L’homme, la plante, le médicament, la controverse, la politique

De la découverte d’un homme à un médicament. Petit historique d’Alexandre Yersin à l’hydroxychloroquine.

Alexandre Yersin est un médecin, bactériologiste et explorateur franco-suisse. C’est lui qui a découvert le bacille de la peste en 1894 (Yersinia pestis), qui a préparé le premier sérum anti-pesteux ainsi que l’étude de la toxine diphtérique. En 1888, à 25 ans, il devient médecin à Paris avec sa thèse : « Etude sur le développement du tubercule expérimental. »En 1889, il prend la nationalité française. Disciple de Pasteur, il appliquait une rigoureuse démarche scientifique « la méthode pasteurienne ». En 1890, lassé des laboratoires, il devient médecin des Messageries maritimes et découvre ainsi l’Indochine française car il obtient la permission de l’explorer et il crée la ville de Dalat avec l’aide du gouverneur Paul Doumer. En 1899, il il introduit l’hévéa dans la région de Nha Trang. Il est en 1902, fondateur de l’Ecole de médecine de Hanoï dont il est le premier directeur.

L’hévéa est une espèce d’arbres d’Amazonie. On en extrait du latex. Le latex est différent de la sève. Celle-ci assure la distribution de l’eau, des sels minéraux ou des sucres alors que le latex est plutôt impliqué dans les mécanismes de défense de l’arbre. Il circule dans un réseau distinct de vaisseaux : les canaux laticifères.

Yersin grandit à Morges, il entame des études de médecine en 1883. Il poursuit sa formation médicale à Marbourg en Allemagne puis en 1885, il arrive en France où il continue ses études à l’Hôtel-Dieu de Paris où il devient externe dans la laboratoire du professeur Cornil. Là il fait une rencontre déterminante en la personne d’Emile Roux (médecine, bactériologiste et immunologiste français). Ce dernier lui ouvre les portes de l’institut Pasteur e lui permet de participer aux séances de vaccination contre la rage. En 1888, il passe son doctorat en soutenant une thèse sur la tuberculose expérimentale où il décrivait les lésions d’un lapin atteint de tuberculose, ce qui lui valut la médaille de bronze de la faculté de médecine de Paris. En 1889, il devient le premier préparateur du cours de microbiologie de l’institut Pasteur. Après de nombreuses formalités, il obtient la nationalité française cette même année.

Cet homme est de tempérament ombrageux, solitaire et misanthrope. Epris de voyage, il réussit en 1891, à obtenir des Messageries maritimes la permission d’explorer l’Indochine. De là, prendront naissance trois expéditions à travers la jungle indochinoise, région peu connue, sauvage, et réputée dangereuse. Durant l’année 1891, Alexandre Yersin traverse fleuves et fôrets tropicales et apprend à vivre dans ces lieux. Il s’établira et restera attaché à ce qui était à cette époque un petit village de pêcheur, Nha Trang.

En 1892, il s’engage comme médecin de santé coloniale en Indochine sur les conseils de Calmette. Il se révèle excellent explorateur, par la réalisation de cartes d’une grande précision et par de nombreuses observations (populations locales, ressources, économie, etc…).

À la fin de cette mission, Yersin rentre en France pour faire part de ses découvertes, et donne quelques conférences.

Il repart rapidement, et prend, le 24 décembre 1892, le bateau de Marseille à Saïgon. Là-bas, une mission scientifique lui a été confiée par l’Instruction publique afin d’explorer les forêts et les rivières de la Cochinchine au sud de l’Annam; ces explorations dangereuses lui vaudront d’élogieux compliments dont ceux de Louis Pasteur lui-même. Après sept mois de voyage auprès des populations indigènes, Yersin rejoint Saïgon. Cette dernière expédition n’est que partiellement réussie : il n’a pu explorer qu’une partie du territoire qu’il lui avait été demandé de cartographier. Yersin a cependant notablement contribué à la connaissance de la topographie du pays, mais également à l’anthropologie ; il a pris l’habitude de décrire très précisément les coutumes, mœurs et habitats des tribus rencontrées. Par exemple : « Quoique formant pour ainsi dire une seule et même famille, les Moïs (ethnies des haut-plateaux) n’ont aucune espèce d’unité politique. Non seulement il n’y a pas de chef de tribu mais on peut même dire qu’il n’y a pas de chef de village. »

En 1894, Yersin met fin à sa carrière de grand explorateur et se lance dans l’élevage de chevaux et de bovins pour la production de ses sérums.

La découverte du bacille de la peste

Quand une épidémie de peste originaire de Mongolie atteint en 1894 la côte sud de la Chine et notamment Hong Kong, le gouvernement français ainsi que l’institut Pasteur mandatent Yersin pour y étudier les raisons de l’épidémie. Entre le 12 et le 15 juin, Yersin voyage vers Hong Kong et emmène avec lui du matériel emprunté au laboratoire de microbiologie de l’hôpital de Saïgon. À son arrivée, il apprend qu’une équipe de savants japonais menée par Kitasato Shibasaburō envoyée par le gouvernement japonais, est également présente pour étudier la nature de cette maladie. Du 17 au 19 juin, il est écarté des hôpitaux anglais, ces derniers, étant à cette époque germanophiles, donnent leurs préférences aux Japonais (formés par les Allemands). Yersin décide alors de se faire construire une petite paillote dans laquelle il installe un laboratoire rudimentaire.

Avec quelques piastres distribuées à des matelots anglais ayant pour mission d’enterrer les cadavres, il a accès au dépôt mortuaire où il peut prélever quelques bubons et les ramener dans son laboratoire.

« Je fais rapidement une préparation et la mets sous le microscope. Au premier coup d’œil, je reconnais une véritable purée de microbes tous semblables. Ce sont de petits bâtonnets trapus, à extrémités arrondies et assez mal colorés au bleu de Löffler (…) Il y a beaucoup de chances pour que mon microbe soit celui de la peste, mais je n’ai pas encore le droit de l’affirmer. »

Il l’affirme quelques jours plus tard en adressant à Paris des souches de peste et la description précise et exacte du bacille, qui sera lue le 30 juillet 1894 à l’Académie des sciences, et publiée dans le numéro de septembre des Annales de l’institut Pasteur. De son côté, Kitasato publie sa découverte d’un bacille pesteux (obtenu à partir du sang) dans le Lancet du 25 août 1894. Les deux bacilles sont différents, celui de Yersin est Gram-négatif et immobile, celui de Kitasato est Gram-positif et mobile. Le bacille de Kitasato correspond à un pneumocoque, celui de Yersin correspond à Yersinia pestis. Bien qu’ayant réussi à isoler ce microbe responsable de millions de morts durant l’histoire, Yersin ne parviendra pas à résoudre le problème de la transmission de la maladie du rat à l’homme. Il envisagera le rôle de la mouche, mais il sera l’un des premiers à reconnaître, dès 1898, la découverte d’un autre pasteurien, Paul-Louis Simond, démontrant le rôle de la puce du rat.

Mise au point d’un sérum antipesteux

Son laboratoire de Nha Trang s’oriente donc vers les maladies infectieuses chez les animaux, et Yersin étudie activement une autre sorte de peste, la peste bovine, avec laquelle il obtient beaucoup plus de succès. Bien qu’échouant à isoler l’agent de cette seconde peste, il réussit à préparer de grandes quantités de sérum antipestique, à ne pas confondre avec le sérum antipesteux qui soigne la peste « humaine » dite bubonique. Un élevage étant nécessaire pour la création de ce sérum, Alexandre Yersin tente, avec peu de succès, de faire venir des vaches et des poules de Suisse afin d’améliorer le cheptel local par croisements. Tout ceci ayant un prix, Yersin se lance également dans la culture de l’hévéa et de la quinine pour trouver les financements nécessaires.

Les activités agricoles de Yersin : hévéa et quinine

Ainsi, dès 1898, Yersin s’intéresse à la culture d’Hevea brasiliensis, autrement dit l’arbre à caoutchouc qu’il importe et acclimate. Il réussit à l’introduire en 1899 après plusieurs essais, et ses récoltes de latex sont achetées dès 1903 par les frères Michelin. D’ailleurs, une forêt d’hévéas est proche de Nha Trang. Il fournira la firme Michelin pour la première récolte du latex. Yersin suit alors de très près les problèmes agronomiques des plantations d’hévéas et les problèmes techniques du caoutchouc produit, pour en tirer le profit maximal et ainsi financer ses recherches médicales. Cet arbre est encore à l’heure actuelle l’une des ressources du Viêt Nam. Yersin essaye d’autres cultures comme celle du cacao, du café, du manioc, du palmier à huile, du cocotier ainsi que de plusieurs espèces tropicales aux vertus thérapeutiques. Ces différents essais rencontrent un succès mitigé et Yersin se tourne, en 1915, vers la plantation de Cinchonas pour produire la quinine qui permet de traiter le paludisme. Ces plantations lui permettent de subvenir à ses besoins en bétail et matériel, et de développer l’agriculture indochinoise.

Il fut accusé de pédophilie. Beaucoup de bâtiments lui sont dédiés.

Cinchona

Beaucoup de ses espèces (23) se situent en Amérique du Sud : Pérou, Bolivie, Cordillère des Andes.Il fallut attendre l’époque de la Seconde Guerre mondiale pour qu’une équipe venue des Etats-Unis constitue une collection importante de spécimens en Colombie et en Equateur, donnant la possibilité d’entreprendre une révision du genre car il fut difficile de remarquer les différences.

Les Cinchona sont pour l’essentiels des plantes andines. Cinchona pubescens est l’espèce la plus largement répandue est c’est la seule à s’étendre de la Bolivie jusqu’en Amérique centrale et sur les côtes du Venezuela. Neuf espèces sont présente au nord du région péruvienne et neuf autres au sud. Les Cinchona poussent en montagne entre 1000 et 3000m d’altitude.

L’écorce des quinquinas jaunes et rouges contient des alcaloïdes, dont la quinine, réputée pour ses propriétés antipaludiques.

Écorce de quinquina (Cinchona officinalis)

Jusqu’au milieu du xviie siècle la médecine européenne était restée impuissante contre les fièvres palustres. Tous les étés, des fièvres intermittentes frappaient les populations du bassin méditerranéen. Peu à peu, la maladie s’était étendue vers le nord ; elle atteignit les côtes méridionales de l’Angleterre au xvie siècle et traversa l’Atlantique avec les colons européens.Écorce de quinquina (Cinchona officinalis)

Ce furent les jésuites qui grâce à leur implantation mondiale trouvèrent dans le Nouveau Monde la plante guérisseuse. Au début du xviie siècle, un jésuite italien, Augustino Salumbrino créait à Lima au Pérou une grande pharmacie pour pourvoir aux besoins médicinaux de tous les jésuites de la vice-royauté. Un des membres de la Compagnie de Jésus de Lima, Bernabé Cobo, rapporte en 1639 : « Dans le district de la ville de Loja [aujourd’hui situé en Équateur] du diocèse de Quito pousse une certaine espèce de grands arbres qui ont une écorce semblable à la cannelle, un peu rugueuse et très amère ; laquelle, réduite en poudre, est administrée à ceux qui ont la fièvre, et avec ce remède seul le mal disparaît ». On sait qu’à partir des années 1631, lorsque les pères jésuites se rendaient à Rome, ils emportaient de « l’écorce du Pérou » avec eux. Les médecins du Vatican eurent alors la possibilité de vérifier que l’« écorce » ou « herbe des Jésuites » était aussi efficace contre les fièvres intermittentes qui décimaient chaque été les Romains, papes et cardinaux y compris.La récolte de l’écorce du quinquina vers 1730

Les mérites de l’écorce du Pérou ne s’imposèrent pas immédiatement en Europe ; il fallait trouver le bon emploi et, dans certains pays, vaincre les résistances des protestants face à une drogue papiste.

C’est un Anglais rusé et sans scrupules, Robert Talbor, qui sut vaincre les préjugés de ses contemporains. Ayant appris auprès d’un apothicaire comment doser l’écorce du Pérou pour soigner la fièvre sans provoquer d’effets secondaires calamiteux, il proposa son propre remède miraculeux à la composition tenue soigneusement secrète, tout en dénigrant méthodiquement le remède des papistes. Il soigna avec succès le roi Charles II d’Angleterre moyennant des sommes mirobolantes. Il alla ensuite à la cour de Louis XIV soigner le roi, le dauphin et nombre de princes, toujours avec le même succès. À sa mort, on apprit que l’ingrédient principal de sa potion miraculeuse était l’écorce de quinquina.

Malgré les succès de l’écorce de quinquina dans la lutte contre le paludisme, l’arbre demeurait toujours inconnu des botanistes européens.

Des expéditions botaniques furent aussi menées par les Espagnols au Pérou et en Nouvelle-Grenade (Colombie et Venezuela actuels).

Un siècle plus tard, le botaniste Hugh Algernon Weddell, d’origine anglaise mais ayant étudié et travaillé au Muséum national d’histoire naturelle de France, effectua durant plus de cinq ans une mission d’étude des quinquinas en Amérique du Sud (de 1843 à 1848). Il tenta de mettre un peu d’ordre dans la classification léguée par les Espagnols et distingua 19 espèces dont le fameux Cinchona calisaya, le plus riche en quinine, qui allait être cultivé à grande échelle en Asie.

La quinine

La quinine est un alcaloïde* naturel antipyrétique (lutter contre les états fiévreux et des syndromes inflammatoires aigus), analgésique et surtout, antipaludique. Extraite du quinquina, un arbuste originaire d’Amérique du Sud, elle était utilisée pour la prévention du paludisme (ou « malaria ») avant d’être supplantée par ses dérivés : quinacrine, chloroquine, et primaquine.

Ce n’est qu’en 1820 que les chimistes français Joseph Pelletier et Joseph Caventou extraient les principes actifs de l’écorce de quinquina rouge (Cinchona succirubra) ou jaune (Cinchona calisaya). 

Les deux chimistes, en raison de leur formation de pharmaciens, soucieux de tirer des applications pharmacologiques de leur découverte, se lancent donc dans la fabrication de la quinine. Leur atelier de fabrication va traiter, en 1826, 138 tonnes d’écorce de quinquina pour extraire 1800 kilos de sulfate de quinine. En rendant publique leur invention, ils ont permis à qui le voulait d’en tirer parti. Ce fut le cas de plusieurs entrepreneurs allemands qui se lancent aussi dans l’extraction à grande échelle de la quinine, marquant ainsi les débuts de la grande industrie pharmaceutique. Aux États-Unis, le laboratoire de Philadelphie, Rosengarten and Sons, commence à faire un usage commercial de la méthode Pelletier-Caventou en 1823. La même année, les cloches des temples de la vallée du Mississippi appelaient chaque soir à la consommation des pilules du Dr John Sappington de Philadelphie (Dr Sappington’s Fever Pill), ce qui fit sa fortune.

En 1870, l’entreprise Schweppes lance l’Indian Tonic, une eau tonique au goût amer à base d’extraits de quinine et d’orange amère, inspirée par les tisanes à la quinine bues par les colons britanniques en Inde pour se prémunir de la malaria. L’Indian Tonic est diffusé largement après la Seconde Guerre mondiale.

Son action pharmacologique

La quinine a été le premier médicament efficace contre le paludisme. Cette maladie, responsable d’environ 400 000 morts par an, est due à un parasite unicellulaire du genre Plasmodium, transmis à l’homme par des piqûres de moustiques infectés. Le moustique injecte le plasmodium qui gagne d’abord le foie (cycle hépatique) et s’y développe, puis libère dans la circulation sanguine des mérozoïtes qui vont s’installer dans les globules rouges (cycle érythrocytaire).

D’autres analogues existent : la chloroquine.

*Les alcaloïdes sont des molécules à bases azotées, le plus souvent hétérocycliques, très majoritairement d’origine végétale. Ils peuvent se présenter sous forme de molécules organiques hétérocycliques azotées basiques. Associés à l’essor de l’industrie pharmaceutique, ils ont permis d’ouvrir le domaine des « médicaments chimiques » à partir de la fin du xixe siècle.

La chloroquine

La chloroquine est un antipaludique de la famille des 4-aminoquinoléines qui a été largement commercialisée sous forme de sels (sulfate ou phosphate). Avec la quinine, dont elle est un substitut synthétique, et l’hydroxychloroquine, une molécule qui lui est proche, elle est le traitement qui a été le plus employé contre le paludisme, en préventif comme en curatif.

La controverse  

En 2020, la pandémie de maladie à coronavirus 2019 a relancé l’intérêt pour la chloroquine (sous forme de phosphate de chloroquine notamment), entre autres molécules, en tant qu’antiviral potentiel. La mesure de l’efficacité de la chloroquine contre le virus SARS-CoV-2 est cependant encore discutée. En effet, la molécule semble efficace — in vitro — contre divers virus, dont le SARS-CoV-2 ; mais, comme le montre le tableau ci-dessus, depuis un demi-siècle et pour une dizaine de virus zoonotiques et susceptibles de devenir pandémiques testés, l’efficacité in vitro disparaît in vivo chez l’animal ou l’Homme.

Fin janvier 2020, à la suite d’un essai clinique multicentrique (une centaine de malades répartis dans une dizaine d’hôpitaux chinois) portant sur la chloroquine et deux autres candidats-médicaments (remdésivir et Lopinavir/Ritonavir), trois pharmacologues chinois de Qingdao concluent dans la revue BioScience Trends à « d’assez bons effets inhibiteurs » sur le SARS-CoV-2, avec pour le phosphate de chloroquine, une « efficacité apparente et une innocuité acceptable » contre la pneumonie associée au Covid-19. Selon eux, le phosphate de chloroquine a permis — par rapport à un groupe-témoin — des pneumonies moins exacerbées, une imagerie pulmonaire améliorée, et des guérisons plus rapides « avec des effets secondaires acceptables ». Ils recommandent d’inclure cette molécule dans les prochaines lignes directrices chinoises pour la prévention, le diagnostic et le traitement de la maladie.

Les trois auteurs n’avaient alors cependant pas publié leurs indicateurs de résultats, ni les protocoles cliniques des hôpitaux impliqués, ni les modèles de groupes de contrôle (y avait-il un ou plusieurs antiviraux associés, ou d’autres sels de chloroquine (sulfate par exemple) et/ou de l’hydroxychloroquine, un placebo, etc. ; ce bénéfice dépendait-il de la classe d’âge, de la présentation clinique, du stade de la maladie ou de la présence/absence de co-infections, etc. ?).

En février 2020, selon des experts virologues et pharmacologues de Wuhan (dans Cell Research), la chloroquine et le remdésivir sont — in vitro (en culture de cellule) — individuellement « très efficaces » pour inhiber la réplication du coronavirus (alors que cinq autres médicaments testés ne l’ont pas été). La chloroquinine a inhibé le développement du SARS-CoV-2 in vitro, mais sur une culture cellulaire de cellules Vero (une lignée de cellules cancéreuses, qui ne sont pas semblables aux cellules cibles du virus dans l’organisme). La chloroquine élèverait le pH des lysosomes des cellules ciblées par le virus, ce qui interfèrerait avec les tentatives du virus d’acidifier ces lysosomes ; or cette acidification semble nécessaire à la formation des autophagosomes (que les cellules utilisent pour se suicider ou s’auto-digérer en cas de stress cellulaire grave ; mécanisme que le virus utilise pour entrer et sortir de la cellule qu’il infecte). Mi-mars, ceci avait déjà motivé 16 essais cliniques en Chine.

Le 20 février, des autorités scientifiques et sanitaires du Guandong ont déclaré que la chloroquine « améliore le taux de réussite du traitement et raccourcit la durée de l’hospitalisation » ; elles la recommandent pour les cas légers, modérés ou graves de Covid-19 avec pneumonie.

Mais mi-mars 2020, l’essai clinique chinois n’a pas livré ses données, empêchant un examen par les pairs de ses résultats et une évaluation indépendante des avantages/inconvénients du traitement.

À ce moment en France, des virologues, spécialistes des virus émergents à l’IRD/Inserm tels que Franck Touret et Xavier de Lamballerie, exhortent leurs collègues chinois à publier dès que possible (après relecture par des pairs) ces résultats avec le plus de précision possible pour, le cas échéant, pouvoir améliorer les protocoles de soins. Ils invitent aussi à analyser ces résultats en tenant compte de l’« effet potentiellement néfaste du médicament observé lors de précédentes tentatives de traitement de maladies virales aiguës ».

Le 19 mars 2020, Donald Trump annonce qu’il a « approuvé » le recours à la chloroquine qui a d’après lui « montré des résultats préliminaires très encourageants » pour lutter contre la Covid-19; il est immédiatement contredit par la Food and Drug Administration, qui promet néanmoins de lancer « un essai clinique étendu ». Le 23 mars 2020, un habitant de l’Arizona décède après avoir ingéré du phosphate de chloroquine ainsi que sa femme (en état critique). Ils avaient absorbé une trop forte dose de ce produit, utilisé pour nettoyer les aquariums, après avoir entendu le président américain vanter les vertus de la chloroquine. Le Nigeria déplore plusieurs cas d’intoxication à la chloroquine à la suite d’une médication non encadrée. Le 24 mars 2020, le ministère de la Santé, le Collège des médecins et l’Ordre des pharmaciens du Québec déplorent l’émission d’ordonnances de chloroquine ou d’hydroxychloroquine contre la Covid-19 et les jugent inappropriées et non indiquées, à la lumière de l’état de la situation au Québec et des données scientifiques actuellement disponibles.

Fin mars, alors que la COVID-19 commence à augmenter de manière inquiétant à Manaus et alors qu’ in vitro, la chloroquine et l’hydroxycholoroquine, ainsi que quelques petites études cliniques non randomisées étaient porteuses d’espoir, une équipe médicale brésilienne pilotée par Marcus Lacerda (de la Fondation de médecine tropicale Heitor Vieira Dourado, basée à Manaus) choisit de tester la chloroquine sur les patients (car ce médicament était déjà largement disponible contre le paludisme dans ce pays). Lacerda et son équipe débutent l’essai (approuvé par un comité d’éthique) qui prévoyait de recruter 440 patients dont 50% recevront 600 milligrammes (mg) de chloroquine deux fois par jour durant 10 jours (12 gr au total), le reste recevant 900 mg le 1er jour et 450 mg les 4 jours suivants (total : 2,7 gr.).

En avril 2020, au Brésil (où Jair Bolsonaro, tout comme son homologue Donald Trump aux Etats-Unis, a publiquement fortement soutenu ce médicament), les premiers résultats montrent que la chloroquine peut à ces doses augmenter la mortalité des malade de la COVID-19.

Mi-avril 2020, une étude de l’usage de la chloroquine contre la Covid-19 au Brésil sur 81 patients est arrêtée à cause de problèmes d’arythmie cardiaque.

En Avril, dans le journal médical The Lancet, les auteurs d’une étude rétrospective concluent de leurs premiers résultats basée sur 96 000 malades de la Covid-19 dans 671 hôpitaux, ayant reçu de la chloroquine ou de l’hydroxycloroquine), suggère l’inefficacité du médicament chez les personnes hospitalisées et un risque significativement accru de décès. Certains ont été traités par de la chloroquine ou de l’hydroxycloroquine avec ou sans antibiotique tel que l’azithromycine, entre le 20 décembre et le 14 avril 2020. Cependant, cette étude créé la polémique, de nombreux scientifiques pointant des erreurs et une méthodologie discutable (on lui reproche notamment de ne pas avoir traité des patients aux tous premiers stades).

Mi-Juin, les résultats d’autres grands essais se sont aussi montrés décevants tant pour la chloroquine que pour l’hydroxychloroquine, qui n’apparaissent plus comme médicaments miracles contre la COVID-19. Au Brésil, une campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux et des articles diffamatoires ont accusé les chercheurs d’avoir sciemment empoisonné des patients via des taux de chloroquine trop élevés. Ces chercheurs ont reçu des menaces de mort ; et le Gouvernement Bolsonaro a lancé une enquête judiciaire sur leur travail.

Ailleurs dans le monde, au moment de cette campagne, l’hydroxychloroquine est délivrée en dose moindre, mais des chercheurs d’autres pays expliquent qu’au Brésil, « Lacerda et ses collègues ont pris un risque calculé à un moment où la dose optimale de SARS-CoV-2, le virus qui cause COVID-19, était encore en discussion. «Il est plus clair maintenant (mi-juin) on n’aurait pas opté pour cette dose», explique Nicholas White, chercheur vétéran sur le paludisme à l’Université Mahidol de Bangkok, qui a aidé à concevoir l’essai Recovery au Royaume-Uni, qui comprenait un bras hydroxychloroquine. « Mais à cette époque, je pense que c’était un choix légitime. » ». L’équipe indépendante en charge de la sécurité de l’essai en voyant le nombre de décès rapidement croître dans le groupe recevant la doses la plus élevée a demandé et obtenu l’arrêt de l’essai Sur 81 patients alors recrutés, sept étaient mort dans ce groupe, et 4 dans le groupe à faible dose). Au moment de la publication des résultats, ces chiffres étaient passés respectivement à 16 et à six. Le 11 avril ces résultats étaient pré-publiés et rapportés par des médias internationaux New York Times notamment) avant publication dans JAMA Network Open. En Juin, la revue Science fait remarquer que le 14 avril, Michael James Coudrey, PDG d’une société américaine de marketing dont le site Web dit qu’il offre des services de «médias sociaux et de« guerre de l’information numérique » aux candidats politiques», a tweeté des accusations selon lesquelles les chercheurs avaient surdosé de leurs patients et les avaient utilisés comme « cobayes « Dans une étude menée » de manière tellement irresponsable que je ne peux même pas y croire.  » Trois jours plus tard, Eduardo Bolsonaro, le fils du président brésilien, a tweeté un message similaire, incluant un article qualifiant les chercheurs de « militants médicaux de gauche » et considèrant que cette étude est une tentative de «dénigrer le médicament que le gouvernement Bolsonaro a approuvé comme efficace pour traiter le COVID-19». Peu après les chercheurs et leurs familles commencent à recevoir des menaces de mort.

Communiqué de presse de Medical Fact: Cette étude est un signal clair que la chloroquine peut provoquer une augmentation dose-dépendante d’une anomalie de l’ECG (électrocardiographie) chez les personnes sujettes à une mort cardiaque subite, a déclaré le Dr. David Juurlink, chef de la division de pharmacologie clinique à l’Université de Toronto. La chloroquine est l’un des traitements ciblés du COVID-19.

Recherches complémentaires :
Guerre contre l’opium
Margaret Chan
OMS
Tedros Adhanom Ghebreyesus : Il a dirigé les fonds mondiaux de la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Lorsqu’il a pris ses fonctions en 2005, Tedros Adhanom Ghebreyesus a hérité d’un ministère qui manquait de moyens. L’administration était redevable à une communauté de donateurs et concentrait ses programmes sur la lutte contre le VIH / sida, la tuberculose et le paludisme.  Il est également membre du Conseil de l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI).

Tedros Adhanom Ghebreyesus considère la couverture vaccinale universelle comme la priorité absolue de son mandat. Il a fait campagne sur la question et a réitéré cet objectif dans son premier discours en tant que directeur général et tout au long de la 72e session de l’Assemblée générale des Nations unies. En octobre 2017, il annonce la nomination de son équipe de direction, les femmes représentant 60 % des nominations. Il est alors félicité pour son engagement en faveur de l’égalité des sexes, mais critiqué pour son manque de transparence. Il a ainsi nommé le Dr Tereza Kasaeva du ministère russe de la Santé pour diriger le programme mondial de lutte contre la tuberculose de l’OMS sans solliciter les ONG concernées par le sujet ; quelques jours avant la nomination, ces ONG avaient publié une lettre ouverte appelant à un processus de désignation ouvert pour choisir le nouveau directeur du programme.

Il est accusé d’avoir caché des épidémies en Ethiopie. Il rejette ces accusations dues à son rival à la place de l’OMS. Refus de fermer les frontières touristique lors de l’épidémie COVID-19.

Front de libération du peuple du Tigré : parti politique et groupe armé éthiopien social démocrate de gauche fondé sous le nom de Organisation nationale du Tigré (ONT) en 1970 dont fait/fit parti le directeur de l’OMS. Depuis l’entrée en vigueur de la constitution de 1994, l’Éthiopie est un État fédéral divisé en régions — parfois appelées États — établies sur des bases ethniques.

L’Éthiopie est alors un État autoritaire, dirigé depuis des décennies par la même coalition, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE), au sein de laquelle la minorité tigréenne possède une part du pouvoir très importante en comparaison de celle de sa population, qui totalise 6 % de celle du pays.


Auteur :
Nicole Pras
Publié le 8 décembre 2020

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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