Malgré la pandémie, la suppression des lits d’hospitalisation continue !

ARTICLE. On aurait pu penser que la pandémie et la crise de l’hôpital public ouvrent les yeux du gouvernement et le poussent à revoir sa politique sanitaire. Il n’en est rien : une dizaine d’hôpitaux en France envisage actuellement de fermer des centaines lits d’hospitalisation.

Malgré la pandémie, la suppression des lits d’hospitalisation continue !

Fin mars 2020. La France est confinée depuis une semaine. Emmanuel Macron est à Mulhouse et annonce un « plan massif » pour l’hôpital : « L’engagement que je prends ce soir c’est qu’à l’issue de cette crise un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital. C’est ce que nous leur devons, c’est ce que nous devons à la Nation. Cette réponse sera profonde et dans la durée. »

Six mois après ces belles paroles, l’hôpital public connaît une situation plus délétère que jamais. En juillet, à l’issue du Ségur de la santé, a été annoncée entre autres la réouverture de 4000 lits d’hôpital « à la demande ». Mais ces lits « à la demande » masquent en réalité la suppression de lits d’hospitalisation : ainsi, plus d’une dizaine d’hôpitaux sur tout le territoire vont devoir fermer des centaines de places.

C’est notamment le cas à Besançon. En septembre 2020, la direction du CHU de Besançon a annoncé la suppression d’un service entier de soins de suite et de réadaptation, soit 28 lits. Si l’on ajoute les autres établissements du Groupement hospitalier de territoire Centre Franche- Comté, ce sont 80 lits qui ont fermé depuis le début de l’été.

Au CHU de Clemont-Ferrand, les fermetures de lits qui ont eu lieu lors de la première vague au mois de mars font craindre aux soignants des suppressions à long terme. Au printemps, « des chambres du service de cardiologie ont été transformées en chambres pour les malades du Covid, des chambres de deux lits sont devenues alors des chambres d’un seul lit. Nous ne sommes pas encore repassés à deux lits. Nous avons aussi perdu des lits dans le service d’endocrinologie, 28 lits d’hospitalisation complète ont été transformés en hospitalisation de jour », a indiqué à Bastamag un aide-soignant du CHU et délégué CGT.

Pour la ville de Toulouse, la chambre des comptes a publié un rapport il y a quelques semaines à peine qui préconise de supprimer des lits en raison d’une « dégradation de la situationfinancière ». La CGT du CHU a dénoncé la logique financière de l’hôpital, qui a déjà connu 300 suppressions de postes en 5 ans. La juridiction financière a défendu son rapport estimant qu’il était nécessaire de répondre « à la forte concurrence de l’offre privée ».

A Nancy, le Copermo – le plan de restructuration- fait fermer 174 lits et des centaines de postes au CHU de Nancy. Christophe Lannelongue, directeur de l’ARS Grand-Est avait déclaré il y a quelques semaines, alors que la France était déjà en pleine pandémie qu’il « il n’y a pas de raison de remettre en cause le Copermo pour le CHRU de Nancy […] La trajectoire reste la même. » Il a depuis été remercié, mais sans que l’information de suppression des lits du CHU de Nancy soit démentie par Olivier Veran.

Le même Copermo va également sabrer plus de 180 lits au CHU de Reims d’ici 2027. La CGT de l’hôpital évoque même 210 lits. Même situation à Caen : 200 lits sont menacés lors de la reconstruction de l’hôpital qui doit être terminée en 2026. Cette décision a été actée et a provoqué un scandale, poussant même des députés et sénateurs du Calvados à interpeller le ministre de la Santé, Olivier Veran. En vain.

À Limoges, un projet de transformation du CHU va engendrer la fermeture de plus d’une centaine de lits. En juin dernier, une manifestation a réuni plus de 700 personnes pour protester contre ces coupes et réclamer davantage de moyens.

Même soulèvement à l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille où 230 lits sont menacés par L’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM) qui veut changer de stratégie et développer l’ambulatoire. En crise depuis plusieurs années, l’établissement a déjà supprimé de nombreux lits.

Enfin, en Ile-de-France, les regroupements de sites hospitaliers illustrent parfaitement la stratégie mise en place pour réduire les capacités d’hospitalisation : d’ici 2027, un campus va réunir les activités des hôpitaux Bichat (Paris) et Beaujon (Hauts-de-Seine). L’hôpital disposera de 816 lits d’hospitalisation, donc 26 % de moins que les actuels Beaujon et Bichat. Pour se justifier, L’AP- HP a annoncé vouloir engager « une profonde transformation des prises en charge, avec une croissance très significative de l’ambulatoire (+ 70 % de places) ».

Entre 1993 et 2018, près de 100 000 lits ont été fermés, dont 83 000 en médecine, chirurgie et obstétrique. Malgré les mouvements sociaux qui ont traversé l’hôpital l’an dernier, la tendance ne s’est pas inversée : hôpitaux et cliniques ont diminué leur capacité d’accueil de 0,9 % en 2019, avec 392 262 lits d’hospitalisation complète, soit 3 408 de moins en un an. L’ambulatoire, lui, a connu une hausse de 1500 places (+1,9 %).

Alors qu’une deuxième vague éprouve la France, force est de constater qu’aucune amélioration n’a été apportée. A la sortie de la crise du Covid-19, il faudra tirer pleinement les leçons de la pandémie et mettre fin à une politique néolibérale qui a détruit l’hôpital public.

Sources :
Front Populaire – Malgré la pandémie, la suppression des lits d’hospitalisation continue !
Tec Hopital – Investissements hospitaliers: la suppression du Copermo actée par le Ségur de la santé

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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