Quelle réponse face à l’obscurantisme ? L’instruction.

OPINION. Combien d’actes de barbarie faudra-t-il encore pour comprendre qu’il y a une faille dans l’instruction dispensée aux jeunes publics et à tous ceux en marge de la société. Dans une société plurielle par sa diversité de cultures et de croyances comme la France, une introduction aux systèmes de pensée et religions devrait être une priorité.

Quelle réponse face à l'obscurantisme ? L'instruction.

Drames ô combien abominables dont le peuple français est une nouvelle fois témoin : les assassinats barbares d’un professeur et de trois paroissiens de la basilique Notre-Dame de Nice.

Si ces actes sont effectivement monstrueux, inqualifiables de quelque manière que ce soit, si l’effervescence des politiques est bien celle attendue, on est en droit de se poser la question « et après ? ». Les décisions qui seront prises, qu’elles soient justifiées ou justifiables, qu’elles soient pertinentes ou non, elles seront toutes inefficaces car les politiques ne prêtent que peu d’importance aux fondations, c’est-à-dire à la source du mal. Si effectivement il y a l’acte dont l’horreur a atteint son paroxysme, il faut regarder au-delà, autrement dit l’origine. Hannah Arendt n’a-t-elle pas bousculé les opinions en mettant en évidence la banalité du mal[1] ? Le mal fait partie de notre quotidien. C’est une réalité indiscutable. Pourtant, aucune action cohérente, réfléchie n’est adoptée, une action qui s’inscrit dans la durée et non une suite d’actions éphémères, prises par des bureaucrates dévoués à certaines entités qui ont le pouvoir d’exercer une pression sur les politiques — ces mêmes entités qui ne témoignent leur émotion que pour être dans le « politiquement correct », sans considération aucune de la source du mal. Or c’est bien à la source qu’il faut traiter ce mal pour bâtir des fondations solides qui ne s’effondreront pas au moindre choc — autrement dit agir préventivement. Cette source, cette origine du mal gangrène notre société française ; cette source est le cancer de la France qui prend racine dans l’intolérance. L’intolérance n’est que le reflet de l’absence de la connaissance ou plutôt l’action qui permet d’acquérir des connaissances. L’acquisition de la connaissance, en dehors des prérequis actuellement dispensés au cours de la scolarité, ne doit pas être réservée uniquement aux étudiants — si tant est que nous puissions admettre que la connaissance soit diffusée sans parti-pris… Le partage de la connaissance, le processus même de l’acquisition des savoirs commence à la naissance. Je suis même tentée de dire que l’âge de la connaissance débute dès la première respiration d’un nouveau-né. Il n’appartient ensuite qu’aux proches d’apporter leur contribution au processus d’acquisition pour lutter contre l’intolérance, contre toutes formes de désaveux. Encore faut-il avoir les ressources (autrement dit les savoirs) pour agir contre le mal… C’est là toute la problématique, la faille béante !

Combien d’actes de barbarie ou de violence sous toutes ses formes faudra-t-il encore pour comprendre qu’il y a une faille dans l’instruction dispensée aux jeunes publics d’abord, mais aussi à tous les publics en marge de la société — pas uniquement d’ailleurs. Car effectivement, l’instruction ne se limite pas aux portes d’un établissement, mais aussi à la sphère privée, notamment familiale. Dès lors, le noyau familial porte aussi une lourde responsabilité, souvent involontaire ou inconsciente certes, par absence de connaissances dénuées de toute interprétation ou victime égarée de la mésinterprétation diffusée (entre autre) par une horde d’intégristes.[2] Car c’est bien là tout le problème ! Nous croyons, nous soutenons telle ou telle idée (juste ou non) sans être en mesure d’apporter une démonstration qui repose sur la connaissance, autrement dit sur l’instruction reçue.

Par instruction, retenons la définition du Trésor de la langue française (TLF) « Action de former l’esprit, la personnalité de quelqu’un par une somme de connaissances liées à l’expérience, à la vie, aux évènements […] Action de communiquer un ensemble de connaissances théoriques ou pratiques liées à l’enseignement, à l’étude ».[3] « Action de former l’esprit », tout est dit. Evidemment, il ne faut pas comprendre ici la dimension spirituelle ou métaphysique de « l’esprit », mais bien « le principe de la pensée et de l’activité réfléchie de l’homme ».[4]

Parmi tous les savoirs qui caractérisent la connaissance, celui des systèmes de pensée et religions — ou à minima une introduction ou les prérequis indispensables. Ils sont indissociables pour contribuer à l’harmonie ou au moins pour œuvrer à l’affaiblissement des idéologies communautaristes, lesquelles favorisent activement l’obscurantisme. C’est d’autant plus nécessaire dans une France constituée de citoyens aux cultures et croyances diverses et variées. L’absence de connaissances, en particulier relative aux sujets aussi sensibles que les systèmes de pensée et religions, engendre la peur, l’intolérance et conséquemment toutes les formes de violences. Malheureusement, il n’existe aucune introduction aux systèmes de pensée et religions dans le cadre de l’enseignement dispensé dès le plus jeune âge — pourtant cet enseignement devrait être obligatoire, que ce soit dans les établissements publics ou privés. Cet enseignement des systèmes de pensée et religions n’est proposé qu’à partir de l’université et s’inscrit dans une démarche volontaire de l’étudiant pour suivre ou non cet enseignement, alors qu’il devrait plutôt être inclus de manière progressive dans les programmes scolaires afin que chacun et collectivement, nous puissions contribuer à lutter contre toutes formes d’asservissements et/ou de manipulations, contre la peur de l’autre par ignorance ; autrement dit, en ayant acquis les outils intellectuels (ou la capacité intellectuelle) qui permettent d’identifier le vrai du faux d’une part et d’autre part d’adhérer, de son libre-arbitre, à une communauté plutôt qu’une autre, sans aucune influence idéologique prônant la radicalisation sous toutes ses formes.

Dans une société plurielle par sa diversité de cultures et/ou de croyances, comme c’est le cas en France, une introduction aux systèmes de pensée et religions devrait être une priorité.

Donc je m’interroge face à cette défaillance renouvelée : est-ce volontaire, consciemment réfléchi ? Car si tel n’est pas le cas, nous serions face à des politiques dont on ne peut que conclure à une incapacité (dangereuse) de gouverner ; et si l’absence d’un tel enseignement est bien volontaire, alors le constat est tout aussi alarmant — ma réflexion ne se limite pas uniquement à la France hélas.

Aussi, en l’état actuel, je ne peux que constater que l’obscurantisme n’a pas disparu, bien au contraire ! Il est même de plus en plus présent et augmente de manière exponentielle en fonction de l’emprise de certains groupes de pression, ceux-là même qui portent la responsabilité de l’ordre intersubjectif dévastateur actuel.[5] L’obscurantisme s’inscrit dans la durée pour assouvir une soif d’autorité, pour revendiquer la supériorité de certaines communautés sur d’autres, et cela par le seul moyen d’action qui peut malheureusement être aisément utilisé par chaque être humain : la violence tant physique que psychologique. L’obscurantisme, c’est aussi, et avant tout un instrument puissant pour encourager toute forme ou expression de radicalisation — j’insiste sur « toute forme ou expression de radicalisation » !

Oui ! l’obscurantisme est bel et bien présent, contrairement à ce qu’une minorité tente de nous faire croire — à savoir ceux-là même qui ont acquis un pouvoir et/ou une autorité par quelque moyen que ce soit. L’obscurantisme n’appartient pas uniquement à l’histoire de jadis, trop souvent associé au Moyen-Âge ! En effet, sa définition n’autorise aucune discussion pour nier une telle évidence, puisque l’obscurantisme est une « attitude, doctrine, système politique ou religieux visant à s’opposer à la diffusion, notamment dans les classes populaires, des “Lumières”, des connaissances scientifiques, de l’instruction, du progrès ».[6] Ne nous trompons pas, par « classes populaires », il faut inclure toutes les classes qui composent le peuple, donc pas uniquement les classes défavorisées ou ouvrières.

Mais l’instruction dont il est ici question, celle relative aux systèmes de pensée et religions, ne doit pas se limiter aux établissements scolaires, universitaires et à la sphère privée. En effet, certains publics sont oubliés — volontairement ou non, consciemment ou non ; ces publics d’autant plus fragilisés par leur situation tant financière que psychologique. Ces publics peuvent être aisément influencés, réceptifs à toutes formes de manipulations, d’asservissements pour contribuer à la diffusion d’une doctrine plutôt qu’une autre. J’entends ici (notamment) les détenus et les jeunes qui ont déserté les établissements scolaires, ces jeunes en difficulté d’insertion. Ces populations en marge de la société devraient plutôt avoir toute l’attention des pouvoirs publics — pour agir préventivement. Privées de liberté ou en difficulté d’insertion, elles devraient suivre obligatoirement une introduction aux systèmes de pensée et religions. Prenons l’exemple d’un détenu radicalisé dont la libération est imminente ; quelle que soit la durée de son incarcération, sa libération devrait également être soumise à un examen oral et écrit sur les prérequis (ou une introduction) aux systèmes de pensée et religions à la suite d’un enseignement qui devrait être obligatoirement suivi pendant plusieurs mois et de manière assidue. S’il échoue à cet examen, il ne pourra pas sortir et devra à nouveau suivre cet enseignement jusqu’à ce qu’il le valide. Une sorte de sésame pour être libéré — certes, rien ne garantit que le détenu ne dissimule habilement encore et toujours sa radicalisation, mais personne ne peut aussi garantir le contraire — il se peut que quelques contenus de cet enseignement puissent éveiller des doutes pour remettre en question l’intolérance dont il a pu faire preuve. Dans tous les cas un moyen supplémentaire tout autant que préventif pour accompagner le détenu dans sa réinsertion.[15]

Trop souvent, en réponse à la violence d’évènements qui frappent la France, les politiques réagissent — à tort ou à raison —, mais n’investissent pas suffisamment dans la prévention — c’est très vrai aussi dans le domaine de la santé… « réaction » majoritaire versus « prévention » très largement minoritaire ! Or, l’instruction s’inscrit dans une démarche préventive, avant tout pour lutter contre le mal ; ce mal, rappelons-le, issu bien souvent de l’absence de la connaissance ou (synonyme aussi) de la méconnaissance, fruit d’interprétations multiples et variées — volontaires ou non.

J’entends déjà l’appel à la laïcité, la neutralité de l’Etat au sein des communautés religieuses — très discutable soit dit en passant… Or, il ne s’agit pas de donner la priorité à telle ou telle religion, de prendre parti pour l’une plutôt que pour l’autre, pas plus que de faire l’exégèse (l’étude) d’un « texte sacré », mais plutôt de s’appuyer (sans aucune action partisane) uniquement sur des témoignages laissés par l’archéologie, le paléo-environnement[7]ou encore par l’écriture (utilisée sur différents supports contemporains aux époques étudiées) ; il faut y voir une introduction ou un prérequis pour permettre à tous d’aborder sous un nouvel éclairage les adhésions de chacun à un système de pensée ou à une religion. C’est d’autant plus nécessaire car, qu’on le veuille ou non, les croyances parmi lesquelles les religions, ainsi que les différents systèmes de pensée font partie de notre histoire tout autant que de notre patrimoine culturel — que l’on adhère ou non à l’une de ces croyances. Citons quelques exemples parmi d’autres qui mériteraient une attention particulière : définitions de « croyance » et de « religion » ; différentes formes de cultes parmi lesquelles le monothéisme, l’hénothéisme, la monolâtrie ; socle commun aux trois « monothéismes » tout autant que ses différences majeures à partir des textes ayant connus le moins d’altérations — au-delà des prophètes ou divinités de chacune de ces religions ; les territoires géographiques présents dans la littérature « religieuse » (textes sacrés)[8]en fonction des souverains et des croyances d’hier versus aujourd’hui ; implication des Pères de l’Eglise dans l’obscurantisme notamment en sélectionnant les contenus canoniques (reconnus) au mépris d’autres contenus (apocryphes)[9] ; expressions métaphoriques en fonction des pratiques de rédaction propre à chaque culture et/ou époque historique ; transmission orale des récits narratifs dans des sociétés qui n’ont pas ou n’avaient pas encore l’écriture et par voie de conséquence l’apparition d’altérations plus ou moins prononcées et successives au récit initial (non limité évidemment aux trois « monothéismes ») ; rôle des mythes dans les « textes sacrés »[10] ; difficulté de traduction de certains « textes sacrés » qui n’inclut que des consonnes[11](écriture défective) donc qui favorise une interprétation (souvent biaisée) en fonction de l’adhésion à une communauté plutôt qu’une autre ainsi que les différentes étapes (et écritures) de rédaction des « textes sacrés » ; différents rites pratiqués par les très nombreuses communautés ; histoire des sémites qui ne se limite évidemment pas aux Juifs…[12] Les sujets ne manquent pas et leur étude permettrait d’apporter un éclairage certain pour lutter contre une forme d’obscurantisme, conséquemment contre les communautarismes, autrement dit la violence sous toutes ses formes — car l’ennemi, n’ayons pas peur des mots, le fléau, c’est bien l’absence de connaissance. Il ne s’agit donc pas d’orienter, de favoriser une religion plutôt qu’une autre, mais bien de partager des savoirs pour laisser à chacun le choix d’opter pour telle ou telle croyance en fonction de son libre-arbitre et non en fonction de certaines adhésions idéologiques qui favorisent la radicalisation. Cet enseignement, dès lors qu’il est dispensé sans action partisane revendiquée, ne s’opposerait en aucune manière à l’article I de notre Constitution, « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ». Cet article justifie que cet enseignement soit obligatoire pour tous, sans distinction de culture, de religion ou de classe sociale — car « laïcité » ne doit en aucun cas freiner l’apprentissage aux croyances et aux valeurs de l’autre, mais bien au contraire, accepter l’autre parce que la peur ne sera plus un obstacle grâce à l’acquisition des connaissances nécessaires. En revanche, il est tout à fait possible (et nécessaire même) d’identifier préventivement des publics plus enclins que d’autres à adhérer à une idéologie communautariste ; d’abord les individus identifiés comme radicalisés par la police, mais qui jouissent encore d’une liberté dans l’espace public ; ensuite les étrangers qui demandent un permis de séjour, sans distinction d’appartenance du pays d’origine puisque nous savons parfaitement que la nationalité n’est hélas pas un indicateur fiable d’une absence d’adhésion à une doctrine contraire à la laïcité, tout autant qu’à la liberté de penser de chacun — rien ne permet d’affirmer qu’ils n’adhèrent déjà à une idéologie suspecte pour la sécurité des citoyens ; enfin les étrangers qui souhaitent acquérir la nationalité française à moins qu’ils ne puissent justifier d’avoir reçu cet enseignement au cours de leur scolarité en France.

Je ne prétends pas que cet enseignement soit une « recette miracle », mais plutôt un moyen qui s’ajouterait à d’autres pour participer collectivement à la lutte contre toutes formes de violence[13].

Ainsi, ma réponse face à l’obscurantisme qui favorise les communautarismes, plus généralement l’adhésion à toutes formes d’idéologies mettant en péril la laïcité ou s’opposant radicalement à la liberté de parole dans l’espace public ou encore qui favoriserait la violence sous toutes ses formes : ma réponse, disais-je, est la prévention par l’instruction, notamment l’enseignement (évolutif) des systèmes de pensée et religions dès le plus jeune âge ou selon la situation de chaque individu majeur présent sur le sol français qui ne pourrait justifier d’avoir reçu cet enseignement.[14]

Est-ce si compliqué ? Je laisse à chacun le soin de répondre à cette question, en particulier à nos politiques. Mais ils ne doivent pas ignorer que le mal gagne du terrain… un jour très proche, la prévention par l’instruction ne sera plus possible ; l’instruction (préventive), en particulier des systèmes de pensée et religions, ne sera dès lors transmise que par une minorité, composée de membres, identifiés comme « parias », réunis au sein de communautés « secrètes » — ou non autorisées — qui n’auront d’autre ambition que de préserver notre savoir, notre histoire, notre héritage… car le mal aura eu raison de la France par l’entremise tentaculaire de l’obscurantisme !

[1]. Dans le sens de commun et dénué de toute réflexion, de toute moralité. Selon le TLF « caractère de ce qui est commun au plus grand nombre », sens II, <https://www.cnrtl.fr/definition/banalité&gt;, dernière consultation 17 octobre 2020.

[2]. Interprétation erronée qu’elle soit consciente ou inconsciente. Il serait sans doute opportun de s’intéresser (ou de relire) les travaux sur l’interprétation, la surinterprétation et la mésinterprétation notamment du sémiologue Umberto Eco et du philosophe Paul Ricœur.

[3]. TLF disponible en ligne <https://www.cnrtl.fr/definition/instruction&gt;, dernière consultation 17 octobre 2020.

[4]. TLF disponible en ligne, 2e section <https://www.cnrtl.fr/definition/esprit&gt;, dernière consultation le 17 octobre 2020.

[5]. Intersubjectif : un réseau extrêmement important de personnes qui partagent la même croyance, dans le sens d’une réalité possible parmi d’autres, une adhésion collective de l’esprit à quelque chose — qui peut être erronée, fictive, pensée mais en aucun cas objective comme tout ce qui est relatif à la physique par exemple. Lire notamment la brève introduction sur ce sujet de Yuval Noah Harari, 2015, Sapiens. Une brève histoire de l’humanité. Paris : Albin Michel. p. 145.

[6]. TLF disponible en ligne <https://www.cnrtl.fr/definition/obscurantisme&gt;, dernière consultation 17 octobre 2020.

[7] Qui permet notamment de proposer des hypothèses sur certains événements rapportés dans les textes sacrés ou mythologiques comme le Déluge. Evidemment, ce ne sont des hypothèses parmi un ensemble d’autres possibilités déjà identifiées ou futures.

[8] Par exemple, la Palestine comme délimitation géographique n’a aucunement le même sens que le territoire du peuple palestinien d’aujourd’hui — une petite anecdote personnelle : dans le cadre des enseignements que j’ai suivis sur les religions, en particulier celui dispensé à l’Institut catholique sur l’Ancien Testament, une dame d’une soixantaine d’années, qui avait étudié pendant plusieurs années le Nouveau Testament, avait demandé où se trouve la Palestine « moderne » dans l’Ancien Testament (!!!). Nous comprenons mieux pourquoi, lors des différents séminaires sur le Proche-Orient ancien, nous devons préciser le sens de « Palestine » dans nos interventions, pour éviter tous débats houleux ou une mésinterprétation, alors qu’en théorie cela ne laisse aucun doute possible.

[9] Ce recueil de récits canoniques et apocryphes qui doit d’abord être considéré dans sa dimension culturelle par tous les publics avant toute adhésion (ou non) selon le libre-arbitre de chacun.

[10] Je pense notamment aux cinq livres de la Sagesse (dans la tradition chrétienne) dont on ne peut que confirmer un lien avéré avec la sagesse telle que pratiquée par les Mésopotamiens du IIe millénaire avant l’ère chrétienne. A ce sujet, Lambert, Wildfred G. 1960. Babylonian Wisdom litterature, Oxford. Compte-rendu de l’ouvrage, Cassin Elena. 1965. W. G. Lambert. Babylonian Wisdom Literature. In : Revue de l’histoire des religions, tome 168, n°1, pp. 57-62, disponible en ligne <https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1965_num_168_1_8210&gt;.

[11] Notamment avant l’apparition des signes diacritiques qui facilite la lecture notamment par la vocalisation. Prenons à titre d’exemple le Coran, plus de six strates de rédaction ont été identifiées et mettent ainsi en évidence les divers changements ; il faut attendre la strate 4 pour l’introduction des signes diacritiques et le ḥamza. Parmi de nombreux ouvrages qui confrontent l’archéologie, l’histoire, la philologie, la codicologie, etc. : Mraizika, Florence. 2018. Le Coran décréé. Le défi de la science. Avignon : Docteur angélique. Dans cet ouvrage, je ne résiste pas de citer (p. 28) : «… elle ne comporte pas de signes diacritiques : ces points situés au-dessus ou au-dessous des lettres qui permettent de différencier par exemple le “b”, le “n”, le “y” et le “t”. Ainsi, “une phrase comme : oN Y TieNT BieN s’écrit en écriture défective : NNNNNNN”. Ces trois graphèmes ليف لتق اقل écrits sans diacritisme donnent aussi bien “éléphant”, “il a tué”, ou “il a dit” !».

[12] Car rappelons-le, les sémites partageraient, selon la tradition, un ancêtre commun, Sem, fils de Noé, cité dans les livres de la Genèse et des Chroniques (dans la tradition chrétienne).

[13] Evidemment, si un tel enseignement doit être mis en place se poserait alors la question de « comment ? » — autrement dit où trouver les ressources humaines formées non seulement aux systèmes de pensée et religions, mais aussi à enseigner à ces différents publics (très jeunes, adolescents, adultes, détenus, etc.), ainsi que les ressources financières, les plages horaires… Si de telles questions venaient à se poser, cela traduirait une reconnaissance des politiques d’une part de la montée de l’obscurantisme, d’autre part de leur volonté d’y remédier. Un vent d’optimisme donc… qui est encore très loin d’être perceptible.

[14] Il ne faut pas exclure également l’apprentissage de l’analyse de l’action et les conséquences sur soi-même et/ou sur autrui — mais j’y reviendrai plus longuement dans un autre plaidoyer pour enrichir les enseignements (préventifs) proposés actuellement et pour analyser l’impact d’un tel apprentissage sur les décisions prises par les générations futures.

[15] J’ai récemment soumis, auprès d’un acteur des milieux carcéral et pénal soutenu par des organismes publics, un projet d’enseignement « pré-requis aux religions et systèmes de pensée » pour les publics en milieu carcéral, en particulier les détenus radicalisés ou susceptibles d’être influencés.

Auteur :
Vanessa Bigot Juloux, anthropologue.

Source :
Front Populaire

Publié par magrenobloise

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