Michel Onfray : « Ce que j’ai vu dans le Haut-Karabakh »

De retour du Haut-Karabakh, Michel Onfray était avant-hier l’invité de la TV arménienne, où il a pu livrer son sentiment sur l’invasion de la région par les forces azerbaïdjanaises et leur allié turc.

Interview à voir sur ce lien.

Verbatim :

« Philosophe, essayiste, écrivain, auteur de plus de cent livres, Michel Onfray est en Arménie. »

Arusyak Ludy-Hayrapetyan – Bonjour Michel

Michel Onfray – Bonjour

Arusyak Ludy-Hayrapetyan – Bienvenue en Arménie

Michel Onfray – Merci

Arusyak Ludy-Hayrapetyan – Vous rentrez d’ Artsakh, qu’avez-vous vu ?

Michel Onfray – J’ai vu des villes fantômes. Des villes en partie détruites, j’ai vu quelques soldats, je ne dirais pas perdus mais enfin qui étaient là et qui incarnaient je dirais l’honneur de votre beau pays qui étaient là en disant « Nous allons empêcher que les azéris puissent s’installer ici et s’occuper dans les maisons de nos anciens, ou des maisons qui ont été celles des gens qui habitaient ces villages. On s’est retrouvé dans un village où la communauté Azéris est encore présente avec la communauté arménienne. C’est un village qui fait huit kilomètres de long, il y a encore quelques échanges de tirs parce que les Arméniens voulaient reprendre le cimetière. Je pense que c’était quelque chose d’important aussi symboliquement, allégoriquement, c’est-à-dire les morts ne sont pas morts, les morts sont toujours vivants, les morts font partie de la vie des arméniens d’aujourd’hui et j’ai vu des gens dignes et j’y ai vu des quantités de vitrines explosées, des traces de bombes, des traces de roquettes, j’ai vu des maisons effondrées, j’ai vu des gens effondrés parce que des gens étaient effondrés, dans un village nous avons vu un père de famille qui pleurait, comme savent pleurer les hommes c’est-à-dire pleurer sans pleurer c’est-à-dire avec beaucoup de dignité, il avait perdu son fils, quand je dis perdu c’est qu’il n’avait pas de nouvelle de son fils et sa fille venait d’acheter une maison, 4 jours plus tard, elle a explosé sous le souffle d’une bombe, nous avons vu cette maison, nous avons vu la vie dévastée, dans ce village où effectivement il y a encore quelque échange de feu, quelques tirs, on a vu la vie des soldats, des tranchées, des trous qui sont pratiqués à même la terre, à deux mètres sous le sol, ce sont presque des tombes dans lesquels ces gens vivent, nous avons vu un pays, le mot est dur à utiliser mais je dirais occupé par les soldats russes. L’occupation en France c’est un mot qu’on utilise difficilement, ce sont les nazis qui occupent la France dans les années 40 mais je veux dire que là, la souveraineté du pays n’existe plus dans les endroits où vous avez un drapeau qui est un drapeau étranger, fusse celui des russes, donc il y a eu des check-point et puis quelques russes qui étaient là et qui assuraient la sécurité. Nous sommes allés dans un monastère où un prêtre avait décidé de ne pas partir. Et qui nous a expliqué avec ses magnifiques pierres romanes, je dirais dans les catégories de l’art occidental, qui attestaient de l’existence de l’Arménie depuis des siècles. Et on ne peut pas dire d’un pays qui est né au début du 20ème siècle, qu’il est le pays de celui qui a 6000 ans d’antériorité. Nous avons vu des gens dignes, beaucoup d’hommes, peu de femmes, pas d’enfants, des vélos abandonnés, des jouets abandonnés, dans des villes devenues fantômes et nous avons surtout vu que cette fin n’est pas vraiment une fin, c’est-à-dire qu’on voit bien qu’il y a des canons qui sont là, qu’il y a des canons militaires, qu’il y a des armements, qui semblent être des armements arméniens sur la frontière avec l’Azerbaïdjan. On se dit que tout n’est probablement pas fini ici, que peut-être tout commence encore. On ne peut pas imaginer que l’Azerbaidjan qui se prépare à cette guerre depuis des années, qui est dans une logique d’extermination, moi je crois vraiment que c’est une guerre de religions, que c’est une guerre de civilisation qui a lieu là et encore, est-ce qu’il s’agit d’une guerre quand on ne permet même pas à un peuple de se défendre, c’est plutôt un passage à tabac, c’est-à-dire que vous avez des gens qui ont la technologie, l’armement. Ils arrivent avec des drônes qui sont pilotés à des centaines de kilomètres et ils tuent des gens qui sont des civils, uniquement à partir de leur joystick dans des bunkers, dans des sous-sols même pas forcément, c’est même dans des hangars. Donc on va tuer les gens. Quand on va tuer des gens sans défense, quand on tue des gens sans défense, quand on utilise du phosphore, quand on utilise des bombes sous munition, c’est-à-dire qu’on utilise des armes qui sont théoriquement interdites et bien on ne mène pas la guerre devant des gens valeureux, j’ai vu des gens valeureux mais qui nous disaient, notre kalachnikov c’est un bâton, c’est comme un bâton, qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse, avec une kalachnikov, quand on se fait bombarder, on a vu un drône écrasé, on a pu mesurer l’envergure de ce drône. Ce sont des avions qui font 10-15 mètres d’envergure donc ce n’est pas les petits drônes auxquels on songe habituellement, ce sont des vrais avions de guerre et de combat, sans pilote, puisque les pilotes sont à des centaines de kilomètres et qu’ils ne prennent aucun risque. Et ils vont diriger leur bombe. Hier il y avait deux bombes qui n’avaient pas explosées mais ils vont diriger leur bombe sur des maisons de civils, sciemment, en sachant qu’il y a des vieillards, des enfants, de femmes dont la culpabilité est d’être arménien.  C’est exactement la même chose que quand on est coupable d’être juif. Parce qu’on ne peut pas ne pas être arménien, on l’est. On ne peut pas dire je cesse de l’être. C’est la même chose avec un juif à qui on dirait cessez d’être juif et vous n’encourerez pas les foudres des nazis. Donc là on voit que ce n’est pas une guerre, je pense que c’est le génocide qui continue à bas bruit, qui continue à bruit plus puissant et qui pourrez reprendre. Alors évidemment si on fait un peu de géostratégie et un peu de géopolitique on se dit que ce sont deux puissances qui s’opposent. Au moins deux civilisations, je dirais la civilisation judéo-chrétienne dont la Russie fait partie et la civilisation musulmane donc Azerbaïdjan fait partie. L’Arménie fait évidemment partie de la civilisation judéo-chrétienne puisque je ne vais pas rentrer dans des considérations théologiques qui me font utiliser judéo-chrétienne, on pourrait ne garder que chrétien mais je veux dire que les juifs disent « un prophète viendra un jour » et certains juifs disent un jour « il n’est pas à venir puisqu’il est déjà venu » donc ceux-là sont des judéo-chrétiens, il y a dans ces judéo-chrétiens un nombre de sectes incroyables, une secte c’est la religion qui n’est pas encore parvenue au pouvoir et il y a dans ces sectes des détails hyper-techniques sur la présence du corps du Christ dans eucharistie, sur la transsubstantiation sur cette idée qu’évidemment il y a le père, le fils, le saint-esprit, est-ce que ce sont trois personnes en une ? Est-ce que c’est une personne en trois ? Est-ce que c’est distincte ? Est-ce que quand on est père, il ne faut pas être antérieur au fils puisque finalement c’est le père qui génère le fils ou est-ce que le père, le fils c’est pareil parce que c’est magnifier par le saint-esprit ? Bon tout cela ce sont des débats théologiques mais des débats théologiques qui font que même s’il existe une Eglise arménienne, tout cela rentre dans le judéo-christianisme, donc ce sont vraiment des conflits de civilisation avec un Erdogan, il faut donner vraiment son nom, qui lui a la nostalgie de l’empire ottoman, avec Poutine qui lui a la nostalgie de l’empire soviétique et avec l’Occident qui n’est pas celui-ci, donc disons l’Europe de l’Ouest qui n’a aucun horizon. Nous n’avons aucun horizon, nous en France et en Europe si ce n’est celui de la banque, de l’argent, de l’Europe de Maastricht, faire de l’argent, faire du business, détruire les nations, détruire les cultures, détruire les civilisations, détruire les pays etc, pour ne faire qu’un grand marché planétaire. Donc tout se joue dans des villages comme j’ai pu en voir et on se dit ce sont des vrais enjeux de civilisations qui sont et on voit pourquoi des maisons sont abandonnées, pourquoi des gens combattent, pourquoi des gens sont des soldats perdus, pourquoi on a mis le feu à des écoles. J’ai vu une école en flamme, j’ai vu soldat pleurer parce que cette école était en flamme. Enfin bon voilà ce que j’ai vu est je pourrais encore longtemps parler.

A.L-H – Vous parlez d’une guerre des civilisations, vous mentionnez l’islamisme politique et le christianisme qui sont opposés, ensuite vous parlez de turquisation de l’Europe, vous utilisez ce terme, est-ce que c’est vraiment ce qu’il se passe en Europe ? Est-ce qu’elle est en train de se faire turquiser ?

M.O. – Oui bien sûr, quand un chef de l’état français, Emmanuel Macron, se fait traiter de malade mental, par le Président Erdogan et qu’il ne dit rien, qu’il laisse faire et que la France se fait menacée, les loups-gris qui sont des gens qui disent que sur le territoire français ils vont pouvoir continuer à persécuter les arméniens du seul fait qu’ils sont arméniens, l’Allemagne qui a peur qu’Erdogan dise « Mais moi si vous me donnez pas l’argent de l’Europe, j’ouvre mes frontières et vous allez faire avec une vague migratoire et vous savez très bien que si je vous envoie 1 ou 2 millions de musulmans, mais pas forcément des musulmans sympathiques, des musulmans qui ont envie de s’intégrer mais parfois des djihadistes qui sont allés faire la guerre en Syrie, si je vous envoie tout cela, vous aurez peur et il a très précisément dit : il faut que les européens ne soient plus sûrs dans les rues de leur ville, donc la chose est clairement dite. Il y a un philosophe politique qui s’appelle Julien Freund qui a soutenu sa thèse et un jour il y avait une discussion avec Raymond Aaron sur la question de la guerre, il dit « Nous refusons la guerre » et lui disait « Mais vous n’avez pas à refuser la guerre quand quelqu’un à décidé qu’il allait vous la faire » on n’a pas à dire « Nous en Europe, fin dans l’Europe de Maastricht ou en France on refuse de faire la guerre si Erdogan dit « Nous allons leur faire la guerre » donc ce que n’a pas compris la France, ce que n’a pas compris l’Europe c’est que hélas, votre grand petit peuple, c’est un petit peuple par le chiffre mais grand par la culture et la longue tradition, c’est ce peuple qui pour le coup est en train de voir se jouer la première bataille d’une guerre qui est vraiment menée et cette bataille elle est perdue pour l’Occident.

A.L-H – Vous dites que c’est une première bataille qu’on a perdu contre Erdogan, mais qu’on n’a pas perdu la guerre. Est-ce que ça veut dire  que la guerre elle continue ?

M.O. – La guerre elle continue je pense qu’elle est même à son début, on peut même imaginer que cet exode que vous avez connu il y a quelques jours , la France l’a connu, il y a eu le Général de Gaulle, il y a eu l’appel du 18 juin, il y a eu la résistance, il y a eu la Constitution d’une puissance mécanique, c’est ce que voulait le G. De Gaulle, quand il fait son appel du 18 juin, il dit nous avons perdu parce que notre mécanique était moindre et il dit nous gagnerons parce que notre mécanique sera supérieure et de fait, l’Allemagne nazie, bon comparaison n’est pas raison, mais l’Allemagne nazie a fabriqué des armements, des armes extrêmement puissantes, on ne peut pas imaginer que quand Hitler arrive au pouvoir en 33 et que en 34 en 35 en 36 en 37 en 38 en 39, il fabrique des armements, cela ne va pas être utilisé un jour, en 40. Puis en 41, puis en 42 donc quand on voit des pays agressifs s’armer, constituer un arsenal militaire impressionnant on se dit cette guerre va avoir lieu, cela me parait évident qu’elle va avoir lieu. Donc je crois qu’elle commence et nous nous désarmons, nous désarmons d’un point de vue militaire, les budgets militaires n’ont jamais été aussi bas, nous désarmons parce que nous n’avons plus d’armée nationale et qu’il n’y a pas d’armée européenne, donc on a une bombe atomique et on est en train de se demander si on ne va pas partager les codes nucléaires avec l’Allemagne, nous en France. On se dit mais finalement la guerre  a changé, on n’a pas pensé la guerre. On pense la guerre comme si c’était la guerre de Clausewitz au début du 19ème siècle en disant et bien il y a une armée qui s’oppose à une autre armée et puis ce sont les deux chocs, cela c’était la guerre du 17ème siècle, du 18ème, du 19ème, c’est terminé avec la guerre totale d’Adolph Hitler mais c’est terminé aussi avec cette guerre technologique. On voit bien aujourd’hui qu’il y a deux façons de faire la guerre et que l’islam dispose d’une façon qui est hyper-technologique : merci Israël de fournir l’armement le plus perfectionné pour pouvoir tuer des gens à distance et puis en même temps et puis en même temps la guerre la plus triviale c’est-à-dire la guérilla, c’est-à-dire la petite guerre, c’est l’expression qu’utilisait Clausewitz parce qu’on nous a raconté qu’à Stepanakert par exemple des soldats habillés avec le vêtement de guerre, le vêtement militaire des arméniens parlant arménien, demandant en arménien « Bonjour, comment allez-vous etc », sympathisaient avec des gens qu’ils égorgeaient donc c’est du terrorisme, évidemment puisque quand vous égorgez quelqu’un en laissant croire que vous êtes l’un des leurs, alors bien sûr la ruse fait partie de la guerre mais ceci dit on se dit ce n’est pas exactement comme cela que l’on peut imaginer la grandeur, le combat, enfin au sens traditionnel du terme. Et on a là des arméniens qui disent mais nous on veut bien se battre, simplement on ne peut se battre, ça arrive du ciel, l’ennemi arrive du ciel et puis éventuellement il arrive un djihadiste qui nous égorge, en nous ayant parlé dans notre propre langue. Donc effectivement j’ai posé la question à ce prêtre en disant est-ce que vous êtes d’accord avec mon hypothèse d’une guerre de civilisation ? Il me dit « pas du tout », pas du tout parce que pour qu’il y ait une guerre de civilisation il faut qu’il y ait une civilisation or cela n’est pas une guerre entre deux civilisations : l’islam n’est pas une civilisation, l’islam est une barbarie. Donc ce n’est pas la civilisation judéo-chrétienne contre la civilisation musulmane c’est la civilisation judéo-chrétienne contre le barbarie musulmane et donc nous ne sommes pas capables nous en France d’entendre ce discours-là car c’est un discours qui suppose que nous prenions de la hauteur. Il faut penser en terme de civilisation c’est-à-dire en termes de millénaires ou au moins un centenaire. Un chef de l’Etat ce n’est pas quelqu’un qui dit « Dans quatre ans je vais être réélu, qu’est-ce que je dois faire pour être réélu ? ». Un chef d’Etat c’est quelqu’un qui dit « Dans 100 ans que sera devenu mon pays ? Je ne dois pas être de ceux qui auront contribué à la destruction de mon pays dans les 100 années qui viennent donc évidemment la France hélas, j’en ai honte pour vous, mais ne vous a pas aidé alors qu’elle n’a pas compris que ce qui se passe en Arménie, c’est ce qui se passe déjà sur son territoire. Nous avons eu récemment un professeur égorgé dans la rue simplement parce qu’il enseignait la liberté d’expression et c’est un même combat. Et le fait que nous n’ayons pas compris que c’était un même combat fait qu’assez probablement la France fera bientôt partie du camp du vaincu.

A.L-H – Nos soldats dessinent la croix sur leurs armes quand ils vont combattre donc on aurait l’impression que les soldats comprennent mieux de quoi il s’agit que les hommes politiques qui gèrent ce conflit. Maintenant est-ce qu’ils ne comprennent vraiment pas ou ils font semblant de ne pas comprendre de quoi il s’agit ?

M.O. – Je ne sais pas répondre à votre question, je ne sais pas si ce sont des imbéciles ou des cyniques, ceci dit ils peuvent être les deux, cela n’exclue pas. L’idée de dire quand on est un chef de l’Etat Français « Il n’y a pas de culture Française, ce qu’il a dit », l’idée de ne pas reconnaître la spécificité chrétienne de la civilisation Française ou de la civilisation européenne, ce n’est pas parce que, moi je suis athée, mais j’ai écrit un très gros livre qui s’appelle décadence pour raconter les racines chrétiennes de la France. Je suis athée mais je vois bien comment je suis chrétien. Donc les chefs d’Etat n’ont pas le sens de l’histoire, ils n’ont pas la culture qui leur permettrait d’avoir le sens de l’histoire. On a eu quelques chefs de l’Etat qui avaient connu la guerre.  Bon vous avez le Général De Gaulle même François Mitterrand ou Jacques Chirac ce sont des gens qui avaient connu pour l’un la première guerre mondiale et la deuxième, pour l’autre la deuxième guerre mondiale, la guerre d’Algérie, pour le premier aussi d’ailleurs et puis on a eu, Chirac avait connu la guerre d’Algérie avec Sarkozy, Hollande, on a des chefs de l’Etat qui n’ont pas rencontré l’histoire en face, ils n’ont pas connu la guerre, ils n’ont pas connu l’histoire en face non plus. S’ils n’avaient pas le sens de l’histoire, vous ne pouvez avoir que le sens de l’argent et nous avons des hommes politiques qui n’ont que le sens de l’argent et de la carrière. Donc ils veulent être réélus, ils veulent être élu, ils veulent faire de l’argent, ils veulent faire un grand marché européen et si on doit raser une Eglise pour construire un supermarché ils donnent les autorisations, donc vos soldats savent effectivement ce que ne savent pas nos chefs d’Etat. Ils ne savent pas.

Moi je ne témoignerais, fin je ne tiens pas pour la bêtise, je crois vraiment au cynisme, ce sont des gens qui veulent juste détruire la nation française ou l’Europe. Et quoi de mieux que de détruire justement la signification des racines ? C’est-à-dire les Eglises, les pierres tombales, les signatures les plus anciennes de notre civilisation.

A.L-H -Votre dernier livre qui parle parallèlement des vies de Charles De Gaulle et de François Mitterrand commence par une citation de De Gaulle où il dit avoir voulu dresser la France contre la fin d’un monde. Est-ce que c’est toujours d’actualité ? Est-ce qu’on y assiste maintenant aussi ?

M.O. – Oui bien sûr d’abord parce que le Général De Gaulle, d’abord c’est un homme du 19ème siècle qui a connu la Première Guerre mondiale, la saignée qui a été la première guerre mondiale des millions d’hommes qui auraient probablement le sel de la vie française, qui sont morts au front et c’était des médecins, des poètes, des ingénieurs, des peintres, des pères de famille qui ont disparu et puis il y a eu la deuxième guerre mondiale et le Général De Gaulle a bien vu effectivement qu’il y a avait une civilisation qui s’effondrait. La façon de faire la guerre en 14-18, n’était pas la façon qu’on a eu de faire la guerre en 39-45 et donc il y a eu chez le Général De Gaulle une vision à très long terme de ce qu’était la France, il démarre ses mémoires on le sait avec cette idée : « Je me suis toujours fait une certaine idée de la France et pour lui la certaine idée de la France elle est millénaire quoi. Elle doit durer encore. » Et en mai 68, le Général De Gaulle a compris que c’était une crise de civilisation. Avec Malraux. Tout le deux se disent mais finalement qu’est-ce qui fait que cette civilisation qui fait qu’on peut aller sur la Lune mais que c’est pour s’y suicider, si on arrive sur la Lune et qu’on a aucun idéal et qu’on y va pour s’y suicider qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Et il avait pour projet de répondre à cette crise de civilisation avec la théorie de la participation. Je ne vais pas rentrer dans les détails de l’histoire mais en 1968, les Français mettent De Gaulle à la porte et donc lui il avait le projet d’une nouvelle civilisation qui aurait une civilisation après la civilisation des machines, une spiritualité qui aurait pu être une spiritualité de la République disons le comme cela et François Mitterrand n’avait pas du tout le désir de cela, il avait le désir d’arriver au pouvoir et quand il est arrivé au pouvoir de s’y maintenir. La France cela ne l’a jamais intéressé, cela ne l’a jamais intéressé. Donc avec le traité de Maastricht il a travaillé à la dilution de la France dans le traité européen et puis on a ce que l’on a tout de suite : la France d’aujourd’hui c’est la France de Mitterrand c’est la dire la France qui déteste la France, c’est la France qui déteste la nation, c’est la France qui déteste la République, c’est la France du « J’ai des droits, moi en tant qu’homosexuel, moi en tant que femme, moi en tant qu’arrière-arrière-arrière petit-fils de colonisé, je suis un racialisé donc j’ai le droit d’être raciste. » Et on a peur, on peur de trois personnes qui nous disent « Moi mes ancêtres en 1492 étaient de couleur donc moi je suis toujours une victime parce que je suis de couleur et vous , vous êtes toujours un coupable parce que vous êtes un blanc et que c’est la couleur de ceux qui nous ont opprimé à partir de 1492 ». Et plutôt que de leur dire « Non, non, non, non, vous faites fausse route, ce n’est pas comme cela que cela se passe ». On leur dit « Mais oui bien sûr, on va vous demander pardon, qu’est-ce que l’on peut faire pour être dans la réparation ? » et c’est de la surenchère perpétuelle. Donc comme il y a une surenchère perpétuelle dans la haine de la France, de la culture etc, il y a une haine de la civilisation. Donc dès que vous parlez de civilisation en France, moi j’en fais souvent les frais, vous êtes un homme d’extrême-droite, vous êtes un fasciste, vous êtes un antisémite, vous êtes un vichyste, vous êtes un compagnon de route d’Adolph Hitler. Vous dites mais attendez moi j’ai créé une revue qui s’appelle Front Populaire, la revue n’existait pas encore  que des gens comme Bernard Henri-Levy, et quelques autres, Jean-François Kahn, disaient dans la presse que j’étais Marcel Déat c’est-à-dire créateur d’un parti fasciste ayant porté l’uniforme nazi sur le front russe. On se dit mais c’est cela la France ? L’incapacité à débattre ? L’incapacité à parler à nouveau de souveraineté ? De souverainisme pour le pays ? L’idée de dire que quand on utilise le mot nation on est nationaliste donc on veut la guerre ?  C’est cela ce qu’est devenu la France ? Donc tout ce qui se passe chez vous c’est très exactement ce qu’il se passe chez nous. C’est-à-dire une capacité à faire fasse à des défis de civilisations. Une, alors je ne vais pas parler pour votre pays mais je veux dire pour la France, une incapacité à faire une identité, en disant mais il faut que nous soyons rassemblés et réunis si on veut pouvoir s’opposer à ceux qui eux nous menacent véritablement. Ceux qui nous menacent sont unis. C’est pourquoi notre revue avec Stéphane Simon s’appelle Front Populaire, il s’agit de faire un Front Populaire, c’est évidemment on joue sur l’expression de l’histoire c’est un moment de l’histoire de France où la gauche a gagné pour les gens pauvres et modestes sans faire couler le sang mais c’est aussi une façon de dire « Il y a en face de nous un front populicide, c’est-à-dire les gens qui tuent les peuples  parce qu’ils veulent instaurer le marché, ils n’ont pas besoin des peuples » et en face il n’y a rien, et bien nous nous proposons un Front Populaire. Il vous faudrait, je n’ai pas de leçon à donner à l’Arménie, mais un Front Populaire qui vous permettrez de dire « Mais nous existons comme une entité et cette entité elle est à l’avant-garde de ce qu’est la civilisation judéo-chrétienne », c’est vous qui êtes en Arménie à l’origine du début du christianisme en Europe, cela vous donne des droits, cela ne vous oblige pas à des choses il y a des droits qui vous permettent de dire « Mais nous portons cette civilisation qui nous permet de boire du vin, de manger de la charcuterie, de peindre des figures et des visages, de permettre aux femmes d’êtres jolies, élégantes et séduisantes, de connaître le marivaudage, la séduction, d’avoir eu aussi Casanova que Don Juan mais aussi Faust, d’avoir eu Dante, d’avoir eu Cervantes, d’avoir eu Ronsard, mais, moi je vais encore plus loin, j’ajoute Tolstoï, Dostoïevski, Tourgueniev, Pouchkine, Moussorgski ou d’autres, Borodine et quelques autres et je dis mais cette culture française, cette culture européenne pardon, cette culture européenne, nous ne la portons pas. Nous ne la portons plus. Et de fait quand vous parlez du signe de croix des soldats, moi qui suis athée, je comprends très bien ce que signifie ce signe de croix, je pense que je serais capable de le faire moi aussi, parce que c’est une façon de constituer une entité, pour fabriquer un front qui devrait être populaire, mais là pour le coup, vous vous faites vous le maximum et nous ont fait vraiment le minimum. Je veux dire nous la France ont fait vraiment le minimum et l’Europe est honteuse, dans sa façon de ne pas vous aider, de ne pas vous aimer, de ne pas être avec vous, de ne pas dire « mais c’est un combat de civilisation, vous êtes à l’avant-garde de ce convoi de civilisation et nous allons être avec vous, nous allons vous aider, nous allons le faire savoir. » Quand je pense que nous avons donné, que la France a donné de l’aide humanitaire à l’Azerbaïdjan et à l’Arménie. Est-ce qu’on imagine en 1940 un billet pour les juïfs et un billet pour les nazis ? C’est cela qu’il s’est passé. Et en France on estime, fin en France, les gouvernements français et les hommes politiques français n’estiment pas que ce soit problématique, ils n’estiment pas que nous avons failli. Vous avez des soldats morts et nous nous avons la honte.

A.L-H – Merci Michel Onfray pour votre présence à l’Arménie.

M.O. – Je vous en prie.

A.L.-H.- Pour votre venue, pour cette chaleur humaine et pour cet espoir que vous portez et que vous apportez. Merci beaucoup.

M. O. – C’est moi qui vous remercie.


Publié par magrenobloise

Webmagazine

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :