helena Blavatsky fait paraître à New York en deux gros volumes, en anglais, Isis dévoilée. L’immense ouvrage est aussitôt épuisé. D’un côté, le New York Herald Tribune le tient pour « une des productions les plus remarquables du siècle » (en) (« One of the most remarkable productions of the century » ; de l’autre côté, le linguiste et orientaliste Max Müller relève que l’ouvrage contient de nombreuses « bévues ».

Bien qu’en 1877 John Yarker lui ait remis une « attestation d’appartenance au Rite d’adoption », elle affirmera plus tard n’avoir jamais appartenu à une obédience maçonnique « régulière ».

Helena Blavatsky obtient la citoyenneté américaine en juillet 1878.

Un succube (le nom est masculin) est un personnage de légende. C’est un démon qui prend la forme d’une femme avec des ailes et une queue pour abuser sexuellement d’un homme durant son sommeil et ses rêves. Les succubes servent Lilith. Leur pendant masculin est l’incube.

Des légendes racontent que le succube prendrait l’apparence d’une femme défunte et, faisant croire à la résurrection de celle-ci, s’accouple avec son bien-aimé. Une autre dit que les succubes punissent les hommes pour leur traîtrise en les abusant puis en les abandonnant.

Le succube est de nature ambivalente, puisqu’il est à la fois redouté et désiré. « Ce qui fait l’horreur, c’est le désir, et le désir devient monstre. »

Lilith (1892) par John Collier. Galerie d’art Atkinson de Southport


Etymologie
Le terme succube vient du mot latin succuba qui signifie « concubine ». Il ne désigne le démon femelle qu’à partir du xvie siècle, par rapprochement avec le terme « incube ».

Une autre étymologie le fait dériver du latin classique sub, « sous », et cubare, « coucher » : « qui couche sous » ou « être couché sous ». C’est un mot masculin, parfois employé au féminin.

Une figure universelle

En Hongrie, « les sorcières de Szeged chevauchent ceux qu’elles aiment ou qu’elles détestent : elles s’assoient sur leur poitrine jusqu’à ce qu’ils ne puissent presque plus respirer, puis elles les transforment en chevaux volants ».

Dans la mythologie antillaise, le succube porte le nom de dorlissedorlis ou encore dorliis. Aussi appelé « l’homme au bâton », il serait plutôt un incube.

Dans la littérature arabe ancienne, le succube est connu comme « un démon femelle qui dérange les hommes pendant leur sommeil et les accompagne dans leur lit ». Au Maghreb, on les appelle al Djinns al ‘achiq, ce qui signifie « le djinn ou le démon amoureux qui habite le corps d’une personne », ils sont mariés dans le monde des rêves avec la personne possédée. Dans les Aurès, les ajenni s’attaquent aux femmes et la tajennit aux hommes : chaque succube et incube étant attaché à une seule personne, l’ethnologue Germaine Tillion parle de « conjoint invisible ».

En Côte d’Ivoire, il existe une croyance en des femmes de nuit ou maris de nuit, esprits qui prendraient l’apparence de l’être aimé ou désiré pour s’accoupler avec une personne pendant son sommeil. Cela peut aller jusqu’à empêcher la victime d’éprouver le moindre intérêt pour des personnes de chair et d’os. La croyance peut notamment être employée dans un couple pour justifier la perte d’intérêt d’un des conjoints pour l’autre.

Les principaux attributs du succube sont la séduction, le vol et la chevauchée nocturne, son rapport à la mort et à la dévoration (de la chair notamment). Ces thèmes, considérés comme néfastes et démoniaques en règle générale, n’en sont pas moins des formes à caractères initiatiques dans les sociétés traditionnelles.

Sculpture de succube sur un encorbellement en bois d’une auberge anglaise, suggérant que le lieu a peut-être servi de lupanar (lieu de prostitution)

Ainsi la croyance entourant ce démon semble avoir une racine commune avec des démons ou créatures comme les harpies, les sirènes, la Lilītu mésopotamienne, la goule mésopotamienne et arabe, les lamies, les stryges.

Le vampirisme, dans sa version féminine, présente à certains égards une thématique commune à celle du succube, notamment ceux de la séduction, de la dévoration et de la mort.

Les créatures féminines au caractère bénéfique, comme les dryades et les nymphes peuvent également être rattachées au succube, du fait de l’ambivalence de sa nature, et, comme il sera vu plus bas, du fait de leurs parentés à certaines traditions chamaniques.

Des créatures divines partageant ce statut de « femme fatale », à la fois séduisante, protectrice et dangereuse, se retrouvent dans la mythologie égyptienne, avec la troublante déesse-chatte Bastet. En effet, on retrouve dans les deux l’allégorie de la féminité et de la séduction, mais également de la cruauté.

Dans les traditions chamaniques, où il est souvent question d’une alliance surnaturelle et de rapports sexuels entre la fille de l’esprit de la forêt et le chaman.

L’union sexuelle avec un succube a ceci de spécifique qu’elle est nocturne, pendant la période des rêves (ceci découle très probablement du fait que les hommes ont régulièrement des érections durant les périodes de sommeil paradoxal).

L’ayami et l’esprit de la fôret

Mircea Eliade, dans son ouvrage Le Chamanisme, cite le témoignage d’un chaman Gold, qui parle de son áyami, c’est-à-dire de son esprit protecteur :

« Un jour je dormais sur mon lit de souffrances lorsqu’un esprit s’approcha de moi. C’était une femme fort belle (…) Elle me dit « Je suis l’áyami de tes ancêtres, les chamans. Je leur ai appris à chamaniser ; maintenant, je te l’apprendrai à toi (…) Je t’aime. Tu seras mon mari et je serai ta femme. Je te donnerai des esprits qui t’aideront dans l’art de guérir. » (…) Consterné, je voulus lui résister. « Si tu ne veux pas m’obéir, tant pis pour toi. Je te tuerai. » (…) Je couche avec elle comme avec ma propre femme (…) Elle se présente parfois sous l’aspect d’une vieille femme ou d’un loup, aussi ne peut-on la regarder sans frayeur. D’autres fois empruntant la forme d’un tigre ailé, elle m’emporte pour me faire voir diverses régions (…) À l’époque où elle m’instruisait, elle venait toutes les nuits (…) »

Il cite également Sliepzova, concernant les Iakoutes de Sibérie :

« Les Maîtres et les Maîtresses des Abassy du monde supérieur ou inférieur apparaissent dans les rêves du chaman, mais ils n’entrent pas personnellement en relations sexuelles avec lui : c’est réservé à leurs fils et à leurs filles. »

Roberte Hamayon, dans La chasse à l’âme : esquisse d’une théorie du chamanisme sibérien (1990), dit à peu près la même chose concernant « la fille de l’esprit de la forêt ». Dans le chamanisme des Bouriates de Sibérie, l’esprit de la forêt est représenté par le Grand Cerf. C’est lui qui donne la chance à la chasse, c’est-à-dire que c’est lui qui pourvoit les chasseurs en gibiers. La forêt est en effet Bajan Xangaj, « Riche-Rassasieur » ; elle est généreuse mais aussi impitoyable, témoin de son ambivalence. Or les Chamans ou les chasseurs n’ont qu’exceptionnellement affaire à lui. La plupart du temps ils sont engagés avec sa ou ses filles. Celle-ci est une coureuse de chasseurs. Elle leur apparaît la nuit en rêve ou à la chasse en imagination.

« Elle est toujours très belle et le plus souvent nue, séductrice et exigeante (…) attendant de lui, en échange du gibier, les plaisirs humains : ceux de l’amour, des contes et des chants. »

Pour le chaman, il existe une véritable union maritale avec elle, un mariage surnaturel, conjointement à son union terrestre. Elle peut apporter le gibier pour le chasseur et l’enseignement pour le chaman. Mais elle apporte aussi la folie et la mort pour le chasseur qui se laisse trop envahir par elle, et la mort pour le chaman s’il refuse de s’unir à elle.

Bien que les relations sexuelles avec l’esprit féminin de la sur-nature pendant les rêves soient une constante dans le chamanisme sibérien, l’élément important est celui de l’initiation du chaman par celle-ci. C’est elle qui, esprit protecteur principal, choisissant le chaman, donnera à celui-ci les esprits auxiliaires qui lui obéiront et l’assisteront.

Jean Markale, dans Mélusine décrit Lilith comme un succube de la plus belle espèce. C’est une vierge inassouvie, une dévoreuse (d’enfants, de sperme). Elle engloutit, rôde la nuit.

Cependant, le qualificatif de succube est rejeté par certains, car elle refuse d’être en position d’infériorité, et vole le sperme qui tombe à terre (les succubes ne recueillent pas le sperme issu de la masturbation).

Lilith primitive

Les fées ne sont pas étrangères à cette conception du succube. Suivant la définition de Thesaurus, la fée est un « personnage féminin imaginaire, doté de pouvoirs magiques, et censé influer sur le monde des vivants ».

Contrairement à la croyance qui veut que la fée soit bonne par nature, la fée incarne en fait, comme son homologue chamanique, une nature ambivalente, qui la fait sorcière dans son versant maléfique (dans le sens « Qui apporte la maladie ou la mort »). Il existe bien une Fée Carabosse, ainsi qu’une fée Morgane. Son ambivalence est bien attestée au travers de la Befana.

Befana – La Befana est une figure typique du folklore italien. Son nom vient de la déformation d’Épiphanie, en italien Befana – Epifania.

Giovanni Pascoli (1855-1912) est l’auteur d’un poème en italien de 13 strophes intitulé La Befana.

En voici le début :Viene viene la Befana,vien dai monti a notte fonda.Come è stanca! la circondaneve, gelo e tramontana.(Elle vient, elle vient, la Befana,elle vient des montagnes quand la nuit tombe.Comme elle est fatiguée ! L’environnentla neige, le gel et le vent du Nord)

Ce poème peut être vu comme une allégorie de la condition humaine.

La Befana sous trois formes, munie de son balai.

Un incube (du latin incubus signifiant « couché sur », pluriel incubi ; ou incubo, pluriel incubones1) est un démon mâle qui prend corps pour abuser sexuellement d’une femme endormie. Velu, hirsute et souvent représenté comme possédant des pieds de bouc, le démon incube pèse sur la poitrine de sa victime endormie et peut même l’étouffer. Son équivalent féminin est le succube.

La civilisation mésopotamienne le connaît sous le nom Lilū, mais c’est dans la Grèce antique que l’« éphialtès » est perçu pour être un démon qui s’attaque au dormeur. Les médecins grecs en font un être indissociable du phénomène cauchemardesque. Au Moyen Âge, l’incube est assimilé au diable, qui passe pour s’unir sexuellement aux sorcières transportées au cours du sabbat. Alors que le Malleus Maleficarum en fait une figure diabolique de l’impureté, des théologiens et démonologues chrétiens, comme saint Augustin, Jean Bodin ou Martín Antonio Delrío, débattent de sa réalité et de son pouvoir sur l’âme. Le terme est ainsi particulièrement en usage dans les écrits ecclésiastiques du Moyen Âge pour signifier l’hérésie du commerce sexuel avec le diable.

Dès le xvie siècle, des praticiens comme Jean Wier et Scipion Dupleix contribuent à faire passer le phénomène du domaine religieux au domaine médical, puis à la psychiatrie naissante. Louis Dubosquet, en 1815, considère l’incube comme une production fantasmatique produite par l’état d’angoisse constitutif du cauchemar. La psychanalyse et la psychiatrie moderne classent les apparitions d’incubes comme des délires psychotiques et hallucinatoires similaires à ceux prenant part dans la zoopsie. La psychiatrie moderne fait de l’incube une représentation imaginale de troubles nocturnes liés à une déviance libidinale.

D’une connotation sexuelle très forte, les récits d’attaques d’incubes, véhiculés par la littérature, sont teintés d’une ambivalence à l’égard des sentiments de la victime. Tantôt plaisants, ils peuvent se transformer en cauchemar. Les enfants nés d’une relation avec un incube sont courants dans les mythologies ou les folklores ; on leur prête souvent des pouvoirs exceptionnels, ainsi qu’un destin unique. L’enchanteur Merlin, par exemple, passe pour avoir été engendré par un incube. Les descriptions ethnographiques montrent que l’incube demeure une réalité dans certaines cultures. Il est souvent considéré comme un esprit médiateur entre le chaman et le monde invisible.

Les explications sont nombreuses. Symboliques, psychanalytiques ou physiologiques, les causes des apparitions d’incubes tiennent à la fois de l’imaginaire et du médical. Lié fortement au cauchemar, l’incube est l’un des démons les moins représentés par l’iconographie. Hormis des représentations artistiques, comme celles de Johann Heinrich Füssli, ou littéraires, comme celles décrites par Pétrone ou Maupassant, l’incube constitue un démon peu identifiable, tour à tour apparenté aux dieux Pan ou Faunus.

Le Cauchemar par Johann Heinrich Füssli, 1802 (huile sur toile).

Zoopsie – une hallucination est définie en psychiatrie comme une perception sensorielle sans présence d’un stimulus détectable : par exemple voir des objets physiquement absents, ou bien entendre des voix sans que personne de parle.

Les hallucinations psychosensorielles peuvent affecter l’ensemble des sens, tels que la vue l’ouïe, l’odorat, le goût et superficiellement le toucher.

Les hallucinations psychiques concernent uniquement la pensée : idées, sentiments, représentations… s’imposant à l’esprit.

Le classement des hallucinations varie selon les auteurs, et différents types d’hallucinations peuvent se recouper. Le phénomène hallucinatoire est hétérogène, lié à des causes très diverses, dont les limites et le mécanisme restent discutés.

Mes yeux dans le temps de l’apparition d’August Natterer.

La cénestopathie (de cénesthésie) est une sensation somatique viscérale, analogue à une hallucination de la sensibilité intérieure profonde. Elle s’accompagne d’un sentiment général de mauvaise santé, car elle est ressentie à l’intérieur du corps. La cénesthésie peut être localisée à une partie du corps, notamment digestive ou sexuelle. Dans ce dernier cas, le sujet peut accepter ou refuser des rapports sexuels hallucinatoires. Ce type de troubles serait à l’origine des incubes et des succubes de la période médiévale.

La cénesthésie peut être généralisée, réalisant un syndrome de dépersonnalisation (transformation totale du corps, grandissement, évidement, éclatement, électrisation…) ou un vécu de possession diabolique ou animale.

D’autres hallucinations entrent dans la pathologie du schéma corporel, comme le membre fantôme, qui consiste à ressentir un membre ou un organe amputé ou manquant comme faisant toujours partie du corps ; ou encore les asomatognosies, méconnaissance d’une partie ou de la totalité du corps, s’en rapprocherait le délire des négations ou syndrome de Cotard.

De même les sensations de lévitation, comme celle de sortie du corps, entreraient dans le cadre des hallucinations corporelles. L’autoscopie est l’hallucination de se voir soi-même (le sujet se voit lui-même venir sur lui dans une atmosphère d’étrangeté). L’autoscopie interne (voir son propre corps de l’intérieur) est une hallucination dont l’authenticité est discutée.

Le cauchemar (1781) de Füssli, ou la représentation d’un démon incube.

Les hallucinations psychiques
À l’origine, les « hallucinations dites psychiques » concernaient uniquement la pensée, dans le domaine verbal, sans modalités sensorielles, puis elles ont été étendues à des formes psychosensorielles complexes.

Par exemple, ce sont des voix intérieures (entendues dans la tête et non pas par l’oreille) transmises de l’extérieur comme par télépathie. Le patient reçoit par la pensée des informations, idées, musiques, rêveries, souvenirs, représentations… qui lui sont imposées.

On parle de désappropriation du langage intérieur, où le sujet n’a plus la maitrise volontaire de sa vie intérieure. Le patient éprouve ce phénomène comme l’intrusion d’un autre dans sa conscience, ce qu’il pense ou ressent ne lui appartient plus.

Dans le syndrome d’influence, le sujet a le sentiment d’être possédé (pensées imposées), et d’être dirigé de l’extérieur (comportement imposé).

Dans le syndrome d’automatisme mental, les hallucinations psychosensorielles, psychiques et syndrome d’influence se regroupent, avec un double phénomène de possession (parasitisme) et de mécanisation de la vie psychique du sujet.

Diagnostic positif
Le diagnostic d’hallucination ne peut porter que sur des expériences répétitives, une hallucination isolée, éphémère, occasionnelle ayant peu de valeur.

L’expérience du sujet doit être éprouvée en dehors de son libre-arbitre, l’hallucination s’impose à lui de façon concrète et indubitable, avec croyance en la réalité de la perception, même si le sujet n’est pas toujours certain de la réalité du donné hallucinatoire, la perception est vécue comme une expérience réelle. Dans les hallucinations psychiques, c’est un autre qui pense, et dans les hallucinations psychosensorielles, c’est quelque chose à l’extérieur de soi qui est perçu.

Hallucinose
Il faut distinguer l’hallucination (même mot, en anglais) de l’hallucinose (hallucinosis, en anglais), qui est qualifiée de pseudo-hallucination (« pseudo » voulant dire : « faussement attribué(e) à »). L’hallucinose est une perception hallucinatoire (évidence sensorielle pour le sujet), mais qui en même temps la considère comme irréelle (le sujet reste critique, en l’attribuant par exemple à un toxique, une maladie sensorielle, etc.).

Le sens exact du terme hallucinose peut varier selon les périodes et les auteurs, et tend à être moins employé.

L’interprétation est un jugement faux à partir d’une perception réelle ou d’un fait exact. La déduction qui en est tirée, ou la signification personnelle qui en est faite, sont erronées.

Dans le cas des interprétations délirantes, la personne attribue un sens délirant à ses perceptions sensorielles. Par exemple, la conviction que la sonnerie aléatoire d’un clocher porte le signal d’appel du divin. Néanmoins dans certaines pathologies très lourdes, comme la psychose hallucinatoire chronique, hallucinations et délires peuvent être associés.

August Natterer – August Natterer (1868 – 1933), également nommé Neter, est un peintre schizophrène allemand.

August Natterer, renommé Neter par son psychiatre pour les protéger lui et sa famille de l’immense stigmatisation sociale associée aux troubles mentaux à cette époque, est né en 1868 à Schornreute, près de Ravensbourg en Allemagne, et il est le cadet de neuf frères et sœurs. Natterer étudie en ingénierie, se marie, voyage beaucoup et engage une brillante carrière d’électricien avant de souffrir de délires et de troubles anxieux. Le 1er avril 1907, il souffre d’une hallucination concernant le jugement dernier durant laquelle « 10 000 images ont défilé devant ses yeux en une demi-heure. »

Natterer maintient par la suite qu’il est le fils adopté de l’empereur Napoléon Ier. Cette vision lui donne une immense inspiration artistique qu’il expose ensuite dans ses œuvres. Les œuvres de Natterer sont le plus souvent étudiées scientifiquement qu’artistiquement. Il décède en 1933 dans un asile psychiatrique près de Rottweil.

Hexenkopf (La tête de la sorcière), 1915.

Natterer était l’un des « maîtres schizophrènes » décrit par Hans Prinzhorn dans son ouvrage intitulé Artistry of the Mentally Ill. Natterer tentait de montrer par le biais de ses œuvres les « 10 000 images » qu’il a vu défiler devant ses yeux en avril 1907.

Publié par magrenobloise

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