Front Populaire- Voici le temps de l’autorité

CRITIQUE. Avocat au barreau de Paris et président du Centre de Réflexion sur la Sécurité Intérieure (CRSI), Thibault de Montbrial fait paraître son dernier ouvrage chez L’Observatoire. Il appelle à renouer avec l’autorité, seul moyen d’éviter l’effritement fatal de l’Etat de droit et le noyautage du bien commun.

Voici le temps de l’autorité

« Affaiblissement de notre doctrine du maintien de l’ordre paralysée par les fantômes du passé. Inconscience d’une justice allergique à la prison, et incapable de protéger les citoyens. Perte totale du contrôle de nos frontières, ouvertes aux quatre vents. Échec de l’intégration, favorisant la perte de repères identitaires et le communautarisme. Renoncement à combattre l’islamisme autrement que par les mots. Refus d’appliquer nos propres lois par crainte du qu’en-dira-t-on médiatique. Gouvernance par l’émotion plutôt que respect de l’Etat de droit. La liste des renoncements est longue. »

Malgré la diversité des maux qui accablent le pays, tous ont un dénominateur commun. C’est à cette aune que Thibault de Montbrial déroule son état des lieux : « rétablir l’autorité est la première, sinon la seule urgence. » A le lire, l’auteur a des raisons de parler d’urgence. Il confie en fin d’avant-propos les mots d’un haut fonctionnaire français entendus en privé : « La question n’est plus de savoir si la société va exploser, mais quand. » Le ton est donné.

Montbrial commence son livre par une rétrospective sur les évolutions récentes des doctrines de maintien de l’ordre. Une constatation générale : la « doctrine Malik Oussekine » – mise en place à partir de 1986 et consistant à éviter tout contact direct pour contenir la violence plutôt que la réprimer – a fini par être abandonnée à partir de 2018 et de l’acte IV des Gilets Jaunes, avec la création des détachements rapides d’action (DAR), unités mobiles chargées de mettre hors d’état de nuire les casseurs. L’occasion pour l’auteur de faire un tour d’horizon des groupes d’agitation, des black blocs aux zadistes en passant par certains supporters du PSG bien connus pour leurs méthodes de célébrations.

Comment l’autorité a-t-elle pu s’effondrer à ce point en France ? L’enterrement du bon sens au profit d’une vision éthérée des enjeux y a été pour beaucoup, notamment en concourant à transformer la politique en moraline. Le sujet des frontières est à ce titre éclairant. Montbrial l’analyse en lien avec les problématiques du terrorisme et des migrants. Un lien longtemps interdit par la pensée dominante et sur lequel l’auteur avait pourtant, parmi d’autres, largement alerté. Et l’avocat de rapporter des propos de mars 2016 du commandant en chef de l’OTAN, Philip Breedlove, affirmant qu’au moins 1500 djihadistes ont profité de la crise migratoire pour revenir en Europe.

Dans la même veine, Montbrial pointe du doigt le fléau des non-reconductions à la frontière. « C’est peut-être ici, plus qu’ailleurs, que l’abandon de l’autorité en matière d’immigration est le plus criant. » En effet, une bonne partie des déboutés du droit d’asile ou interdits de territoire sur décision administrative ou judiciaire restent sur le territoire. Les chiffres de 2018 de la Cour de comptes sont édifiants : 15% des déboutés du droit d’asile quittent réellement le territoire. « Plus que tout autre, ce chiffre de 15% d‘expulsion effective porte la marque d’une défaussement de la force publique face à la première de ses responsabilités : faire appliquer la loi. »

On aurait toutefois tort de penser cerner le problème en se limitant à ces exemples. C’est articulés les uns avec les autres qu’ils font système et dessinent l’Etat d’un pays après un demi-siècle d’abandon de l’autorité. L’absence d’intégration, portée par une idéologie de la repentance et de la haine de soi, a nourri la désintégration. Une immigration incontrôlée sur un territoire d’où l’autorité a disparu et où règne la haine de soi forment un cocktail pour le moins explosif. Montbrial reconduit à ce titre les analyses édifiantes de Jérôme Fourquet dans son L’Archipel français : « Nous sommes dans une société qui de facto est hétérogène sur le plan socioculturel ». Or, si une société pluriethnique peut fonctionner si elle est mono-culturelle, une société pluriethnique pluriculturelle est forcément en porte-à-faux avec le pacte républicain.

Pour l’auteur, l’islamisme rampant est une conséquence directe de la politique laxiste de l’Etat en matière d’immigration depuis quarante ans. Cette hydre islamiste se nourri de la doctrine d’Abu Moussab al-Suri, auteur de l’Appel à la résistance islamique mondiale, considéré par les spécialistes comme la bible fondatrice du djihad moderne. Al-Suri milite pour une approche décentralisée et locale de la conquête islamique, par les pratiques quotidiennes, culturelles et religieuses sur la base d’une articulation provocation/victimisation. Ce schéma a été celui à l’œuvre depuis l’affaire du voile de Creil en 1989 jusqu’à l’affaire des accompagnatrices scolaires, fin 2019, en passant par la polémique autour du port du burkini dans les piscines. Thibault de Montbrial a une expression intéressante pour qualifier ce mode opératoire qui consiste à faire avancer la cause islamiste par la polémique médiatique et le levier judiciaire : le « judo des valeurs ».

Après une autopsie de la justice, considérée par l’auteur comme largement responsable de ses propres manquements, notamment eu égard au scandale de la non-exécution des peines et l’inconscience de certains juges en matière de terrorisme, un tour d’horizon des menaces et de la crise du Covid, Montbrial consacre la deuxième partie de son ouvrage à explorer les pistes pour rendre à la France sa raison et sa santé. Le sursaut passera par le réarmement des corps et des esprits, pour ne plus subir. Anticipant l’accusation de l’éloge de la répression, l’avocat évacue toute ambiguïté : « L’autorité n’est pas l’autoritarisme. Il ne s’agit pas de l’expression d’une volonté verticale imposée. Au contraire : c’est celle d’un projet commun que l’on protège et préserve. L’autorité cherche à incarner, sans compromission, les aspirations du peuple. » Un éloge de l’autorité donc, qui, selon l’auteur, n’est pas tant la revanche de la fermeté sur le laxisme que celui de la primauté de la loi de la République sur le chaos.

Publié par magrenobloise

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