«Sa va saigné le 17» : le parquet antiterroriste demande un procès pour quatre personnes

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a demandé un procès en correctionnelle pour quatre personnes «radicalisées» soupçonnées d’avoir envisagé un braquage le premier jour des manifestations de «gilets jaunes» en 2018 dont elles contestent la nature terroriste, a appris l’AFP dimanche 29 novembre de source proche du dossier.

«Sa va saigné le 17» : le 8 novembre 2018, Rémi M., envoie ce SMS à un correspondant. Cinq jours plus tard, cinq personnes, dont les quatre pour lesquelles le Pnat demande un procès, sont interpellées. Ouverte fin août, l’enquête antiterroriste vient de basculer.

Sur France 2, au mois de mars suivant, Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur, explique: «Quelques jours avant le début du mouvement des gilets jaunes, un groupe s’était constitué et s’était intitulé ‘Ca va saigner le 17’, c’était une attaque terroriste et nous l’avons neutralisée».

«Sa va saigné le 17» ? De l’«humour», assurera devant les enquêteurs, Rémi M., sans emploi, et qui a rapidement effacé les messages, selon le réquisitoire définitif du Pnat du 26 octobre, consulté par l’AFP.

La reconstitution de l’échange laisse penser qu’il s’inscrit plutôt dans une discussion où Rémi M. s’agaçait de tarifs de pièce de rechange pour sa voiture. Il n’empêche. Pour le Pnat, Rémi M., Kevin B., et deux frères, Kamel et Hillal A., ont bien «préparé un projet d’acte violent sur le territoire national». Il demande donc leur renvoi devant le tribunal correctionnel pour «association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte de terrorisme», un délit passible de dix ans de prison. La décision revient désormais au juge d’instruction en charge du dossier.

Malgré une planification «peu aboutie» et des «contours flous», le Pnat estime que les quatre hommes avaient bien préparé un projet de braquage, «avaient déjà envisagé un lieu», une banque à Saint-Etienne sujette à des repérages, et une «modalité d’action», à savoir «l’attaque d’un distributeur ou d’un fourgon».

Devant les enquêteurs, les quatre mis en cause nient tous l’existence d’un projet d’attentat, mais «finissent tous par reconnaître l’existence du projet de braquage», précise le parquet. Or pour le Pnat, ces quatre hommes évoluaient «dans un contexte de radicalisation avancé» et de «fascination pour le djihad». Si l’argent était bien «moteur du projet», le Pnat estime, sur la base de leurs déclarations, que ce projet avait pour finalité de prendre cet argent «aux ‘chiens’ de manière violente afin de les ‘punir’ et de ‘plier (la société) de A à Z’», d’où la nature terroriste retenue pour ce projet.

Les gilets jaunes pas visés

Au moment des faits, Kevin B., 27 ans, est en prison pour «association de malfaiteurs terroriste» et est considéré comme «radicalisé». Le Pnat souligne ainsi que le 12 septembre 2018, il «a tenté de faire réciter le coran à son fils qui, au vu de son très jeune âge», deux ans à l’époque, «n’était capable que d’émettre des borborygmes.»

Les deux frères, Hillal et Kamel A., âgés de 25 et 36 ans, déjà condamnés par le passé, font aussi preuve «d’attrait pour le jihad», d’après le Pnat.

Rémi M. présente lui un profil différent : âgé de 54 ans, son casier judiciaire est vide. S’il est converti à l’islam et aussi considéré comme «radicalisé» (il déclarera lors de l’enquête qu’il «n’aime plus la France», «la déteste»), un rapport d’évaluation souligne sa «personnalité malléable». «Il a cru trouver sens dans ce groupe» qui «le valorise».

Me Léa Dordilly, avocate d’Hillal A., se félicite de voir «le parquet concéder ainsi qu’il n’a en réalité jamais été question d’une attaque terroriste visant des gilets jaunes». Pour elle, «envisager de braquer un distributeur de billets est un projet de droit commun, le profil de ses auteurs ne suffit pas à en faire un projet terroriste». Sa consoeur, Louise Dumont Saint Priest, avocate de Kevin B., trouve que les réquisitions du Pnat viennent «en un sens, confirmer ce que nous avons toujours dit sur l’absence de but terroriste d’une éventuelle action».

Auteur :
Figaro avec AFP
Publié le 29 novembre 2020

Publié par magrenobloise

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