Réforme des retraites : la « priorité absolue » de Bruno Le Maire

ARTICLE.Vous pensiez peut-être que la crise sanitaire aurait au moins eu pour mérite d’enterrer la réforme des retraites ? En cours d’adoption en mars dernier, le processus législatif de la réforme avait été suspendu en raison de la crise sanitaire, mais Bruno Le Maire n’a pas perdu le nord…

Réforme des retraites : la « priorité absolue » de Bruno Le Maire

Dans un entretien au Parisien ce dimanche, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a annoncé avoir « la conviction forte » que la réforme des retraites devait être « la priorité absolue de 2021 ». Pourquoi une telle priorité ? Le ministre voit dans cette réforme un élément indispensable pour le remboursement de la dette du coronavirus, couplé avec « le retour de la croissance » et « la maîtrise de nos dépenses de fonctionnement ».

Voilà qui vient confirmer les propos de son premier ministre, Jean Castex, qui avait insisté en septembre sur l’ambition du gouvernement de mener à bien cette réforme qui incarne symboliquement sa capacité réformatrice… ou disons sa faculté à détricoter le système social français pour l’« adapter » aux enjeux de la mondialisation et aux « recommandations » de la Commission européenne.

L’annonce du ministre de l’Économie a suscité la réaction des syndicats, notamment le négociateur de la CFDT, Frédéric sève, qui commente au Parisien : « Sortons de la crise avant toute chose. Vous n’allez pas demander aux gens de travailler plus en fin de carrière s’ils perdent déjà leur boulot en milieu de parcours. » De son côté, Yves Veyrier de FO indique que « si ce dossier revient sur la table, il donnera lieu à un conflit social. L’urgence est de retrouver du boulot. » La majorité des syndicats sont en effet opposés depuis l’origine au projet de réforme, que ce soit sur la question du nouveau régime universel par point ou sur celui de l’âge pivot (passé de 62 ans à 64 ans).

Du reste, ce projet de loi rencontre une hostilité historique depuis sa mise concrète sur la table en 2019. A l’exception de La République en marche et du MoDem, tous les mouvements politiques français y sont opposés, pour des raisons certes souvent différentes. De même, l’ensemble des sondages indiquent une même tendance lourde : une majorité de Français s’y oppose également, notamment concernant la question de l’âge pivot.

Même au sein du gouvernement, l’empressement de Bruno Le Maire n’est pas unanimement partagé. Pour la ministre du travail Elisabeth Borne, cette réforme est moins une réforme économique qu’une réforme de « justice sociale ». De ce fait, là où Bruno Le Maire souhaite accélérer le calendrier au plus vite, la ministre souhaite d’abord consulter les partenaires sociaux. « La priorité absolue, c’est de sortir la crise sanitaire économique, sociale, de protéger les emplois, c’est l’avis unanime des partenaires sociaux », a-t-elle indiqué hier à France 3, dans l’émission Dimanche en politique.

On pourrait toutefois faire remarquer que ce dissensus de façade permet au gouvernement de jouer sur les deux tableaux et de ménager la chèvre et le chou en arborant tant une vision pragmatique et économique (Le Maire) qu’une vision plus politique et sociale (Borne). En dernière instance, s’ils s’opposent sur le « sens » de la réforme, aucun des deux ne s’oppose à la réforme, d’où la facticité de cette opposition censée véhiculer une image de dialogue et de débat d’idées.

Souvenons-nous qu’après trois mois de grèves des transports et de contestation sociale à la fin de l’année 2019, le projet de loi organique de réforme des retraites (le deuxième volet de la réforme) avait été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 5 mars, deux jours après l’adoption en première lecture du projet de loi ordinaire (premier volet de la réforme) par 49.3 (article 49 alinéa 3 de la Constitution qui autorise ce passage en force en le soumettant au potentiel vote d’une motion de censure contre le gouvernement), pour contrer la stratégie d’obstruction organisée par l’opposition, avec 36 000 amendements.

La navette parlementaire du projet de loi organique avait ensuite été bloquée par la crise sanitaire, Macron annonçant le 16 mars les premières mesures de confinement et le report jusqu’à nouvel ordre de la réforme. A ce jour, le vote n’a toujours pas eu lieu au Sénat, chambre où le passage en force par 49.3 est impossible et où LREM est largement minoritaire. En octobre dernier, le président Emmanuel Macron s’était déclaré « ouvert » à ce que sa réforme des retraites soit « transformée ». Traduction : que tout change pour que rien ne change, selon la célèbre formule du Guépard de Lampedusa. Mais à 18 mois de l’élection présidentielle, ce dossier pourrait devenir explosif.

Auteur :
La rédaction
Publié le 30 novembre 2020

Publié par magrenobloise

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