Agriculteurs : une étude confirme le lien entre cancers et pesticides

ARTICLE. L’étude AgriCan lancée en 2005 établit les liens entre certains cancers et les activités agricoles. Elle a été menée dans onze départements sur plus de 18 000 éleveurs et cultivateurs pendant dix ans.

Agriculteurs : une étude confirme le lien entre cancers et pesticides

Les résultats du suivi sur plus de dix ans (2005-2015) de 180 000 éleveurs et cultivateurs dénombrent une proportion accrue de lymphomes, leucémies ou cancers de la prostate, notamment chez ceux exposés aux pesticides. C’est ce que révèle la cohorte AgriCan, la plus grande étude au monde conduite sur les cancers en milieu professionnel agricole, qui rassemble 6590 femmes et 12026 hommes.  Les 43 types de cancers survenus parmi les participants de l’étude ont été comparés à ceux de la population générale dans les mêmes départements. Sur la période de suivi, entre 2005 et fin d’année 2015, 18616 nouveaux diagnostics de cancers ont été enregistrés parmi les participants.

Au premier abord, les conclusions de l’étude sont positives : les cancers sont légèrement moins fréquents chez les hommes et chez les femmes étudiés que dans la population générale. Parmi les 43 cancers étudiés, six sont retrouvés moins fréquemment parmi les hommes et les femmes de l’étude que dans la population générale. Il s’agit des cancers du poumon (-42% chez les hommes et -33% chez les femmes), de la cavité orale et du pharynx (-43% chez les hommes et -36% chez les femmes), du foie (-25% chez les hommes et -31% chez les femmes), de l’anus (-51% chez les hommes et -54% chez les femmes), de la vessie (-34% chez les hommes et 22% chez les femmes) et de l’œsophage (-22% chez les hommes et -28% chez les femmes).  Mais ce constat est davantage dû aux habitudes de vie des agriculteurs qui ont une alimentation différente, qui sont moins sédentaires et qui fument moins que le reste de la population. De même, ils ne sont pas exposés au même type de pollution atmosphérique que celle des grandes concentrations urbaines.

Lors de l’étude, plusieurs cancers ont été retrouvés plus fréquemment parmi les agriculteurs et agricultrices de l’échantillon que dans la population générale. Parmi eux, le mélanome de la peau chez les femmes (+29%) et le myélome multiple chez les hommes (+20%) et chez les femmes (+21%). Sur les 9 premières années de suivi, 319 nouveaux cas de myélome multiple ont été diagnostiqués parmi les participants, avec un excès de risque de 40% de myélome multiple chez les personnes utilisant des pesticides sur cultures, particulièrement les pommes de terre (+70%), le blé et/ ou l’orge (+30%) et le maïs (+30%). L’utilisation d’insecticides sur animaux augmentait également le risque de myélome multiple (+50% en élevages de moutons/chèvres et +40% en élevages de bovins). Enfin, la désinfection des machines à traire en élevages de brebis/ chèvres conduisait quasiment à un triplement du risque de myélome multiple.

L’ensemble des lymphomes se retrouve aussi en excès de +9% chez les hommes et +7% chez les femmes de l’échantillon. Entre le début de l’étude et la fin d’année 2015, plus de 2500 hémopathies malignes sont survenues parmi les participants de l’étude dont 1500 chez les hommes.

Parmi les autres cancers retrouvés plus fréquemment chez les agriculteurs se trouve le cancer de la prostate en excès (+3%) parmi les hommes. Il s’agit du cancer le plus fréquent chez l’homme en France et représente environ un tiers des cancers retrouvés chez les hommes de l’étude. L’étude met en évidence un excès de risque de 20% de cancer de la prostate chez les personnes utilisant des insecticides sur bovins, augmentant avec le nombre de bovins traités (+60% chez ceux traitant plus de 150 bovins). Les éleveurs de porcs ont aussi un risque de développer un cancer de la prostate augmenté de 10%. Certaines expositions, comme le traitement de semences, le semis et l’utilisation de pesticides, sur des cultures telles que le blé ou/et l’orge, le tabac, les pommes de terre et l’arboriculture, sont liées à une augmentation du risque de cancer de la prostate. Ainsi, les utilisateurs de pesticides sur blé ou/et orge ont une élévation de 20% du risque de développer un cancer de la prostate. Ce risque n’existe pas chez les personnes portant systématiquement des gants de protection lors des traitements. Enfin, les arboriculteurs réalisant des traitements pesticides ou des récoltes sur plus de 25 hectares ont un doublement de risque de cancer de la prostate.

Le cancer des lèvres a aussi été relevé en excès de +55% chez les hommes. Il s’agit d’un cancer très rare au sein de la population générale mais représente 0,4% des cancers retrouvés chez les hommes de l’étude (44 cas en 10 ans de suivi), un excès déjà retrouvé dans des études précédentes. Les hypothèses sont multiples : exposition aux rayons ultraviolets liés au soleil, exposition aux pesticides lors du débouchage des buses ou encore certains types particuliers de tabagisme comme fumer la pipe.

Enfn, des excès de décès par certaines maladies de l’appareil digestif (+27% chez les hommes et +29% chez les femmes) ont été observés dans l’échantillon par rapport à la population générale. Un taux anormalement élevé de décès du fait d’arthrites rhumatoïdes et ostéoarthrites (54décès au total, +14%) a aussi été observé dans l’échantillon par rapport à la population générale chez les salariés. Ces maladies ont été étudiées très récemment au sein de la cohorte américaine (Agricultural Health Study) et pourraient être liées à diverses tâches agricoles dont l’utilisation de pesticides, les semis ou encore l’usage d’engrais chimiques.

Une apparition plus importante que la moyenne d’autres cancers du sang, notamment chez les femmes, tout comme des tumeurs du système nerveux central et des cancers de l’ovaire a été relevée durant l’étude. Mais ces résultats doivent encore confirmés -ou infirmés- dans les années à venir. En janvier 2018, une mission de l’inspection générale des affaires sociales ayant travaillé sur la maladie de Parkinson estimait quant à elle que 9 000 à 10 000 cas diagnostiqués parmi les agriculteurs étaient attribuables aux produits phytosanitaires.

Auteur :
La rédaction
Publié le 30 novembre 2020

Publié par magrenobloise

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