Le chef c’est qui ?

OPINION. Les temps sont perturbés. La police est au cœur du coup de vent. Jusqu’ici, les ordres ont été exécutés. Mais les politiques doivent préserver l’équilibre entre leur volonté et les intérêts de leurs protecteurs, policiers des rues et autres gardes rapprochées. L’équilibre rompu, toutes les digues cèderont et les rois se retrouveront nus.

Le chef c’est qui ?

Les temps sont perturbés. Et la police est au cœur du coup de vent. D’un côté des policiers dont la tâche devient plus difficile au fil du temps, et ce depuis maintenant quelques années. Souvent dépassés par la violence des individus qu’ils doivent empêcher de nuire, afin que la Cité puisse continuer à œuvrer en paix. Ils sont dans la rue, au contact.

De l’autre des « responsables », dit aujourd’hui corps de conception ; peu au contact. Arbitrairement, les moins gradés sont soucieux de gagner leur vie afin de perdurer, d’autres ont un peu plus de temps et de perspective pour envisager encore un avenir désiré, voire calculé. Toute généralisation est excessive mais la police, comme tout autre corps de la fonction publique, ne peut guère échapper à cette partition qui n’est pas uniquement basée sur une opposition sociale arbitraire mais bien plus sur une sociologie et des rapports d’intérêts permettant à certains de s’offrir le luxe du temps long et de ses calculs, en comparaison d’une autre population pour laquelle le souci du lendemain est bien plus prégnant.

Au-dessus, au niveau « stratégique », un monde politique qui compte bien évidemment sur la fidélité de ce que l’on pourrait appeler « la base » et l’ensemble du corps subordonné pour satisfaire, on le croit, les intérêts supérieurs de la nation. Ou alors d’autres intérêts. Et c’est bien à cause de cela que le fossé se creuse.

Cette cohabitation d’intérêts amène pourtant et pour le moment l’ensemble de ce corps de métier à marcher dans le sens des ordres donnés, comme cela se doit, c’est-à-dire dans la même direction. Pendant combien de temps ? Pour ce faire, il appartient bien entendu aux politiques de préserver un équilibre nécessaire entre leur volonté et la préservation minimale des intérêts de leurs protecteurs, les policiers des rues et autres gardes rapprochées. L’équilibre rompu, toutes les digues cèderont d’un coup et les rois, accompagnés de leurs marquis, se retrouveront nus.

La même réflexion s’applique évidemment aux armées, à moins que certains aux idées mal placées considèrent que celles-ci fonctionnent selon des critères radicalement différents, c’est-à-dire asociaux.

Ce risque de basculement, nul ne peut le prédire. Mais il repose, c’est certain, sur peu de choses que nul n’anticipera. Quelques hypothèses :

– Un énième lâchage d’une justice sensible à la fragilité si humaine des malfrats ;

– Une exaction policière dont on ne cherchera bien sûr, alors que l’on trouve tant d’excuses sociologiques à la délinquance, à chercher les causes très profondes pour attaquer le mal à la racine ;

– Un petit vieux humilié pour rien par un flic ou gendarme débile désireux de garnir les statistiques de son action et qui susciterait alors le rejet massif d’une profession à bout, exprimant son exaspération et clamant « nous ne sommes pas comme ça » en joignant la parole aux actes en réaction à la même exaspération de la population. Et cette fois, pour de bon, elle refusera la petite prime en forme d’aumône destinée à rassurer les consciences et calmer les incompréhensions par la sainte voie du porte-monnaie, même en des temps devenus difficiles…

– Ces fameux black blocks qui s’introduisent au sein des manifestations sans encombre. Exaspérés, les flics du maintien de l’ordre pourraient n’en plus tenir de voir leurs « collègues » flics du renseignement leur apporter aussi peu d’aide. Soit ces derniers sont nuls et ne savent toujours pas donner au pouvoir les moyens d’anticiper, soit le pouvoir ignore leurs informations.

– Un ras le bol général qui les amènerait subitement à décider de ne plus protéger un pouvoir dont les capacités et les compétences s’effondrent (les articles de notre abonné André Pellen sur l’énergie en témoignent comme pourraient le faire tant d’autres) pour rendre les armes et laisser le champ libre à d’autres ; pour voir.

– …

Qui peut prévoir cela ? Personne ? Et pourtant, certains seraient bien inspirés de retenir ce type de scénario dans leur mode de gouvernance, comme on dit aujourd’hui. Car si le pire n’est jamais sûr, l’exaspération elle, est bien là, mère de multiples possibilités malheureuses.

Jusqu’à présent, la police, et la gendarmerie, ont exécuté les ordres, au-delà même parfois de toute espérance. Quelques « Gilets jaunes » s’en rappellent, sans compter certains petits vieux frappés d’amende pour avoir enfreint les derniers impératifs d’un confinement si polymorphe qu’il va peut-être demain falloir suivre une formation obligatoire, un permis de se conduire en temps de confinement par exemple ; pourquoi pas ? Tout est possible.

Ainsi arrivons-nous au terme de cet état des lieux et de ce qu’il faut bien appeler un rapport de force instable et en suspension. Lorsque les flics penseront donc que la façon dont les restaurateurs, au bord du suicide si ce n’est déjà le cas pour certains d’entre eux, que l’enfermement de leurs grands-parents pour lesquels la fracture numérique qui rend la délivrance de leur laisser-passer trop compliquée, que l’ouvrier Gilet jaune du coin auquel on aura collé une amende hors de proportion pour ses maigres moyens parce qu’il aura enfreint le code de la route de quelques kilomètres-heures (n’oublions pas au passage le bienfaiteur Edouard Philippe dont la responsabilité n’est pas anodine dans le déclenchement de toute cette « chienlit »), ou voire même que la nouvelle loi sensée les protéger laissera la place à des applications étranges que des juriste malins auront la bonne idée de tordre en des sens inattendus, bref quand ils penseront que tout cela n’est guère plus que la manifestation d’un merdier dont ils souhaiteront, enfin, sortir eux aussi, et que tout cela témoigne plus d’un « fascisme souriant » que de l’ordonnancement d’une société bien réglée, alors à ce moment-là ceux qui pensaient pouvoir disposer de la force légitime par l’entremise d’une subordination indestructible et incontestable, comprendront, mais un peu tard, que les boutons sur lesquels ils comptaient appuyer ne transmettront plus aucun signal.

Si la base cède, les intermédiaires deviendront intermittents et surtout resteront seuls.

Qui peut souhaiter cela, une telle fracture et un tel désordre ? Mais ne pas y penser, c’est s’interdire d’envisager le pire pour mieux reprendre les choses en main.

Moins que jamais, l’heure n’est plus aux petites tactiques si dangereuses de contrôle et de manipulation des foules. C’est jouer avec des allumettes et la France ne le mérite pas.

Sinon, Madame Macron, qui parait-il eut bien peur lors de la première crise des Gilets jaunes phase une, aura le loisir d’attendre avec angoisse de savoir qui c’est le chef. Si jamais il devait y en avoir un.

Auteur :
Marcel CAUFON (Abonné)
Publié le 5 décembre 2020

Publié par magrenobloise

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