Loyers impayés : quand les petits propriétaires trinquent

Selon un sondage Opinionway, un propriétaire sur quatre (24% des sondés) déclare avoir déjà été confronté à des impayés. C’est le cas de Dragoslav N., un petit propriétaire qui s’est confié à Front populaire.

Loyers impayés : quand les petits propriétaires trinquent

Alors que les récentes affaires de squat ont poussé le gouvernement à proposer un amendement qui facilite les démarches des propriétaires en difficulté, rien n’a été mis en place contre les loyers impayés des mauvais locataires. Et pourtant, certains bailleurs  ne sont pas particulièrement aisés, comme Dragoslav N., 46 ans, à la tête d’une petite entreprise depuis 2013 dans le secteur du BTP.

Arrivé en France en 1997, Dragoslav N. décide après 12 années de location, d’investir tout ce qu’il a économisé pendant plus de dix ans pour acheter un appartement de 62 m2 à Villejuif : “J’ai beaucoup travaillé dès que je suis arrivé en France. J’ai économisé tous les mois. Pour cet achat, j’ai emprunté à la banque, pour un crédit sur 25 ans, avec des mensualités de 1200 euros par mois. Cet argent, cette vie de propriétaire, je l’ai construite grâce à mon travail acharné. Je n’ai hérité de rien”, confie-t-il à Front populaire.

Il s’installe alors avec son épouse et ses deux enfants en bas âge dans cet appartement. En 2018, au fur et à mesure que l’entreprise de Dragoslav N. prospère, la banque leur propose un autre prêt, lui-aussi remboursable sur 25 ans : “J’ai donc décidé avec mon épouse d’acheter un autre logement et de mettre notre bien en location. Aujourd’hui je m’en mords les doigts, je culpabilise.”

Le nouveau locataire de 53 ans, célibataire à l’époque et disposant d’un emploi stable, s’installe en décembre 2018 dans l’appartement. “Notre bien a été mis en location pour 1200 euros par mois charges comprises. En mars 2019, le locataire se marie avec une jeune femme d’origine étrangère en situation irrégulière qui a ramené ses deux enfants mineurs. Là, les problèmes ont commencé” nous raconte Dragoslav N.

Ainsi, les loyers sont réglés avec de plus en plus de retard. En octobre 2019 arrive le premier impayé. Le locataire décide de ne plus effectuer de versement en précisant qu’il a le droit de profiter de son dépôt de garantie de 1200 euros. Pourtant, ses finances se portent bien, comme en témoigne au même moment l’achat d’un véhicule neuf.  En mars 2020, le locataire de Dragoslav N. a coupé tous les contacts et précise à son bailleur “qu’il connaît bien  la loi française qui favorise les locataires en cas de présence de mineurs au domicile”.

Fin mai 2020, le propriétaire  envoie une mise en demeure pour obtenir le règlement des loyers. Sans réponse, il engage un avocat qui lance une procédure judiciaire. En juin 2020, un commandement de payer a été envoyé au locataire, un simple papier qui est resté sans réponse et qui révolte Dragoslav N. :  “Je suis en colère contre l’Etat qui protège les mauvais payeurs. Mettre trois ans à expulser quelqu’un qui ne paye pas, c’est scandaleux. J’ai deux prêts bancaires à rembourser que je ne vais plus être en mesure de payer. Je n’ai pas d’équilibre dans mes finances, je suis étranglé par les crédits. Cela crée des tensions dans mon couple. L’État, en étant complice de ce mauvais locataire, détruit peu à peu ma famille.

Dernier espoir pour Dragoslav : un rendez-vous devant le Juge qui n’aura lieu qu’en janvier 2021. La demande de rendez-vous a pourtant été faite fin août, mais les procédures sont toujours longues dans ces dossiers, souvent entre deux et trois ans. Et d’ici là, il serait étonnant que le locataire se remette à payer son loyer.

Une situation qui a tellement dégoûté Dragoslav N. qu’il n’a désormais qu’un souhait : récupérer son appartement et le vendre. “C’est fini pour moi la location. Je veux vendre cet appartement et ne plus en entendre parler. Et je n’investirai plus dans l’immobilier, car la loi est scandaleuse” conclut-il.

En janvier 2020, La Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim) avait annoncé qu’elle souhaitait  la création d’un fichier national des locataires mauvais payeurs – qui ont accumulé trois mois de retard de paiement et plus-, consultable uniquement par les professionnels du secteur. Les locataires pouvaient sortir de ce fichier une fois leur dette réglée ou après trois ans. La Fnaim voulait lancer cette plateforme dès l’an prochain, mais elle a été mal accueillie par le ministre du Logement de l’époque, Julien Denormandie, qui l’a étrillé sur Twitter : « Je n’approuve pas cette proposition. Je suis convaincu que la confiance entre propriétaire et locataire ne se construit pas par la mise en place d’un tel fichier ». Le projet a depuis été abandonné sans autre proposition.

Auteur :
Front Populaire

Publié par magrenobloise

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