Front Populaire – Peut-on être de gauche et contre l’immigration ?

OPINION. Le point de vue de David Chauvet, docteur en droit, sur le rapport qu’entretient la gauche avec l’immigration. Traditionnellement posée à droite, la question n’appartient pourtant selon lui à aucun camp. Il estime en revanche que la gauche a beaucoup trop négligé ce thème essentiel.

Peut-on être de gauche et contre l’immigration ?

Il fut un temps, pas si lointain, où la demande de sécurité ou même d’une simple vidéosurveillance de la voie publique étaient considérées par la gauche comme des dérives droitières. Aujourd’hui, quasiment plus personne ne dirait qu’exiger la sécurité vous classe nécessairement à droite, à plus forte raison à l’heure du terrorisme islamiste, qui vient encore d’endeuiller notre pays de la manière la plus ignoble. Que le rejet de l’immigration soit naturellement associé à la droite devrait dès lors nous inspirer une certaine méfiance. Certes, la question de l’immigration – celle, massive, que connaît notre pays depuis plusieurs décennies pour des raisons principalement économiques – est traditionnellement posée par la droite. Mais cela ne prouve pas que cette question soit essentiellement de droite, pas plus que l’écologie n’est de gauche du seul fait d’être majoritairement portée par la gauche. Tout ce que cela nous dit, c’est que la gauche a négligé le problème de l’immigration, tout comme la droite a délaissé la question de l’écologie. Il est donc permis de se poser la question : y a-t-il des raisons de gauche d’être contre l’immigration ?

Historiquement, on peut dire que oui : les communistes, avec George Marchais, ont bien posé le problème de l’immigration, en arguant qu’elle exerçait une pression sur le marché de l’emploi et servait les intérêts des patrons. On peut être d’accord, ou non, mais cette raison de s’opposer à l’immigration est clairement de gauche. Pour autant, ce n’est pas la seule, et j’en donnerai bientôt une autre, qui me semble particulièrement importante et sur laquelle, pourtant, on n’insiste pas suffisamment, me semble-t-il. Je mets ainsi de côté les raisons de droite d’être contre l’immigration, comme le rejet du multiculturalisme qui en est la conséquence, critique bien sûr parfaitement recevable dans le débat public mais hors-sujet dans le présent article. J’écarterai aussi les raisons qui ne sont ni de droite ni de gauche, comme le simple constat, que faisait Michel Rocard dans une formule restée célèbre, selon laquelle la France ne peut « héberger toute la misère du monde ». Le fait d’en être incapable ne dépend pas de préférences idéologiques. S’il est moralement requis de sauver quelqu’un qui se noie en le prenant sur un radeau, mais que, ce faisant, on ferait couler l’embarcation, alors ce sauvetage est impossible, et cela, indépendamment des préférences morales dans un sens ou un autre. L’idée de Rocard est simplement que nous n’avons pas les moyens financiers de prendre en charge tous les damnés de la Terre.

Il ajoutait que la France devait prendre sa part de la misère du monde. C’est là, on me l’accordera facilement, une raison de gauche d’être pour l’immigration. Pour faire bref, la gauche dit qu’elle veut sauver des gens en leur offrant une meilleure vie en France. Seulement, il y a un problème : cette même gauche fait le constat d’un « apartheid social », quand les immigrés ou leurs descendants sont parqués dans des cités inhumaines à l’écart de tout. Pour avoir passé une partie de mon enfance dans l’une d’elles, je peux témoigner que leur seule architecture est un affront à toute vie civilisée. Surtout, il n’échappe plus à personne que ces cités favorisent largement la fermeture des communautés sur elles-mêmes, la délinquance, la violence et l’embrigadement islamiste qui conduit trop souvent au terrorisme. Cela finit par constituer un contre-modèle de société qui se répand au-delà de ces quartiers, dans des endroits pourtant bien plus accueillants. Qui doit-on tenir responsable de cette situation ? Pour la gauche immigrationniste, c’est la France qu’il faut incriminer, pour les moyens insuffisants qu’elle consacre aux quartiers ou à l’intégration. Et l’excellent film de Ladj Ly Les Misérables de citer Hugo : « il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs. » C’est, je crois, on ne peut plus vrai. Mais c’est aussi, de manière surprenante, une raison très forte de mettre un terme à l’immigration – et en plus, une raison de gauche.

Le film de Ladj Ly et les immigrationnistes font à la France un procès en inaction : elle ne fait pas ce qu’il faudrait pour permettre aux immigrés et à leurs descendants de s’insérer dans la société. Au lieu de ça, elle les relègue dans les cités, loin des regards. Mais c’est là, en réalité, un procès d’intention. Ce n’est pas que la France ne veut pas les intégrer, c’est qu’elle ne le peut pas. On pourra arroser les quartiers encore et encore, la situation de pauvreté, de délinquance et de rupture sociale et culturelle ne cessera d’empirer, car nous l’alimentons sans fin par une immigration incontrôlée. Pour que la situation change vraiment, il faudrait que les populations immigrées ou issues de l’immigration qui s’enlisent dans ces quartiers en sortent pour se mélanger avec le reste de la population. Il faudrait raser les cités. Mais on ne le fera pas. On en construira d’autres, beaucoup d’autres, parce que c’est la conséquence directe de l’immigration. Et on ruinera ainsi la vie d’innombrables personnes, les nouveaux arrivants et leurs descendants assignés, générations après générations, à cette condition déplorable. La conclusion s’impose : il faut stopper l’immigration massive, c’est-à-dire diminuer drastiquement les flux migratoires, de telle sorte qu’on puisse employer nos ressources à vider les cités plutôt que les remplir indéfiniment.

Voilà pourquoi la gauche devrait s’opposer à l’immigration. Pas seulement parce que des populations qui ne vivent pas dans ces cités subissent l’insécurité consécutive aux échecs de l’intégration. Mais aussi à cause de ces autres victimes de l’immigration que sont les populations qui, certes, en sont issues, mais sont désormais coincées dans des quartiers ghettoïsés sous la coupe réglée de délinquants ou d’islamistes. Et même au nom des criminels, des agresseurs ou des terroristes, à qui la France aurait pu donner une chance de tourner autrement, si l’immigrationnisme n’avait pas entassé massivement les populations immigrées dans des cités criminogènes. Il faut penser à ce que chacun d’eux aurait pu devenir si l’idéal d’une vie meilleure promis par la gauche n’avait été balayé par la triste réalité des quartiers.

Si la France porte sa part de responsabilité dans ces destins broyés, c’est à cause de son immigrationnisme, ce dogme qui veut voir l’immigration comme un bien en soi quelles que soient les circonstances. C’est le vrai coupable du gâchis de cette jeunesse qui méritait mieux que permettre à d’autres, le plus souvent loin des quartiers, de soigner leur image en affichant leur beauté morale. En bons cultivateurs, prenons soin de nos jeunes pousses, et pour ce faire, arrêtons de semer à tout vent.

Auteur :
David Chauvet, essayiste.

Publié par magrenobloise

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