Front Populaire – Turquie : Angela Merkel en position de faiblesse

ARTICLE. L’Europe fait face aux insultes virulentes de Recep Tayyip Erdogan, président de la Turquie. L’UE envisage des sanctions, à la demande de la France. Mais l’Allemagne y oppose un véto et juge cette demande inopportune.

Turquie : Angela Merkel en position de faiblesse

Mardi, la France a exhorté ses partenaires Européens à adopter des mesures contre la Turquie lors du prochain sommet de l’UE, en mesure de rétorsion face aux attaques et au boycott des produits français. Le porte-parole de l’institution, Peter Sano, a répondu qu’il n’excluait pas une réunion urgente sur ce sujet. Mais d’après l’AFP, l’Allemagne juge cette réponse « inopportune » et bloque cette demande des États membres.

Les déclarations du président Erdogan ont pourtant fait bondir les dirigeants européens. Lundi 26 octobre, le président Turc a exigé des responsables européens, qu’ils cessent cette « campagne de haine envers les musulmans », dont Emmanuel Macron serait l’instigateur. Il a accusé l’Europe de faire subir aux pratiquants de l’Islam, le même sort qu’aux juifs de l’entre-deux guerres, évoquant ni plus ni moins qu’un « lynchage ». Des propos qui font suite à ceux du week-end précédent, après que le président turc a par deux fois conseillé au président français d’aller « faire des examens de santé mentale », après que ce dernier ait affiché son soutien à la liberté d’expression et liberté de caricaturer.

Des propos qui sont la queue de comète d’une longue série de tension géopolitiques d’abord, puis religieuses entre Paris et Ankara, et qui n’ont pas manqué de faire réagir. Tout d’abord en France, laquelle a rappelé son ambassadeur de Turquie puis a communiqué : « Les propos du président Erdogan sont inacceptables. L’outrance et la grossièreté ne sont pas une méthode. Nous exigeons d’Erdogan qu’il change le cours de sa politique car elle est dangereuse à tous points de vue. Nous n’entrons pas dans des polémiques inutiles et n’acceptons pas les insultes ». (AFP). Le premier ministre Italien Giuseppe Conte a également déclaré sa « Pleine solidarité avec le président Emmanuel Macron ». Le premier ministre néerlandais, lui aussi en conflit avec Recep Tayyip Erdogan a soutenu le dirigeant français. Le président du Conseil européen, Charles Michel, a tweeté : « Au lieu d’un agenda positif, la Turquie choisit des provocations, des actions unilatérales en Méditerranée et désormais des insultes ».

Dans ce concert d’indignation manque une voix forte, celle d’Angela Merkel. L’Allemagne n’a réagi que par le biais de la porte-parole de la Chancelière, Steffen Seibert, qui a qualifié les propos du dirigeant Turc de « déclarations diffamatoires qui ne sont absolument pas acceptables ». La responsable Allemande marche sur des œufs : ses relations avec la Turquie sont également houleuses et le pouvoir de nuisance de cette dernière, élevé. Tout d’abord parce que 1,5 millions de Turcs vivent en Allemagne, mais également parce que l’accord conclu en mars 2016 entre l’Union européenne et la Turquie sur le contrôle migratoire place de facto l’Allemagne en dépendance de celui qui tient les clés du verrou des flux de réfugiés vers son pays. En résulte un exercice d’équilibriste et de médiateur que tient tant bien que mal la chancelière allemande.

Le positionnement de l’Allemagne vis-à-vis des caricatures n’est pas le même que celui de la France, d’un point de vue législatif : Le 31 mars 2016, l’humoriste allemand Jan Böhmermann lisait à l’antenne un poème insultant vis-à-vis du président turc. Lequel a décidé en réponse de porter l’affaire en justice, en vertu de l’article 103 du code pénal allemand qui autorise les chefs d’État étrangers à porter plainte en Allemagne contre des propos injurieux tenus à leur encontre. Pour autant, pour que cet article datant de 1871 soit applicable, il requiert à chaque fois un aval du gouvernement. Chose faite car Angela Merkel a validé la procédure, provoquant un grand débat outre Rhin sur la liberté d’expression. Quant à lui, l’humoriste s’est vu interdit de reciter à nouveau son poème, jugé insultant dans 18 de ces 24 vers.

Au-delà du débat sur la liberté d’expression, Le 23 octobre, soupçonnant un détournement de fonds d’urgence réservés à la gestion du Coronavirus, 150 policiers allemands ont perquisitionné des commerces mais aussi une mosquée à Berlin. Une opération également vivement critiquée par Recep Tayyip Erdogan qui a écrit sur twitter : « Je condamne fermement l’opération de la police qui se nourrit du racisme et de l’islamophobie et ignore entièrement la liberté de croyance. Nous allons continuer de lutter contre le racisme, la xénophobie et l’islamophobie où que ce soit dans le monde. ».

Deux épisodes d’une longue liste d’invective. En 2017, le président Turc avait expliqué à la télévision que la chancelière avait « recours en ce moment précis à des pratiques nazies ! ». L’Allemagne venait d’annuler des meetings qui devaient se tenir sur son territoire pour défendre le « oui » au referendum du 16 avril 2017 qui visait à étendre les pouvoir de Recep Tayyip Erdogan.

L’opposition d’Angela Merkel aux réactions de ses voisins européens face aux outrances du président turc est l’illustration d’un énième épisode qui affiche la faiblesse de l’Europe. Sous fond de tension sous-jacente entre le président français et la chancelière allemande. Et de tolérance face aux insultes, même les plus violentes.

Publié par magrenobloise

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