Le Ministre de l’Intérieur sur RTL le 3 décembre 2020

La journaliste Alba Ventura interview le Ministre de l’Intérieur Gérald Darmani, mercredi 3 décembre 2020 sur RTL.

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Verbatim

Journaliste : Bonjour Gérald Darmanin

Ministre de l’Intérieur : Bonjour

Journaliste : Vous êtes né en 1982, tout juste après le septennat de Valéry Giscard d’Estaing. Il y a une chose que vous retenez en particulier de l’ancien Président ?

Ministre de l’Intérieur : Dès que j’ai commencé à m’intéresser à la politique et qu’on s’intéresse au Président de la République, je me rappelle d’avoir vu une partie de campagne de Raymond Depardon sur cette campagne présidentielle rapide, américaine où on voit ce Président jeune, sur de lui et sympathique. Et moi je garde du Président Giscard d’Estaing cette image et puis j’ai eu la chance de discuter avec lui depuis que je suis Ministre de la République, et même malgré son âge, c’était toujours une épreuve pour le jeune ministre que j’étais.

Journaliste : On a dit qu’il était un jeune président qui voulait bousculer les codes parfois on le compare à Emmanuel Macron. A juste raison ou pas ?

Ministre de l’Intérieur : Je n’en sais pas grand chose. C’était un temps différent, c’était avant les crises pétrolières, c’était avant l’Europe telle qu’on la connaît aujourd’hui, c’était avant l’émergence très forte de la Chine bien sûr. En tout cas c’est un Président qui a changé le monde français. Le gaullisme, le pompidoulisme qui était la continuité du gaullisme c’était Giscard qui a fait rentrer dans la France peut-être dans une modernité que nous connaissons aujourd’hui, je ne vais pas dire toutes les évidences qu’on dit depuis ce matin, sur l’IVG, sur l’égalité entre les femmes et les hommes, sur la jeunesse, un droit de vote à 18 ans. Ce n’est pas super évident pour un Président de la République, élu à droite de donner plus de voix à une jeunesse qui, en calcul sans doute, donnait plus de voix à gauche. Je trouve qu’il y avait chez Giscard beaucoup de modernité. Moi je retiens aussi le fait qu’il a beaucoup aidé la démocratie à aller mieux, lorsqu’il permet de faire une réforme constitutionnelle, on le sait peu, où l’opposition peut saisir le Conseil Constitutionnel, c’est-à-dire que la minorité peut dire à la majorité « Vous ne pouvez pas faire n’importe quoi parce que le Conseil Constitutionnel peut censurer des dispositions que prend la majorité » il a donné des droits à l’opposition, il a fait rentrer le Parlement européen dans la légitimité de vote. C’est un grand président réformateur c’est sur.

Journaliste : Quand vous dites j’ai échangé avec lui vous échangiez sur quels sujets ?

Ministre de l’Intérieur : Je me rappelle assez bien, on parlait plutôt de l’histoire, que du présent. Mais je me suis toujours demandé s’il avait gardé de son échange avec le Général De Gaulle, des choses particulières. J’avais lu qu’en 69 il avait lâché le Général. Il avait appelé à voter « non ». est-ce que c’était par calcul politique, pour le remplacer ? Ou est-ce que c’était une conviction ? Et qu’en avait-il des années après retenu ? Je pense que c’est une question que peuvent se poser les hommes politiques. Et j’ai trouvé chez lui beaucoup de respect. Il l’appelé d’ailleurs le Général, j’ai trouvé qu’il y avait moins de respect pour les Présidents qui avaient suivi le Général De Gaulle.

Journaliste : Hier, le Premier Ministre Jean Castex a affirmé que vous aviez toute sa confiance. Cela vous rassure ?

Ministre de l’Intérieur : Je suis à ma place et je suis très honoré et très fier d’être Ministre de l’Intérieur du pays et je ne me pose pas de questions particulières si ce n’est que mon travail c’est de protéger les Français et d’avoir la confiance en effet du Président de la République et du Premier Ministre et de la majorité Parlementaire.

Journaliste : Je vous pose cette question parce que de nombreux parlementaires de la majorité estiment que vous avez imposé ce fameux article 24, que vous avez émis l’idée de créer une commission afin de réécrire l’article, ce qui conduisait à contourner le Parlement et que d’une certaine manière, certains disent que vous avez fragilisé le Premier Ministre.

Ministre de l’Intérieur : Je ne le crois pas. On a peut-être tous commis des maladresses et moi le premier mais j’ai été Parlementaire. Je pense que l’une des qualités que le Président de la République a trouvé lorsqu’il m’a nommé à Bercy puis à l’Intérieur c’est que je suis un élu et que je ne respecte rien de plus que les élus au suffrage universel.

Journaliste : Donc c’était une maladresse de vouloir demander à une Commission indépendante de réécrire ?

Ministre de l’Intérieur : Non, ce n’est pas très original que le gouvernement demande à des commissions de l’aider. L’aider à comprendre un problème, de l’aider à écrire quelque chose et il appartient évidemment au Parlement.

Journaliste : Cela a provoqué une levée de boucliers. Dans l’Assemblée, le Président du groupe LREM, Christophe Castaner.

Ministre de l’Intérieur : Je crois que qui a, me semble-t-il, le plus choqué c’était de l’apprendre par la presse, pas le fond du problème. De manière générale ceci est l’écume des choses. ce qui est important c’est la mer comme disait le poète. Et la mer c’est quoi ? C’est qu’il faut protéger nos forces de l’ordre. C’est un point extrêmement important. Protéger les forces de l’ordre, c’est au moment où les réseaux sociaux font l’information en continue. Au moment où le terrorisme d’une part, rappelez vous du drame de Magnanville où ces deux policiers ont été égorgés devant leur enfant (2016), et en même temps au moment où l’ordre public est de plus en plus difficile. Parce qu’on voit bien l’augmentation des contestations où les manifestations sont moins tenues par les services d’ordre tel qu’elles l’étaient dans les années 90 ou 2000. Il faut protéger nos forces qui sont dans leur vie professionnelle et dans leur vie personnelle très attaquées.

Journaliste : Et donc justement cet article 24 qui va être réécrit. Il va bien stipuler, il va être réécrit en tant que tel, il disparaît de la loi sécurité globale, il est inséré dans une autre loi, c’est le séparatisme qu’est-ce qu’il devient ?

Ministre de l’Intérieur : Alors vous ne pouvez pas me reprocher de vouloir écrire la loi à la place des Parlementaires et me demander ce qu’il devient juste après ? J’ai déjà eu l’occasion de le dire, je ne suis pas fétichiste des numéros et des textes de lois. Ce qui m’intéresse en revanche c’est le fond. Mon envie, ma conviction ce pourquoi je me bats et je vais me battre c’est qu’on doit continuer à garder des dispositions qui protègent les forces de l’ordre. Que nous le fassions en rassurant toute les professions de journalistes et de gens qui veulent informer le public, c’est entendu. Je suis un démocrate et un républicain comme tout le monde. Mais cette liberté de la presse qu’il faut consacrer n’est pas à mon avis antinomique avec le fait de protéger les forces de l’ordre. Donc tant que l’on gardera les dispositions qui permettent de protéger les forces de l’ordre je fais confiance effectivement au Parlement de manière générale et à la majorité en particulier pour trouver la formule magique qui va nous permettre justement d’adopter collectivement ce texte.

Journaliste : Mais je voudrais que vous nous disiez ce matin si la formule magique elle doit comporter noir sur blanc les policiers et les gendarmes. La protection des policiers et des gendarmes ? Est-ce que c’est cela que vous souhaitez ?

Ministre de l’Intérieur : Oui, les policiers, les gendarmes, les policiers municipaux, les douaniers aussi. Tout ceux qui font des opérations de police, dans des circonstances très exceptionnelles c’est-à-dire qu’ils utilisent la contrainte légitime que le Parlement, que le Gouvernement leur donne au nom du peuple pour imposer l’ordre parce qu’avec l’ordre va la liberté, pour intervenir contre les trafics de drogues, contre les terroristes. Et bien ou, qu’ils puissent être protéger, c’est bien le moins qu’on leur doit.

Journaliste : Monsieur le Ministre, vous êtes allé à la rencontre des policiers blessés lors de la manifestation samedi dernier, vous avez confié « J’ai eu mal à ma France en entendant aucun des footballeurs, millionnaires, au sujet de 98 policiers blessés, en référence au message de Griezmann et Mbappé, les footballeurs, qui se sont exprimés après les coups portés à un producteur de musique noir. Vous aimeriez que l’on s’insurge autant pour les uns que pour les autres ? C’est cela que vous voulez dire ?

Ministre de l’Intérieur : Je condamne, j’ai révoqué, ils ne sont plus policiers nationaux. Ils ne le seront plus. Les policiers qui dans un cadre tout à fait disproportionné, inqualifiable ont utilisé la force contre ce producteur de musique dans le 17ème arrondissement.

Journaliste : Combien sont révoqués ?

Ministre de l’Intérieur : Il y a aujourd’hui trois policiers qui sont susceptibles d’avoir donné les coups, on les voit d’ailleurs dans la vidéo qui a été diffusée puis un policier qui a jeté une grenade lacrymogène à l’intérieur, ce qui ne se fait évidemment jamais, d’un domicile. Et donc les trois policiers qui ont porté les coups ont été suspendus dès que j’ai su qu’ils avaient fait un faux, et j’ai dis que dès que la justice aura établi les faits, parce qu’il ne s’agit pas non plus de ne répondre qu’à la doxa médiatique, mais dès que la justice aura rétabli les faits, et bien oui ils seront révoqués ces trois policiers. Donc pour répondre à votre question, bien évidemment moi je condamne et la police de la république elle n’a pas à avoir de doutes sur sa déontologie. Pour être respecté, il faut être respectable. C’est ce que je dis aux policiers et aux gendarmes. Mais en même temps, oui je trouve que certains ont la dignité sélective et on peut aussi être particulièrement blessé à ce que représente notre pays, le drapeau français, la France de manière générale. Lorsque l’on voit qu’une commissaire de police désormais doit avoir une atèle en fer à la place de son bras parce qu’elle prend un pavé alors qu’elle essayait justement de secourir des personnes, qu’un major de 50 ans, vous avez vu les images, a été roué de coup à terre et qu’autour de lui, plutôt que de lui porter secours, on prend son téléphone et on filme. Voilà, il me semblait que lorsque j’étais petit on me disait il fallait aider les policiers, je regrette parfois les dérives d’une partie de la société.

Journaliste : La semaine prochaine c’est la loi contre le séparatisme islamiste qui sera présentée en Conseil des Ministres, loi qui a été durcie après la mort de Samuel Paty et l’attentat contre la Basilique Notre-Dame de Nice. Vous avez décidé Gérald Darmanin de lancer une vaste offensive contre les mosquées radicalisées. Alors combien sont dans le viseur ? Combien vous pourriez en fermer ?

Ministre de l’Intérieur : Alors il y a 76 d’après les services de renseignements, lieu de culte, qui sont soupçonnées de radicalisation, de séparatisme. Je voudrais dire d’ailleurs aux Français qu’il y a 2600 lieux de culte musulmans donc quand on voit 76 sur 2600, on est loin de ce que l’on peut entendre parfois de la radicalisation généralisée mais il y a parfois dans des endroits très concentré effectivement des lieux de culte qui sont manifestement anti-républicain.

Journaliste : C’est-à-dire ? Il y a des propos ?

Ministre de l’Intérieur : Des imams qui sont suivis par les services de renseignements, des propos contraires à nos valeurs : égalité entre les femmes et les hommes, la haine du juïf, la haine des catholiques, la haine de la France. Des financements qui sont plus que douteux, des difficultés car il y a un certain nombre de personnes qui fréquentent ce lieu de culte et qui sont suivis pour apologie du terrorisme. Ce ne sont pas des bons signes en général. Donc 76 ont été bien identifiés par les services, donc que je lance à partir de cette après-midi puisque je réunis les Préfets cette après-midi. Des contrôles généralisés sur ces 76 lieux de culte pour lever des doutes.

Journaliste : Donc les Préfets vont contrôler quoi ?

Ministre de l’Intérieur : Les Préfets contrôlent l’intégralité de ce que permet de faire ce genre de contrôles : est-ce qu’il y a des écoles de fait ? Ou des école coranique qui sont en lien avec ce lieu de culte ? Les imams sont-ils vraiment fichés ? D’où vient le financement ? Comment se compose le bureau de l’association cultuelle ? Et puis de manière générale vous savez le service de renseignements son principe c’est parfois de suivre, d’entendre, de faire des enquêtes. Et ces lieux de culte, si jamais ces doutes sont confirmés, je demanderais leur fermeture.

Journaliste : Mais vous êtes sûr de pouvoir les fermer ? Car ce n’est pas vous qui décidez ce sont les juges administratifs.

Ministre de l’Intérieur : Oui évidemment je le demande, regardez sur la mosquée de Pantin, on m’a évoqué à longueur de journal que je ne pourrais pas fermer la mosquée de Pantin, suite à l’attentat de Monsieur Paty, le juge administratif, y compris le Conseil d’Etat, l’a validé.

Journaliste : Pour six mois monsieur le Ministre.

Ministre de l’Intérieur : Oui, c’est la loi, mais la liberté de culte est constitutionnelle, c’est normal, de ne pas fermer ad vitam aeternam, mais en attendant, il faut faire le ménage dans ces six mois de fermeture. C’est très dur pour des croyants de ne plus aller dans leur lieu de culte et ce ménage est souvent fait.

Journaliste : Cela a vraiment un impact quand on ferme une mosquée ? Dans l’écosystème ?

Ministre de l’Intérieur : Bien sûr alors les lieux de culte, moi ne voudrais pas d’abord qu’on puisse évoquer le fait que toute les mosquées sont radicales ce n’st évidemment pas l’essentiel des lieux de culte en France. Et la quasi intégralité des musulmans en France respectent les lois de la République et sont les premiers blessés par cela. Mais il y a les lieux de culte radicalisés qu’il faut fermer personne ne comprendrait qu’ils restent ouverts.

Journaliste : A Nice la mosquée va fermer, plus de sept ans que le maire Christian Estrosi se bat pour la fermer.

Ministre de l’Intérieur : Je ne vais pas faire ad hominem parce que si vous annoncez des contrôles à la radio, à la télévision, vous savez en général les gens écoute la télévision, la radio, donc il y aura des contrôles partout où il doit en avoir. Mais le deuxième sujet pardon je voudrais vous le dire, c’est aussi les officines islamistes. Quand je suis arrivé en tant que Ministre de l’Intérieur, le CCIF ou Baraka City tout le monde m’a expliqué alors que cela faisait des années qu’ils étaient là, parfois avec des gros financements, des gros soutiens aussi, qu’on arriverait pas à les dissoudre. Et bien je constate, qu’à la demande du Président de la République, tant Baraka City, validé par le Conseil d’Etat, que le CCIF, ont été dissous en Conseil des Ministres et c’est une très bonne chose pour la République.

Journaliste : Monsieur le Ministre, où en sommes-nous de l’expulsion des 231 étrangers en situation irrégulières radicalisées ?

Ministre de l’Intérieur : Alors il y en plus de la moitié qui sont désormais hors d’état de nuire puisqu’il y en a 66 qui ont été expulsés au moment où je vous parle. Je rappelle qu’on est dans une crise pandémique où parfois les espaces aériens sont fermés donc il n’est pas si facile que cela de le faire pendant le COVID mais enfin 66 sont déjà expulsés. Une 50taine d’entre eux sont au moment où je vous parle dans des centres de rétention administrative, en attendant leur expulsion. Il y a des pays avec lesquels nous avons des espaces aériens fermés donc on attend la réouverture de ces espaces aériens. Une trentaine d’entre eux sont assignés à résidence. Et donc, vous le voyez bien qu’il reste à peu près entre 70 et 80 qu’on doit encore soit : totalement identifier, savoir où ils sont parfois ils sont retournés dans leur pays sans que nous le sachions et puis parfois il y en a qui font des recours devant le Conseil d’Etat, devant le tribunal administratif, sur les décisions administratives et on doit attendre la fin de ces recours pour pouvoir les expulser donc plus de la moitié ont déjà été expulsés.

Journaliste : Juste une petite question, on a appris hier la libération de deux suspects es attentats du 14 juillet à Nice. Ils ont été remis en liberté pour vice de procédure c’est une erreur ?

Ministre de l’Intérieur : C’est une décision de justice, moi je n’ai à la commenter.

Journaliste : Cela veut-il dire que nous avons dans la nature deux terroristes potentiels ?

Ministre de l’Intérieur : Alors ce sont deux personnes qui sont en situation irrégulières qui auraient aidé, le terroriste de Nice, en effet, et donc la justice a libéré ces deux personnes pour une question de vice de procédure si j’ai bien compris, mais j’ai demandé au Préfet de prendre des décisions administratives d’assignation à résidence à de surveillance donc je dis aux Français que le Ministère de l’Intérieur a fait son travail, je veux remercier les deux Préfets et surveille ces deux personnes qui vont attendre leur procès pour complicité me semble-t-il de terrorisme.

Journaliste : Merci pour toutes ces informations Gérald Darmanin.

Ministre de l’Intérieur : Merci à vous.

Auteur :
Miguel Vasquez
Rédacteur
Publié le 3 décembre 2020

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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