Un diplomate iranien jugé en Belgique pour un projet d’attentat près de Paris refuse de se présenter au procès

Le diplomate Assadollah Assadi, 48 ans, risque la prison à vie dans ce dossier qui, en 2018, avait suscité des tensions entre la France et l’Iran.

Un diplomate iranien, appelé à comparaître devant le juge vendredi 27 novembre en Belgique pour avoir projeté un attentat à l’explosif visant un rassemblement d’opposants au régime de Téhéran, près de Paris à l’été 2018, a refusé vendredi de se présenter au procès, contestant la légitimité du tribunal. Seuls ses trois complices présumés étaient présents dans le box en début de matinée et l’audience s’est ouverte sans lui.

Le diplomate Assadollah Assadi, 48 ans, en poste à l’ambassade d’Iran à Vienne au moment des faits, est présenté comme le coordinateur de ce projet déjoué par la justice belge et considéré par la France comme téléguidé par le ministère iranien du Renseignement, ce que Téhéran a vivement démenti. L’Iran a fustigé «une violation de l’immunité diplomatique» de M. Assadi jugeant son arrestation «illégale». Un argumentaire repris vendredi matin par l’avocat belge de l’intéressé pour justifier son absence. «Mon client m’a demandé de le représenter aujourd’hui. Il respecte ce tribunal mais comme il estime qu’il devrait bénéficier de son immunité, le tribunal n’est pas autorisé à le juger», a affirmé devant la presse Me Dimitri de Béco. «Il a le droit d’être représenté par son avocat, c’est ce que je vais faire», a ajouté le pénaliste.

L’attentat, déjoué par les autorités belges, devait viser le 30 juin 2018 à Villepinte, près de Paris, le grand rassemblement annuel du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), une coalition d’opposants comprenant les Moudjahidine du peuple (MEK). Le jour même, un couple de Belgo-Iraniens domiciliés à Anvers (nord) est arrêté par la police belge à Bruxelles en possession de 500 grammes d’explosif TATP et d’un détonateur dans sa voiture.

L’interpellation a lieu in extremis, et le rassemblement peut se tenir avec ses invités: des personnalités politiques américaines, britanniques et françaises notamment. Aujourd’hui, une vingtaine d’entre elles sont parties civiles dans la procédure pénale aux côtés du CNRI, dont la Franco-Colombienne et ex-otage des FARC Ingrid Betancourt.

«Terrorisme d’Etat avéré»

Sur le banc des prévenus, devant le tribunal correctionnel d’Anvers, le couple arrêté, Nassimeh Naami, 36 ans, et Amir Saadouni (40), devait comparaître aux côtés d’Assadollah Assadi et un autre complice présumé, Mehrdad Arefani (57). Mais le diplomate iranien manque quant à lui à l’appel ce vendredi. Tous les quatre ont été inculpés pour «tentatives d’assassinat à caractère terroriste» et «participation aux activités d’un groupement terroriste». Ils encourent 20 ans de réclusion criminelle. Assadollah Assadi, présenté par l’accusation comme le coordinateur du projet, était à l’époque en poste à l’ambassade d’Iran à Vienne. Il a été arrêté lors d’un déplacement en Allemagne, où il ne bénéficiait plus de son immunité diplomatique. Mehrdad Arefani, un poète iranien exilé en Belgique au début des années 2000, a été lui arrêté en France. Il a également été livré à la justice belge en 2018 en vertu d’un mandat d’arrêt européen. Les parties civiles le présentent comme un proche d’Assadi, échangeant régulièrement par téléphone avec ce dernier via une carte SIM autrichienne retrouvée en sa possession. Devant les enquêteurs, les deux hommes ont nié se connaître.

«On est devant un terrorisme d’État avéré», a déclaré Me Georges-Henri Beauthier, un des avocats belges défendant le CNRI et ses soutiens, avec le Français William Bourdon. Ils estiment que l’explosif très puissant aurait pu faire beaucoup de morts. Me Dimitri de Béco, défenseur d’Assadollah Assadi, a dénoncé de son côté «le procès politique que tentent de faire les parties civiles», au mépris de la présomption d’innocence. Révélé par le parquet fédéral belge deux jours après l’arrestation de Bruxelles, ce projet d’attentat avait suscité la colère du président iranien Hassan Rohani, rappelle l’expert français François Nicoullaud. «En visite au même moment en Europe, il était absolument furieux de cette opération des services (de renseignement iranien), qui ont le génie d’intervenir à contre-courant du gouvernement», dit cet ancien ambassadeur de France à Téhéran.

À l’époque, Hassan Rohani s’efforçait de conserver la bienveillance des Européens dans le dossier épineux du nucléaire iranien, alors que l’accord international de 2015 venait d’être dénoncé unilatéralement par le président américain Donald Trump. Quand Paris avait pointé du doigt le renseignement iranien pour le projet de Villepinte, Téhéran (par la voix d’un porte-parole de sa diplomatie) avait démenti, en parlant d’un «complot» de «certaines sphères» pour lui nuire dans le dossier du nucléaire. Un rideau de fumée, selon François Nicoullaud. «Ce n’est pas sérieux», lâche l’analyste.

Hasard du calendrier, ce procès intervient quelques jours après la libération d’une chercheuse australo-britannique, condamnée en Iran pour espionnage au profit d’Israël, et échangée contre trois Iraniens liés à un projet d’attentat à Bangkok. Ce procès tombe mal pour Téhéran, alors que mercredi, Hassan Rohani a invité le président élu américain Joe Biden à ouvrir une nouvelle page avec l’Iran en revenant à la «situation qui prévalait» avant Donald Trump. Le procès est prévu sur deux jours, vendredi et jeudi prochain. Le tribunal devrait ensuite mettre son jugement en délibéré à début 2021.

Auteur :
Le Figaro
Publié le 27 novembre 2020

Publié par magrenobloise

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