Être français

OPINION. Les actualités des derniers jours montrent un pays attaqué, divisé et affaibli, à la veille de la guerre civile. Face aux menaces qui se multiplient partout, les Français peuvent-ils de nouveau se rassembler ? Si oui, comment ? Et d’abord, qu’est-ce qu’être Français ?

Être français

Pour certains, être Français c’est être blanc, chrétien catholique, attaché à la langue française parlée au 18èmesiècle et à la tradition monarchique de la France. C’est être partisan d’une homogénéité culturelle voire génétique, d’une francité qui ne se transmettrait que par voie héréditaire (comme les nobles de jadis qui devaient justifier de leurs quartiers de noblesse) via le droit du sang.

Pour d’autres, on peut être Français si l’on est né ou que l’on décide de vivre sur le territoire de la France, sans autre critère. C’est le droit du sol dans son acception ultime. Tous les autres aspects du pays, langue, culture, gastronomie, arts ou histoire, sont secondaires. Priorité à la localisation plutôt qu’à l’enracinement : « J’y suis, j’y reste ».

On perçoit aisément les limites de telles définitions. Dans un cas, l’identité française serait réservée à une élite génétiquement et/ou culturellement pure. Dans l’autre, être Français se réduirait à une question de lieu, faisant de la France une sorte de « grand hôtel » plutôt bien étoilé où l’on pourrait accéder à de nombreux services souvent inexistants ailleurs : instruction et soins gratuits, droits civiques et politiques, prestations sociales diversifiées, liberté de culte, accès aisé aux services de base (eau, électricité, télécommunications).

Etre Français ne peut se résumer ni à être un descendant direct de Louis XIV, ni à être un consommateur exigeant de services publics et de prestations sociales. Quelle forme peut donc revêtir l’identité française ?

En 1882, Ernest Renan prononça une conférence à la Sorbonne, où il proposa la définition suivante : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. » (1)

Cette définition qui suppose la transmission de l’héritage, mais également le consentement collectif pour vivre ensemble, est à la base de la définition française de notre identité politique. On notera au passage que l’Union européenne ne remplit aucune des conditions posées.

Or le consentement présuppose la réciprocité. Toute relation humaine, qu’elle soit amicale, amoureuse, professionnelle ou sociale, doit être fondée sur la réciprocité pour être durable. Donner pour recevoir. Recevoir pour donner. C’est la base de tout contrat bilatéral, autrement appelé synallagmatique.

Et la France est le pays du contrat social. A l’heure où les collectifs anciens disparaissent, où l’individu se fait roi, où le contrat se généralise dans notre vie quotidienne, il est peut-être temps de redéfinir la relation entre l’individu et le collectif, entre le citoyen et la nation, via la réhabilitation du contrat social et la promotion d’un contrat d’un nouveau genre. La définition de l’identité française passerait par l’établissement d’un contrat synallagmatique concret, complémentaire à la Constitution.

Un contrat marquant l’attachement de l’individu à la nation. Un contrat commun pour l’ensemble de la communauté nationale. Un contrat individuel auquel chacun sera libre de souscrire ou non. Un contrat qui fixera de manière claire et transparente les droits et les devoirs de chaque partie. Devoir de solidarité envers le citoyen pour la nation. Devoir de loyauté envers la nation pour le citoyen. Un contrat ouvrant des droits et offrant des prestations pour les personnes qui jouent le jeu du collectif national. Un contrat ouvrant la voie vers une citoyenneté pleine et entière, assumée et responsable. Un contrat limité dans le temps, modifiable et renouvelable.

La détermination de cette identité citoyenne française ne se fera ni par la naissance, ni par le lieu de résidence, ni par le niveau de vie ou d’études. Elle se déterminera par l’engagement libre et réfléchi de toute personne qui souhaite s’approprier activement ce que l’humanité a de français : dans l’histoire, la langue, la gastronomie, la littérature, l’humour, l’art de vivre, l’école, mais aussi l’aspiration à la dignité humaine, à la liberté, à l’égalité, à la fraternité, au progrès social et à la laïcité, ainsi que l’a révélé un sondage en 2019 (2).

Dans cette époque étrange, il est peut-être souhaitable de construire un socle commun concret avec toutes les personnes de bonne volonté désirant vivre en paix, ensemble, sur le même territoire. Cesser de chercher et d’exploiter les différences qui divisent. Retrouver les fondamentaux qui unissent. Reforger une identité commune. Etre solidaires pour faire face aux menaces qui arrivent. Et incarner, d’une certaine manière, l’âme de la France.

Auteur :
George Lafon, fonctionnaire.

Sources : 

1. Ernest Renan – « Qu’est-ce qu’une nation ? » – 11 mars 1882

2. Enquête sur l’intégration républicaine – Ipsos pour l’Association du Corps Préfectoral – janvier 2019 

Source 2 :
Front Populaire

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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