Prise d’otages d’Ouvéa

La prise d’otages d’Ouvéa, du 22 avril au 5 mai 1988, est le point culminant d’une succession d’événements violents survenus sur l’île d’Ouvéa (Nouvelle-Calédonie), et qui ont durablement marqué le territoire.

Le contexte en métropole et en Nouvelle-Calédonie

En avril 1988, après deux ans de cohabitation, la France se prépare à l’élection présidentielle qui voit s’affronter le Premier ministre Jacques Chirac et le président de la République François Mitterrand.

[Un indépendantiste est abattu]
Devant ces événements, le gouvernement décide d’un référendum sur l’indépendance éventuelle de la Nouvelle-Calédonie. Le 13 septembre 1987, Jacques Chirac étant Premier ministre de la première cohabitation sous la présidence de François Mitterrand, a lieu le « référendum Pons » d’autodétermination. La question posée à près de cent cinquante mille habitants de la Grande Terre et des Îles Loyauté (Maré, Lifou et Ouvéa) est : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à l’indépendance ou demeure au sein de la République française ? ». Pour satisfaire les indépendantistes, une condition d’exception pour voter exige une durée minimum de résidence de trois ans, restriction insuffisante pour les indépendantistes, qui décident de boycotter ce référendum. La participation est de 59,1 % (avec 58 % des inscrits)[pas clair] pour un résultat de 98,3 % de voix favorables au maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la République française.

En octobre 1987, un regain de tension se manifeste dans les rangs du FLNKS à la suite de l’acquittement, par la cour d’assises de Nouméa, des sept auteurs de l’embuscade menée en 1984. Les indépendantistes manifestent leur colère, conspuant le fait que le jury — constitué par tirage au sort parmi les citoyens français inscrits sur les listes électorales — soit composé exclusivement d’Européens

L’attaque de la gendarmerie

Le dimanche 24 avril, le premier tour des élections présidentielles marque une nette radicalisation du clivage entre les électorats : l’électorat loyaliste sanctionne le RPCR avec une importante progression du Front national, tandis que le mot d’ordre de boycott indépendantiste est largement suivi dans l’électorat mélanésien. On note trente-huit bureaux fermés.

L’assaut de la grotte : responsabilités politiques et militaires

D’après Gilles Ménage, alors directeur-adjoint du cabinet de François Mitterrand, cette crise est directement gérée par Matignon. Le Président, averti des tractations depuis que Legorjus a téléphoné à son camarade Christian Prouteau pour l’informer, exprime sa réticence quant à une opération armée dont les conséquences rendraient tout dialogue impossible par la suite. Ne voulant pas interférer dans l’action du gouvernement au risque de faire échouer les tentatives de libération des otages (la France connaît alors une période de cohabitation), François Mitterrand se contente dans un premier temps d’échanges verbaux avec son Premier ministre.

Mais, le 30 avril, certains hauts responsables indépendantistes adressent officiellement au Président une lettre relative à la situation sur place. Saisi directement, le Président de la République ne peut plus être accusé de gêner le gouvernement.

Dès le lendemain, le dimanche 1er mai, il adresse donc une lettre officielle au Premier ministre. Il réclame d’être informé régulièrement de l’évolution de la prise d’otage et qu’intervienne une réelle « mission de conciliation ». Cette dernière demande est rejetée par Jacques Chirac qui préfère réaffirmer sa confiance aux hommes dépêchés sur place. Le Premier ministre précise : « toute mesure de conciliation ou de médiation reviendrait dans ces conditions à placer sur le même plan ceux qui, dans le territoire, se conforment aux lois et ceux qui les violent ».

Dans le même temps, Bernard Pons échange, par écrit, avec le général Vidal et évoque une action de force permettant « une libération sans concession des otages ».

Le 3 mai de nouvelles informations parviennent à l’Élysée. Le gouvernement informe le Président que les conditions pour une opération militaire sont réunies. La météorologie est favorable – le vent, la pluie permettraient une approche discrète – et l’on assure au Président que les pertes kanaks seraient limitées au minimum.

Dans ces conditions, François Mitterrand donne son accord à une intervention qui doit avoir lieu en début de soirée, le 3 mai – heure de Paris ; à l’aube du 4 mai, selon l’heure de Nouvelle-Calédonie.

Quelques heures plus tard, la présidence de la République apprend l’annulation de l’opération et la communication se rompt entre l’Élysée, Matignon et les militaires sur place.

Cette décision ne sera pas sans conséquence sur la suite des événements : les conditions initialement prévues pour mener à bien l’opération ne sont plus réunies et la rumeur d’une intervention militaire est désormais sur toutes les lèvres dans l’archipel.

Alors que sont libérés, à la surprise générale, les derniers otages du Liban, l’assaut est lancé en Nouvelle-Calédonie sur la grotte. L’« opération Victor » est déclenchée le 4 mai à 21 h 15 à Paris, 5 mai à 6 h 15 à Ouvéa, des hélicoptères faisant diversion pour que puissent s’approcher les commandos. D’après Gilles Ménage, l’Élysée n’est pas tenu informé.

Soixante-quinze hommes participent à l’assaut. La trentaine de preneurs d’otages combat et défend l’accès de la grotte avec une mitrailleuse AA-52, des fusils et des FAMAS pris lors de l’attaque de la gendarmerie . Lors du premier assaut qui dure une heure, deux hommes du 11e Choc (l’adjudant Régis Pedrazza et le 2e classe Jean-Yves Véron) et douze indépendantistes sont tués. Le deuxième assaut a lieu à 12 h 30. Après qu’un tir de lance-flammes a fait reculer les ravisseurs réfugiés dans la grotte et que des hommes du 11e Choc y ont lancé des chapelets de grenades, huit hommes du GIGN conduits par le chef de groupe Michel Lefèvre prennent pied à l’intérieur de la grotte et y jettent des grenades lacrymogènes. Plusieurs autres ravisseurs sont tués tandis que deux jeunes indépendantistes sont faits prisonniers. Une dernière négociation s’engage. Et alors que les otages réussissent à s’échapper par une cheminée latérale, Alphonse Dianou et le dernier carré des preneurs d’otages acceptent de se rendre.

L’opération a permis la libération de tous les gendarmes retenus en otages. Mais des membres du FLNKS et d’autres indépendantistes accusent les forces de l’ordre d’avoir « exécuté sommairement » trois preneurs d’otages après l’assaut, d’avoir achevé un blessé évacué entre les deux phases de combat et d’avoir laissé mourir leur chef, Alphonse Dianou. Les témoignages détaillés des rescapés seront publiés dans la revue indépendantiste Bwenando ainsi que dans un rapport de La Ligue des Droits de l’Homme.

Les sources sur cette question exposent des versions contradictoires. Les autorités militaires ont toujours nié cette version. À la suite d’une enquête de commandement, Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Défense du gouvernement Rocard, relève « qu’aucun élément de l’enquête ne fait apparaître qu’il y a eu des exécutions sommaires » tout en évoquant des « actes contraires au devoir militaire » et « des points lui paraissant obscurs après l’évacuation d’Alphonse Dianou »».

Parmi les cas suspects, celui de Wenceslas Lavelloi (qui serait le meurtrier de deux gendarmes selon les témoignages des otages), surnommé « Rambo », retrouvé mort d’une balle dans la tête et dont plusieurs témoignages récents confirment qu’il était encore vivant après la fin de l’assaut ; le cas d’Alphonse Dianou, chef du commando, blessé d’une balle au genou, laissé plusieurs heures sans soins et qui devait finalement décéder ; le cas de Patrick Amossa Waina, un « porteur de thé » de 18 ans qui ne faisait pas partie des preneurs d’otages, retrouvé mort d’une balle dans la tête alors qu’il aurait été vu vivant à la fin de l’assaut ; de Martin Haïwé qui aurait tenté de s’enfuir avant l’attaque et de Samuel Wamo, un blessé évacué entre les deux assauts. Les deux médecins légistes ayant pratiqué les autopsies constateront également que douze des dix-neuf indépendantistes tués l’ont été par des tirs à la tête, la plupart présentant par ailleurs de multiples blessures. Certains participants de l’opération interrogés par Le Figaro assurent qu’aucun tir n’a été entendu sur zone après la fin des combats. Mais Philippe Legorjus reconnaîtra plus tard avoir entendu des coups de feu alors qu’il quittait les lieux.

L’officier de gendarmerie présumé responsable des blessures subies par Alphonse Dianou (qui en est mort avant son transport à l’aéroport d’Ouloup) a été brièvement suspendu après l’enquête qui a suivi. Il achèvera sa carrière avec le grade de colonel.

Selon Nidoïsh Naisseline, chef du mouvement indépendantiste Libération kanak socialiste : « Pons et Chirac se sont conduits comme de véritables assassins. Ceux que l’on appelle les ravisseurs avaient déjà libéré dix gendarmes et attendaient que la situation politique se clarifie le 10 mai, afin de négocier. MM. Pons et Chirac ont préféré les assassiner. Ils auraient pu éviter cette boucherie, mais ont préféré échanger du sang kanak contre des bulletins de vote des amis de Jean-Marie Le Pen ».

En 2008, Michel Rocard, qui a été le Premier ministre succédant à Jacques Chirac après les élections de 1988, déclare : « Ce que je savais moi — et que j’étais seul à savoir, je ne pouvais pas le dire aux autres délégations parce qu’il ne fallait pas que le secret sorte — c’est qu’il y avait aussi des officiers français… Enfin, au moins un et peut-être un sous-officier, on ne sait pas très bien… À la fin de l’épisode de la grotte d’Ouvéa, il y a eu des blessés kanaks et deux de ces blessés ont été achevés à coups de bottes par des militaires français, dont un officier. […] Il fallait prévoir que cela finisse par se savoir et il fallait donc prévoir que cela aussi soit garanti par l’amnistie »

Australie à l’Ouest

Pour l’histoire complète :
Wikipédia – Prise d’otages d’Ouvéa.

Publié par magrenobloise

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