Contestation Sociale : la stratégie des Horaces

OPINION. Nos énarques ont retenu la leçon des Horaces et Curiaces. Au début, les Horaces sont déstabilisés par la mort de deux guerriers alors que les trois Curiaces ne sont eux que blessés. Mais le vaillant Horace encore en vie, au lieu d’affronter les trois adversaires en même temps, parvient à les séparer, les épuiser, et les abat un par un.

Contestation Sociale : la stratégie des Horaces

Un conte de deux cités aurait pu dire Charles Dickens… Au mois de Novembre 2020, pendant six jours, de manière continue et récurrente, des dizaines de milliers de Danois enveloppent les bâtiments publics d’un bruit assourdissant en tapant sur des casseroles afin de demander le retrait d’un projet de loi sur la vaccination obligatoire contre le Covid. A partir de Novembre 2018, pendant plus d’un an, des manifestants pourtant extrêmement nombreux au début, manifestent chaque samedi en s’étiolant finalement dans le désintérêt de la population et la violence. Dans le premier cas, la loi est retirée au bout d’une semaine. Dans le second, au-delà de quelques miettes d’aides publiques distribuées par le Pouvoir, rien n’a été obtenu. Pire, en plein début d’hiver (période peu propice aux rassemblements de foule, chacun sait que les grandes révolutions se font au Printemps), en période de confinement, alors que les commerces, ruinés, commencent juste à rouvrir, certains relancent le mouvement social un samedi en tentant une illusoire convergence entre mouvements de gauche défendant des migrants, gilets jaunes, et citoyens désemparés (l’immense majorité). Le dessein est légitime mais la méthode est vouée à l’échec, comme les débordements violents- sciemment non contrôlés par le gouvernement qui laisse faire les blacks blocs afin de discréditer tout mouvement social- de ce samedi en attestent.

Nos énarques ont retenu la leçon de Tite Live, dont l’histoire (réelle ou mythique ?) des Horaces et Curiaces fut transposée au théâtre par notre immense Corneille. Au début de l’Histoire romaine, le conflit entre Rome et Albe doit être tranché par l’affrontement entre les trois Horaces et les trois Curiaces. Après la première bataille, les Horaces sont déstabilisés par la mort de deux guerriers alors que les trois Curiaces ne sont eux que blessés. Cette victoire tourne cependant à une victoire à la Pyrrhus lorsque le vaillant Horace encore en vie, au lieu d’affronter les trois adversaires en même temps, parvient à les séparer, les épuiser, et à les abattre un par un. Le pouvoir macroniste aurait dû vaciller après l’épisode des Gilets Jaunes et la frustration actuelle face à son impéritie et l’Absurdistan de sa gouvernance au jour le jour ; mais nos bureaucrates savent à merveille diviser le Peuple. C’est à escient qu’il laisse des organisateurs tous gauchistes, obsédés par la question des migrants, planifier une manifestation le jour même où nos commerçants « non essentiels » sont autorisés à rouvrir leurs portes : déjà que certains d’entre eux, dans les grandes villes, gardaient un ressentiment des exactions commises en marge des défilés des Gilets Jaunes, la réconciliation n’est pas pour demain avec les violences du samedi 28 Novembre. Deuxième point, le gouvernement va laisser ces manifestants s’épuiser alors qu’avec l’hiver et une pandémie qui n’est pas encore sous contrôle, au cours des trois prochains mois, l’intérêt des français pour des manifestations restera limité. L’Horace bureaucrate est bien seul mais il triomphera des Curiaces divisés et sans stratégie. Sachant que la convergence entre les Gilets Jaunes, la France périphérique qui souffre, ceux qui légitimement (dont nous faisons partie) s’inquiètent des restrictions des libertés en France, et les propagandistes pro migrants et anti police de la gauche morale germanopratine, est une illusion de béotien.

Le bloc populaire- si on reprend la terminologie du politologue Jérôme Sainte Marie- doit enfin faire preuve de stratégie et attendre son moment. Premièrement, exploiter le moindre combat contre le gouvernement n’est pas un cap pour rassembler : certes, la loi sécurité globale comportait en germe des dérives liberticides, mais le texte a surtout braqué dans ses non-dits la gauche qui a soutenu Macron en 2017 : il s’agit d’un règlement de comptes au sein de la gauche morale, qui a débordé sur la question des migrants. Ce débat nous fait penser aux divisions de la gauche à l’époque de Valls sur la question de la déchéance de nationalité des terroristes. Il n’y a pas là de quoi mobiliser la France périphérique et le peuple en masse, ne nous faisons aucune illusion. Il faut donc choisir ses combats et la défense des commerçants, restaurateurs, indépendants, ruinés par la gestion ubuesque de cette crise, aurait eu une tout autre ampleur. Deuxièmement, l’hiver nous l’avons dit, n’est pas la meilleure période pour rassembler des masses en une action déterminée, non plus que la stratégie des samedis…l’exemple danois atteste de la puissance de la concentration du feu et de l’effort, qui donne en plus des images médiatiques bien plus frappante. En trois jours concentrés, un défilé aurait plus d’impact. Enfin, la priorité est encore à la sortie de la crise sanitaire, et celle-ci prendra trois ou quatre mois, alors que les commerçants tenteront de panser leurs blessures et de sauver leurs boutiques…ce n’est qu’au printemps, avec l’explosion des faillites et du chômage, qu’ils seront prêts à s’organiser politiquement : à ce moment, ils pourront rejoindre les citoyens en colère, les personnels hospitaliers, les indépendants, les gilets jaunes, les défenseurs des libertés…

Le bloc populaire doit donc adopter sa propre approche Horace : ne surtout pas mener des combats désespérés au mauvais moment qu’il est sûr de perdre, ce qui contribue à la démotivation des troupes ; il doit concentrer ses efforts sur une action massive, coordonnée, courte, au printemps, en sortie de crise sanitaire, afin d’affronter et de tenir tête aux trois Curiaces affaiblis qui l’ont vaincu dans la première manche : le pouvoir officiel macroniste bien sûr, mais aussi la caste médiatique bienpensante, et les extrémistes récupérateurs qui prospèrent en son sein. Il lui faut trouver, au-delà des manifestations classiques, des moyens à la danoise d’organiser des boycotts citoyens.

Auteur :
Sébastien LAYE
Président du parti quatre piliers
Loïc ROUSSELLE Vice-Président du parti quatre piliers
Publié le 7 décembre 2020

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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