Épidémies et frontières / COVID-19 et égouts

Professeur Didier Raoult Professeur Bernard La Scolla de quels outils peut-on se servir sur le plan épidémiologique, pour enquêter sur la circulation du virus ?

Professeur Raoult – Bien déjà, nous depuis le début bien sûr on a pris une stratégie dont on continue à penser qu’elle est correcte que tout le monde a fini par prendre qui est de tester les gens qui demandaient à être testé, qu’ils soient symptomatiques ou qu’ils ne soient pas symptômatiques. Donc on a une courbe qui reflète la demande de la population. C’est d’ailleurs une chose très étrange, qu’on a pas encore expliqué.

Cette demande de la population est très proportionnée, est en relation avec le nombre de cas positifs qui a la même courbe bien que le pourcentage varie, on a la même courbe. La même forme de courbe parmi les positifs que parmi les gens qui ce sont fait tester. On voit qu’actuellement cette épisode est en train de diminuer d’une manière drastique, très très très rapidement comme le premier acte avait diminué d’une manière rapide.  On voit que ce phénomène se retrouve, sur les données de l’assistance publique, que le nombre de cas hospitalisés diminuent. Le nombre de cas en réanimation diminue, je ne veux pas toujours avoir raison mais je ne me trompe pas tout le temps non plus. Le nombre qui a culminé dans les réanimations n’a pas atteint le nombre de la première épidémie qui avait atteint 126 cas, ici on n’a pas dépassé 103 cas. Vous voyez que donc je ne fais pas parti des gens les plus nerveux du monde mais aussi parce que je regarde les choses calmement et qu’il faut les analyser au fur et à mesure ce n’est pas la peine de passer sa vie à prédire le pire parce que ce n’est pas comme cela qu’on gère les problèmes. La deuxième chose qui s’est passée et que l’on voit bien dans ces schémas c’est qu’il n’y a pas eu de rebonds.

L’histoire du rebond est un fantasme qui est alimentée parce que les gens sont contents de dire que l’on s’est trompé ici, un rebond. Si il y avait un rebond dans cette maladie, il y aurait un rebond partout mais ce n’est pas vrai. Les pays qui ont eu un contrôle raisonnable, du risque épidémique, en particulier les pays du sud-est asiatique n’ont pas eu de rebond. Il n’y a pas du rebond en Chine. Donc ce n’est pas le coronavirus qui a un rebond. Qu’est-ce qui s’est passé alors ? Pourquoi est-ce que nous nous avons eu une deuxième épidémie alors que la première est terminée ? Et bien là-dessus on le voit très bien. C’est très simple d’ailleurs. Pour vous dire la vérité, nous à Marseille on sait cela, puisqu’on a des épidémies depuis des siècles et donc c’est une des villes qui a inventé le Lazaret qui a inventé la quarantaine quand même Marseille donc on sait bien ce qu’il se passe. On sait que quand il y a des bateaux, qui viennent de pays, dans lesquels il y a une épidémie, il ne faut pas les prendre parce qu’ils vous foutent l’épidémie dans la ville. Donc quand vous n’avez pas d’épidémie, il ne faut pas prendre les gens qui viennent des pays épidémiques. Mais le monde entier semble avoir oublié cela, y compris dans les messes d’ailleurs.

C’est ce qu’il s’est passé à Haïti, où à Haïti, au milieu d’une catastrophe, est-ce qu’il y a eu un tremblement de terre, on a fait venir des pays des gens du Népal où il y avait une épidémie de choléra, et ils ont importé l’épidémie de choléra qui s’est terminée par des milliers de morts donc c’est ce qui a été investi par Renaud Piarroux. Il a fallu longtemps pour admettre, parce que les gens ne voulaient pas admettre que c’était une faute profonde, grave, de l’ONU et de l’OMS d’importer des gens malades d’un pays où il sévit une épidémie. Ce n’est pas, c’est contre toute la connaissance, le savoir. Alors cela ne s’enseigne pas à l’ENA. Cela ne s’enseigne peut-être pas à l’école de Rennes non plus mais c’est des maladies épidémiques telles que mois je les connais. Et les épidémies j’en ai vu quelques unes. Et ce qu’il s’est passé là c’est exactement pareil, c’est une démonstration pour étudiant.

Vous voyez, les épidémies n’ont pas la même forme en fonction de l’endroit dans lequel on vit. Dans la zone intertropicale cela ne ressemble pas aux épidémies des pays tempérés.

La plupart des infections virales respiratoires ont une courbe en cloche qui s’arrête comme on a eu pendant le premier acte de cette infection et cela s’arrête. Tandis que les pays de la zone tropicale ont, c’est connu, pour la grippe et bien voilà, c’est généralement de janvier à mars ou de décembre à février. Puis cela s’arrête et s’il y a des cas importés, cela se multiplie pour des raisons qu’on connaît mal mais quand on regarde le Sénégal que je connais bien et bien dans le Sénégal il y a des grippes un peu plus toute l’année et il y en a un peu plus au contraire pendant l’été, c’est-à-dire pendant la saison des pluies.

Et donc là c’est l’épidémiologie au Sénégal. Au Sénégal ils font beaucoup de tests, ils vérifient beaucoup les choses et donc on a une épidémiologie très correcte de ce qu’il se passe au Sénégal et donc on voit qu’il y en a eu tout le temps. C’est-à-dire y compris quand nous n’en n’avions plus. Et puis, si on voit l’Algérie, la Gambie c’est un peu différent car il y a beaucoup moins de tests qui se font en Gambie, l’Algérie, vous voyez que cela diminue un peu comme nous mais cela ne disparaît pas et puis il y a une reprise très très très très rapide qui se fait ici fin juin.

Et nous, on a une reprise qui commence ici et les premiers cas sont directement connectés aux bateaux qui reviennent d’Algérie et de Tunisie. Et il y a sur ces bateaux, des marins qui contractent cela, des gens qui débarquent du bateau. On voit très bien la source de cela. On sait très bien, et c’est pas étonnant, si vous croyiez ce que je vous ai dis, car à Marseille on a eu quelques épidémies qui sont venues sur les bateaux et bien si vous avez un bateau qui vient d’une zone qui est très épidémique  à une zone qui n’est pas du tout épidémique avec des centaine de personnes qui débarquent si vous n’arrivez pas à redéclencher une épidémie c’est que vous êtes protégés par les Dieux, sinon vous faites une épidémie que vous voyez-là.

Maintenant comment sait-on que c’est la même épidémie et bien nous on a fait, pas tout le monde a cru que l’on pouvait identifier les génotypes de virus car les gens n’ont pas l’habitude de regarder les génomes mais enfin on peut identifier, au Sénégal il y avait ce génotype qu’on peut appeler Marseille 1 car c’est la première fois qu’on trouvait à Marseille, qui s’est répandu et qui existait depuis plusieurs mois au Sénégal. C’est le même que le nôtre qui a changé. C’est les virus en Afrique qui ont été importés  en particulier au Sénégal ont été importés de France, en Mars-Avril. Donc là-bas il change, ce virus devient très très commun là-bas. Et puis, on pense qu’on va le trouver ici en Algérie, on est en train d’essayer d’acquérir des génomes, on le voit apparaître il apparaît en Gambie et on le voit apparaître à Marseille et c’est lui qui va causer la première partie de l’épidémie qui fait le mois de juillet et un peu du début du mois d’août. Donc c’est un mécanisme qui est parfaitement compréhensible c’est quand on n’a plus de cas, il ne faut pas faire l’inverse : c’est ce qu’on a fait.

On a fermé les frontières quand on avait plein de cas et quand on a plus eu de cas on a ouvert les frontières, ce n’est pas une maladie infectieuse ce n’est pas comme cela. C’est pas comme cela les maladies transmissibles. Les maladies transmissibles c’est quand vous n’avez pas de cas vous fermez les frontières quand vous avez des cas c’est les autres qui doivent fermer les frontières. Ce qui n’ont pas de cas en particulier. Donc il y a une réflexion à avoir sur la gestion des maladies transmissibles qui est : on ne fait la quarantaine, cela n’a d’intérêt que parce qu’on en a plus, qu’il faut empêcher les gens de revenir infecter pour d’autant qu’on a pu montrer des gens qui avaient été infectés pendant la première partie pouvaient être infectés avec ces nouveaux variants de virus et que c’est le cas avec celle qui a succédé à ce variant 1 qu’on appelle variant 4 qui a donné une grosse épidémie dont on voit qu’elle est en train de diminuer mais qu’on voit qu’elle est partie toute en France. Ce qui est intéressant avec ce variant 1 c’est qu’on ne sait pas pourquoi il ne s’est pas implanté ailleurs, pour l’instant en tout cas. On n’a pas de génome, on a un seul génome en France qui ne soit pas de Marseille. Et donc il ne s’est pas répandu ailleurs. On ne sait pas pourquoi, c’est celui qui était très épidémique au Sénégal et en Gambie dont on voit bien qu’il est arrivé par l’Algérie puisqu’on l’a trouvé y compris chez les gens qui venaient d’Algérie ou de Tunisie donc on sait qu’il existait là, ils sont venus sur le bateau ailleurs, c’est les maladies infectieuses, c’est compliqué mais quand il y a contagion, on connaît les moyens de lutter contre la contagion. Ce n’est pas de lutter quand on a plein de cas, contre le pays qui en ont pas encore c’est quand on a plus de cas d’empêcher de venir tant qu’on n’a pas résolu le problème.

Et puis quand à la surveillance de l’état de l’épidémie : il y a plusieurs moyens bien sûr celui que nous avons nous mais Bernard va vous expliquer ce qui paraît être quelque chose qui a un avenir à mon sens extrêmement important dans la veille et dans le processus de décision que l’on peut prendre pour contrôler le niveau de l’épidémie.

Professeur Bernard La Scola Dans la plupart des endroits et sur les chiffres que présente Didier font la mesure du portage du virus chez les patients. Et les chiffres que présentent Didier sont basés sur la mesure du portage du virus chez les patients alors ils peuvent être symptomatiques, asymptomatiques mais c’est quand même lié au fait que les gens vont venir se faire tester ou pas, ou en fonction du nombre de test que l’on a. Et là, les marins pompiers à Marseille, le bataillon des marins pompiers à Marseille a fait un travail très très intéressant c’est-à-dire qu’ils sont allés chercher le virus dans les égouts. Et donc en surveillant ce virus dans les égouts, ils ont tracé en gros  une quantité de virus dans les égouts et donc en travaillant avec eux nous on a corrélé cela avec le nombre de patients donc c’est assez fascinant parce que c’est très très très très bien corrélé.

On voit juste quelque chose qui n’est pas corrélé c’est amusant c’est-à-dire on voit une baisse du virus dans les égouts et cela ça colle exactement avec la rentrée scolaire c’est-à-dire les touristes sont partis de la ville et donc on a une baisse du virus dans les égouts et après on le voit remonter doucement arriver à ce qui est le pic et là on arrive au pic et après le pic on voit que cela descend et ce qui est fascinant quand même c’est qu’on voit que cela descend bien avant qu’on mette en place les mesures de confinement même pire, quand on va mettre en place le confinement on voit que cela va remonter c’est-à-dire qu’il est probable qu’avec le confinement les gens vont se retrouver chez eux et vont se contaminer entre eux et donc cela fait se petit rebond et après ça continue à redescendre donc on voit finalement qu’en surveillant les égouts et certains points des égouts on pourrait avoir une vision très précise de l’évolution de l’épidémie sans tester beaucoup des personnes et donc c’est un outil qui va être très utile je pense dans le futur. D’abord pour l’épidémie de COVID mais ca peut être utilisé pour beaucoup d’autres maladies infectieuses mais récemment par exemple on a vu dans les égouts de Marseille un nouveau virus, un virus que l’on connait bien qui revient tous les ans. On l’a vu réapparaître et en même temps on a vu réapparaître les patients positifs donc c’est vraiment un outils du futur.

Professeur Didier Raoult – Et c’est très intéressant parce que jusqu’à présent on était incapable, ce qui explique beaucoup de tâtonnements mais j’espère que le gouvernement prendra ces données en compte parce que pour l’instant les mesures sociales sont des mesures entièrement virtuelles. Personne ne sait ni si cela marche, ni comment cela marche. La seule chose qu’on ai su c’est qu’effectivement dans les études faites en mai-juin il faut regarder pourquoi les gens avaient des anticorps, les gens confinés avaient plus souvent eu la maladie que les gens non confinés. Donc individuellement on sait que cela ne marche pas mais là c’est intéressant car au niveau de la population on peut évaluer la réponse aux mesures que nous avons prises. Là on est en train, on est dans des mesures extrêmement drastiques, il faut réfléchir  voir maintenant qu’on est capable d’interpréter l’efficacité de ces mesures à prendre des mesures qui soient cohérentes avec l’observation du niveau épidémique. Donc cela est un point très important et très intéressant parce que ce nouvel outil devrait pouvoir être un instrument de pilotage des mesures sociales, de façon à rester dans des mesures qui soient proportionnées au risque d’être infecté.

Auteur :
La rédaction
Publié le 27 novembre 2020 

Publié par magrenobloise

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