La liberté : au cœur de la culture française

OPINION. Si nous n’avons pas la même conception de la liberté, nous ne pouvons pas parler d’égalité. Si les enfants reçoivent une éducation parentale, familiale, religieuse, associative qui interdit leur liberté au sens français du terme, la poursuite de l’éducation publique est inefficace.

La liberté : au cœur de la culture française

Une mission pédagogique très difficile le lundi de la dernière rentrée : l’hommage à Samuel Paty. Que signifie la liberté d’expression à l’école ? Ce concept abondamment utilisé dernièrement, mais peu compris.

C’est une triade de l’évolution cognitive, qu’il faut comprendre. Éducation-culture-identité. Dans cet ordre. Si nous n’avons pas le même paradigme culturel, nous utiliserons dans l’éducation des concepts avec des significations différentes et nous espérerons en vain avoir une identité commune.

C’est le gros problème en France, en fait. L’absence d’identité commune claire. C’est loin d’être résolu, car on en parle très peu. Les textes proposés par le ministère pour l’hommage à Samuel paty ne disent pas grand-chose aux élèves. La lettre de Jean Jaurès aux instituteurs ne nous aide pas à comprendre pourquoi nous avons tant d’actes terroristes.

Nous avons été prévenus par d’anciens musulmans, comme Zineb El Rhazoui ou Waleed Al-Husseini, qui se sont réfugiés en France. On nous a dit que ceux qui cherchent à les tuer le feront avec tout le monde. L’État français les protège autant qu’il le peut. Au nom de la liberté. Mais le même État a laissé en liberté ceux qui veulent le détruire. Dans ce paradoxe de la liberté, on retrouve une grande partie de l’impasse identitaire de la France d’aujourd’hui.

Si nous n’avons pas la même conception de la liberté, nous ne pouvons pas parler d’égalité. Si les enfants reçoivent une éducation parentale, familiale, religieuse, associative qui interdit leur liberté au sens français du terme, la poursuite de l’éducation publique est inefficace. Si vous avez la liberté de traiter une femme ou un incroyant de toutes les façons, vous ne les considérerez jamais comme des égaux. D’où l’impossibilité de la fraternité.

Ici, la culture de la liberté se retourne contre ceux qui la pratiquent honnêtement. D’où la nécessité de ne pas tolérer les intolérants. Et ceux qui ont soutenu le contraire, au nom d’une diversité dénuée de sens, ont créé des espaces protégés pour que les terroristes endoctrinent les enfants d’hier. Des jeunes prêts à tuer aujourd’hui.

S’ils pensent gagner leur place au paradis, vous n’avez pas grand-chose à voir avec eux. Dans le domaine des valeurs personnelles, il est presque impossible de marcher. Freud appelle cela le surmoi, la partie de l’inconscient où se trouvent les valeurs et les interdictions reçues de l’éducation précoce, qui censurent ou non nos pulsions dans la « zone sombre ». Un domaine que nous connaissons très peu et que nous contrôlons encore moins. Sans un développement harmonieux, nous pouvons devenir des bêtes à tout moment.

Voltaire appelait le fanatisme une maladie de la raison, presque impossible à guérir. Elle doit être évitée par l’éducation.

Mais comment éduquer un enfant dans l’esprit de liberté à l’école, s’il a une autre éducation plus forte ailleurs ?

Les derniers terroristes à frapper la France ont le même profil : des jeunes hommes à la cervelle lavée, prêts à tuer pour arriver plus vite au Paradis. Celui qui a tué le professeur Paty cherchait une cible, le professeur était un choix parmi d’autres. Tout allait mal là-bas : le parent qui pensait être libre d’inciter publiquement à la violence contre l’enseignant, qui se sentait libre d’aller à l’école pour demander des comptes, le prédicateur islamiste qui se sentait libre de l’accompagner, même s’il n’avait aucune compétence et il savait qu’il était suivi par la police. Tout cet ensemble de libertés est aberrant. Ils sont maintenant en détention. Les musulmans qui font partie de la culture française les signalent depuis longtemps. Ils sont les premiers à rejeter l’identité islamiste pour leurs enfants. Ils n’arrêtaient pas de dire qu’ils ne devraient pas être libres de prêcher leur haine. On se fait avoir, vous allez voir.

Rousseau disait, il y a trois cents ans, que l’éducation religieuse ne convient pas aux enfants. Parce qu’ils ne peuvent pas comprendre les mystères religieux et ne pourront jamais sortir du paradigme appris très tôt. Ils ne seront pratiquement jamais vraiment libres à maturité. L’urgence de sauver son âme fait de lui un terreau fertile pour une intolérance mortelle, qui peut le pousser à agir à tout moment. Cela ressemble à un texte écrit aujourd’hui, n’est-ce pas ?

Dans l’espace culturel chrétien, cela a été résolu, les enfants n’apprennent plus à être agressifs avec les hérétiques, les sectaires et les incroyants, comme les juifs, par exemple. Il y a une confluence de culture religieuse et républicaine de la liberté. D’une certaine manière, la laïcité a gagné. La preuve : les plaisanteries sur les chrétiens ne font pas de victimes. Pas même celles de mauvais goût absolu de Charlie Hebdo. Neutralité religieuse, respect pacifique d’autrui et humour, sans aucune restriction, tels sont les ingrédients de la culture française de la liberté qui, je l’espère, pourra être pratiquée en paix à partir de maintenant.

Auteur :
Ciprian APETREI
Enseignant de philosophie
Publié le 10 décembre 2020

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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